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Marqués depuis deux mille ans par le christianisme et sa conception linéaire du temps, il nous est difficile de comprendre le sens du mythe chez nos ancêtres. Cela concerne également les apôtres séculiers du christianisme, tels que les communistes et les libéraux, qui rejettent toute interprétation mythique en politique. Il est néanmoins probable que nos ancêtres, à travers leurs mythes, aient mieux compris le sens de l’être et du non-être que nous-mêmes. Il suffit de lire les figures mythiques du poème d’Ovide, Les Métamorphoses, pour saisir le comportement de nos politiciens métamorphes.

Les légendes et contes européens portent également en eux de tels éléments mythiques. Par ailleurs, ils contribuent à façonner nos identités nationales. Un exemple classique est celui de la Chanson des Nibelungen et de la Chanson de Roland, dont les motifs centraux sont la volonté du sacrifice absolu pour sa propre communauté. C’est l’une des raisons pour lesquelles les mythes et légendes restent si populaires chez nous, que l’on se dise croyant ou athée. Nous lisons Homère, les frères Grimm, et même Le Hobbit de Tolkien, car ces récits réveillent une part de notre imaginaire païen.

Bien qu’il se targue de rejeter tout discours mythique, le système libéral a développé ses propres mythes fondateurs : le mythe du Progrès, le mythe du multiculturalisme, ainsi que d’étranges mythes victimaires d’après-guerre dont la nature surréelle aurait sans doute fait rire les anciens Grecs. Or, toute critique de ces nouveaux mythes du Système est immédiatement perçue par ses bien-pensants comme une imposture d’extrême droite, voire comme une attaque directe contre la démocratie libérale elle-même. Aux yeux du Système, quiconque ose remettre en question la mythologie libérale s’expose à l’exclusion, à la diffamation ou à la proscription professionnelle et médiatique.

Les mythes grecs et romains antiques — tout comme les anciens mythes, légendes, fables ou contes européens — avaient, et ont encore, indépendamment de leur contenu fantastique, une forte fonction didactique. Ils offrent à la communauté une orientation morale, en même temps qu’un avertissement clair : il ne faut pas transgresser les règles de la communauté, il ne faut pas se mesurer aux dieux, et il ne faut pas se laisser duper par les palabres de l’Autre, étranger qui vont à l’encontre du Moi.

Les mythes antiques montrent clairement comment l’hybris (la démesure), l’arrogance et la négation de soi sont punies par les dieux, le plus souvent par des transformations drastiques en animaux, en pierres ou en d’autres mécréants. Par contre, il suffit de jeter un regard sur notre présent politique : les mythes libéraux que nous subissons aujourd’hui — associés aux manipulations du langage, y compris à la soumission de la classe politique à ces nouveaux récits mythiques — ont déjà produit des dommages considérables.

 

La chambre d’écho et la langue de bois

La censure actuelle et la nouvelle langue de bois du Système peuvent être ramenées à plusieurs mythes grecs antiques. Ces anciens mythes correspondent avec une précision étonnante au système actuel de contrôle du langage et de la libre pensée. La nymphe Écho en offre un exemple parfait de « chambre d’écho » dans laquelle semblent enfermés nos politiciens. Le malheur de la nymphe Écho fut orchestré par la déesse Héra, épouse jalouse de Zeus, qui ne supportait pas qu’Écho couvre ses escapades amoureuses. Héra la punit en lui retirant sa propre voix et en la condamnant à ne répéter que les dernières syllabes des mots prononcés — un simple écho, voire une langue de bois privée de toute portée personnelle. La situation devient encore plus grave quand Écho tombe amoureuse du narcissique Narcisse, qui ne lui rend pas son affection. Il en résulte une rupture totale de communication : Écho se perd entièrement, jusqu’à ce qu’il ne reste plus d’elle que son écho.

Le destin de la nymphe Écho s’applique avec une pertinence frappante à la « novlangue » qui domine la communication politique et médiatique des figures clownesques de l’UE. Leurs psalmodies et incantations, empruntées au langage soviétique, se réduisent à quelques formules monosyllabiques et démonologiques : « discours de haine », « racisme » et « danger du fascisme ».

Un autre exemple de censure par le Système nous est fourni par le mythe du roi Térée. Bien que Térée soit marié à Procné, il s’obsède pour sa belle-sœur Philomèle. Dans un acte de violence extrême, il la viole puis lui coupe la langue afin qu’elle ne puisse révéler son crime. Privée de parole, il ne reste plus à Philomèle qu’à tisser une muette tapisserie pour communiquer à sa sœur Procné l’horreur de son malheur. Cette scène des Métamorphoses d’Ovide illustre de façon dramatique les métamorphoses aberrantes que subit aujourd’hui le langage médiatique. Nous autres, aujourd’hui, à l’instar de Philomèle, sommes obligés de tisser nos samizdats et d’utiliser le langage codé pour nous exprimer et contourner la censure du Système.

Depuis deux mille ans, l’Européen oscille entre deux pulsions contradictoires qui confinent à la névrose : d’un côté, une forte volonté d’affirmation de soi qu’on voit chez Homère et dans toute la mythologie et les légendes ancestrales ; de l’autre, un mimétisme pathologique envers des commissaires théologiques et idéologiques, porte-paroles de mythes étranges et chimériques. Cette profonde rupture s’est installée avec l’avènement du christianisme, avant de se perpétuer dans ses versions séculières — libérales et communistes — jusqu’à notre époque. Certes, dans les anciens mythes, on trouve de nombreuses figures dotées d’une forte volonté, sans pour autant chercher à imiter aveuglément les discours venus d’ailleurs. Dans nos temps contemporains, il n’en va plus de même. Les gens qui nous gouvernent sont fascinés par des récits extérieurs et des mythes exotiques liés au métissage racial et à la fin des temps.

Chez les classiques français et allemands, on rencontre déjà ce type de mimétisme grotesque de l’Autre. On en trouve un exemple célèbre dans Le Bourgeois gentilhomme de Molière. Monsieur Jourdain cherche à imiter la noblesse dans son langage, ses manières et ses habitudes, et finit par devenir ridicule à force de surenchère dans son mimétisme social. La langue française a une belle expression qui s’applique aux politiciens européistes et qui est intraduisible dans d’autres langues européennes : « Il pète plus haut que son cul ». Un autre exemple de singerie plus radicale de l’Autre se trouve dans la nouvelle de l’écrivain allemand Wilhelm Hauff, Der Affe als Mensch (« Le Singe en tant qu’homme »). Dans ce récit, un escroc étranger arrive dans un village allemand et y introduit un singe dressé. Les habitants, incapables de reconnaître l’animal, le prennent pour un véritable gentleman et le considèrent comme un modèle digne d’être imité.

L’imitation de la mythologie de l’Autre et le déni de soi ne sont pas des phénomènes nouveaux en Europe. Ils apparaissent aujourd’hui avec une clarté particulière en Allemagne. L’exemple le plus frappant de cette imitation aveugle se manifeste dans le comportement de nombreux politiciens allemands qui s’inclinent devant les « réfugiés » afin d’exhiber publiquement leur repentance de l’homme blanc européen. À cela s’ajoute une politique étrangère dans laquelle Israël occupe la place du nouveau Surmoi européen. L’ancienne chancelière Angela Merkel déclarait il y a plusieurs années au parlement israélien, la Knesset : « La sécurité d’Israël fait partie de la raison d’État allemande et n’est jamais négociable. » Cette obsession allemande de la repentance perpétuelle se cache aujourd’hui derrière les vocables plus présentables : le « mythe de la culture d’accueil ». Or, en allemand, des expressions plus honnêtes seraient : mythe de la culpabilité éternelle, ou mythe de la haine de soi. Ce soi-disant « mythe de l’accueil » n’est rien d’autre qu’un substitut au communisme défunt. Ce que les régimes communistes d’Europe de l’Est n’ont pu obtenir par la force, le Système tente aujourd’hui de l’imposer par la culpabilisation permanente de l’homme blanc.

 

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En revanche, les mythes d’Ovide se distinguent par une sagesse plus profonde : ils sont intemporels et ahistoriques. Ils peuvent être racontés et transmis à n’importe quelle époque et en n’importe quel lieu. C’est pourquoi les mythes et légendes antiques européens ne peuvent jamais être dogmatiques : ils n’exigent ni police de la pensée ni Grand Inquisiteur.

Si l’on observe aujourd’hui les mythes européens antiques à travers le prisme de la conception linéaire du temps historique — une vision marquée par le judaïsme et le christianisme —, cela conduit inévitablement à une fausse perception de soi. Plus précisément, l’application de catégories temporelles chrétiennes, ainsi que leurs prolongements séculiers libéraux ou communistes (tels que l’idée de la « fin de l’histoire »), constitue une fausse approche pour comprendre les mythes gréco-romains, y compris la notion d’être.

En termes simples : les mythes antiques nous expliquent comment comprendre le monde, tandis que les mythes politiques et monothéistes nous invitent à le changer — souvent avec des conséquences catastrophiques. Le mythe de la culpabilité européenne, propagé par le Système sur toute la longueur de l’onde, s’alimente du dogme chrétien de l’auto-négation, qui a déjà causé aux peuples européens, depuis deux millénaires, d’énormes dommages. En effet, il est bien trop facile et confortable de railler les mythes juifs et leurs récits victimaires. Mais pourquoi critiquer les mythes judaïques tout en embrassant sans le moindre esprit critique le mythe de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, ou la spectaculaire conversion de Saul, devenu saint Paul, qui passa du statut de persécuteur des chrétiens à celui d’apôtre fervent du brassage des peuples et de la politique de frontières ouvertes ? St Paul, ce Nord-Africain, sert encore aujourd’hui de rempart symbolique de la civilisation occidentale pour de nombreux Européens chrétiens.  Le grand connaisseur des dieux et des mythes homériques, Walter F. Otto, qui nous reste encore aujourd’hui la référence incontournable dans les études mythologiques, écrivait déjà dans son ouvrage majeur Der Geist der Antike und die christliche Welt (L’Esprit de l’Antiquité et le monde chrétien), malheureusement pas traduit en français :

La maladie de l’âme qui a inspiré ce nouveau jugement sur l’homme avait son origine dans le judaïsme. C’est là que régnait la peur, accompagnée de ses terribles compagnons : la contrition et la haine de soi. La croyance en un Dieu despote — l’exact opposé de la religion vivante et réaliste d’Homère — était profondément ancrée dans l’esprit des Juifs, un esprit étranger à la vie réelle et dépourvu d’imagination. (p.44)

Lorsque l’on projette ces analogies mythiques sur notre époque et qu’on les confronte aux grotesques pantalonnades de nos politiciens, l’avenir politique des Européens semble particulièrement sombre.

T. S.