Résistance Identitaire Européenne

"1979 l'Année Charnière" avec Robert Steuckers & "Les nonagénaires génocidaires" avec Nicolas Bonnal AVATAR Media Editions / Edizioni

 

 

 Café Noir – Un Autre Regard sur le Monde. Émission du vendredi 04 juin 2021 avec Pierre Le Vigan et Gilbert Dawed.

 
Première Partie: 1979 l'Année Charnière avec Robert Steuckers
et Deuxième Partie: Le Coup de Gueule de Nicolas Bonnal: Les Nonagénaires Génocidaires.
INDEX (pour naviguer la vidéo, cliquer sur les liens)
 
00:00 - Présentation & Introduction
05:10 - La "Cancel" & "Woke" Cultures
08:30 - La Chine s'ouvre à l'Économie de Marché
10:00 - Le Retour de Khomeini à Tehran
13:20 - Les Verts en Allemagne
16:10 - Le Néo-conservatisme aux USA (Reagan)
17:00 - Le Néo-libéralisme en Grande Bretagne (Thatcher)
27:28 - Jean-Paul II en Pologne
28:30 - Les Boat-People
30:10 - La Nouvelle Philosophie en France
34:53 - La Prise de l'Ambassade USA à Tehran
37:50 - La Double Décision de l'OTAN (Allemagne)
43:45 - L'Invasion de l'Afghanistan par l'Union Soviétique
46:35 - Les Premiers "Regime Change"
50:45 - La Première Conférence Internationale sur le Climat
51:10 - L'Emergence du Système Monétaire Européen
52:44 - Le CDGNB: Les Nonagénaires Génocidaires
 
 

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A propos de l’écologie nationale...

écologie nationale Hervé Juvin

 

Plusieurs articles et quelques déclarations me concernent en tant qu’élu engagé sur les sujets environnementaux. Il me semble utile d’y apporter quelques compléments d’information, et quelques réponses.

 

L’extrême gauche continue de décerner des brevets d’écologie !

Et d’abord, qui sont ces rentiers de l’écologie qui prétendent décerner des brevets d’écologie, délivrent des autorisations à traiter des sujets écologiques, et prononcent des interdits ? L’écologie est l’affaire de tous. L’écologie n’appartient à personne, surtout pas à une ultragauche qui s’en est emparée au prix d’un évident paradoxe — rien n’est plus anti-écologique que l’ouverture des frontières et le multiculturalisme ! — surtout pas aux divers affairistes qui sous couvert d’écologie ont surfé sur une vague profitable ; voir le scandale des renouvelables, etc.

Et elle n’appartient pas même à celles et ceux qui ont contribué à en faire le sujet de tous. Avec tout le respect que j’ai pour Corinne Lepage, pour Brice Lalonde ou pour Antoine Waechter, rien ne leur permet de décerner des brevets d’écologisme. Je n’aurai pas l’indécence de rappeler que les grands fondateurs et concepteurs de l’écologie, d’Alexander von Humboldt à l’inventeur du mot, Ernst Haeckel, de John Muir à Konrad Lorenz ou de Jacques Ellul à Ernst Schumacher, ou que les grands porteurs de l’écologie, de Théodore Roosevelt aux États-Unis, créateur du Yellowstone, à Georges Pompidou, créateur du premier « Ministère de l’Environnement » en France, n’avaient rien de gauchiste ! Que la droite nationale retrouve la priorité écologique, celle du cadre de vie, de la transmission et de la tenue du territoire n’a rien que de naturel. J’espère y contribuer pour ma part.

 

L’idéologie mondialiste de l’écologie

Je ne suis pas aveugle et je vois bien ce qui gêne. Dictée par les organisations internationales au service des entreprises géantes qui les paient, d’IKEA à Tesla, et de l’idéologie mondialiste qui assure leurs profits, la religion de la transition énergétique se veut globale et entend imposer des solutions globales au changement climatique. Le changement climatique est une réalité. Prétendre le combattre de manière autoritaire et uniforme est une supercherie ; le plus bel exemple étant ces réglementations européennes sur le climat qui s’appliquent également à la Finlande et à la Sicile ! Ni l’isolation thermique des logements ni l’économie de l’eau n’y ont rien à voir ; mais le vrai propos de l’Union européenne est d’en finir avec ces spécialités locales que sont les constructions en pierre de lave de Pantelleria, comme avec les maisons en bois de l’Estonie, les unes et les autres fruit d’une adaptation remarquable aux ressources locales et au climat ; quand tout sera préfabriqué et industrialisé, l’Union prospérera sur les ruines des adaptations millénaires des hommes à leur milieu !

En finir avec ces PME, ces artisans, ces indépendants qui font vivre les territoires, voilà le but de la captation réglementaire à laquelle ont procédé avec succès les multinationales du bâtiment. En finir avec la diversité des communautés, des sociétés, des Nations ; voilà le vrai objectif d’une écologie destructrice de la diversité, apôtre de cette écologie hors sol qui en finit avec toute culture, singularité et qui, vraiment, peut devenir la pire menace contre toute existence humaine décente.

 

Écologie et progressisme

Voilà le moment d’en arriver à l’essentiel. Écologie et écriture inclusive, écologie et GPA, écologie et théorie du genre, écologie et multiculturalisme, écologie et nomadisme obligé, voilà autant d’incompatibilités qui crient vers le ciel l’inconsistance tragique des écologistes proclamés ! L’homme est un être de culture. C’est entendu, les déterminants de l’existence humaine ne se réduisent ni à « la race », ni au sexe, à l’âge, au climat, etc. Qu’ils ne s’y réduisent pas ne signifient pas qu’ils n’ont aucune importance. La culture est l’expression que la liberté donne à des siècles ou des millénaires d’adaptation réciproque de l’homme à son milieu, et de ce milieu à l’homme. L’igloo, ou le refroidissement par courant d’eau des palais hindous sont des exemples remarquables d’adaptation de l’homme à son milieu ; les cultures en terrasses, ou l’assolement triennal sont les mêmes exemples de l’adaptation de son milieu à l’homme.

Toutes les cultures sont issues de ces interactions. Elles forgent ces identités qui unissent ceux qui ont en commun le même habiter et vivre dans un milieu donné. L’occupation sédentaire des territoires et la transmission familiale en sont les conditions. De génération en génération se construit l’appareil de mythes, de légendes, de gestes, de pratiques, qui exprime cette adaptation réciproque, qui la perpétue, et qui dépend de la constance de l’occupation humaine d’un ou de territoires — les nomades Peuhls ou Touaregs étant de magnifiques exemples de ces adaptations de l’homme au milieu sahélien.

Voilà ce que le double mensonge de « tous les hommes sont les mêmes » et «  chaque individu a un droit illimité à migrer » vient ruiner. Inutile d’en appeler à Joseph de Maistre ou à Pascal. Chacun de ceux qui ont vu le monde sait bien que le plus cher désir de la majorité des résidents de cette planète est de vivre sur leur terre, dans leur Nation et parmi les leurs. Et chacun sait pour que la majorité des migrants comme des populations dites « d’accueil », les migrations sont un drame imposé, quand elles ne sont pas la forme moderne de l’esclavage.

L’écologie hors-sol est une négation de la culture, qui n’est que si elle est plurielle, et la pire menace qui pèse sur la diversité humaine, donc notre survie. Car nous survivrons parce que les hommes ne sont pas les mêmes et que leurs modèles de vie, leur idéal de la bonne vie, ne sont pas les mêmes. Et nous survivrons parce que nous aurons abandonné l’idée suicidaire selon laquelle la technique va nous permettre d’en finir avec la nature — ce qui signifie ni plus ni moins, en finir avec ce qui en l’homme fait l’homme.

Le point est décisif. Ce que dit l’obligation de se développer, à quoi se réduit le « droit au développement », est la destruction de cette diversité des modes de vie et des choix de vie qui est notre trésor inconnu. Nous ne développerons pas ce point ici, mais l’erreur est celle qui passe de l’obligation morale «  ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » à son contraire ; «  fais à autrui ce que tu voudrais qu’on te fasse », qui est simplement la négation de la liberté, comme de la dignité humaine ; je ne demande à personne de faire mon bien, je m’en charge ! Que les écologistes prétendent faire le bien des hommes sans eux, voire contre eux, comme l’écologie punitive en donne chaque jour l’exemple, est une perversion morale qui tôt ou tard se paiera — et se paie déjà de la désaffection croissante pour une écologie à la triste figure, l’inverse de l’écologie de la joie de vivre qui seule peut fonder un projet politique.   

La critique se fait plus acérée, et les confusions plus gênantes, quand j’affirme que le nomadisme généralisé, l’individu de droit, la destruction des frontières et le dépassement des limites sont les pires ennemis de l’écologie. «  Le monde est à nous ! » est une insulte à l’écologie. « Nous sommes tous des nomades comme les autres ! » est la négation des conditions écologiques de notre survie. Je touche là au peu qui reste de sacré aux yeux d’une gauche qui a tout trahi, sauf l’idée d’un internationalisme qui lui vaut les faveurs des les multinationales — et la perte de tout ce qui reste des peuples conscients d’eux-mêmes. La réalité est qu’un écosystème ne survit que parce qu’il est séparé des autres — par l’éloignement, par ses défenses naturelles, par sa capacité à éliminer les espèces invasives (ceux qui restent tentés par la « reductio ad hitlerum » feraient bien de réviser leur histoire ; l’utopie écologique de l’harmonie entre un peuple et sa terre natale est présente à la création d’Israël, et le mouvement sioniste du début du XXe siècle est aussi un engagement écologique à la réconciliation d’un peuple avec son milieu d’origine, avec la « terre où coulent le lait et le miel » de la Bible). La réalité est aussi que les frontières sont moins ce qui sépare que ce qui permet à une société humaine de se recueillir dans son être et de s’affirmer dans sa plénitude — rien à voir avec l’affadissement du « multiculturalisme », ou de la consommation en masse des « signes culturels ».

La réalité est que seul le sacré tient le marché — parce qu’il y a des raisons de tuer ou de mourir qui ne sont pas d’argent ; parce qu’il y a des choses pour lesquelles tuer ou mourir qui ne s’achètent ni ne se vendent — l’Occident devrait entendre ce qui lui dit l’Islam à ce sujet, et qui n’est pas rien. Mais qu’entendent les écologistes patentés des cris du monde et de la vie ? Dans nos sociétés de marché, sorties de la religion et de l’espoir révolutionnaire, tout ce qui demeure de sacré, ce à partir de quoi tout peut repartir, ce sont les identités particulières, ce sont les communautés et c’est la citoyenneté, surtout quand elles procurent ce sentiment de la nature propre à chaque civilisation, à chaque culture, voire à chaque territoire.

Et tout écologiste soucieux de la diversité des espèces animales ou végétales, de la préservation des biotopes spécifiques et de la stabilité des écosystèmes, devrait mesurer à quel point il se trahit s’il n’applique pas aux sociétés humaines les mêmes principes de séparation vitale, de discrimination nécessaire et de préférence pour soi. Chacun chez soi n’est ni fermeture, ni mépris ; c’est au contraire la condition pour que l’Autre demeure, que la diversité demeure, et que la liberté survive, cette liberté politique des sociétés unies devant leur destin.

En quelques mots ; oui, pas d’écologie sans respect des identités et défense de la diversité des sociétés humaines. Pas d’écologie sans frontières, sans limites et sans ce sentiment du sacré qui est incompatible avec le libre mouvement des biens, des services, des capitaux et des hommes. Et surtout, pas d’écologie sans bienveillance pour les mille et une manières de vivre et de trouver le bonheur que les hommes ont trouvé, et sans indulgence pour leurs pauvres efforts de se concilier le ciel.

Hervé Juvin (Juvin 2021, 24 mai 2021)

Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

 

Sur son site de campagne, Hervé Juvin, tête de liste aux élections régionales dans les Pays-de-la-Loire, répond à ses détracteurs et rappelle ce que doit être une écologie humaine et enracinée.

Économiste de formation et député européen, Hervé Juvin est notamment l'auteur de deux essais essentiels, Le renversement du monde (Gallimard, 2010) et La grande séparation - Pour une écologie des civilisations (Gallimard, 2013). Candidat aux élections européennes sur la liste du Rassemblement national, il a publié récemment un manifeste intitulé France, le moment politique

Fce le moment

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Valeurs héroïques contre valeurs bourgeoises ! (Georges Valois)

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Dans cette vidéo, nous nous pencherons sur les notions d’esprit et de valeurs héroïques, en opposition à l’esprit marchand et mercantile, à partir d’un livre de Georges Valois, « La révolution nationale ». Selon lui, l’esprit héroïque, de sacrifice, de courage et de dévouement est le seul qui puisse s’opposer véritablement à la toute-puissance de l’Argent.

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Vilfredo Pareto, le Karl Marx du fascisme

 

Vilfredo pareto

 

La contribution italienne à la pensée politique et sociale est particulièrement impressionnante et, en fait, peu de nations sont dotées d'une tradition aussi longue et aussi riche. Il suffit de mentionner des noms comme Dante, Machiavel et Vico pour apprécier l'importance de l'Italie à cet égard. Au vingtième siècle aussi, les contributions apportées par les Italiens sont d'une grande importance. Parmi celles-ci se trouvent la théorie de la domination oligarchique de Gaetano Mosca, l'étude des partis politiques de Roberto Michel, les curieuses théories sociobiologiques de Corrado Gini, et les investigations de Scipio Sighele sur l'esprit criminel et sur la psychologie des foules [1]. L'un des plus largement respectés de ces théoriciens et sociologues politiques italiens est Vilfredo Pareto. En effet, ses écrits ont eu tant d'influence qu'«il n'est pas possible d'écrire l'histoire de la sociologie sans se référer à Pareto» [2]. A travers toutes les vicissitudes et les convulsions de la vie politique du vingtième siècle, Pareto demeure à ce jour «un spécialiste de réputation universelle» [3].

Pareto est aussi important pour nous aujourd'hui parce qu'il est une figure dominante dans l'un des courants intellectuels les plus remarquables, et pourtant largement étouffés, de l'Europe. Cette vaste école de pensée inclut des figures aussi diverses que Burke, Taine, Dostoïevski, Burckhardt, Donoso Cortés, Nietzsche et Spengler, et se trouve en franche opposition avec le rationalisme, le libéralisme, l'égalitarisme, le marxisme et toutes les autres créations des doctrinaires des Lumières.

 

Vie et personnalité

Vilfredo Federico Damaso Pareto était né à Paris en 1848 [4]. Il était d'ascendance mixte franco-italienne, fils unique du marquis Raffaele Pareto, un Italien exilé de sa Gênes natale à cause de ses idées politiques, et de Marie Mattenier. Comme son père avait une vie assez confortable en tant qu'ingénieur en hydrologie, Pareto fut élevé dans un environnement de classe moyenne, jouissant de nombreux avantages qui revenaient aux gens de sa classe sociale à cette époque. Il reçut une éducation de qualité à la fois en France et en Italie, obtenant finalement un diplôme d'ingénieur à l'Institut Polytechnique de Turin où il termina premier de sa classe. Après avoir obtenu son diplôme, il travailla pendant plusieurs années comme ingénieur civil, d'abord pour la compagnie étatisée des chemins de fer italiens et ensuite pour l'industrie privée.

Pareto se maria en 1889. Son épouse Dina Bakunin, une Russe, aimait apparemment une vie sociale active, ce qui était plutôt en conflit avec l'amour de Pareto pour l'intimité et la solitude. Après douze années de mariage, Dina abandonna son époux. Sa seconde femme, Jane Régis, le rejoignit peu après la rupture de son mariage et tous deux restèrent dévoués l'un à l'autre durant tout le reste de la vie de Pareto.

Durant ces années, Pareto acquit un profond intérêt pour la vie politique de son pays et exprima ses idées sur une variété de thèmes dans des conférences, des articles pour divers journaux, et dans l'activité politique directe. Constant dans son appui à la théorie économique de la libre entreprise et au libre-échange, il ne cessa jamais d'arguer que ces concepts étaient des nécessités vitales pour le développement de l'Italie. Vociférant et polémique dans la défense de ces idées, et incisif dans la dénonciation de ses adversaires (qui se trouvaient être au pouvoir en Italie à cette époque), ses conférences publiques étaient suffisamment controversées pour être parfois visitées et fermées par la police, et attirer occasionnellement des menaces de la part d'hommes de main. Faisant peu de progrès avec ses concepts économiques à l'époque, Pareto se retira de la vie politique active et fut nommé professeur d'économie politique à l'Université de Lausanne (Suisse) en 1893. Il y établit sa réputation d'économiste et de sociologue. Sa réputation devint si grande qu'il fut surnommé «le Karl Marx de la bourgeoisie» par ses opposants marxistes. En théorie économique, son Manuel d'économie politique [5] et sa critique du socialisme marxien, Les Systèmes socialistes [6], restent parmi ses travaux les plus importants.

Pareto se tourna vers la sociologie assez tard dans sa vie, mais il est cependant acclamé dans ce domaine. Son monumental Traité de sociologie générale, et deux volumes plus petits, Montée et chute des élites et La transformation de la démocratie, sont ses chef-d ‘œuvres en sociologie [7]. Nous examinerons plus loin la nature de quelques-unes des théories contenues dans ces livres.

Le titre de marquis avait été accordé à l'arrière - arrière - arrière - grand-père de Pareto en 1729 et, après la mort de son père en 1882, cette dignité passa à Pareto lui-même. Il n'utilisa jamais ce titre, cependant, disant que puisque celui-ci n'était pas mérité, il avait peu de sens pour lui. Inversement, après sa nomination à l'Université de Lausanne, il utilisa le titre de «Professeur», car il sentait que c'était quelque chose qu'il méritait à cause de sa vie d'étude. Ces faits soulignent l'une des caractéristiques les plus marquantes chez cet homme: son extrême indépendance.

La grande intelligence de Pareto lui causa des difficultés pour travailler sous toute sorte de supervision. Durant toute sa vie il se dirigea, pas à pas, vers l'indépendance personnelle. Comme il était parfaitement conscient de sa propre intelligence, sa confiance en ses capacités et en sa supériorité intellectuelle irritait et offensait souvent les gens autour de lui. Pareto, en discutant de presque toutes les questions dont il se sentait certain, pouvait être obstiné dans ses idées et dédaigneux envers ceux qui avaient des opinions divergentes. De plus, il pouvait être dur et sarcastique dans ses remarques. En conséquence, certains finirent par considérer Pareto comme querelleur, caustique et méprisant pour les sentiments des gens.

Inversement, Pareto pouvait être généreux envers ceux qu'il percevait comme des «opprimés». Il était toujours prêt à prendre sa plume pour défendre les pauvres ou pour dénoncer la corruption dans le gouvernement et l'exploitation de ceux qui étaient incapables de se défendre. Comme l'écrit l'écrivain et sociologue Charles Powers:

Pendant de nombreuses années, Pareto offrit de l'argent, un abri et des conseils aux exilés politiques (particulièrement en 1898 après les tumultueux événements de cette année en Italie). Comme son père, Pareto était conservateur dans ses goûts et inclinations personnels, mais il était aussi capable de sympathiser avec d'autres et d'apprécier les protestations pour l'égalité des chances et la liberté d'expression [8]. Pareto était un libre penseur. A certains égards, il rappelle un libertaire précoce. Il était possédé par cette dualité d'humeur que nous continuons à trouver parmi les gens qui sont extrêmement conservateurs et néanmoins ardents dans leur croyance en la liberté personnelle [9].

Comme il était un expert dans le maniement de l'épée et aussi un tireur d'élite, il n'était pas enclin à céder devant des menaces contre sa personne, un comportement qu'il aurait considéré comme une lâcheté et contraire à son sens de l'honneur personnel. Plus d'une fois il mit en fuite des brutes et des voyous [10].

Pareto souffrit d'une maladie de cœur vers la fin de sa vie et pendant ses dernières années lutta contre la maladie. Il mourut le 19 août 1923.

Vilfredo Pareto signature 

Les systèmes socialistes

Toute sa vie adversaire du marxisme et de l'égalitarisme libéral, Pareto publia une bordée foudroyante contre la vision-du-monde marxiste-libérale en 1902. Considérant le respect presque universel accordé aux aspects les plus marquants du marxisme et du libéralisme, il est regrettable que Les systèmes socialistes de Pareto n'ait pas été traduit en anglais dans son entièreté. Seuls quelques extraits ont été publiés. Dans un passage souvent cité qui peut être pris pour un avertissement prophétique destiné à notre époque, Pareto écrit:

Un signe qui annonce presque invariablement la décadence d'une aristocratie est l'intrusion de sentiments humanitaires et de sentimentalisme affecté qui rend l'aristocratie incapable de défendre sa position. La violence, nous devons le noter, ne doit pas être confondue avec la force. Assez souvent on observe des cas où des individus et des classes qui ont perdu la force de se maintenir au pouvoir se font de plus en plus haïr à cause de leurs accès de violence au hasard. L'homme fort frappe seulement quand c'est absolument nécessaire, et alors rien ne l'arrête. Trajan était fort, pas violent. Caligula était violent, pas fort.

Lorsqu'une créature vivante perd les sentiments qui, dans des circonstances données, lui sont nécessaires pour maintenir la lutte pour la vie, c'est un signe certain de dégénérescence, car l'absence de ces sentiments entraînera tôt ou tard l'extinction de l'espèce. La créature vivante qui répugne à rendre coup pour coup et à verser le sang de son adversaire se place ainsi à la merci de son adversaire. Le mouton a toujours trouvé un loup pour le dévorer; s'il échappe aujourd'hui à ce péril, c'est seulement parce que l'homme se le réserve pour lui-même.

Tout peuple qui a horreur du sang au point de ne pas savoir comment se défendre deviendra tôt ou tard la proie d'un peuple belliqueux ou d'un autre. Il n'y a peut-être pas un seul pouce de terre sur ce globe qui n'ait pas été conquis par l'épée à un moment ou à un autre, et où ses occupants ne se sont pas maintenus par la force. Si les Nègres étaient plus forts que les Européens, l'Europe serait partitionnée par les Nègres et non l'Afrique par les Européens. Le «droit» proclamé par des peuples qui s'accordent le titre de «civilisés» à conquérir d'autres peuples, qu'il leur plaît d'appeler «non-civilisés», est complètement ridicule, ou plutôt ce droit n'est rien d'autre que la force. Car tant que les Européens seront plus forts que les Chinois, ils leur imposeront leur volonté; mais si les Chinois devaient devenir plus forts que les Européens, alors les rôles seraient inversés, et il est hautement probable que les sentiments humanitaires n'ont jamais pu être opposés avec une efficacité quelconque à une armée. [11]

Dans une autre partie du même ouvrage qui rappelle à l'esprit les paroles du philosophe allemand Oswald Spengler, Pareto met aussi en garde contre ce qu'il considérait comme le danger suicidaire de l'«humanitarisme»:

Une élite qui n'est pas prête à rejoindre la bataille pour défendre sa position est en pleine décadence, et tout ce qui lui reste est de faire place à une autre élite ayant les qualités viriles dont elle manque. C'est une pure rêverie d'imaginer que les principes humanitaires qu'elle a pu proclamer lui seront appliqués: ses vainqueurs l'accableront avec le cri implacable Vae Victis [malheur aux vaincus]. Le couteau de la guillotine était aiguisé dans l'ombre quand, à la fin du dix-huitième siècle, les classes dirigeantes en France étaient occupées à développer leur «sensibilité». Cette société désœuvrée et frivole, vivant comme un parasite sur le pays, discourait lors de ses élégants dîners de délivrer le monde de la superstition et d'écraser l'infâme, sans aucunement suspecter que c'était elle-même qui allait être écrasée. [12]

Marxisme

Une partie substantielle des Systèmes socialistes est consacrée à une évaluation acerbe des prémisses basiques du marxisme. D'après l'historien H. Stuart Hughes, cet ouvrage causa à Lénine «plus d'une nuit sans sommeil» [13].

Dans les vues de Pareto, l'insistance marxiste sur la lutte historique entre la classe laborieuse non-possédante -- le prolétariat -- et la classe capitaliste possédante est biaisée et terriblement trompeuse. L'histoire est en effet pleine de conflit, mais la lutte entre le prolétariat et les capitalistes est simplement un conflit parmi beaucoup d'autres et n'est en aucune manière le plus important historiquement. Comme l'explique Pareto:

La lutte des classes, sur laquelle Marx a particulièrement attiré l'attention, est un facteur réel, dont les marques peuvent être trouvées sur chaque page de l'histoire. Mais la lutte n'est pas limitée seulement à deux classes: le prolétariat et les capitalistes, elle a lieu entre un nombre infini de groupes avec des intérêts différents, et avant tout entre les élites rivalisant pour le pouvoir. L'existence de ces groupes peut varier en durée, ils peuvent être basés sur des caractéristiques permanentes ou plus ou moins temporaires. Chez les peuples les plus sauvages, et peut-être chez tous, le sexe détermine deux de ces groupes. L'oppression dont se plaint le prolétariat, ou qui l'a amené à s'en plaindre, n'est presque rien en comparaison de ce que subissent les femmes des Aborigènes australiens. Des caractéristiques réelles à un degré plus ou moins grand -- nationalité, religion, race, langue, etc. -- peuvent donner naissance à ces groupes. De nos jours [c'est-à-dire en 1902], la lutte entre les Tchèques et les Allemands en Bohème est plus intense que celle entre le prolétariat et les capitalistes en Angleterre. [14]

L'idéologie de Marx représente simplement une tentative, pense Pareto, de remplacer une élite dominante par une autre, en dépit des promesses marxistes du contraire:

Les socialistes de notre époque ont clairement perçu que la révolution à la fin du dix-huitième siècle a simplement conduit au remplacement de la vieille élite par la bourgeoisie. Ils exagèrent largement le fardeau de l'oppression imposée par les nouveaux maîtres, mais ils croient sincèrement qu'une nouvelle élite de politiciens tiendra mieux leurs promesses que ceux qui sont venus et qui se sont maintenus jusqu'à nos jours. Tous les révolutionnaires proclament à leur tour que les révolutions précédentes ont fini par tromper le peuple; c'est leur révolution seule qui est la vraie révolution. «Tous les mouvements historiques précédents», déclarait le Manifeste communiste de 1848, «étaient des mouvements de minorités ou dans l'intérêt de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement conscient et indépendant de l'immense majorité, dans l'intérêt de l'immense majorité». Malheureusement cette vraie révolution, qui doit apporter aux hommes un bonheur sans mélange, n'est qu'un mirage trompeur qui ne devient jamais une réalité. Elle est apparentée à l'âge d'or des millénaristes: toujours attendue, elle est toujours perdue dans les brumes du futur, échappant toujours à ses adeptes au moment où ils pensent la tenir. [15]

 

pareto vign

 

Résidus et dérivations

L'une des théories les plus notables et les plus controversées de Pareto est que les êtres humains ne sont pas, pour la plupart, motivés par la logique et la raison mais plutôt par le sentiment. Le livre « les systèmes socialistes » est parsemé de ce thème et il apparaît dans sa forme pleinement développée dans l'épais Traité de sociologie générale de Pareto. Dans son Traité, Pareto examine les multitudes d'actions humaines qui constituent les manifestations extérieures de ces sentiments et les classe en six groupes principaux, les appelant «résidus». Tous ces résidus sont communs à toute l'humanité, déclare Pareto, mais certains résidus apparaissent plus marqués chez certains individus. De plus, ils sont inaltérables; la nature politique de l'homme n'est pas perfectible mais demeure une constante à travers l'histoire.

La Classe I est l'«instinct des combinaisons». C'est la manifestation des sentiments chez les individus et dans la société qui tend vers le désir de progrès, l'inventivité, et le désir d'aventure.

Les résidus de la Classe II sont liés à ce que Pareto appelle la «préservation des agrégats» et incluent le coté plus conservateur de la nature humaine, y compris la loyauté envers les institutions durables de la société telles que la famille, l'église, la communauté, la nation et le désir de permanence et de sécurité.

Après cela vient le besoin d'exprimer des sentiments par l'action externe, les résidus de la Classe III de Pareto. Les cérémonies et les spectacles religieux et patriotiques sont des exemples de ces résidus et incluront des choses comme saluer le drapeau, participer à un service de communion chrétienne, marcher dans une parade militaire, et ainsi de suite. En d'autres mots, les êtres humains tendent à manifester leurs sentiments dans des symboles.

Ensuite vient l'instinct social, la Classe IV, comprenant les manifestations des sentiments en appui à la discipline individuelle et sociétale qui est indispensable pour maintenir la structure sociale. Cela inclut des phénomènes comme le sacrifice de soi pour l'amour de la famille et de la communauté et des concepts comme l'arrangement hiérarchique des sociétés.

La Classe V est dans une société cette qualité qui insiste sur l'intégrité individuelle et sur l'intégrité des biens et des intérêts de l'individu. Ces résidus contribuent à la stabilité sociale, les systèmes de loi criminelle et civile étant les exemples les plus évidents.

Finalement nous avons la Classe VI, qui est l'instinct sexuel, ou la tendance à voir les événements sociaux en termes sexuels.

 

Renards et lions

Dans tout son Traité, Pareto insiste particulièrement sur les deux premières de ces six classes de résidus et sur la lutte entre innovation et consolidation à l'intérieur des individus aussi bien que dans la société. Le regretté James Burnham, écrivain, philosophe, et l'un des principaux disciples américains de Pareto, affirme que les résidus des Classes I et II de Pareto sont une extension et une amplification de certains aspects de la théorie politique élaborée au quinzième siècle par Nicolas Machiavel [16]. Machiavel divisait les humains en deux classes, les renards et les lions. Les qualités qu'il attribue à ces deux classes d'hommes ressemblent très fortement aux qualités typiques des types de résidus des Classes I et II de Pareto. Les hommes avec de forts résidus de Classe I sont les «renards», tendant à être manipulateurs, innovateurs, calculateurs et imaginatifs. Les entrepreneurs enclins à prendre des risques, les inventeurs, les scientifiques, les auteurs de fiction, les politiciens, et les créateurs de philosophies complexes entrent dans cette catégorie. Les hommes de la Classe II sont les «lions» et accordent beaucoup plus de valeur à des traits comme le bon caractère et le sens du devoir qu'à la pure intelligence. Ils sont les défenseurs de la tradition, les gardiens des dogmes religieux, et les protecteurs de l'honneur national.

Pour que la société fonctionne correctement, il doit y avoir un équilibre entre ces deux types d'individus; la relation fonctionnelle entre les deux est complémentaire. Pour illustrer ce point, Pareto prend les exemples du Kaiser Guillaume I, de son chancelier Otto von Bismarck, et de l'adversaire de la Prusse, l'empereur Napoléon III. Guillaume avait une abondance de résidus de Classe II, alors que Bismarck était l'exemple de la Classe I. Séparément, peut-être, aucun des deux n'aurait réussi de grandes choses, mais ensemble ils paraissaient gigantesques dans l'histoire européenne du dix-neuvième siècle, chacun apportant ce dont l'autre manquait [17].

Du point de vue des théories de Pareto, le régime de Napoléon III était une affaire qui marchait de travers, obsédée par la prospérité matérielle et dominée pendant presque vingt ans par des «renards» comme les spéculateurs en bourse et les entrepreneurs qui, disait-on, se partageaient le budget national. «En Prusse», observe Pareto, «on trouve une monarchie héréditaire soutenue par une noblesse loyale: les résidus de Classe II prédominent; en France on trouve un aventurier couronné soutenu par une bande de spéculateurs et de dépensiers: les résidus de Classe I prédominent» [18]. Et, encore plus important, alors qu'en Prusse à cette époque les besoins de l'armée dictaient la politique financière, en France les financiers dictaient la politique militaire. En conséquence, quand la guerre éclata entre la Prusse et la France lors de l'été 1870, le «moment de vérité» arriva pour la France. Le Second Empire si vanté de Napoléon tomba en pièces et fut balayé en quelques semaines [19].

 

Justification des «dérivations»

Un autre aspect des théories de Pareto que nous allons examiner brièvement est ce qu'il appelait les «dérivations», les justifications ostensiblement logiques que les gens emploient pour rationaliser leurs actions essentiellement non-logiques, conduites par le sentiment. Pareto nomme quatre principales classes de dérivations: 1) dérivations de l'affirmation; 2) dérivations de l'autorité; 3) dérivations qui sont en accord avec les sentiments et les principes communs; et 4) dérivations de preuve verbale. Les premières incluent des déclarations de nature dogmatique ou aphoristique; par exemple, le dicton «l'honnêteté est la meilleure politique». Les secondes, venant de l'autorité, sont des appels au peuple ou des concepts tenus en haute estime par la tradition. Citer l'opinion de l'un des Pères Fondateurs américains sur un sujet d'actualité revient à s'inspirer des dérivations de la Classe II. Les troisièmes concernent des appels au «jugement universel», à la «volonté du peuple», aux «meilleurs intérêts de la majorité», ou à des sentiments similaires. Et, finalement, les quatrièmes relèvent de diverses gymnastiques verbales, métaphores, allégories, et ainsi de suite.

Nous voyons alors que comprendre les résidus et les dérivations de Pareto équivaut à avoir des aperçus du paradoxe du comportement humain. Ils représentent une attaque du rationalisme et des idéaux libéraux en ce qu'ils éclairent les motivations primitives se trouvant derrière les slogans et les mots d'ordre sentimentaux de la vie politique. Pareto consacre la plus grande partie de son Traité à exposer en détail ses observations sur la nature humaine et à prouver la validité de ses observations en citant des exemples tirés de l'histoire. Son érudition dans des domaines comme celui de l'histoire gréco-romaine était célèbre et ce fait se reflète dans tout son ouvrage massif.

 

Equilibre naturel

Au niveau social, d'après le schéma sociologique de Pareto, les résidus et les motivations sont les mécanismes par lesquels la société maintient son équilibre. La société est vue comme un système, «un tout constitué de parties interdépendantes. Les 'points matériels ou molécules' du système ... sont les individus qui sont affectés par les forces sociales qui sont marquées par des propriétés constantes ou communes» [20]. Quand le déséquilibre surgit, une réaction se produit par laquelle l'équilibre est retrouvé. Pareto pensait que l'Italie et la France, les deux sociétés modernes dont il était le plus familier, étaient fortement déséquilibrées et que les «renards» avaient largement le contrôle. Dans le Traité, il se lamente longuement sur les classes gouvernantes faibles dans ces deux pays. Dans les deux cas, disait-il, les révolutions étaient en retard.

Nous avons déjà noté que quand une classe dirigeante est dominée par des hommes possédant de forts résidus de Classe I, l'intelligence est généralement placée au-dessus de toutes les autres qualités. L'usage de la force pour faire face aux dangers internes et externes à l'Etat et à la nation est évité, et à sa place des tentatives sont faites pour résoudre les problèmes ou apaiser les menaces par des négociations ou du bricolage social. Habituellement, de tels gouvernants trouveront une justification dans le faux humanitarisme pour leur timidité.

Dans le domaine intérieur, le plus grand danger pour une société est un excès d'activité criminelle auquel les types de Classe I tentent de faire face en ayant recours à des méthodes comme la «réhabilitation» criminelle et à divers gestes philanthropiques. Le résultat, comme nous le savons trop bien, est un pays inondé de crime. Pareto commente ce phénomène avec un sarcasme caractéristique:

Les théoriciens modernes ont l'habitude de reprendre amèrement d'anciens «torts» par lesquels les péchés du père sont transférés sur le fils. Ils oublient de mentionner qu'il existe une chose similaire dans notre propre société, au sens où les péchés du père bénéficient au fils et l'acquittent de culpabilité. Pour le criminel moderne, c'est une grande chance de pouvoir compter parmi ses ancêtres ou ses autres relations un criminel, un fanatique, ou juste un simple ivrogne, car dans une cour de justice cela lui vaudra une punition plus légère ou, pas rarement, un acquittement. Les choses en sont arrivées à un tel point qu'il y a difficilement un procès criminel de nos jours où ce genre de défense n'est pas mis en avant. La vieille preuve métaphysique qui était utilisée pour montrer qu'un fils devait être puni à cause des mauvaises actions de son père n'était ni plus ni moins valide que la preuve utilisée de nos jours pour montrer que la punition qu'il mériterait autrement doit être pour les mêmes raisons adoucie ou remise. Quand, alors, la tentative de trouver une excuse pour le criminel dans les péchés de ses ancêtres se révèle vaine, il y a encore le recours d'en trouver une dans les crimes de la «société» qui, n'ayant pas réussi à apporter le bonheur au criminel, est «coupable» de son crime. Et la punition va tomber non sur la «société», mais sur l'un de ses membres, qui est choisi au hasard et n'a absolument rien à voir avec la présumée culpabilité. [21]

Pareto ajoute dans une note: «Le cas classique est celui de l'homme affamé qui vole une miche de pain. Qu'on doive lui permettre de repartir libre est assez compréhensible; mais il est moins compréhensible que l'obligation de la «société» de ne pas le laisser affamé doive incomber à un boulanger choisi au hasard et non à la société dans son ensemble» [22].

Pareto donne un autre exemple, celui d'une femme qui tente d'abattre son séducteur, touche un troisième parti qui n'a rien à voir avec son grief, et qui est finalement acquittée par les tribunaux. Pour finir, il conclut sa note avec ces remarques: «Pour satisfaire des sentiments de langoureuse pitié, les législateurs humanitaires approuvent les lois de « liberté surveillée » et de « peine avec sursis », grâce auxquelles une personne qui a commis un premier vol est immédiatement mise en position d'en commettre un second. Et pourquoi le luxe de l'humanité devrait-il être payé par l'infortunée victime du second vol et non par la société dans son ensemble ? ... Les choses étant ainsi, on ne se préoccupe que du criminel et personne n'a une pensée pour la victime [23].

S'étendant sur la proposition selon laquelle la «société» serait responsable de la conduite meurtrière de certains individus, point de vue pour lequel il n'a aucune tolérance, il écrit:

En tous cas, on ne nous a pas encore montré pourquoi des gens qui, serait-ce par la faute de la «société», se trouvent «manquer de sens moral», devraient être laissés libres dans les rues, tuant tous ceux qu'ils désirent, et laissant ainsi à un malheureux individu la tâche de payer pour une «faute» qui est commune à tous les membres de la «société». Si nos humanitaires voulaient bien garantir que ces estimables individus qui manquent de sens moral en résultat des «défauts de la société» soient obligés de porter quelque signe visible de leur infortune à leur boutonnière, un honnête homme aurait une chance de les voir venir et de s'écarter de leur chemin. [24]

 

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Affaires étrangères

Dans les affaires étrangères, les «renards» tendent à juger la sagesse de toutes les politiques d'un point de vue commercial et optent habituellement pour des négociations et des compromis, même dans des situations dangereuses. Pour de tels hommes profit et perte déterminent toute politique, et bien qu'une telle vision puisse réussir pendant un certain temps, le résultat final est habituellement ruineux. C'est pourquoi des ennemis maintenant un équilibre entre les «renards» et les «lions» restent capables d'apprécier l'usage de la force. Bien qu'ils puissent occasionnellement feindre de se laisser acheter, quand le moment est venu et que leur ennemi si ingénieux est bien endormi, ils frappent le coup mortel. En d'autres mots, les gens de la Classe I sont accoutumés par leurs préjugés excessivement intellectualisés à croire que la «raison» et l'argent sont toujours plus puissants que l'épée, alors que les gens de la Classe II, avec leur bon sens naturel, ne nourrissent pas d'illusions potentiellement aussi fatales. Selon les mots de Pareto, «le renard peut, par sa ruse, s'échapper pendant un certain temps, mais le jour viendra où le lion l'atteindra avec un coup de patte bien dirigé, et ce sera la fin de la discussion» [25].

 

Circulation des élites

En-dehors de ses analyses des résidus et des dérivations, Pareto est célèbre parmi les sociologues pour sa théorie comme la «circulation des élites». Rappelons-nous que Pareto considérait la société comme un système en équilibre, où les processus de changement tendent à mettre en mouvement des forces qui travaillent à restaurer et à maintenir l'équilibre social.

Pareto affirme qu'il y a deux types d'élites dans la société: l'élite gouvernante et l'élite non-gouvernante. De plus, les hommes qui forment ces strates d'élite sont de deux mentalités distinctes, le spéculateur et le rentier. Le spéculateur est le progressiste, rempli de résidus de Classe I, alors que le rentier est le conservateur, le type de résidus de Classe II. Dans les sociétés saines, les deux groupes ont une tendance naturelle à alterner au pouvoir. Quand, par exemple, les spéculateurs ont mis le désordre dans le gouvernement et ont outragé la masse de leurs compatriotes par leur corruption et leurs scandales, les forces conservatrices s'avanceront et, d'une manière ou d'une autre, les remplaceront. Le processus, comme nous l'avons dit, est cyclique et plus ou moins inévitable.

De plus, d'après Pareto, les gouvernants sages cherchent à revigorer leurs rangs en permettant aux meilleurs des strates inférieures de la société de monter et de devenir pleinement membres de la classe dirigeante. Cela n'amène pas seulement les meilleurs et les plus brillants au sommet, mais prive les classes inférieures d'un talent et de qualités de gouvernement qui pourraient un jour se révéler être une menace. Résumant cette composante de la théorie de Pareto, un sociologue contemporain observe que c'est le sens pratique, pas la pitié, qui demande une telle politique:

Un groupe dominant, selon Pareto, ne survit que s'il donne la chance aux meilleurs individus d'autres origines de rejoindre ses privilèges et récompenses, et s'il n'hésite pas à user de la force pour défendre ces privilèges et récompenses. L'ironie de Pareto s'attaque à l'élite qui devient humanitaire et ramollie au lieu d'être inflexible. Pareto recommande de donner la chance à tous les membres compétents de la société d'entrer dans l'élite, mais il n'est pas motivé par des sentiments de pitié pour les défavorisés. Exprimer et répandre de tels sentiments humanitaires affaiblit simplement l'élite dans la défense de ses privilèges. De plus, de tels sentiments humanitaires deviendraient facilement une plate-forme de ralliement pour l'opposition. [26]

Mais peu d'aristocraties de longue durée saisissent la nature essentielle de ce processus, préférant garder leurs rangs aussi exclusifs que possible. Le temps fait son œuvre, et les gouvernants deviennent toujours plus faibles et toujours moins capables de porter le fardeau du gouvernement:

C'est un trait spécifique des gouvernements faibles. Parmi les causes de faiblesse, deux en particulier doivent être notées: l'humanitarisme et la couardise -- la couardise qui devient naturelle chez les aristocraties décadentes et qui est en partie naturelle, en partie calculée, chez les gouvernements «spéculateurs» qui sont surtout préoccupés de gains matériels. L'esprit humanitaire ... est une maladie particulière aux individus sans caractère qui sont richement dotés de certains résidus de Classe I qu'ils ont habillés d'un costume sentimental. [27]

Pour finir, bien sûr, la classe dirigeante perd le pouvoir. Ainsi, Pareto écrit que «l'histoire est un cimetière d'aristocraties» [28].

 

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La transformation de la démocratie

Publié comme un mince volume peu avant la fin de la vie de Pareto, La transformation de la démocratie parut originellement en 1920 comme une série d'essais publiés dans un périodique érudit italien, la Revista di Milano. Dans cet ouvrage, Pareto récapitule beaucoup de ses théories sous une forme plus concise, insistant particulièrement sur ce qu'il pense être les conséquences du fait de laisser une élite de l'argent dominer la société. Le titre de cet ouvrage vient de l'observation de Pareto que les démocraties européennes dans les années 20 se transformaient de plus en plus en ploutocraties. La tromperie et la corruption associées à la domination ploutocratique produiraient finalement une réaction, cependant, et conduiraient à la chute du système. Selon les mots de Pareto:

La ploutocratie a inventé d'innombrables expédients, tels que générer une énorme dette publique dont les ploutocrates savent qu'ils ne pourront jamais la rembourser, des taxes sur le capital, des impôts qui épuisent les revenus de ceux qui ne spéculent pas, des lois somptuaires qui se sont historiquement révélées inutiles, et d'autres mesures similaires. Le principal but de chacune de ces mesures est de tromper les multitudes. [29]

Quand le système de valeurs d'une société se détériore au point où le travail pénible est dénigré et où «l'argent facile» est exalté, où l'honnêteté est moquée et la duplicité célébrée, où l'autorité laisse la place à l'anarchie et la justice à la chicanerie légale, une telle société se trouve face à sa ruine.

 

Pareto et le fascisme

Avant d'entrer dans la controverse entourant la sympathie de Pareto pour le dirigeant italien Benito Mussolini, prenons la peine d'éviter l'erreur de regarder les événements des années 20 à travers les spectacles de l'époque de l'après-guerre, car ce qui semblait apparent en 1945 n'était pas du tout évident vingt ans plus tôt. Il est incontestable que pendant toutes les années 20, Mussolini était un homme énormément populaire en Italie et à l'étranger, pour tous sauf peut-être pour les gauchistes les plus invétérés. Un auteur américain l'exprime comme suit:

« L'Italie d'après-guerre [la première guerre mondiale] ... était un égout de corruption et de dégénérescence. Dans ce bourbier, le fascisme apparut comme une bouffée d'air frais, un nettoyage tempétueux de tout ce qui était souillé, vil, fétide. Basé sur les instincts vivifiants de l'idéalisme nationaliste, le fascisme «était l'opposé des idées sauvages, de l'anarchie, de l'injustice, de la couardise, de la trahison, du crime, de la lutte des classes, des privilèges; et il représentait les affaires honnêtes, le patriotisme et le sens commun». Quant à Mussolini, «il n'y a jamais eu un mot contre sa sincérité et son honnêteté absolues. Quelle que fût la cause pour laquelle il s'engageait, il se révélait être un chef-né et un travailleur acharné. Sous la direction dynamique de Mussolini, les braves chemises noires traitèrent les radicaux sans ménagement, restaurèrent les droits de propriété, et purgèrent le pays des politiciens arrivistes qui prospéraient sur la corruption endémique de la démocratie de masse». [30]

 

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Si le Duce italien était si populaire dans les années 20 qu'il recevait l'hommage du Saturday Evening Post [31] et de l'American Légion [32], et les plus grands éloges de figures de l'Establishment britannique et américain comme Winston Churchill [33] et l'ambassadeur Richard Washburn Child [34], les Italiens de tendance conservatrice comme Pareto devaient être encore bien plus enthousiastes à cette époque. Ils créditaient Mussolini de rien moins que d'avoir sauvé l'Italie du chaos et du bolchevisme. Les tragédies futures des années 40, inutile de le dire, étaient bien loin devant, à un horizon lointain, invisibles à tous.

Pareto exprima invariablement du dédain pour les gouvernements plouto-démocratiques qui dirigèrent l'Italie pendant presque toute sa vie. Sa rancœur envers les politiciens libéraux et leurs méthodes ressort dans tous ses livres; ces hommes sont les objets de son mépris et de son esprit acéré. Arthur Livingston, le traducteur de Pareto, écrit: «Il était convaincu que dix hommes courageux pouvaient à n'importe quel moment marcher sur Rome et mettre en fuite la bande de 'spéculateurs' qui se remplissaient les poches et ruinaient l'Italie» [35]. En conséquence, en octobre 1922, après la marche des fascistes sur Rome et la nomination de Mussolini au poste de Premier Ministre par le Roi, «Pareto fut capable de sortir de son lit de malade et de s'écrier triomphalement: 'Je vous l'avais bien dit!'» [36]. Néanmoins, Pareto n'adhéra jamais au Parti Fasciste. Ayant déjà bien dépassé les soixante-dix ans et souffrant d'une grave maladie de cœur, il resta retiré dans sa villa en Suisse.

Le nouveau gouvernement, cependant, accorda de nombreux honneurs à Pareto. Il fut nommé délégué à la Conférence pour le Désarmement à Genève, fut fait Sénateur du Royaume, et fut cité comme contributeur du périodique personnel du Duce, Gerarchia [37]. Il déclina beaucoup de ces honneurs à cause de son état de santé mais resta favorablement disposé envers le régime, correspondant avec Mussolini et offrant des conseils pour la formulation de la politique économique et sociale [38].

De nombreuses années avant la marche sur Rome, Mussolini avait suivi les cours de Pareto à Lausanne et avait écouté le professeur avec une grande attention. «J'attendais ses cours avec impatience», écrivit Mussolini, «car il y avait là un professeur qui exposait la philosophie économique fondamentale de l'avenir» [39]. Le jeune Italien fut manifestement très impressionné, et, après son accession au pouvoir, il chercha immédiatement à transformer en actions les pensées de son vieux mentor:

Durant les premières années de son pouvoir, Mussolini exécuta littéralement la politique prescrite par Pareto, détruisant le libéralisme politique, mais en même temps remplaçant largement la gestion étatique par l'entreprise privée, diminuant les impôts sur la propriété, favorisant le développement industriel, imposant une éducation religieuse dans les dogmes... [40]

Bien sûr, ce ne sont pas seulement les théories économiques de Pareto qui influencèrent l'évolution de l'Etat fasciste, mais particulièrement ses théories sociologiques: «la Sociologia Generale était devenue pour beaucoup de fascistes un traité de gouvernement» [41], notait un auteur de l'époque. Il y avait clairement un certain accord entre Pareto et le nouveau gouvernement. La théorie de Pareto sur la domination des élites, ses penchants autoritaires, son rejet sans compromis de la fixation libérale sur l'Homme Economique, sa haine du désordre, sa dévotion pour l'arrangement hiérarchique de la société, et sa croyance en une aristocratie du mérite sont toutes des idées en harmonie avec le fascisme. Gardons à l'esprit, cependant, que toutes ces idées furent formulées par Pareto des décennies avant que quiconque ait jamais entendu parler du fascisme et de Mussolini. De même, on pourrait dire qu'elles sont tout autant en harmonie avec les vieilles idées monarchiques, ou avec celles des républiques autoritaires antiques, qu'avec les croyances politiques modernes.

Certains auteurs ont spéculé que si Pareto avait vécu il aurait trouvé de nombreux points de désaccord avec l'Etat fasciste tel qu'il s'est développé, et il est vrai qu'il exprima sa désapprobation envers les limitations de la liberté d'expression introduites par le régime, particulièrement dans les académies [42]. Comme nous l'avons déjà vu, cependant, c'était dans la nature de Pareto de trouver des défauts à presque tous les régimes passés et présents, et il n'aurait donc pas été surprenant qu'il ait trouvé des motifs de critiquer occasionnellement celui de Mussolini.

Ni Pareto ni Mussolini, il faut le souligner, n'étaient des idéologues rigides. Mussolini déclara un jour, peut-être un peu exagérément, que «tout système est une erreur et toute théorie une prison» [43]. Si le gouvernement doit être guidé par un ensemble général de principes, pensait-il, on ne doit pas être contraint par des doctrines inflexibles qui ne deviennent rien d'autre que des obstacles fastidieux pour faire face à des situations nouvelles et inexpliquées. Un auteur fasciste précoce expliqua en partie l'affinité entre Mussolini et Pareto à cet égard:

«Chercher!»: un mot de pouvoir. En un sens, un mot plus noble que «trouver». Contenant plus d'intention, moins de chance. Vous pouvez «trouver» quelque chose qui est faux; mais celui qui cherche continue à chercher de plus en plus, espérant toujours atteindre la vérité. Vilfredo Pareto était un maître de cette école. Il restait en mouvement. Sans mouvement, disait Platon, tout se corrompt. Comme le chantait Homère, l'éternel roulis de la mer est le père de l'humanité. Chaque nouveau livre de Pareto ou chaque nouvelle édition de ses livres comporte un bon nombre de commentaires et de modifications de ses précédents livres, et traite en détail des critiques, des corrections et des objections qui ont été faites. Il réfute généralement ses critiqueurs, mais en le faisant il indique d'autres points plus sérieux qu'ils auraient pu et auraient dû lui reprocher ou contester. Réfléchissant sur son sujet, il traite lui-même de ces points, trouvant certains d'entre eux spécieux, certains importants, et corrigeant ses conclusions antérieures en conséquence. [44]

Bien que le règne fasciste en Italie se soit terminé avec la victoire militaire des Anglo-américains en 1945, l'influence de Pareto ne fut pas sérieusement atteinte par ce puissant bouleversement. Aujourd'hui, de nouvelles éditions de ses ouvrages et de nouveaux livres sur sa vision de la société continuent à paraître. Le fait que ses idées aient subi la catastrophe de la guerre presque sans dommage, et qu'elles soient encore discutées et débattues par des penseurs sérieux, est une indication de leur caractère universel et intemporel.

James Alexander

 

NOTES

[1] Voir, par exemple, W. Rex Crawford, "Representative Italian Contributions to Sociology: Pareto, Loria, Vaccaro, Gini, and Sighele", chap. in An Introduction to the History of Sociology, Harry Elmer Barnes, editor (Chicago: University of Chicago Press, 1948), Howard Becker and Harry Elmer Barnes, "Sociology in Italy", chap. in Social Thought From Lore to Science, (New York: Dover Publications, 1961), et James Burnham, The Machiavellians: Defenders of Freedom (New York: The John Day Company, 1943).

[2] G. Duncan Mitchell, A Hundred Years of Sociology (Chicago: Aldine Publishing Company, 1968), p. 115.

[3] Herbert W. Schneider, Making the Fascist State (New York: Oxford University Press, 1928), p. 102.

[4] Les détails biographiques sont tirés de Charles H. Powers, Vilfredo Pareto, vol. 5, Masters of Social Theory, Jonathan H. Turner, Editor (Newbury Park, California: Sage Publications, 1987), pp. 13-20.

[5] Publié originellement en 1909, le Manuele di economia politica a été traduit en anglais: Ann Schwier traductrice, Ann Schwier et Alfred Page, éditeurs (New York: August M. Kelly, 1971).

[6] (Genève: Librairie Droz, 1965). Publié originellement en 1902-1903. Le livre n'a jamais été pleinement publié en anglais.

[7] The Treatise on General Sociology (Trattato di Sociologia Generale) fut d'abord publié en anglais sous le titre de The Mind and Society, A. Borngiorno et Arthur Livingston, traducteurs (New York: Harcourt, Brace, Javanovich, 1935). Il fut réédité en 1963 sous son titre d'origine (New York: Dover Publications) et est toujours réédité (New York: AMS Press, 1983). The Rise and Fall of the Elites: An Application of Theoretical Sociology (Totowa, New Jersey: The Bedminster Press, 1968; réédition, New Brunswick, New Jersey: Transaction Books, 1991) est une traduction de la monographie de Pareto, «Un Applicazione de teorie sociologiche», publiée en 1901 dans la Revista Italiana di Sociologia. The Transformation of Democracy (Trasformazioni della democrazia), Charles Power, éditeur, R. Girola, traducteur (New Brunswick, New Jersey: Transaction Books, 1984). L'édition italienne d'origine parut en 1921.

[8] Ce terme «égalité des chances» est tellement mal utilisé à notre époque, particulièrement en Amérique, qu'une clarification s'impose. «Egalité des chances» se réfère simplement à la croyance de Pareto que dans une société saine l'avancement doit être ouvert aux membres supérieurs de toutes les classes sociales -- la «méritocratie», en d'autres mots. Voir Powers, pp. 22-3.

[9] Powers, p. 19.

[10] Ibid., p. 20.

[11] Adrian Lyttelton, editor, Italian Fascisms: From Pareto to Gentile (New York: Harper & Row, 1975), pp. 79-80.

[12] Ibid., p. 81.

[13] H. Stuart Hughes, Oswald Spengler: A Critical Estimate (New York: Charles Scribner's Sons, 1952), p. 16.

[14] Lyttelton, p. 86.

[15] Ibid., pp. 82-3.

[16] James Burnham, Suicide of the West (New York: John Day Company, 1964), pp. 248-50.

[17] Pareto, Treatise, # 2455. Les citations du Treatise se réfèrent aux numéros de paragraphes que l'auteur utilise dans cet ouvrage. Les citations sont donc uniformes dans toutes les éditions.

[18] Ibid., # 2462.

[19] Ibid., # 2458-72.

[20] Nicholas Timasheff, Sociological Theory: Its Nature and Growth (New York: Random House, 1967), p. 162.

[21] Pareto, Treatise, # 1987.

[22] Ibid. # 1987n.

[23] Ibid.

[24] Ibid., # 1716n.

[25] Ibid., # 2480n.

[26] Hans L. Zetterberg, "Introduction" to The Rise and Fall of the Elites by Vilfredo Pareto, pp. 2-3.

[27] Pareto, Treatise, # 2474.

[28] Ibid., # 2053.

[29] Pareto, Transformation, p. 60.

[30] John P. Diggins, Mussolini and Fascism: The View from America (Princeton, NJ: Princeton University Press, 1972), p. 17. Les citations de Diggins dans le paragraphe cité viennent des écrits d'un admirateur américain de Mussolini dans les années 20, Kenneth L. Roberts.

[31] Ibid., p. 27.

[32] Ibid., p. 206. Mussolini fut officiellement invité à assister à la Convention de la Légion de San Francisco en 1923 (il déclina l'invitation) et quelques années plus tard fut fait membre honoraire de l'American Legion par une délégation de légionnaires visitant Rome. Le Duce reçut la délégation dans son palais et reçut un insigne de membre de la part des visiteurs américains ravis.

[33] Dans une interview publiée dans le London Times, le 21 janvier 1927, immédiatement après une visite de Churchill à Mussolini, le futur Premier Ministre britannique dit: «Si j'avais été italien, je suis sûr que j'aurais été de tout cœur avec vous [Mussolini] du début à la fin dans votre lutte triomphante contre les appétits et les passions bestiales du léninisme». Voir Luigi Villari, Italian Foreign Policy Under Mussolini (New York: The Devin-Adair Company, 1956), p. 43.

[34] L'ambassadeur des Etats-Unis en Italie dans les années 20, Child, surnommait Mussolini «le génie spartiate», rédigea une «autobiographie» de Mussolini pour publication en Amérique, et louait perpétuellement le dirigeant italien dans les termes les plus extravagants. Diggins, p. 27.

[35] Pareto, Treatise, p. xvii.

[36] Ibid.

[37] Franz Borkenau, Pareto (New York: John Wiley & Sons, 1936), p. 18.

[38] Ibid., p. 20.

[39] Benito Mussolini, My Autobiography (New York: Charles Scribner's Sons, 1928), p. 14.

[40] Borkenau, p. 18.

[41] George C. Homans and Charles P. Curtis, Jr., An Introduction to Pareto (New York: Alfred A. Knopf, 1934), p. 9.

[42] Borkenau, p. 18. Dans une lettre écrite à Mussolini peu avant la mort de Pareto, le sociologue disait que le régime fasciste devait implacablement neutraliser tous ses adversaires actifs. Cependant, ceux dont l'opposition était simplement verbale ne devaient pas être molestés car il pensait que cela ne servirait qu'à s'aliéner l'opinion publique. «Laissez les corbeaux croasser mais soyez sans pitié quand on en vient aux actes», recommandait Pareto au Duce. Voir Alastair Hamilton, The Appeal of Fascism: A Study of Intellectuals and Fascism, 1919-1945 (New York: Macmillan Company, 1971), pp. 44-5.

[43] Margherita G. Sarfatti, The Life of Benito Mussolini (New York: Frederick A. Stokes, 1925), p. 101.

[44] Ibid, p. 102.

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Trad. Arjuna. Une version différente de cet article a paru dans le Journal of Historical Review, 14/5 (septembre-octobre 1994), 10-18. Le texte présenté ici inclut cependant quelques indications additionnelles.

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Plus d’une centaine d’avocats collabos saisissent la justice contre un tract du Rassemblement national

Article du Monde.

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Des procureurs ont été saisis vendredi 4 juin pour « incitation à la discrimination et à la haine », après un prospectus du parti d’extrême droite sur les mineurs isolés.

Au moins cent dix avocats ont saisi vendredi 4 juin les procureurs de Nanterre, Versailles et Créteil – et s’apprêtent à le faire à Paris et à Bobigny – pour « incitation à la discrimination et à la haine », après un tract du Rassemblement national sur les mineurs isolés. Sous le titre, « Le saviez-vous ? », le parti d’extrême droite assure qu’« un mineur isolé étranger coûte 40 000 € par an au département. 60 % sont en réalité majeurs. (Rapport sénatorial 2017) Ils sont responsables de l’explosion de l’insécurité. (Exemple : 2 délits/crimes par jour à Bordeaux en 2020). Seuls nos élus mettront un terme à ce scandale ! » et plus loin : « Plutôt que de financer les mineurs isolés étrangers ou d’aider au logement des clandestins, élus, nous investirons davantage dans l’éducation de nos enfants, le bien-être de nos aînés et l’insertion des personnes en situation de handicap. »

Les avocats, souvent spécialistes de ces mineurs isolés, ont bondi en lisant le tract. « On ne peut pas admettre que le débat politique se limite de façon démagogique à un discours de haine, proteste Me Emmanuel Daoud. Avec des chiffres qui sont un grand n’importe quoi, et au préjudice d’une population aussi vulnérable que le sont ces enfants. » Les avocats contestent que les mineurs étrangers pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) soient dans leur majorité des délinquants ou « majeurs à 60 % », les dizaines d’enfants errants dans les rues, particulièrement abîmés et polytoxicomanes, ne sont justement guère pris en charge par la protection de l’enfance. Les mineurs isolés représentent moins de 10 % des enfants pris en charge par l’ASE, pour un prix de journée qui va jusqu’à 23 euros, soit 8 395 euros par an – loin des 40 000 euros annoncés.

Le signalement, rédigé par Mes Catherine Delanoë-Daoud et Emmanuel Daoud, est solidement argumenté en droit.

La suite est réservé aux abonnés.

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« Complot à l'italienne » Le putsch contre Mussolini

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Alessandro Sanguedolce est l'auteur d'un livre tout à fait passionnant, et remarquablement bien écrit, paru aux éditions Konfident, relatant les dernières heures du régime fasciste, victime, les 23/24 juillet 1943, d'un coup d'Etat, fomenté par le Roi et par des hiérarques fascistes, dont le propre gendre du Duce, Galleazzo Ciano. Ce livre est remarquable car il est structuré comme une pièce de théâtre à l'italienne, avec un certain sens de la commedia de l' arte, mais aussi comme une pièce classique, respectant l'unité de temps, de lieu et d'action. L'auteur a choisi de diviser son récit en cinq actes, composés de trois scènes chacun, ce qui rend sa lecture particulièrement plaisante. Son titre des plus pertinents: « Complot à l'italienne ».

 

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Réunion du Grand Conseil fasciste

Le Grand Conseil fasciste, qui se réunit au palais de Venise, à Rome, en présence de Mussolini, dans la soirée et une partie de la nuit du 24 juillet, va désavouer le Duce et, face à une situation militaire il est vrai difficile, voire catastrophique (les alliés ont débarqué en Sicile le 10 juillet), forcer Mussolini de remettre ses pouvoirs au roi. L'action débute le samedi 24 juillet, à 16h45, au palazzo Montecitorio. Dino Grandi, un des hauts responsables fascistes, chef de la conjuration, y pénètre avec un objectif: faire approuver la motion qu'il va présenter lors de la réunion du Grand Conseil du fascisme, organe suprême du Parti National Fasciste (PNF), qui ne s'est pas réuni depuis décembre 1939. Il est déjà loin le temps où Mussolini annonçait triomphalement, le 9 mai 1936, au balcon du palais, la création de l'Empire, puis la déclaration de guerre à la France et à la Grande-Bretagne. Mussolini venait de rencontrer Hitler le 19 juillet à Feltre, dans une ambiance pesante. Hitler avait fustigé le manque de combativité des troupes italiennes en Sicile et évoqua même, suprême affront, l'éventualité de placer l'armée royale italienne sous la tutelle de la Wehrmacht. Il avait lancé à Mussolini, qui vivait un chemin de croix: « Vous n'êtes entouré que par des généraux incapables », ce qui est au demeurant la stricte vérité. Le Führer se souvient évidemment de la lamentable offensive des Italiens contre une France à genoux, en 1940, où ils furent tenus en échec par des forces moitié moindres, de la peu glorieuse équipée des volontaires italiens auprès de Franco, et surtout de la catastrophique invasion de la Grèce, le 28 octobre 1940, où l'armée allemande dut intervenir pour sauver les Italiens du désastre, retardant d'autant le déclenchement de l'opération Barbarossa. Le général Ambrosio, chef du Comando supremo et ses généraux d'opérette, vont entreprendre de manœuvrer en coulisse pour liquider le Duce et négocier une paix séparée avec les Alliés, oubliant que les Allemands pourraient du jour au lendemain occuper tout le pays. Mais revenons à la réunion du Grand Conseil fasciste. Le cérémonial habituel a été oublié, notamment la fanfare jouant l'hymne fasciste Giovinazza, ce qui aurait dû alerter le Duce. Grandi s'active pour recueillir de nouvelles signatures pour sa motion. A l'entrée du Duce dans la salle, les 28 membres de l'assemblée se lèvent tour à tour, pour faire le salut fasciste en répondant: « Présent ». Parmi les conspirateurs, il y a notamment le maréchal De Bono, qui dirigea la police et la milice, et Césare Maria De Vecchi, tous deux les derniers « quadrumvirs » de la Marche sur Rome. De Vecchi, monarchiste convaincu, est connu pour être un incompétent d'élite, que Mussolini qualifie d' « énergique incompétent ».

 

La cécité de Mussolini qui ne veut rien voir

L'auteur note fort justement que « la vision totalitaire du fascisme, sa volonté de façonner un homme nouveau vont pourtant accoucher d'un régime bien moins révolutionnaire qu'envisagé au départ ». Gravissime erreur de Mussolini, le roi restait à la tête de l'Etat, Mussolini n'étant « que »chef du gouvernement. Le Duce s'en mordra les doigts puisque, le moment venu, Emmanuel III s'empressera de le trahir. Ce fut pareil avec l'église catholique et le Pape. Constatons que si le national-socialisme résista, avec le soutien du peuple allemand, jusqu'à l'extrême fin, le fascisme s'écroula comme un château de cartes. Alexandre Sanguedolce le dit fort bien: « Les compromis passés avec la Couronne, l'Eglise mais aussi le patronat et l'armée, l'exercice du pouvoir et le confort que procure l'aisance matérielle ont considérablement émoussé l'ardeur révolutionnaire d'une partie des fascistes ».

Où est passée la lucidité de Benito Mussolini ? Il ne veut rien voir de ce qui se trame. La police secrète du régime l'a pourtant mis en garde quant aux agissements de certains hiérarques, de leurs contacts avec les Alliés, des relations qu'entretient Ciano avec l'ambassadeur britannique auprès du Saint-Siège, d'un complot militaire orchestré par le maréchal Badoglio. Il répond à Farinacci, le plus germanophile des chefs fascistes, surnommé le « Gauleiter de Cremone », qui l'exhorte à faire arrêter Grandi, Badoglio et le général Ambrosio: « Tu vois des complots partout ! » Son épouse Rachele lui avait lancé avant son départ pour le palazzo Venezia: « Fais les tous arrêter avant le début de la réunion » ! Peine perdue...

 

Le procès du Duce devant le Grand Conseil fasciste

Mussolini prend la parole en début de réunion, déclarant: « Je suis actuellement considéré comme l'homme le plus détesté d'Italie ». Il évoque amèrement les erreurs de Rommel, avec notamment Tripoli, abandonné trop rapidement, et celles d'Hitler, qui n'avait pas su ou pu occuper Gibraltar. Puis il se lamente sur la reddition peu honorable de la garnison italienne de l'île de Pantelleria, le 10 juin 1943, une forteresse censée être inexpugnable, dont le chef, Gino Pavesi, avait comme surnom « pavide » (peureux)... : « 38 morts et 11 000 prisonniers, alors que l'îlot devait être le Stalingrad de la Méditerranée », relève-t-il. Et puis, il y a cette débandade des soldats siciliens qui retournent chez eux après le débarquement allié, habillés en civil, 70 000 hommes capturés en quelques heures, dont cinq généraux et deux amiraux. Mussolini pose la question: « Guerre ou paix, reddition sans conditions ou guerre à outrance ? » Mussolini parle d'une voix calme, confinant à un manque de conviction. Il n'est plus que l'ombre de lui-même. Même le dévoué Scorza en est ébranlé. Le Duce racontera: « J'avais l'impression d'assister à mon procès. Je me sentais à la fois accusé et spectateur ». Le gendre du Duce, Ciano, nerveux, déchiquette en petits morceaux le buvard posé sur sa table. L'atmosphère est pesante. Personne n'ose se regarder en face. Grandi, le chef des conjurés, prend la parole: Il propose de transférer le commandement suprême au roi. De Bono défend quant à lui l'armée, s'en prenant à « l'influence pernicieuse d'un parti ou d'éléments politiques qui ont prétendu interférer dans les affaires militaires sans aucune compétence ou expérience », et soutient la motion Grandi. Grandi, anglophile, pacifiste, opposé au nazisme, qui fut à 34 ans le plus jeune ministre des Affaires étrangères d'Europe, va prendre la parole. La tension dans la salle surchauffée est à son comble. Sa motion, signée par 17 membres du Grand Conseil sur un total de 28 « prie le chef du gouvernement de demander à Sa Majesté le roi de bien vouloir, pour sauver le pays et son honneur, assumer le commandement effectif des forces armées ainsi que toutes les initiatives que nos institutions réclament de lui ». En d'autres termes, de remettre tous les pouvoirs au Roi. Grandi ajoute, grandiloquent: « Nous ne pensons pas à la survie du régime. Les partis et les régimes sont éphémères, seule la Patrie est éternelle ». Il poursuit, impitoyable: « Le peuple italien n'a pas cru et ne croit pas en cette guerre. » « La Dictature a tué la révolution. Hitler a corrompu l'esprit du fascisme italien. Notre fascisme a été italien jusqu'en 1932, avant de copier la militarisation du parti nazi ». A la stupeur générale, alors que tous attendent ou craignent une dure réplique, Mussolini garde le silence.

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Galeazzo Ciano, l'époux d'Edda, la fille préférée de Mussolini s'est lui aussi rangé dans le camp des comploteurs. Haï par le peuple, vomi par les fascistes les plus intransigeants et suspect aux yeux des modérés, détesté de Rachele, sa belle-mère, d'origine paysanne, car trop mondain, trop conservateur, trop éloigné du vrai fascisme, c'est à dire, selon elle, des révolutionnaires, vaniteux et capricieux, de vilaines rumeurs courent sur sa vie dissolue et sur l'addiction d'Edda aux tables de poker où elle dépense des fortunes. Ciano, dans son intervention, va s'en prendre à l'alliance italo-allemande, dénonçant la duplicité du Führer, qui n'avait même pas daigné informer l'Italie de l'attaque de la France et de la Belgique, traitant ainsi son allié « comme un domestique ». Ciano l'ignore, mais il vient de signer son arrêt de mort. Il paiera au prix fort son ralliement à Grandi, au procès de Vérone, en janvier 1944 à l'issue duquel il sera exécuté. Mussolini, quant à lui, met en garde ceux qu'il n'appelle plus « camarades », mais « messieurs » et déclare: « L'ordre du jour de Grandi peut mettre en jeu l'existence du régime ». Grandi a franchi le Rubicon, déclarant: « C'est le moment de dire halte à l'oppression qu'exerce sur nous le Parti, qui est devenu une caserne et une prison ». Sa motion, que Mussolini avait qualifiée la veille d' « inadmissible et vile » est adoptée par 19 « oui » contre 7 « non » et une abstention. C'est la crise de régime.

 

La crise de Régime: Mussolini, atone

Mussolini, au lieu de réagir avec force, entend minimiser auprès du roi le vote du Grand Conseil, déclarant avec une stupéfiante naïveté: « Le Roi est un soldat loyal ». Scorza notera dans son journal: « Quel étrange révolutionnaire et dictateur! » Le Duce veut rencontrer le Roi le lendemain. En attendant, son épouse Rachele, qui a hérité d'un gros bon sens paysan, le houspille: « Tu les as tous fait arrêter au moins ? » Il répond d'un air las! « Je le ferai demain ». Où est donc passé le flamboyant révolutionnaire, fondateur du fascisme ? Mussolini a une confiance tout à fait extravagante en l'amitié et en la fidélité du roi. Alexandre Sanguedolce a cette phrase définitive: « La trahison est une tradition séculaire chez les Carignan-Savoie, prêts à tout pour sauvegarder leurs intérêts personnels. Louis XIV, en son temps, les avait mis à jour, prononçant ces mots prophétiques: La Savoie et son duc ne terminent que rarement une guerre dans le camp où ils l'ont commencée ». Pendant ce temps, les putschistes débattent du sort de Mussolini qui devra être capturé à l'issue de son audience avec le roi; puis exfiltré vers un endroit sûr au moyen d'une ambulance. Ils dressent une liste de 850 personnalités fascistes à mettre hors de nuire. Mussolini doit rencontrer le Roi, ce 24 juillet 1943. Il est confiant, déclarant: « Je suis allé deux fois par semaine chez le roi pendant vingt ans. Il m'a toujours témoigné de la solidarité et de l'amitié ». Incroyable aveuglement. « N'y vas pas Benito, implore Rachele, n'y vas pas ! Tu ne reviendras pas ». Sa maîtresse, Clara Petacci, tente aussi de l'en dissuader. Peine perdue. En accord avec les putschistes, le Roi a déjà pris sa décision. Le nouveau chef du gouvernement sera le maréchal Badoglio, l'ancien chef d'état-major des armées: un incapable et un opportuniste avide d'honneurs, qui fut affilié au Grand Orient d'Italie. Mussolini, qui n'envisage pas une seconde le lâchage du roi va le rencontrer le 25 juillet à 15h. Celui-ci lui dit: « Vous êtes l'homme le plus haï d'Italie. Vous ne pouvez compter sur vos amis. Il n'en reste qu'un, moi ». Quel extraordinaire cynisme ! Et de demander à Mussolini de démissionner de toutes ses fonctions. Livide, le Duce lâche: « Alors, tout est fini ? Tout est fini ? » L'entrevue est terminée. Le roi bafouille: « Je suis désolé. Je suis désolé, mais il n'y a pas d'autre solution ». Dans ses Mémoires, Mussolini notera: « Il était livide et il semblait encore plus petit (il mesurait 1m53) que d'ordinaire, presque rabougri. »

 

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L'arrestation de Mussolini : fureur de Hitler

Au sortir de l'entretien, un capitaine des carabiniers vient à sa rencontre et lui annonce: « Excellence, au nom de sa Majesté le Roi, je vous prie de bien vouloir me suivre, j'ai reçu l'ordre d'assurer votre protection ». Mussolini est prisonnier. Une ambulance va le transporter en toute discrétion vers la caserne Pastrengo. Un carabinier a l'ordre d'arracher les fils du téléphone. Mussolini va dormir sur un divan inconfortable. Triste fin. L'appareil fasciste est neutralisé sans qu'un seul coup de feu n'ait été tiré, et le régime s'est effondré sans qu'il n'y ait eu la moindre résistance.

Hitler est fou de rage. Il ordonne le bouclage de Rome par les parachutistes. Il annonce qu'il compte investir le Vatican, persuadé à juste titre qu'une bande de comploteurs œuvrant contre l'Allemagne et ses alliés, y sévit. Quant au traître Badoglio, il tient à rassurer le Führer sur ses intentions, jurant qu'il entend continuer le guerre aux côtés du Reich. Hitler n'en croit évidemment pas un mot. Sa priorité est désormais de retrouver et libérer Benito Mussolini afin d'empêcher qu'il fût livré aux alliés: ce sera la mission d'Otto Skorzeny.

Le brillant livre d'Alexandre Sanguedolce s'arrête là. Nous attendons avec impatience la suite: l'opération audacieuse des commandos allemands, le 12 septembre 1943, qui libérèrent Mussolini de sa geôle du Gran Sasso, la création de la République sociale italienne et le procès de Vérone où les traîtres dont Ciano, le gendre du Duce, furent lourdement châtiés.

 

Conclusion

La postface d'Olivier Pigoreau est absolument passionnante. Elle répond aux questions que l'on est en droit de se poser: comment expliquer que les Allemands n'aient pas eu vent du complot et qu'ils aient été incapables d'ordonner des contre-mesures susceptibles de mettre en échec les projets des conjurés ? On ne peut, notamment, que s'interroger sur l'attitude pour le moins troublante des diplomates allemands en poste à Rome, qui cachèrent soigneusement à leur hiérarchie, les préparatifs de coup d'Etat, dont ils étaient parfaitement informés. Notons au passage que la même question se pose quant à la décision insensée de Mussolini d'envahir la Grèce qui aurait pu être bloquée si les services allemands en avaient informé Hitler.

Lisons la conclusion du livre. « La destitution de Mussolini et les tentatives d'assassinat et de putsch visant Hitler ont cela en commun qu'elles eurent pour origine les mêmes cercles, hauts responsables militaires et milieux conservateurs dans lesquels le Vatican joua un rôle de premier plan. Ce fut sans doute la grande erreur de ces dictateurs, de ne pas avoir, à l'inverse des dirigeants soviétiques, conduit jusqu' à leur terme les révolutions qui auraient purgé leurs pays des forces hostiles à leur régime ».

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« Complot à l'italienne. La destitution de Mussolini » d'Alexandre Sanguedolce, 230 pages, 18,50 euros, à l'ordre de Editions Konfident  27, rue des Boulangers, 75005 Paris.

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Capitalisme bancaire - L'usure et l'argent dette

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Le prêt à intérêt est une manière de faire de l’argent avec de l’argent. Au cours de l’histoire nombre de sociétés et de religion l’ont banni. Quand on comprend l’effet que l’usure a sur l’économie à long terme on comprend mieux ces interdictions passées.

L’usure est au cœur de l’économie capitaliste, ce que le journaliste économique Paul Grignon appelle l’argent dette. Ce système d’argent dette repose sur un équilibre fragile entre la croissance économique et la croissance de la masse monétaire.

 

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L'Anneau des Nibelungen (L'Or du Rhin, la Valkyrie, Siegfried, Le Crépuscule des Dieux)

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Du Graal à Wagner, splendide est le chemin spirituel ! En la cathédrale wagnérienne, si les Fées, Rienzi, le Vaisseau Fantôme, et les Maîtres Chanteurs sont les chapelles latérales et le déambulatoire, on peut dire que Parsifal est le chœur, Lohengrin et Tristan, les deux bras du transept, Tannhäuser le narthex et l'Anneau des Nibelungen la nef. Au triple point de vue biographique, thématique et esthétique, la Tétralogie occupe, en effet, une position centrale dans l'univers wagnérien. Patiemment élaborée, au milieu de bien des traverses, pendant trente années, l’œuvre fut, au dire même de son auteur, «le poème de ma vie, l'expression de tout ce que je suis et de tout ce que je sens... », c'est elle qui lui suggéra l'idée du théâtre idéal de Bayreuth et qui, comme les doigts de la main autour de la paume, lui suggéra le thème et la forme de ses œuvres ultérieures.

En cet été 1847, Richard Wagner a trente-quatre ans, et se trouve à Dresde, chef d'orchestre du Grand-Théâtre et maître de chapelle, en une brève époque heureuse qui tranche sur cette longue période d'épreuves et de nomadisme qui s'étend de sa vingtième à sa cinquantième année; Wurtzbourg, Magdebourg, Königsberg, Riga l'ont vu promener sa malchance besogneuse d'où sont nés les Fées, la Défense d'aimer et Rienzi. A Paris, pendant deux terribles années et demi, au cours desquelles il a côtoyé plusieurs fois avec sa première femme, la mort par misère et inanition, il a composé le Vaisseau Fantôme, où sont apparus les thèmes mystiques et désormais envahissants de Chute, de Rédemption, et de Salut, de même qu'il s'est plongé dans les poèmes allemands légendaires d'où sont nés Tannhäuser et Lohengrin. Le Vaisseau Fantôme et Tannhäuser ont été représentés à Dresde en 1843 et 1845 ; il commence les Maîtres Chanteurs, humoristique réponse à Tannhäuser. Ces quelques années heureuses de Dresde vont être brisées lorsqu'en mai 1849, il participera à la révolution, et que, proscrit, il devra se réfugier en Suisse.

C'est alors qu'il se plonge dans la foisonnante matière légendaire de la mythologie celtique et Scandinave : d'abord les poèmes de l’Edda transcrits entre 800 et 1250 d'après des œuvres orales antérieures ; le Nibelungen, transcription médiévale germanique de la matière Scandinave ; la Saga des Valsungs transcrite vers 1260... Toutes ces légendes proviennent plus ou moins directement de cette Islande du haut moyen âge, véritable « conservatoire » de la Tradition hyperboréenne. Le caractère principal de toute cette mythologie est de se rattacher aux sources traditionnelles et pré-chrétiennes du mythe : une conception unitaire et magique du Monde où, entre la divinité et l'homme s'éploie la pyramide formidable de la nature et de ses forces, celles-ci étant personnifiées par des dieux voués à un incessant combat, à la ronde fatale des morts et des résurrections. Car le « Ragnarök » ou destinée finale des dieux est le symbole de cette continuelle et divine destruction — personnifiée dans l'Hindouisme par la déesse Kali — premier aspect de cet impitoyable équilibre du monde, dont l'homme ne peut connaître le second — la Création continuelle du monde, œuvre du Verbe Divin, symbolisé par le Graal — que s'il s'élève au-dessus de la matière, de la sensation et de l'intellect, que s'il brise la terrestre et terrible chaîne de la fatalité, et accède en lui-même à sa nature la plus haute où, dans la contemplation du Créateur, s'éploie enfin la liberté spirituelle.

 

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De cette pyramide gigantesque dont l'Anneau des Nibelungen va être la base et dont, à la fin de sa vie, Parsifal sera le couronnement « traditionnel » et chrétien, Richard Wagner, en ce milieu du siècle, élabore lentement le plan: il fait pour l'Anneau ce que Joseph Bédier fait pour Tristan: il réunit les textes de sources diverses et les fond en une unité nouvelle. Peu à peu, les personnages prennent leur visage et leur fonction symbolique tandis que les épisodes s'architecturent, souvent porteurs dès leur naissance de leurs thèmes musicaux spécifiques.

A côté de ces sources légendaires, le XIXe siècle allemand lui-même fournit à Wagner le drame de la Motte-Fouqué (le Tueur de Dragons, Siegfried de Schlangentöter) de 1808, les deux drames de Hebbel (Der Gehörnte Siegfried et Siegfrieds Tod) tandis que la Suède lui apporte le poème de Lenström (Sigurd och Bryhilda) de 1836. Wagner a conscience de son audace : pour la première fois, un musicien occidental va remplacer les dieux grecs par des dieux Scandinaves ! En février 1848, toujours à Dresde, son plan est fait : cette nef gigantesque aura quatre travées : un prélude, l'Or du Rhin, qui sera joué sans interruption, puis une trilogie, la Valkyrie, Siegfried et le Crépuscule des dieux. Il y aura des variations dans les titres, mais jamais dans la fonction théurgique des différentes parties. Du printemps 1850 à Noël 1852, Wagner réfugié aux environs de Zurich « monte » peu à peu les pièces de son édifice, notant çà et là, à mesure qu'il écrit son poème, les thèmes musicaux directeurs. Parallèlement à ce travail, et issus de lui, naissent les admirables manifestes justement célèbres où il expose sa théorie du «drame musical». Quelques années plus tard, il écrira dans sa lettre sur la musique : « Mes conclusions les plus hardies relativement au drame musical dont je concevais la possibilité se sont imposées à moi, parce que dès cette époque (1849-1852) je portais dans ma tête le plan de mon grand drame des Nibelungen, et il avait revêtu dans ma pensée une forme telle que ma théorie n'était guère autre chose qu'une expression abstraite de ce qui s'était développé en moi comme production spontanée... »

L'Or du Rhin composé en 1853 constituera ainsi une complète rupture de formes à l’égard de l'ancien opéra, «simple conglomérat arbitraire de minuscules morceaux de chants isolés, juxtaposition toute de hasard d'airs, de duos, d'arias, etc. » (in Une communication à mes amis, 1851). Poussant beaucoup plus loin les tentatives de Gluck et de Berlioz, Wagner travaille à fond tous les éléments poétiques, instrumentaux, humains et visuels en une symphonie continue où la voix humaine est utilisée comme un instrument privilégié certes, mais faisant corps avec la féerie mélodique ininterrompue. La partie orchestrale ne se contente plus d'accompagner le chant, elle tient un rôle capital et autonome : celui même du chœur de la tragédie antique qui commente l'action et la hisse en son plan spécifique : celui du sacré. Les motifs thématiques attachés aux personnages font de ceux-ci des symboles sensoriellement préhensibles : comme dit Baudelaire, ils les « blasonnent». La musique devient encore davantage un langage et l'action progresse avec le minimum de dialogues; l'effusion lyrique continue n'est traversée d'aucun prosaïsme. Enfin, le théâtre devient un lien magique (et Wagner entendait ce dernier épithète dans son sens fort) où la fusion de tous les arts arrive à libérer dans le spectateur les énergies les plus profondes et à faire du spectacle une communion sacrée.

 

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Extraordinaire ambition ! Extraordinaire réalisation qui n'a dans le passé que deux précédents, différents certes dans leur forme, mais analogues dans leur intention : la Tragédie grecque et le Mystère du Moyen Age.

Au début de février 1853, pendant qu'il travaille à l'Or du Rhin, Wagner bien que toujours en butte à d'incessants problèmes matériels, publie le quadruple poème, à ses frais, et pour ses seuls amis. Sans perdre de vue son grand dessein, plantant au contraire les jalons de son extraordinaire synthèse mythologique et mystique, en mars-avril 1856, il pense à mettre en scène et en musique, une légende hindoue d'amour et de pitié, sous le titre les Vainqueurs (il en trace une esquisse en mai), car en ces années 1856-1858 il est plongé dans le bouddhisme, et G. Leprince a pu avancer, avec quelque vérité que Parsifal était « un surgeon bouddhique transplanté dans un sol et sous un climat chrétiens, ou plus exactement encore un essai de correspondance et de fusion entre le bouddhisme et le christianisme, ce dernier sans la confession, mais avec la Présence réelle... (1)»

 

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De 1854 à 1856, Wagner compose la Walkyrie. En 1956, il commence Siegfried. Le 3 mai 1864 (il a 51 ans) alors qu'il est de passage à Stuttgart, un événement providentiel met fin à ses lancinants problèmes pécuniaires : le jeune roi Louis II de Bavière, admirateur passionné de l'œuvre en gestation, lui dépêche un secrétaire, pour lui apprendre qu'il n'a d'autre désir que de « l'aider, l'aimer et le servir ». Grâce à lui, Tristan, terminé en 1859, est représenté à Munich, le 10 juin 1865, et grâce à lui, malgré la jalousie des Munichois, le projet du théâtre de Bayreuth va peu à peu prendre forme. Dans l'automne 1864, dans un rendez-vous de chasse des Alpes bavaroises que lui a prêté le roi, Wagner reprend le poème et la partition de Siegfried, qu'il terminera en février 1871. Mais sous la pression des Munichois, Wagner reprend en décembre 1965 sa vie errante : Genève, Lyon, Avignon, Toulon... bien qu'aidé pécuniairement par Louis II de Bavière. En 1867, les Maîtres Chanteurs sont représentés à Munich. En septembre 1869, Cosima, qui sera sa seconde femme, lui donne un fils baptisé Siegfried. Le père, tout à sa joie, compose la célèbre «Siegfried Idyll». En janvier suivant, il entreprend le Crépuscule des dieux, qu'il achève en novembre 1874.

Bien qu'il eût préféré ne révéler l'Anneau des Nibelungen que dans sa grandiose unité, Wagner ne peut refuser au roi mélomane et mécène une représentation de l'Or du Rhin à Munich le 22 septembre 1969, et de la Valkyrie le 26 juin 1870. La première pierre du «théâtre modèle» de Bayreuth est posée le 19 mai 1872, jour de la Pentecôte. Enfin c'est l'apothéose du premier festival de Bayreuth du 13 au 26 août 1976 : pour la première fois le monument de pierre et celui de musique s'offrent en leur éblouissante architecture : l'Anneau des Nibelungen, quatorze heures du spectacle le plus intense, est donné pour la première fois dans son intégralité. Six années plus tard, quelques mois avant la mort de Wagner, le 13 février 1883, Parsifal y sera à son tour créé, parachevant la cathédrale sonore.

Faire l'analyse suivie du quadruple poème de l'Anneau des Nibelungen, outre que cela nécessiterait une livraison entière d'Atlantis, aurait surtout le tort d'être sous ma plume la nouvelle version maladroite d'un travail qui a été fait maintes fois de façon fort satisfaisante. Je me bornerai ici à indiquer au passage quelques thèmes et quelques symboles fondamentaux.

 

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L'Or du Rhin est le récit de la faute originelle : Wotan (même racine que le latin vates) l'inspiré, mais aussi le furieux, le possédé, fou d'orgueil et d'ambition, fait construire le Walhalla (wal, mort ; hall, salle), burg du plaisir et de la puissance, par les Géants auxquels il promet de livrer Freya la belle déesse, qui assure aux dieux la jeunesse et l'immortalité. Wotan cède à la tentation de Logue, le dieu du Feu (inutile, n'est-ce pas, d'expliquer aux lecteurs d'Atlantis l’étymologie de Log, la plus importante peut-être de toutes les racines celtiques) qui l'aide à s'emparer de l'or du Rhin. Pour posséder cet « or », Albérich, le roi des nains, a renoncé à l'amour : ainsi, surprenant les Filles du Rhin, il pourra posséder l'Anneau magique, formé avec le métal de lumière. Hélas, si l'or était pur dans l'abîme, il devient maléfique lorsqu'on le possède matériellement. Wotan, qui vole l'Anneau à Albérich, se charge à son tour de malédiction. Aussi cède-t-il aux instances d'Erda, la Terre maternelle et prophétique : il livre le trésor aux Géants avec le Casque magique et l'Anneau, plutôt que de le rendre aux Filles du Rhin. Aussitôt en possession de l'Or, les Géants se battent: Fafner tue Fasolt et se change en dragon pour mieux garder le Trésor.

La Valkyrie marque l'intervention de l'homme. Wotan n'a plus qu'un désir : arracher l'Or au dragon Fafner et le rendre aux Filles du Rhin. Ne pouvant intervenir lui-même, car il a juré sur les runes de sa propre lance, il suscite un héros, né des amours incestueuses de ses propres enfants : Sfegmund et Sieglinde. Mais Albérich poursuivant sa vengeance, de terribles combats s'engagent, à l'issue desquels Brunehilde — la Valkyrie, l'aînée des neuf filles que Wotan a eues avec Erda, la Terre — pour avoir sauvé Sieglinde qui porte le futur Siegfried en son sein, est déchue de sa divinité. Protégée par les cercles de feu dont Logue et Wotan l'entourent, elle attend son libérateur: seul un héros inaccessible à la peur pourra franchir l'enceinte ignée.

Siegfried, bien qu'élevé par Mime, le frère d'Albérich, est le symbole du courage et de la liberté. «L'homme libre s'engendre lui-même», dit Wagner. Il forge l'épée Notung par laquelle l'Or sera restitué aux Filles du Rhin. Siegfried comme Parsifal est un simple, un ignorant ne sachant rien de la mission qu'il doit accomplir, et conduit par une force qui est ou bien Fatalité ou divine Prescience, mais qui toujours procède de l'intuition. Souvent d'ailleurs, contrairement à Parsifal, il s'en montre indigne et obéit à ses seuls instincts. Mais ici comme là, le héros se débat dans les conséquences de la faute originelle. Il se révolte contre Wotan qui représente la Loi ancienne. Grâce à son épée, il tue Fafner le dragon, qui représente l'éternelle concupiscence, les désirs de la chair et de l'intellect, et la volonté de puissance. N'ayant gardé du Trésor que l'Anneau et le Casque magique, encore éclaboussé du sang du monstre, il comprend enfin, dépouillé de l'animalité et de l'humanité inférieure, le chant de l'Oiseau qui ne cesse de le suivre dans la forêt, délivre la Valkyrie et l'éveille. Siegfried et Brunehilde travaillent à instaurer désormais la Loi d'Amour, et Siegfried, pour mettre fin à l'antique malédiction, brise la lance aux runes qui emprisonne la liberté de Wotan.

 

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Le Crépuscule des dieux est la traduction poétique et musicale de l'idée de cycle, de fin d'un monde et de naissance d'un monde nouveau. (A la même époque Nietzsche parlait d'Eternel Retour.) Les épisodes des deux premiers actes montrent Siegfried en proie à la machination de Hagen, fils d'Albérich, le Nain maudit. Brunehilde, se croyant trahie, décide la mort du héros, prend l'Anneau à son doigt, le passe au sien, et se jette dans le Bûcher. Les flammes embrasent le Walhalla, le Rhin déborde et noie le Bûcher ; les Filles du Rhin reprennent le Trésor et l'Anneau qui retrouve ainsi sa pureté. Alors que Siegfried était un fervent hommage à l'éternelle jeunesse, le Crépuscule nous fait témoins de toutes les puissances de décrépitude, et, sous des aspects symboliques, à la mort d'un monde qui est le nôtre, à la malédiction due à l'emploi de la force, de la lutte égoïste et bestiale pour la richesse et la puissance, et à ses bouleversements politiques.

Wagner, pèlerin de l'Europe, méprisé en France, banni de sa propre patrie pendant onze années, en butte à la misère jusqu'à l'âge de cinquante ans, humaniste aux mains de Lumière, conquérant d'un idéal à la fois terrestre et céleste, y incarne toute son angoisse, toute sa prescience de témoin de la fin de la race blanche. Dans une première version du poème, Brunehilde proclamait : « La race des dieux a passé comme un souffle, le monde que j'abandonne désormais est sans maître... Ni l'or, ni la richesse, ni la grandeur des dieux, ni maison, ni domaine, ni pourpre du rang suprême, ni les liens fallacieux des tristes conventions, ni la rigoureuse Loi d'une morale hypocrite !... Dans la douleur comme dans la joie... : l'Amour!»

Jean PHAURE

Note :

(1) G. LEPRINCE, Présence de Wagner (La Colombe, 1963), p. 369-370.

SOURCES : ATLANTIS – NOVEMBRE, DECEMBRE 1985

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