Résistance Identitaire Européenne

Le viol d'un peuple

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Je suis né il y a bientôt un quart de siècle au cœur du Pays thionvillois et j'ai vécu heureux les premières années de ma vie entre mes parents et mes grands-parents. Tout naturellement ils m'avaient transmis leur langue, cette langue que leur avaient transmis leurs propres parents et grands-parents, cette langue transmise ainsi de bouche à oreille, de parent à enfant dans une chaîne ininterrompue depuis l'aube de l'humanité. Leurs ancêtres les francs, mes ancêtres avaient vécu il y a deux mille ans dans les plaines du nord de l'Allemagne, parlant une langue germanique, la transformant en la parlant pour lui donner peu à peu son aspect, sa sonorité, sa syntaxe actuelle, la polissant comme une pierre précieuse pour la livrer toujours plus belle à la génération suivante. Il y a 1400 ans, poussés par d'autres peuplades germaniques, ils se sont répandus sur les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Rhénanie et la moitié nord de la France. En France et dans une partie de la Belgique ils étaient en faible nombre et ont été submergés par la population autochtone de langue romane. Dans l'autre partie de la Belgique et en Hollande leur langue a évolué jusqu'au néerlandais actuel. Dans une grande partie de l'Allemagne, elle a contribué à l'élaboration de l'allemand moderne. Mais chez nous, à Thionville, à Luxembourg, à Arlon, à Bitburg ou une partie du peuple franc s'est établi, leur langue a évolué en une langue originale: la langue francique qui conserve dans son nom le souvenir de l'ancien peuple.

C'est dans cette langue à l'antiquité et à la noblesse incontestable que mes parents m'ont parlé, penchés autour de mon berceau, c'est elle qui m'a ouvert au monde et c'est grâce à elle que se sont forgées dans ma tête mes premières pensées d’amour de crainte ou de tendresse. A travers elle, j'ai découvert le monde extérieur, j'ai exploré mon âme. C'est dans cette langue que j'ai prononcé mes premiers mots, mes premières phrases. Elle m'a permis de devenir un être humain, de m'inventer un univers, de rêver de mille choses.

Mais bien vite j'ai appris qu'il existait à l'extérieur de notre cercle familial une autre langue que mes parents utilisaient à l'occasion avec d'autres personnes du village et surtout quand nous allions en ville. Ce langage étranger m'intriguait beaucoup, d'autant plus que je ne le comprenais pas vu qu'on ne le parlait jamais à la maison. De plus seuls mes parents semblaient le connaître, mes grands-parents ne l'employaient jamais. Quel était donc ce parler aux consonances si étranges, si différent de notre langue mélodieuse que j'entendais de temps en temps autours de moi? Au fur et à mesure que les années s'écoulaient, ce parler s'insinua de plus en plus dans notre famille. Mes parents se mirent à le parler de plus en plus et m'apprirent qu'on l'appelait la langue française et qu'un jour ils m'amèneraient dans une école ou moi aussi je pourrai alors l'apprendre.

C'est à l'âge de 7 ans que je suis entré à l'école du village, ne parlant que la langue francique et comprenant au hasard quelques mots de français dans une conversation. Mais n’était-ce pas le cas de tous les garçons de mon âge au village? C'est là que se déclencha en moi la lutte entre ma langue maternelle que je portais dans chaque fibre de mon être et le français qu'on m'imposait de l'extérieur. Notre instituteur qui venait de la ville était un homme fier et distingué. Sa tenue contrastait vivement avec celle des gens du village et naturellement il ne savait pas le « Platt ». Quel contact pouvait s'établir entre cet homme qui ne savait rien de notre langue et nous qui ne savions rien de la sienne? Je me souviens que le premier jour il interrogea l'un de mes camarades d'un ton sec: « Jean-Pierre debout! » Le dit Jean-Pierre qui ne s'était jamais entendu appeler autrement que Jhempi resta naturellement assis. Et l'instituteur d'en conclure qu'il devait être sourd ou arriéré mental et de le reléguer au fond de la classe avec une feuille de dessin et des crayons de couleur pour ne pas avoir à s'occuper de cet être si primaire.

Il a voulu tuer en nous la langue de nos parents et la remplacer par la sienne qu'il nous enseigna pendant 7 ans sous la contrainte du bâton. Notre langue qu'il appelait «  le patois » était interdite dans l'enceinte de l'école aussi bien en classe qu'à la récréation. Et gare à celui qui osait en prononcer un mot! Il se voyait confier un objet qu'il devait remettre à l'un de ses camarades qu'il surprenait à parler aussi « patois ». Celui qui avait l'objet à la fin de la récréation recevait une punition (nettoyer la classe ou encore les W.C.). C'est ainsi qu'on a voulu faire de notre langue à nos yeux un objet de dérision, vulgaire, qui méritait une punition et qu’il fallait abandonner pour être bon en classe. L'instituteur en rencontrant nos parents dans le village les invitait de façon véhémente à parler français avec nous à la maison pour continuer son travail. Il disait que notre avenir était en jeu et que tant que nous parlerions « patois » nous ne pourrions jamais espérer faire de bonnes études, que le « patois » était un obstacle pour apprendre le français et avoir une bonne orthographe.

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Il a voulu détruire ma façon de penser, ma poésie intérieure, il a voulu tuer mon âme. Il a voulu remplacer dans mon cœur Mamm par mère, Papp par père, il a voulu remplacer dans mes yeux Bam par arbre, Sonn par soleil, il a voulu remplacer au plus profond de mon être Dram par rêve. Mais comment aurait-il pu comprendre le monde merveilleux que je m'étais forgé au plus profond de moi-même dès ma plus tendre enfance, dans ma langue; un monde intraduisible en français, entièrement basé sur des correspondances phoniques entre les mots. C'est ainsi qu'en moi Mamm évoquait la douceur par la répétition du phonème « m ». C'est le mot le plus facilement prononçable pour un enfant. Les phonèmes « m » et « a » sont les premiers prononcés par le bébé car ils sont exhalés naturellement lors de la respiration en expirant par la bouche. On aboutit ainsi au son nmal puis au son Mamm avec refermeture de la bouche. C'est sans doute le premier mot que j'ai prononcé. Puis en faisant exploser davantage le premier « M » j’ai prononcé le son Bam (l'arbre) et dans mon esprit s’est tissé alors une correspondance phonique entre Mamm et Bam, correspondance conceptuelle aussi entre la mère source de la vie et l'arbre, source de tant de bienfaits pour l'homme (fruits, chauffage, ombre) et qui est pour ainsi dire une seconde mère. De Bam nait une correspondance phonique avec le mot Sam (la semence) autre source de vie et de nourriture pour l'homme. Ainsi en francique ces trois mots: Mamm, Bam, Sam ont en commun à la fois des sons semblables d'où nait un lien poétique entre eux, mais aussi des significations qui rentrent en correspondance et qui créent entre eux un lien sémantique. Sur un autre axe de correspondance Bam amène en moi le mot Dram car la grandeur de l’arbre qui s'élève vers le ciel permet à l'homme le rêve vers l’infini.

Quand l'instituteur du village a voulu remplacer chez moi Mamm par mère, Bam par arbre, Sam par semence et Dram par rêve, il a essayé de tuer toutes les correspondances et les liens étroits qui relient en moi ces quatre mots. Si je dis: « Main Dram as e Bam, je peux créer par la ressemblance phonique qui existe entre Dram et Bam un monde poétique qui est détruit si cette phrase devient: « mon rêve est un arbre ».

On voit donc qu'une langue n'est pas seulement un dictionnaire et une grammaire. Passer d'une langue à une autre n'est pas seulement employer certains mots à la place d'autres, c’est passer d'un monde à un autre, d'une manière de penser à une autre. Une langue véhicule en elle une façon d'appréhender le monde et elle modèle l'âme de celui qui la parle puisqu'il va exprimer toutes ses pensées conscientes par le moyen de cette langue. Imposer à un enfant une langue autre que sa langue maternelle c'est détruire toute sa façon de concevoir le monde et la remplacer par une autre à laquelle son esprit n’est pas adapté et qu'il ne pourra jamais assimiler entièrement, c'est donc arracher une parcelle de son âme sans lui donner de contrepartie valable. De ce fait cet enfant ne saura plus parfaitement sa langue maternelle et ne saura jamais parfaitement la langue imposée. Il sera culturellement dévalorisé. Il aura des connaissances des deux langues mais possédera les deux de façon imparfaite. Il ne saura jamais apprécier l'une ou l'autre langue dans toute son étendue. Il saura beaucoup moins bien sa langue que ses parents parce qu'il aura cessé de la parler et saura aussi moins bien le français que le parisien qui l'a toujours parlé.

Combien de jeunes aujourd'hui se trouvent dans ce cas? Des centaines de milliers. La perte de nos langues maternelles propres (francique, breton, basque etc...) est une déculturation massive de l'homme, un recul de la civilisation, une catastrophe pour l'humanité.

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Si moi je n'ai pas perdu ma langue à cette époque et si je peux encore la parler aujourd'hui alors que tout était mis en place pour me la faire oublier (école, radio, télévision), c'est que j’ai pris conscience au moment où je la perdais que ma langue était mon bien le plus précieux. Beaucoup d'autres avant moi ont déjà brandi l'étendard de la révolte. Demain, d’autres suivront, ils refuseront de perdre leur langue au profit d'une qui ne pourrait jamais la remplacer sans nous amoindrir culturellement. Tous ceux qui l'ont perdu se lèveront aussi, conscients du bien inestimable qu'ils ont laissé perdre et tous ensembles des Flandres à la Catalogne, de la Bretagne à l'Alsace nous serons assez forts pour exiger que nos langues soient enfin respectées et officialisées, que chaque enfant puisse être instruit et alphabétisé dans la langue de ses ancêtres, comme c'est le cas dans presque tous les pays du monde à l’heure actuelle.

Pour ma part je suis décidé à mener la lutte jusqu'à ce que notre langue soit enseignée à l'école à tous les niveaux, jusqu'à ce qu'elle ait sa place à la radio et à la télévision, c'est à dire jusqu'à ce que tout ce qui l'opprimait devienne pour elle un moyen de propagation, jusqu'à ce qu'on nous accorde ce qu'on a déjà accordé à la Catalogne, au Pays Basque, au Val d'Aoste et à tant d'autres entités ethniques: un statut d'autonomie.

S.H.

Sources : Hémechtsland a sprooch - N°14, 1978.

 

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Un ancien des services de renseignements israéliens à la tête de la rédaction de Libération

Le mercredi 16 septembre, les salariés du journal Libération ont élu leur nouveau directeur de rédaction : l’israélien Dov Alfon.

Fondé par Jean-Paul Sartre et Serge July, Libération, quotidien de gauche dont l’histoire retiendra qu’il fut un défenseur de pédophiles dans l’héritage de la pensée soixante-huitarde, vient de faire un choix qui n’est pas anodin. Libération devait remplacer Laurent Joffrin, parti cet été créer son mouvement politique, Les Engagé.e.s.

C’est donc Dov Alfon, 59 ans, qui dirigera la rédaction du quotidien Libération. Dov Alfon est présenté comme un ancien journaliste d’Haaretz, quotidien de la gauche israélienne.

Il n’est pourtant pas que cela. C’est un ancien de l’Unité 8200, unité de renseignement de Tsahal. Cette unité spécialisée dans le renseignement  d’origine électromagnétique et le décryptage de codes se situe au même niveau que la NSA pour les Etats-Unis. Plusieurs anciens membres de cette Unité 8200 ont ensuite pris des fonctions dans des entreprises de technologies de l’information dans différents pays.

L’Unité 8200 gère la base d’Urim SIGIT, dans le désert du Neguev, capable d’intercepter des appels téléphoniques, des courriels et d’autres types de communication à travers le monde.

Dov Alfon fit son service militaire dans cette Unité 8200 et y fut rapidement nommé chef de section.

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Arno Breker parle, une interview de Jean-Louis BRASSAC. (Seconde partie)

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LES VAINCUS ONT TOUJOURS TORT!

—        Quelles ont été vos impressions lors du déclenchement des hostilités entre la France et l'Allemagne?

—        Entre 1934, c'est-à-dire l'époque où j'ai quitté Paris pour Berlin, et la visite avec Hitler en 1941, je ne suis venu qu'une fois à Paris. C'était en 1937, lors de l'Exposition internationale; je faisais partie du jury. Je crois qu'à cette époque les rapports entre nos deux pays, nos deux peuples s'amélioraient... Je sentais que certains Français, las des troubles et du désordre, souhaitaient chez eux un régime analogue au nôtre. L'idée d'une guerre avec la France me semblait absurde... Je fus d'autant plus étonné quand la France nous déclara la guerre... On dit toujours que c'est l'Allemagne qui a déclaré la guerre à la France en 1940, en 1914, en 1870... C'est faux! On dit que c'est l'Allemagne qui porte toutes les responsabilités de la dernière guerre. C'est faux! On disait aussi cela de la précédente... A cette époque l'Allemagne était comme encerclée. Le pacte franco-soviétique, ratifié en février 1936 avait causé une grande émotion en Allemagne. On ne voulait pas, certaines puissances ne voulaient pas d'une Allemagne forte et indépendante. Hitler ou Monsieur «Schmidt», cela n'avait pas d'importance et le résultat aurait été le même... On avait toujours poussé la Pologne contre nous. Et pourtant tout était possible, on pouvait tout éviter. N'est-ce pas Churchill qui a dit dans ses Mémoires: «La seconde guerre mondiale était la plus facile à éviter de toutes les guerres.» Seulement, le redressement de l'Allemagne, quelques aspects de la politique de Hitler déplaisaient à certains milieux. Je me souviens en avoir discuté avec le ministre Chautemps. Il m'apprit, en particulier, que les Anglais, ou plutôt leur gouvernement, avait versé des sommes énormes pour stimuler le courant d'opinion anti-allemand en France! D'ailleurs, notez-le bien: Hitler n'a pas déclenché tout de suite les opérations militaires contre la France, après la déclaration de guerre. C'est qu'il espérait toujours aboutir à un arrangement, un compromis.

Qu'avons-nous gagné à cette guerre? Nous, Européens! Tant de millions de morts! Pourquoi cette Croisade! Aujourd'hui, vingt-cinq ans plus tard, des hommes s'entretuent toujours, des minorités sont toujours persécutées. Ce qui me réconforte, c'est qu'entre nos deux pays, il n'y a plus de guerre possible! Alors pourquoi revenir sans cesse sur le passé et vouloir déformer l'histoire par tant de mensonges! On dit: «L'Allemagne est coupable! L'Allemagne est la seule coupable!» Et tout le monde le croit! La presse et les moyens d'information déforment les faits: «L'Allemagne a toujours tort.» Bien sûr, le vainqueur a toujours raison! Il peut raconter ce qu'il veut! Tenez voici un petit exemple qui me concerne personnellement.

Arno Breker se lève, se rend dans la pièce voisine. Un instant plus tard, il revient, brandissant un journal.

Voyez ce journal littéraire français si respectable! Je viens d'y lire un article sur le général Lammering, responsable de sanglantes représailles à Tulle. Et bien, j'ai ainsi appris que j'étais «un ami intime de ce général» et que je buvais «avec lui d'énormes chopes de bière» (!) Or, c'est absolument faux: je n'ai jamais rencontré cet homme et je ne le connais pas! Pourquoi écrire de tels mensonges? C'est le règne de l'imposture! Voici maintenant que l'on évoque Oradour à mon sujet, et je ne peux me défendre! On essaie à tout prix de nous enfoncer dans le crâne un sentiment de culpabilité!

A la fin de la guerre, j'ai été convoqué par un des responsables du C. I. G. (organisme américain de «dénazification»). Il m'a dit, en un allemand fort correct: «Ecoutez, il faut absolument dire que vous regrettez d'avoir travaillé pour Hitler...» J'étais abasourdi... « Mais comment? dites-moi ce que je dois répéter! Est-ce que je dois dire que je regrette infiniment d'avoir trop bien travaillé!» Finalement lui-même ne trouvait pas de formule, alors il a fini par comprendre l'absurde de la situation...

Or bien, qui dérangerait Volkswagem, la plus grande affaire allemande, création de Hitler (la voiture du peuple)! Qui reprocherait à Mercedes d'avoir contribué pendant toute la guerre à la construction des chars d'assaut? Bon nombre de ses voitures roulent en France et ailleurs. Ces firmes sont en dehors de la question ! En revanche, les artistes, les intellectuels, les journalistes sont jugés coupables pour avoir travaillé dans leur spécialité et pour avoir accepté le régime choisi par leur pays!

Et quand je pense que Rudolf Hess est toujours dans la forteresse de Spandau, enfermé, à l'âge de soixante-seize ans!... Les Anglais savent très bien pourquoi ils ne le libèrent pas. Vingt-cinq ans après, ils redoutent toujours certaines vérités. Hitler ne voulait à aucun prix d'une guerre avec l'Angleterre, car il avait un profond respect pour le peuple anglais et son histoire.

—        Est-il exact que par deux fois Staline vous ait fait proposer de venir entreprendre des travaux monumentaux en URSS?

—        Absolument! Je sais que Staline se faisait envoyer par courrier diplomatique toutes les photographies de mes travaux. Il était ainsi au courant de mon travail du commencement jusqu'à la fin. Il avait chargé Molotov de m'inviter à Moscou. Quand celui-ci vint à Berlin pour la signature du pacte germano-soviétique, il me laissa entrevoir de gigantesques commandes. Les travaux de Berlin me suffisaient déjà amplement. J'entends encore Molotov: «Nous avons des bas-reliefs qui vous attendent, de cent mètres de long sur quatre mètres de haut. Les pierres sont prêtes, mais nous n'avons pas de sculpteurs en URSS...» La deuxième fois, c'était en 1945, et par l'intermédiaire de deux officiers américains, Je sortais justement de clinique. J'étais anéanti, moralement et physiquement. Ce n'était pas le moment, c'est le moins qu'on puisse dire !

 

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—        C'est à cette époque que votre atelier et l'ensemble de votre œuvre d'artiste ont été détruits, n'est-ce pas?

—        Totalement détruits !   Les Américains  ont détruit mon atelier. Complètement! La guerre était terminée! Mon atelier était très grand, c'était la perfection même. Il n'avait pas du tout souffert de la guerre.

 

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Les Américains sont donc arrivés, ils cherchaient un dépôt, c'est mon atelier qu'ils ont choisi! Ils ont tout vidé! Ils ont tout cassé! Tout! Vous comprenez!

Arno Breker élève la voix en prononçant ces derniers mots. Je comprends ce qu'il ressent en ce moment.

HITLER ET PARIS

—        Parlez-nous de votre exposition à Paris, en 1942 ?

 

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—        Quand on m'a invité pour cette exposition, j'ai d'abord refusé. Je ne voulais pas, en tant que «vieux Parisien», faire une exposition dans de telles conditions. Mais entre-temps   on avait arrêté mon fondeur, Rudier, qui avait fondu l'œuvre de Rodin et de Maillol, parce qu'il avait refusé aux autorités d'occupation de fabriquer des pièces de guerre.

Rudier était en prison à Fresnes. Il put heureusement faire sortir un petit mot qui arriva jusqu'à moi à Berlin. Aussitôt, j'allai chez Speer. Je lui dis: «Ecoute, je vais faire cette exposition à Paris, à la condition que Rudier fasse des fontes pour moi. Speer me dit tout de suite: —Qu'est-ce que tu veux? De combien as-tu besoin?

— Trente tonnes de bronze», lui ai-je répondu. Il me fallait aussi du coke. J'ai tout obtenu et Rudier a travaillé jusqu'à la fin de la guerre pour moi. Sa fonderie fut sauvée.

Et il n'a pas travaillé seulement pour moi, mais aussi pour beaucoup de sculpteurs français. Voilà pourquoi j'ai fait cette exposition à l'Orangerie, qui a d'ailleurs été un succès. Je le dis, parce qu'on me le reproche encore aujourd'hui.

 

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D'ailleurs, aussitôt que les troupes françaises entrèrent en Allemagne, il y eut aussi des expositions d'artistes français, à Baden-Baden et ailleurs...

—        Qu'avez-vous fait pour le rapprochement artistique franco-allemand?

—        Comme vous le savez, j'ai travaillé pour le rapprochement de la France et de l'Allemagne dès la fin de la première guerre mondiale. Comme mon ami Benoit-Méchin en France. A mon grand étonnement, je me rendis compte, lors de la visite de Paris, que Hitler était un grand admirateur de la culture française, ce que personne n'avait jamais soupçonné. Je percevais tout le parti que je pouvais tirer de cette constatation.

Je lui   demandais   s'il était   possible   que   des   artistes   français   participent   aux   grands   travaux   de   Berlin.   Alors   Hitler   commanda   une fontaine à Maillol et une grande mosaïque à Derain. Il était sans parti-pris. Voulant   avant   tout   préserver   un   climat   d'entente   mutuelle,   malgré les événements. Je tentais de faire libérer les artistes français prisonniers, ils étaient environ vingt-cinq-mille. Malheureusement, après l'évasion du général Giraud, Hitler ne voulut plus entendre parler de ce projet.

—        Vous avez accompagné Hitler lors de sa visite de Paris?

—        Je ne puis vous faire sentir à quel point j'étais ému de retourner à Paris dans de telles conditions. Nous sommes passés par Bruly, à la frontière belge, puis de là nous avons pris l'avion jusqu'au Bourget.

Le 23 juin, à l'aube, nous sommes donc rentrés dans un Paris vide. C'était impressionnant. Nous étions entrés par la porte de la Villette, puis nous avions pris la rue de Flandres, et la rue de Lafayette. Nous arrivâmes enfin à l'Opéra. Hitler attachait particulièrement d'importance à la visite de l'Opéra, car il rêvait d'en faire construire un à Berlin ou à Munich. Il connaissait à fond l'œuvre de Garnier; mais il n'avait jamais eu l'occasion de visiter l'Opéra. Il le fit de fond en comble, ce jour-là. Puis, la Madeleine, les Champs-Elysées, la place de l'Etoile et l'Arc de Triomphe, le Trocadéro, la Tour Eiffel... Hitler était fasciné. L'Ecole militaire, les Invalides, la Chambre des Députés, le boulevard Saint-Germain, Saint-Sulpice, le palais du Luxembourg, l'Odéon, le boulevard Saint-Michel, le Panthéon... Nous fîmes demi-tour à la hauteur de «la Closerie des lilas».

 

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Hitler voulut pousser jusqu'à Montmartre où j'avais travaillé... Le Palais de Justice, la Sainte Chapelle, Notre-Dame, l'Hôtel de Ville, la place des Vosges, le Marais, le Louvre, la place Vendôme, l'Opéra de nouveau, la rue de la Chaussée d'Antin, la place Clichy, la place Pigalle, le Sacré Cœur... Nous quittâmes ensuite Paris et reprîmes l'avion au Bourget. Hitler pria le pilote de tourner un moment au-dessus de Paris, à faible altitude. Peut-être des Parisiens se souviennent-ils d'avoir vu cet avion? J'étais fort étonné de constater que Hitler était mieux préparé que moi à cette visite, et pourtant comme «vieux Parigot», je connaissais beaucoup de choses. Mais lui savait tout: les dates historiques, les mesures, les emplacements des monuments... Il était très ému, presque bouleversé. Au sommet de la colline de Montmartre, je me souviens que Hitler me dit : «II fallait absolument préserver cette merveille de la culture occidentale, épanouie devant nous. Il fallait la garder intacte pour la postérité. Nous y avons réussi».

Après la visite de Paris, je n'oublierai jamais cet instant où devant moi, juste en face de moi, Hitler perdit contenance, tant il était troublé par les souvenirs de cette journée.

Cet orateur exceptionnel cherchait ses mots, balbutiait... Finalement, je l'entendis murmurer: «Ce fut une lourde responsabilité:» II était visiblement en proie à une grande émotion en prononçant cette phrase, en évoquant le déclenchement des hostilités entre la France et l'Allemagne. Peut-être entrevoyait-il que l'affrontement entre nos deux pays conduirait à l'effondrement de notre civilisation.

Quand on a entendu de telles phrases, quand on a assisté à de telles scènes, quand on a visité Paris avec Hitler, on ne peut croire au fameux: «Paris brûle-t-il?» Un homme qui avait donné l'ordre aux troupes de contourner Paris et d'éviter tout combat dans sa périphérie pouvait-il, quatre ans plus tard, ordonner la destruction de cette même ville?!...

«LA CONDAMNATION DES VAINQUEURS»...

Arno Breker me parle alors de ses amis français: Maillol, Despiau, Cocteau Derain, Vlaminck, Pascin, Cortot, Guitry, Benoit-Méchin...

 

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— Le premier que j'ai connu, ce fut Jean Cocteau. Il m'a laissé une très grande impression. Je me souviens, une fois, j'étais allé au «Bœuf sur le toit» avec un ami allemand; nous étions toute une bande: Cocteau le fils de Renoir, Léger... Mon ami parlait très fort. A un moment, le chef d'orchestre fit arrêter la musique et s'adressa au public: «Tant qu'il y aura des boches ici, la musique ne reprendra pas!» Nous avons été forcés de partir. Cocteau était scandalisé. C'était, lui aussi, un ardent partisan de la réconciliation franco-allemande.

Le téléphone sonne. C'est Maurice Bardèche qui veut complimenter Arno Breker sur son livre. Ceci nous amène à parler de Robert Brasillach.

J'ai bien connu Brasillach. C'était un homme courageux, et aussi un très grand écrivain. Vous connaissez son Anthologie de la poésie grecque! Brasillach a toujours été touché par la culture germanique, comme moi par la culture française. Nous avons travaillé dans le même but. Brasillach, un traître! Il a eu le malheur d'être arrêté parmi les premiers. Un homme comme Cocteau, par exemple, s'il avait été arrêté à la même époque aurait probablement subi le même sort.

Il y a une chose que je voudrais dire et qui me tient beaucoup à cœur: Tous mes amis français se sont toujours comportés en français! Ils ne faisaient pas de courbettes à l'occupant! au contraire! Je n'ai jamais vu d'hommes aussi courageux que la plupart de ces «collaborateurs»... Leur position était si délicate à soutenir. Cela m'a toujours touché énormément! Ils allaient même souvent trop loin dans leur courage. Il faut le dire aujourd'hui. C'est absolument nécessaire à la défense de la vérité.

—        En dehors de la sculpture,, avez-vous été attiré par d'autres moyens d'expression artistique?

—        Oui, bien sûr! A l'Ecole des Beaux-Arts, je poursuivais parallèlement des études de sculpture et d'architecture. J'ai d'ailleurs hésité assez longtemps avant de me décider. La lithographie m'a aussi tenté, mais je n'ai jamais eu le temps. Maintenant j'ai le temps, mais c'est l'argent qui manque !

—        Comment voyez-vous l'avenir de votre pays?

—        C'est une question très grave que vous me posez là. Je ne cache pas que je suis extrêmement pessimiste. Il y a une certaine analogie entre ma situation personnelle et celle de mon pays. De la même façon que je suis toujours coupable, mon pays est toujours coupable! Il faut se méfier de la prospérité de l'Allemagne actuelle. En cas de difficultés, nous pouvons en quelques mois être complètement par terre. Quelles seraient alors les conséquences politiques? En face de cela, je ne vois pas pour l'instant une ouverture quelconque. Je désirerais enfin assister à la création d'une véritable Europe libre, idéal pour lequel je lutte depuis 1918.

Mais aujourd'hui où en sommes-nous? En Allemagne, il n'y a plus d'opposition! La propagande des Alliés après la guerre a fait du bon travail: On a appris aux enfants à douter de leurs parents. Les pères étaient fautifs. On a brisé les familles! Néanmoins, certaines valeurs sont indestructibles. Et on ne peut être éternellement coupable! Ainsi, je ne peux pas exposer, parce que je suis Coupable! Je ne peux pas travailler comme je le voudrais, parce que je suis coupable! Et si quelqu'un me salit, m'injurie, dans la presse ou ailleurs, je ne peux me défendre, car je ne trouverais pas un juge assez courageux pour me rendre justice. Je suis inexistant! J'ai toujours tort! Comme le vaincu! Je suis un vaincu, c'est tout!

Mais Arno Breker ne ressemble pas à un vaincu. Il pense sans doute avec nostalgie à ces statues de marbre et de bronze qui s'élevaient au fronton d'un monde de gloire qui s'est écroulé sous les coups de boutoir des croisés de la Démocratie. Mais l'artiste est toujours debout, car il est fort.

Non! Arno Breker n'est pas un vaincu. Car il sait qu'au-dessus des haines et des préjugés passagers et imbéciles, il y a une civilisation commune, la civilisation de l'Occident, à laquelle il peut être fier d'avoir apporté, en tant qu'artiste et en tant qu'homme, sa large contribution.

Au moment de quitter cet homme, je ne puis m'empêcher de songer à cette phrase de l'écrivain portugais Ramalho Ortigâo, si souvent citée dans Découvertes: «Combien, ô combien de fois, à travers les immanentes justices de l'Histoire, la défaite des vaincus n'a-t-elle pas été la condamnation des vainqueurs!...».

 

Il n'existe qu'un seul péché:

Tout le reste n'est qu'ignorance.

Et c'est pourquoi prions, si nous devons prier:

Préservez-nous, Seigneur, de toute lâcheté!

BALDUR VON SCHIRACH

Sources : Découvertes – Décembre 1970.

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Joyeux équinoxe d'automne

L’Automne

Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil,
Embrase le coteau vermeil
Que la vigne pare et festonne.

Père, tu rempliras la tonne
Qui nous verse le doux sommeil ;
Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil.

Déjà la Nymphe qui s’étonne,
Blanche de la nuque à l’orteil,
Rit aux chants ivres de soleil
Que le gai vendangeur entonne.
Sois le bienvenu, rouge Automne.

Théodore de Banville (1823-1891)

 

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En France, on emprisonne pour des opinions. Hervé Ryssen est en prison.

Le militant Hervé Lalin, dit Ryssen, a été incarcéré vendredi en exécution de trois condamnations à des peines de prison ferme pour des propos antisémites ou négationnistes, a-t-on appris dimanche auprès du parquet de Paris.

Hervé Lalin avait été convoqué jeudi par la police judiciaire puis présenté à un magistrat qui a ordonné l'exécution de ces peines prononcées entre 2017 et 2020, pour un total restant de 17 mois d'emprisonnement, a précisé le parquet.

Ce militant, habitué de la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris spécialisée dans les délits de presse, a été encore condamné en janvier pour négationnisme, injures et diffamation à caractère antisémite et provocation à la haine contre les Juifs.

« Les condamnations précédentes n'ont manifestement pas été de nature à dissuader »

Le tribunal lui a cette fois infligé huit mois de prison et 5000 euros d'amende pour des passages d'un livre publié en 2018, « L'antisémitisme sans complexe ni tabou, Plaidoyer pour la liberté d'expression ». « Les condamnations précédentes n'ont manifestement pas été de nature à dissuader » le prévenu de commettre de nouvelles infractions, avait alors constaté le tribunal.

En juin 2018, le tribunal correctionnel lui avait infligé un an de prison, la peine maximale encourue, pour des messages antisémites dans une vidéo sur la plateforme YouTube, intitulée « Les juifs, l'inceste et l'hystérie ». En octobre 2017, le tribunal l'avait jugé coupable pour des messages jugés antisémites sur Twitter et Facebook.

En décembre 2018, Paris Match avait mis Hervé Ryssen à la une, sans savoir qui il était, dans une photo où il portait un « gilet jaune » face à un gendarme mobile devant l'Arc de Triomphe.

Vu sur le Parisien

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Pourquoi l’équinoxe d’automne tombe-t-il le 22 septembre cette année ?

En 2020, l'automne commence le 22 septembre. Pourquoi l'équinoxe ne tombe-t-il pas le 21 septembre ? Pour le comprendre, il faut s'intéresser à la rotation de la Terre autour du Soleil ainsi qu'à notre calendrier.

L’été prend officiellement fin ce mardi 22 septembre 2020, date de l’équinoxe d’automne. Cet événement astronomique a précisément lieu à 15h30. Souvent, il est à tort associé à la date du 21 septembre. Pourquoi l’automne n’a-t-il pas commencé ce lundi ? Comme l’équinoxe de printemps ou le solstice d’été et d’hiver, la réponse est à chercher à la fois dans le mouvement de la Terre dans l’espace et notre calendrier.

Lors de l’équinoxe, le Soleil est au zénith sur l’équateur terrestre : dit plus simplement, il est à la verticale au-dessus de nos têtes. Chaque année, deux équinoxes se produisent. Le premier a lieu entre le 19 et le 21 mars (l’hémisphère nord passe de l’hiver au printemps) et le second a lieu entre le 21 et le 24 septembre, comme à présent (l’hémisphère nord passe de l’été à l’automne).

Les équinoxes et solstices sur l’orbite terrestre. // Source : Wikimedia/CC/Colivine, Pierre cb (photo recadrée)

Il ne faut pas oublier que la Terre, en rotation autour du Soleil, est inclinée. Si on prend pour base le plan imaginaire formé par son orbite, son axe de rotation est légèrement penché de 23 degrés. C’est pour cette raison que les deux hémisphères terrestres sont alternativement orientés vers le Soleil. Avec le début de l’automne, nous entrons dans la phase où l’hémisphère sud est plus « penché » vers le Soleil. Mais au moment de l’équinoxe lui-même, aucun hémisphère n’est plus orienté que l’autre vers le Soleil.

L’AUTOMNE TOMBERA UN 21 SEPTEMBRE EN 2092

Le calendrier grégorien, que nous utilisons actuellement, date de la fin du 16e siècle. C’est un calendrier solaire, mais sa division en 12 mois n’est pas exactement fidèle à ce qui se passe dans l’espace. Il faut à la Terre environ 365 jours, 5 heures et 48 minutes pour faire un tour complet autour du Soleil. Autrement dit, l’année tropique et l’année calendaire ne correspondent pas exactement.

C’est pour rattraper ce décalage que les années bissextiles ont été instaurées. Tous les 4 ans, un jour supplémentaire est ajouté au calendrier à la fin du mois de février. Par conséquent, cela décale la date des équinoxes de printemps et d’automne. En théorie, l’équinoxe d’automne peut donc tomber le 21, le 22, le 23 ou le 24 septembre. Mais depuis l’instauration du calendrier grégorien, il n’est encore jamais tombé le 21 septembre. La première fois que cela se produira, nous serons en 2092 (à supposer, bien sûr, que le calendrier actuel ne soit pas modifié d’ici là). L’an passé, l’équinoxe d’automne est tombé un 23 septembre. En 2021, il aura lieu le 22 septembre.

 

source : https://www.numerama.com/sciences/549792-pourquoi-lequinoxe-dautomne-tombe-t-il-le-23-septembre-cette-annee.html?fbclid=IwAR1Rcivb5UI6Kn9SrdRA1Qafy1Awc3Jbqp9wJwWT-YM9okB-kjikgqVVfNw

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Arno Breker parle, une interview de Jean-Louis BRASSAC.

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C’est à deux pas de la place Pigalle, dans une petite maison romantique qu’habite Arno BREKER. En gravissant les marches de l'escalier, je me remémore tout ce qu'on a pu dire ou écrire sur cet artiste depuis qu'il est célèbre. J'en viens à me demander qui est véritablement cet homme dont la presse officielle nous dit aujourd'hui si peu de bien. Je vais bientôt être fixé: Arno Breker est devant moi sur le seuil de sa porte.

Aussitôt je suis frappé par la cordialité de mon interlocuteur. Robuste, solide sur ses jambes, il donne une impression à la fois de puissance et de douceur. Son visage, front dégagé, sourcils fournis, regard clair, est empreint de fermeté et d'une grande dignité qui inspire le respect.

Nous nous installons dans un assez grand studio dont les murs sont ornés de compositions de l'artiste. Arno Breker parle un français impeccable, employant toujours les termes les plus appropriés. Devant nous, sur une table basse, se trouvent un magnétophone, et plusieurs numéros de Découvertes. Une simple pression du doigt, et les bobines se mettent à tourner: l'entretien peut commencer!

UNE EXISTENCE GÊNANTE

—        Est-ce que vous pourriez, cher Maître, vous présenter aux lecteurs de Découvertes?

—        Bien sûr! Ici Arno Breker! En lisant mon livre: «Paris, Hitler et moi» vous pouvez suivre ma vie. Je suis venu pour la première fois à Paris en 1923, à cette époque il était encore très difficile de venir en France... Je suis Rhénan et la Rhénanie était occupée par les troupes françaises; je suis retourné à Paris en 1924, puis en 1925 pour m'y installer jusqu'en 1934. Comme vous le voyez, j'aime beaucoup Paris. Ainsi que la France d'ailleurs. J'ai été séduit, depuis ma jeunesse, par la culture française. Mon grand désir était de vivre à Paris; hélas la première guerre mondiale a brisé ce rêve!

—        Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre?

—        Ah! Ecoutez! Ma première femme était grecque; nous n'avons pas eu d'enfants ;elle est morte dans un accident d'automobile.

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Je me suis remarié et nous avons eu deux enfants: un fils (onze ans) et une fille (huit ans). Alors, comme je suis souvent attaqué par la presse, parce que j'ai travaillé à l’«époque maudite», j'ai voulu montrer à mes enfants que je n'étais pas un criminel. C'est pour cette raison que j'ai écrit mes Mémoires. Du reste mes amis de Paris m'ont toujours poussé à le faire, ils pensent que je suis un témoin de l'époque, un témoin qui ne craint pas de décrire la situation comme elle l'était réellement. Il est cependant regrettable que mon livre ait été amputé de quelque cent-cinquante pages. Cela m'a un peu surpris. De même que l'agencement du livre lui-même. Voyez-vous, je ne l'imaginais pas tout à fait comme cela...

Je tiens à être sincère, même si cela doit me valoir quelques nouveaux tracas.

—        Vous avez dit un jour: «Pour cinq ans de commandes officielles, vingt-cinq ans d'oubliettes.» Pourriez-vous évoquer votre situation au lendemain de la deuxième guerre mondiale?

—        A la fin de la guerre, on était complètement écrasé. Je n'ai pas besoin de vous rappeler notre situation à nous, Allemands, en 1945. C'était l'enfer! J'avais quitté Berlin, mes ateliers... J'avais tout perdu, tout ce que je possédais, ma bibliothèque, ma collection de tableaux (dont beaucoup m'avaient été offerts par mes amis, peintres français)... Alors, je me trouvais devant rien,   subissant complètement les événements.   Je suis tombé malade et j'ai dû rester en clinique plusieurs mois.

J'ai recommencé à travailler progressivement vers 1948, mais je n'ai jamais pu recevoir de véritables commandes. Je n'avais rien à faire. Un de mes amis qui a une affaire d'assurances en Rhénanie m'a prié de l'aider, comme architecte. J'ai ainsi travaillé pendant quinze ans. J'ai abandonné l'architecture il y a seulement quatre ans. Depuis, je fais des portraits et des petites statuettes. Mais aujourd'hui encore, je suis pour l'Allemagne une existence gênante, une sorte de fantôme qu'on écarte. Quelques amis m'ont heureusement aidé. Mais l'avenir n'est pas rose... C'est pour moi très difficile de nourrir ma famille...

En prononçant ces derniers mots, Arno Breker a baissé la voix. Son regard se durcit... Je sens en cet homme une grande émotion, une profonde tristesse.

J'ÉTAIS ENTIÈREMENT LIBRE...

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—        Votre livre s'intitule: «Paris, Hitler et moi». Avez-vous bien connu Hitler?

—        Bien connu, c'est peut-être trop dire. La première fois que je l'ai rencontré, c'était en 1936, après les Olympiades où j'avais reçu la médaille d'argent du Concours artistique. Hitler avait invité tous les lauréats à la Chancellerie, c'est là qu'on m'a présenté au Führer. A cette époque, je venais de quitter Paris où j'avais pourtant une brillante situation, répondant ainsi aux souhaits de mes amis, parmi lesquels le grand impressionniste Liebermann et l'historien d'art Wilhelm Hausenstein... Quand je suis arrivé à Berlin, je me suis trouvé assez désemparé. La presse était hostile à mon égard. J'étais marié à une Grecque, qu'on supposait juive, et je venais de Paris! Quand on m'a présenté à Hitler, il m'a dit: «Ah! c'est vous qui faites des copies d'après la sculpture grecque!» J'étais fort étonné d'entendre une chose pareille sortir de sa bouche, parce que c'était textuellement ce que la presse me reprochait. Je lui répondis:

«Non, non, vous vous trompez, Monsieur, mes statues ne sont pas des copies de sculptures grecques, ce sont des copies d'après nature... J'ai eu comme modèles deux athlètes magnifiques qui m'avaient été présentés par le Président des Olympiades, le Dr. Theodor Lewald...» Hitler m'a écouté, puis il s'est éloigné sans rien dire.

La deuxième fois que je l'ai rencontré, c'était lors de l'inauguration de la nouvelle Chancellerie, en 1939. En novembre 1938, Speer, qui supervisait tous les travaux de construction à Berlin, m'avait invité à lui rendre visite. Il me reçut peu de temps; c'était un homme très occupé et il n'aimait pas laisser une question en suspens. Il m'informa qu'on avait organisé un concours de sculpture pour la nouvelle Chancellerie dont il réalisait l'architecture. Les résultats n'étaient guère encourageants. Hitler lui avait alors dit: «Essayez donc avec Breker! On verra ce que cela donnera.» Speer me montra donc, dans le plus grand secret, les maquettes de la Chancellerie... J'étais fort intéressé; cette architecture me plaisait. «Voilà, me dit-il, il y a deux emplacements, l'un à gauche, l'autre à droite, vous avez la liberté de faire ce que vous voulez. Quinze jours plus tard, je retournai chez Speer, avec les deux maquettes. Il les vit, et ne dit rien. Deux jours plus tard, il m'apprenait que le Führer était tellement satisfait de mon projet qu'il voulait également me confier la réalisation d'une grande fontaine.

A cette époque, je voyais aussi pour la première fois les prodigieux plans de la rénovation de Berlin. Des travaux gigantesques! Un peu comme Hausmann ici à Paris. Ce devait être l'œuvre de toute une génération! La fontaine qui m'était commandée mesurait sur le plan cent-trente mètres de diamètre! J'ai eu aussi cette commande, et sans sacrifier mon indépendance, sans jamais être prisonnier d'aucune directive, comme pour la Chancellerie! J'étais entièrement libre! Il faut le dire.

Arno Breker insiste bien sur ce dernier point, il y attache une grande importance:

—        On me dit toujours: «Vous avez travaillé pour le parti nazi, avec des consignes, des interdits...» C'est stupide! Hitler avait un tel respect à mon égard qu'il n'aurait jamais osé me donner la moindre directive pour mon travail. Il ne se posait pas la question de savoir si l'art de untel ou de untel correspondait ou non à ses propres conceptions; seule la qualité comptait...   C'était du reste un homme parfaitement doué, un tempérament d'artiste, un excellent dessinateur... En temps normal, il aurait probablement fait la carrière d'un artiste et non pas, comme l'ont dit, celle d'un peintre... en bâtiment!

—        Ce que vous dites est important. Certains critiques d'après-guerre prétendent en effet que votre art était un art de commande, et votre travail un travail de fonctionnaire...

Arno Breker m'interrompt avec vivacité:

—        C'est absolument ridicule! Hitler était moins dictateur vis-à-vis de moi qu'un curé qui demande à un artiste d'exécuter une Sainte-Marie pour son église. D'ailleurs, Hitler a pendant quelque temps, montré une certaine réserve envers moi. Lors de la visite de Paris, il me prit un instant à part. C'était pour s'excuser de m'avoir «maltraité» pendant des années à cause de dénonciations qu'il recevait. «Aujourd'hui, je viens de comprendre que tout était faux!» me dit-il.

SOUS LE «RÈGNE DE LA BARBARIE»

—        On dit souvent que l'époque nationale-socialiste a été pour l'Allemagne une période d'obscurité totale au point de vue artistique et littéraire, le règne de la barbarie. Qu'en pensez-vous?

—        C'est ridicule et insensé. Il faut apporter quelques précisions. Au lendemain de la première guerre mondiale, la situation était fort dure pour tout le monde. Nous étions en pleine inflation et les conséquences du Traité de Versailles nous étaient très pénibles. En 1930, nous avions près de huit millions de chômeurs. L'Allemagne était par terre, complètement par terre, offerte au communisme. L'Allemagne se balançait sur un fil. A cette époque, j'étais à Paris. Je me souviens avoir reçu la visite du chef de Cabinet de Brunning: «II n'y a rien à faire, me dit-il, le gouvernement français ne veut pas comprendre notre situation... Nous allons tout droit vers le communisme ou vers le national-socialisme!»

Il avait raison. Hitler est arrivé au pouvoir et, on l'oublie trop souvent aujourd'hui, par des moyens démocratiques!

Pendant ces années, les artistes, la très grande majorité des artistes, s'étaient trouvés dans une situation pénible. Dans le domaine de la peinture, par exemple, c'était le règne absolu de l'expressionnisme ; tout le reste était méprisé, ignoré. La plupart de ces artistes délaissés devinrent alors de fervents nationaux-socialistes, pour protester contre cette situation intenable, contre la dictature de quelques marchands de tableaux! Ainsi l'avènement du national-socialisme provoqua le déclin du courant expressionniste. D'autres artistes purent alors se révéler.

A la fin de 1943, Hitler avait décidé de me confier la direction des Arts en Allemagne. Il me dit ouvertement que la campagne contre «l'art dégénéré» était une erreur fondamentale; j'étais pour lui le seul homme qui put remettre les choses au point. Assez surpris, et très flatté, je lui répondis: «Ecoutez, mein Führer, je ne puis vous répondre sur le champ, il me faut réfléchir...» Quinze jours plus tard, nous nous rencontrions de nouveau. J'avais préparé une note où j'expliquais à quelles conditions j'accepterais la charge qui m'était proposée. Ma première condition était:

«Hoffmann ne doit occuper aucune fonction dans mon service.» Cet homme n'avait d'ailleurs pas de place officielle, c'était un photographe, fort intelligent mais aussi très intrigant. Hitler, considérant ma première exigence m'objecta: «Voyons, qu'est-ce que vous me dites-la, ce n'est pas sérieux! Vous connaissez Hoffmann... Il ne représente aucun danger pour vous!» «Si, mein Führer, à aucun prix je ne pourrais travailler dans une atmosphère de contrainte...»

—        Il y a donc eu une production artistique et littéraire notable à cette époque?...

—        Sans aucun doute !

Tenez, dans le domaine du cinéma, par exemple, on a produit tout une série d'excellents films, dont quelques-uns resteront (ou devraient rester!) comme d'authentiques chefs-d’œuvre dans l'histoire du septième Art.

Si un metteur en scène tel que Lang a quitté l'Allemagne, au regret de Hitler d'ailleurs, beaucoup d'autres l'ont remplacé, et avec autant de talent.

Parmi tant d'œuvres marquantes on peut citer: «Victoire à l'Ouest», de Walter Rutmann, qui était un réalisateur d'avant-garde. Son «Deutsche Panzer» est aussi remarquable... Rutmann mourut des suites de ses blessures sur le Front de l'Est.

Veit Harlan est un des noms représentatifs de cette époque. Parmi ses meilleurs films: «Le Juif Süss», «Le grand Roi», «La Ville dorée».

Pabst, réalisateur de «Quatre de l'Infanterie», revint en Allemagne à la veille de la guerre et tourna plusieurs films, dont «Paracelsus».

Vous connaissez certainement «Les Aventures fantastiques du baron de Münchhausen» de Josef Von Baky. C'est une grande réalisation en couleur très étonnante.

Et Leni Riefenstahl, cette femme merveilleuse, avec son immortel chef-d’œuvre: «Les Dieux du Stade»!

dieux stade

Et les excellents documentaires (Hitler-Junge, Quex, Kruger), et l'extraordinaire Rembrandt, de Hans Steinhof !

Et les comédies musicales de Willy Forst.

Et les sensationnels documentaires scientifiques de la UFA, qui passionnaient les spectateurs du monde entier...

Nous avions à ce moment-là une pléiade de grands acteurs: Emil Jannings (le protagoniste de «Der Herrscher» — Le Dominateur) ; Heinrich George, l'acteur du «Maître de Poste» (un des plus grands succès du cinéma allemand, en pleine guerre, non seulement en Allemagne mais dans d'autres pays), qui mourut prisonnier des troupes soviétiques. Zarah Leander (qui était suédoise). Hans Albers, le héros de «Münchhausen». Kristina Soderbaum, l'héroïne de «La Ville dorée». Et Marika Rök, la grande artiste du film musical «La Femme de mes rêves», qui fut également un des plus grands succès cinématographiques, en pleine guerre, non seulement en Allemagne mais dans d'autres pays...

—        Et quant aux Beaux-Arts?...

—A l'exception de Belling, tous les sculpteurs ont continué leur travail en Allemagne. Le seul peintre a avoir quitté son pays fut Beckmann. Mais c'était un homme fortuné qui avait beaucoup de relations dans le monde, et son départ n'a pas dû lui poser tellement de problèmes. On avait certes donné des ordres selon lesquels un certain nombre d'artistes ne devaient plus travailler... Ils ont travaillé tout de même. Le peintre Hofer, qui fut parmi les premiers attaqués par le national-socialisme, a toujours fait son possible pour obtenir des commandes de l'Etat. Ça n'a pas marché; il est donc resté à l'écart mais il a continué tranquillement à peindre ses tableaux, même pendant la guerre, avec de la peinture à l'huile française (que l'on ne trouvait plus en Allemagne), et sur des toiles françaises...

—        Mais c'est sans doute dans le domaine musical que nous trouvons le plus bel exemple de la «barbarie nazie»?...

—        En effet !... Je puis citer sur ce point le témoignage d'un auteur peu suspect de complaisance envers l'Allemagne de cette époque, dans un gros ouvrage sur le national-socialiste: «Contrairement aux écrivains, la plupart des grandes figures du monde musical allemand choisirent de rester dans l'Allemagne nazie, et même prêtèrent leur nom et leur talent à l'Ordre nouveau.» Wilhelm Furtwaengler, l'un des plus grands chefs d'orchestre de notre siècle, resta... Richard Strauss demeura lui aussi, et même devint pendant un temps président de la Chambre de musique du Reich... Walter Gieseking... Wilhelm Kempff... Herbert von Karajan...

L'Orchestre Philarmonique de Berlin était applaudi dans le monde entier, et l'Opéra de Berlin était au premier rang des grandes formations symphoniques...

Peu d'écrivains émigrèrent, quoi qu'en dise notre auteur. Si Thomas Mann, Zweig, Zuekmayer quittèrent l'Allemagne, Ernst Jünger, Ernst Wiechert; Gerhart Hauptmann et bien d'autres continuèrent d'y travailler. Le monde de l'Edition était prospère. Je connaissais d'ailleurs bien l'éditeur Fischer, qui poursuit actuellement une très belle carrière...

guerrierc blzssé

A ce moment, la sonnerie de la porte d'entrée retentit. Arno Breker se lève et accueille son ami André Leduc. Le grand champion cycliste (vainqueur de Paris-Roubaix, Paris-Tours et de plusieurs Tours de France). Dans l'une de ses œuvres, Arno Breker s'est inspiré du coureur: il s'agit du «Guerrier blessé». Le guerrier, c'est André Leduc après une chute dramatique dans le Tour de France. La photographie de l'œuvre passe entre nos mains. L'attitude saisie par l'artiste est poignante.

statue guerrier blessé

Nous reprenons notre entretien.

— Un épisode m'a frappé dans votre livre, entre beaucoup d'autres choses: la rencontre du capitaine de l'équipe grecque et de Hitler, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Berlin en 1936...

Ah oui! Loues Spiridou était âgé à l'époque de soixante-dix ans. Il avait été un grand champion de Marathon et il était encore assez vert. J'avais fait son portrait. II était tombé amoureux de notre femme de chambre et ils ont même eu un enfant!

C'était un berger, très cultivé et au courant des événements politiques. Quand il s'avança pour remettre à Hitler le rameau d'olivier symbolique, il était très ému mais il se ressaisit rapidement. Il n'en finissait pas de parler! Le traducteur était affolé, car ce que disait Spiridou ne concordait pas avec le papier préparé. Hitler était d'ailleurs séduit par la franchise de cet homme.

Ces Olympiades ont été pour tous ceux qui y ont assisté un souvenir inoubliable. On a malheureusement aussi colporté bon nombre de mensonges à ce propos. Par exemple, j'ai encore entendu dire récemment que Hitler aurait refusé de serrer la main du grand athlète américain Jesse Owens, quatre fois champion olympique. C'est ridicule, et tout à fait faux! Hitler a félicité en personne tous les champions. J'étais un peu au-dessus de lui, et je pouvais voir ce qu'il faisait, tout de même! C'est une légende que l'on a fabriquée. Il régnait une grande camaraderie entre les équipes et en particulier entre les Allemands et les Américains.

A suivre…

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