Résistance Identitaire Européenne

Régions d'Europe


L'Ethnie Thioise et le Mouvement National Flamand - Roland RAES

 

L'on désigne généralement sous le nom de Flandre les territoires de culture et de langue néerlandaises du royaume de Belgique. En fait, l'ancien Comté de Flandre était beaucoup plus restreint et ne comprenait que deux des Provinces actuelles, ainsi qu’une partie du département français du Nord.

 

hendrik conscience

 

C'est un écrivain romantique, Hendrik Conscience qui, célébrant dans son livre « Le lion de Flandre » (1839) la victoire remportée en 1302 par les milices flamandes sur Philippe le Bel, étendit la notion de « Flandre » à toute la partie néerlandaise de la Belgique et fut à l'origine de la renaissance des lettres flamandes. Le blason du comté de Flandre, « au lion de sable sur champ d'or », allait devenir l'emblème de tout le territoire « néerlandophone » et le mouvement de libération et de renaissance du peuple néerlandais en Belgique se fera connaître sous le nom de « Mouvement Flamand ».

Par ailleurs, nous parlons d’ « ethnie thioise »; il s'agit des territoires constitués par les Pays-Bas et la partie septentrionale de la Belgique ainsi que par une partie du département du Nord, en France, et qui forment une unité aussi bien géographique que linguistique et culturelle. Les « Pays-Bas » thiois proprement dits se situent autour du delta des trois grands fleuves : le Rhin, la Meuse et l'Escaut.

Au temps des invasions germaniques, les Francs, les Frisons,

et les Saxons, venus d'outre-Rhin, descendent vers l’occident; ils absorbent ou chassent la population Celte et pénètrent assez profondément sur le territoire de la France actuelle. La tribu la plus nombreuse, celle des Bas-francs, s'enfonce plus avant vers le sud et, avec son roi Chlodoweg (Clovis), elle jette les bases de l'empire franc, qui atteindra son apogée sous Charlemagne. Les Francs occupent tout le centre des Pays-Bas, les Frisons le nord et les Saxons s'établissent aussi bien à l'est, que le long de la côte. Pendant le Moyen-âge, la langue parlée dans notre région est le bas-franc occidental, et la majeure partie des habitants actuels des provinces néerlandaises et thioises sont eux-mêmes des bas-francs.

La dénomination « belge » ne s'applique qu'à une tribu gauloise que rencontra Jules César; elle n'a donc aucun rapport avec l'ensemble de la population du moderne royaume de Belgique. Par contre, il n'y a aucune différence ethnique décisive entre les « flamands » actuels et les Hollandais; les uns et les autres sont d'ascendance franque.

Après le démembrement de l'Empire carolingien, une division purement politique intervient : les provinces du nord et de l'est dépendent du Saint-Empire, la Flandre proprement dite est placée sous la tutelle des Capétiens. Et pourtant, le sentiment d'une commune origine et de l'appartenance à une même ethnie reste vivant; il se manifeste en 1302, lorsque Philippe le Bel et son immense armée sont vaincus à Groeninge, près de Kortrijk, par l'effort concentré des comtés et des villes thioises.

 

C quint

 

Au XVe siècle, les ducs de Bourgogne parviennent à réunir presque tout le territoire thiois; ils y règnent en souverains indépendants. Charles Quint considérait, à juste titre, que les « pays bourguignons » formaient une entité dans le cadre de son empire; le sentiment ethnique se retrouvait confirmé dans un cadre étatique.

Au XVIe siècle, quand toutes les provinces thioises se soulèvent contre Philippe II, roi d'Espagne et successeur de Charles Quint, la conscience nationale se manifeste à nouveau : il ne s'agissait point, à l’origine du moins, d'une guerre de religion. Le centre de la rébellion ne se trouvait pas en Hollande, mais dans le sud; plusieurs chefs des révoltés, tels les comtes d’Egmont et de Hoorn, tous deux décapités à Bruxelles, étaient catholiques, tout comme Guillaume d'Orange dans la première période de sa vie politique.

Suite aux péripéties de la guerre entre l'Espagne et les provinces révoltées, une ligne de démarcation, purement occasionnelle, se trouva tracée à un moment donné. Cette « frontière » ne séparait nullement deux peuples, ni deux groupes ethniques ou linguistiques (on parlait la même langue des deux côtés) ou religieux (le Limbourg et le Brabant du Nord restaient catholiques, bien qu'appartenant aux « Provinces réunies » libérées du joug espagnol). Le sud allait rester territoire espagnol puis serait rattaché à l'Autriche « Le pays s'appauvrissait, l'élite culturelle était anéantie ou elle émigrait vers le nord, soit par conviction religieuse, soit pour échapper à la tyrannie cléricale des occupants espagnols. Elle allait être remplacée graduellement par une prétendue « élite » émigrée du sud, ou nouvellement formée, et plus ou moins superficiellement francisée. La langue néerlandaise s'appauvrit, dégénérât, la culture littéraire disparut.

Sous la domination française (1790-1815) la francisation progresse encore et gagne les milieux bourgeois et lorsqu'après la chute de Napoléon, le Royaume Uni des Pays Bas fut créé la situation de la langue néerlandaise et de la culture nationale étaient franchement déplorables. Le roi Guillaume 1er, descendant des princes d'Orange, se heurte à l'opposition des milieux francophiles et des cléricaux. Malgré une volonté certaine, il ne réussit pas, faute de temps, faute de souplesse et de qualités diplomatiques aussi, à implanter solidement la monarchie dans le sud. La France voyait à contrecœur se constituer un état fort à sa frontière septentrionale; la rébellion qui éclate à Bruxelles en 1830 est d'inspiration française et les chefs militaires aussi bien que les finances et les armes sont fournie par Paris.

 

1003365 Guillaume Ier de Nassau dit le Taciturne

 

Abandonné par les grandes puissances, Guillaume 1er se retire et un nouvel Etat, le « royaume de Belgique », est alors constitué; c'est une formation purement artificielle; on en confie la gestion à une dynastie étrangère au pays : le premier « roi des Belges » est un prince allemand appauvri, Léopold de Saxe-Cobourg Gotha, qui, au préalable, avait vainement tenté sa chance en Grèce et en Angleterre, et qui se résignait enfin à ceindre cette couronne à bon compte; il ne sait pas un mot de flamand ni de français!

La constitution belge, calquée sur les « principes » de 1799, promet la liberté des langues. En pratique, il n'en est rien. Seul, le français est reconnu comme langue officielle dans l'administration, la justice, l'enseignement supérieur, le culte et l'armée. Le nouveau royaume fait figure de protectorat français, les chefs politiques vont chercher leurs ordres à Paris, des généraux français commandent l'armée, les classes possédantes, qui parlent un français souvent approximatif, exercent une véritable pression socio-culturelle sur le reste de la population. Conséquence : la francisation gagne les classes moyennes et, à Bruxelles, les classes populaires elles-mêmes. La réaction flamande se dessinera d'abord sur le terrain linguistique et ne sera portée, dans un premier temps, que par une poignée d’écrivains et d'intellectuels; elle prendra peu à peu de l’ampleur sur le plan culturel puis gagnera l'arène politique.

Ces premiers groupes, profondément influencés par les auteurs romantiques (Herder et Fiente en premier lieu), qui reprennent progressivement conscience de leur identité, seront appelés « flamingants »; par opposition, les dirigeants et les classes supérieures qui, en Flandre, oppriment le peuple, tant sur le plan culturel que social, sont qualifiés de « fransquillons », appellation qu'ils conservent encore aujourd'hui.

Dans cette période initiale les responsables du mouvement flamand s'assignent une première tâche : la reprise de contact avec le « hinterland » culturel : les Pays-Bas. Une réunification politique apparaît difficile; dans le Nord, le protestantisme domine, le sentiment anti-belge est virulent et il s'accompagne d'un anticatholicisme agressif. D'ailleurs, les grandes puissances n’accepteraient pas la reconstitution, sous quelque forme que ce soit, d'un royaume des Pays-Bas, assez fort pour rivaliser avec la France ou l’Allemagne… On devra donc se contenter d'un rapprochement culturel.

Deuxième perspective : la culture néerlandaise doit pouvoir se développer en territoire belge; elle doit être reconnue comme moyen d'expression d'une partie importante de la population et la langue flamande doit obtenir les mêmes droits que le français. En même temps, les multiples dialectes flamands doivent céder la place à une véritable langue: la langue néerlandaise. « La langue est tout le peuple » affirment les premiers flamingants. Mais cette langue est appauvrie, abâtardie, la littérature flamande est quasi-inexistante. C'est pourquoi les flamingants rééditent les grandes œuvres du passé, tandis que d'autres, comme Hendrik Conscience, ressuscitent la fierté nationale avec des récits comme « Le lion de Flandre ».

On devait revenir de loin : ainsi, en 1864, une seule heure de néerlandais par semaine était accordée pour les classes de rhétorique et, en 1873, après sept ans de luttes parlementaires, un embryon de réforme linguistique était voté : désormais, la langue flamande pouvait être employée dans les tribunaux des provinces de ce ressort; 1878 voyait appliquer la première loi réglant l'usage des langues dans les administrations. Dès lors, la Belgique jacobine était mise en échec; une pierre angulaire de l'édifice de 1830 cédait.

Le mouvement flamand n'agissait pas seulement dans l'arène politique; de la Flandre occidentale partait, dès 1870, un courant politico-culturel, réagissant contre l'activité exclusivement parlementaire de l'époque, prêchant un « retour aux sources » et aux grandes options nationales qui ne pouvaient pas s'imposer par le seul biais d'interminables discutions autour de telle ou telle loi linguistique.

 

leven gezelle.jpg.rendition.384.614

 

Les grandes figures de cette époque sont le poète Guido Gezelle, le puissant orateur Hugo Verriest, son élève, le poète Albrecht Rodenbach, mort à 24 ans qui sut joindre au nationalisme culturel de Gezelle son dynamisme révolutionnaire et qui imposa l'idée d'une réunification des territoires néerlandais. Cette conjonction du renouveau culturel et du jeune sentiment national s'affirmera lors de la première guerre mondiale, au sein du Mouvement Frontiste.

En 1914, les armées allemandes occupent la presque totalité du territoire belge; les débris de l'armée royale se réfugient derrière le petit fleuve Yzer, à l'extrémité occidentale du pays.

Les chefs politiques flamands s'abstiennent tout d'abord de tout contact avec les occupants; bientôt, les plus clairvoyants comprennent que le combat flamand doit continuer et que l'affaissement de l'état unitaire peut permettre des réalisations autonomistes concrètes. Dans « l’activisme », le mouvement flamand parvient à une phase de maturité, à une véritable prise de conscience politique. L'enseignement, en Flandre, est maintenant donné en néerlandais et l'université de Gand, qui était jusqu'alors un bastion de culture française, bien que située au cœur de notre ethnie, est réouverte en 1916 comme première université flamande. En 1917, le « Conseil de Flandre », embryon de parlement flamand, proclame l'autonomie de la Province et déclare le gouvernement belge déchu.

 

conseil flandre

 

Pendant ce temps, dans le réduit « belge », derrière l'Yzer, une armée composée de 80 % de soldats flamands est dirigée par un corps d'officiers dont 8.5 % ne comprennent même pas la langue de ceux qu'ils doivent mener au feu!

Dans le « Mouvement Frontiste », une réaction flamingante, s'inspirant aussi bien de l'insurrection irlandaise de 1916 que de « l’activisme », se dessine dès 1916. Les chefs frontistes prennent contact avec les activistes et une insurrection armée apparait imminente...Mais, en 1918, l'offensive alliée, suivie de la débâcle allemande, met fin aux espoirs des jeunes soldats flamands et réduit à néant les premières réalisations des dirigeants activistes.

Ces derniers sont durement punis; l'université flamande est refrancisée, mais le sentiment national flamand n'a subi qu'une défaite : il renait dès 1919 avec le « Frontpartij », qui amorce une lente mais constante ascension et qui se cristallise autour de la lutte pour l'amnistie en faveur des condamnés activistes. Les résultats électoraux obtenus par le parti flamand sont assez encourageants (5 sièges sur 200, en 1919; 9 en 1925; 11 en 1929), mais les divergences entre les chefs sont apparentes. Longtemps, on tente de les dissimuler et l'on parvient même à une « trêve de Dieu » assez superficielle, mais, petit à petit, deux tendances se dessinent : l'une est fédéraliste modérée, elle ne vise qu'à la transformation de l'état unitaire en un état fédéré; l'autre, plus radicale, réclame la formation d'un état thiois, au sein duquel toutes les provinces néerlandaises seraient regroupées. Une division tout aussi fondamentale se dessine, dès que l'on essaye de donner au nationalisme un fond idéologique.

 

JorisVanSeveren

 

En Flandre occidentale, l'ancien officier Joris van Severen, influencé par Maurras et par les mouvements de rénovation qui naissent partout en Europe, croit en la vertu des élites nouvelles. Il rejoint la ligne du prêtre Cyriel Verschaeve, qui célèbre les vertus de cette élite et qui pense que « l'heure du peuple » a sonné pour la Flandre. Dans les autres provinces flamandes, la confusion est générale. Entre-temps, le gouvernement belge refuse de reconnaitre « l’égalité de, droit et de fait » qu'avait promis le roi Albert dès 1914. Il est vrai qu'il avait alors besoin aussi bien des miliciens flamands que des wallons...et qu'une promesse ne coûte jamais cher!

Les politiciens, membres des partis traditionnels, qui se disaient « flamingants », ne parviennent pas à imposer leur programme modéré à ces partis. Des scandales politiques éclatent un peu partout, dénoncés par un jeune leader wallon, Léon Degrelle, qui allait lancer en 1934 son mouvement « Rexiste », dont le succès fut considérable mais éphémère.

A partir de 1932 les nationalistes se regroupent, d'une part, dans le « Verbond van Dietsche Nationaal Solidaristen » ou « Verdinaso » de Joris van Severen, au programme pan-néerlandais ou thiois au début, lequel serait remplacé, en 1934, par un programme burgonde (disons: Bénélux, avant l'heure). Les tendances les plus traditionnelles se retrouvent dans le « Vlaams Nationaal Verbond » ou VNV, qui, à l’encontre du « Verdinaso », se constitue en parti politique et occupe en 1940 17 sièges à la Chambre des Députés.

 

Verdinaso logo

 

A la veille du second conflit mondial, le nationalisme avait réussi à faire pénétrer les idées fédéralistes dans une partie des autres formations politiques II regroupait un public jeune et se montrait ouvert aux idées rénovatrices qui avaient conquises les élites européennes. La démocratie parlementaire était soumise à une critique implacable, l’idée « belge » continuellement passée au crible, l'idéal thiois gagnait lentement du terrain, dans la jeunesse principalement. Les grandes manifestations flamandes, la fête du Chant Flamand, le pèlerinage au monument de l'Yzer attiraient des dizaines de milliers de participants et témoignaient d'un nationalisme prononcé. Le temps des grandes décisions semblait proche.

En 1940, quand les armées allemandes vinrent à bout en quelques semaines de l'armée belge, les nationalistes observèrent tout d'abord une réserve rétissante à l'égard du vainqueur. Mais bientôt, on apprit l'assassinat de Joris van Severen et de ses compagnons (n.d.l.r. : abattus par l'armée française sous le kiosque à musique d'Abbeville, où, prisonniers politiques livrés par le gouvernement belge, en fuite, à ses alliés, ils attendaient leur transfert vers un établissement pénitentiaire du Midi de la France; ils étaient vingt et un, et ce fut le premier et authentique « crime de guerre » de cette guerre civile européenne qui commençait; toutefois, comme il n'était pas imputable aux Allemands mais à leurs adversaires démocrates, on s'est, par la suite, empressé de l'oublier…), la déportation de plusieurs chefs flamands, on eut connaissance de l'appel à la collaboration du dirigeant socialiste Hendrik de Man. De leur côté, les Allemands favorisaient la constitution de quelques groupes extrémistes, comme la « Algemene SS », qui repensaient les thèmes nationaux-socialistes. Les nationalistes crurent que l'heure du peuple flamand avait sonné; ils acceptèrent l'idée de collaboration, non dans un but pro-allemand, mais en vue d'obtenir l'approbation du gouvernement du Reich à la formation d'un pouvoir autonomiste flamand qui devrait aboutir à l'unité thioise. Très vite, ils allaient être déçus; les autorités d'occupation nourrissaient encore des idées impérialistes et les revendications thioises leurs paraissaient aller à l’encontre de leurs visées pangermanistes ; elles se montraient hostiles à un rapprochement éventuel entre la Flandre et les autres pays néerlandais; contre le VNV (le Verdinaso avait éclaté après la disparition de son chef), elles favorisaient de nouveaux mouvements, ouvertement pro-allemands mais sans contacts avec les milieux flamands.

Evidemment, les ennemis de l'idée nationale ne firent aucune distinction entre flamingants modérés, fédéralistes, nationalistes thiois ou nationaux-socialistes; tous étaient « ennemis de la patrie belge », tous étaient anti-marxistes, tous seraient persécutés sauvagement et déférés à la « justice des rois nègres », selon une expression devenue célèbre d'un ancien ministre catholique. Le mouvement flamand devait disparaître, l'idée nationale n'avait plus droit de vie.

Dès 1944 une répression cruelle s'abattait sur la Flandre; le pillage, le meurtre, le viol des femmes et des jeunes filles n'étaient qu'un passe-temps pour une soit-disant résistance qui ne parvenait pas à cacher son but : l'instauration d'un régime d’extrême-gauche. La « justice » devait s'occuper d’environ un demi-million de dossiers; 70 000 condamnations furent prononcées. Mais, à la fin, l'arrogance communiste exaspérât les représentants des autres partis et le coup de force marxiste ne put avoir lieu.

 

Volksunie

 

Le mouvement flamand semblait anéanti; cependant, dès 1946, quelques hommes courageux créaient de petites revues, ils lançaient, en 1949, un nouveau parti national-flamand, la « Vlaamse concentratie », remplacé en 1954 par la « Volksunie » (« Union du peuple ») qui envoyait au parlement un premier député. Des mouvements de jeunesse voyaient jour, l'idée Thiois reparaissait, une amnistie générale était réclamée, par des groupuscules, d'abord, ensuite par le mouvement national-flamand tout entier.

Dons les années qui suivirent, la « Volksunie » prit de l'ampleur: de 5 députés en 1961, elle passait à 12 en 1965, à 20 en 1968 et à 21 en 1971 et en 1974. Le nombre de voix obtenues dépassait 600.000 et le parti fédéraliste devenait en pays flamand le troisième parti, après le parti démocrate-chrétien et le parti socialiste, mais avant le parti libéral. Les militants Volksunie déploraient une activité considérable, vendant l'hebdomadaire « Wij » à la criée, collant un peu partout leurs affiches, organisant des réunions dans toute la Flandre. Ces dernières années, la Volksunie a évolué, un peu comme tous les mouvements politiques qui ont été, à leur début, révolutionnaires, mais qui ont réussi une percée parlementaire : une tendance plus modérée, intéressée en premier lieu par une participation au pouvoir, l'emporte sur les courants plus dynamiques. C'est pourquoi le parti se dit « social et fédéral »; il ne désire qu'un rapprochement « culturel » avec les Pays-Bas et il adopte sur le plan social un programme très modéré, d'inspiration et de ton « centriste »; il n'aime pas se compromettre avec les groupes plus radicaux, moins encore avec ceux qu'il juge révolutionnaires.

Ces derniers groupes, aux effectifs assez réduits, mais dynamiques et décidés, sont toujours à la pointe du combat; ils osent prendre parti dans les domaines négligés par le parti flamand, tels la question thioise ou le problème des travailleurs immigrés. La "Vlaamse Militanten Orden" ou VMO est assez bien connue, même à l'étranger; c'est un groupe de militants chevronnés, admirés par les uns, haïs par les autres.

 

vmo2

 

L'association « Were di » qui a déjà été présentée aux lecteurs du « Devenir Européen » s'occupe en premier lieu de la formation d'une élite nationaliste et de la remise à l'honneur de l'idée Thioise. « Were di » s'est aussi donné pour tâche de renouer des contacts amicaux avec les groupes nationalistes, partout en Europe, et il sert de point de contact entre des militants européens, agissant dans des circonstances parfois très différentes, en but à des problèmes très divers, mais ayant les mêmes ennemis : le marxisme niveleur et inhumain, le capitalisme apatride et matérialiste et toutes les idéologies étrangères à l'homme européen.

Nous terminerons cet exposé par une simple remarque : après un siècle et demi de lutte, l'autonomie flamande n'est toujours pas réalisée, mais les habitants de la Flandre ont aujourd'hui conscience d'appartenir à un même peuple ; il leur reste à découvrir leur appartenance à l'ethnie thioise et à la grande communauté européenne. Voilà la mission de nos formations et de notre presse nationalistes; nous veillerons à l'accomplir.

Roland RAES

Rédacteur en chef de « DIETSLAND EUROPA » membre du Comité directeur de « WERE DI ».

Sources : Le Devenir Européen – Hiver 1975

Imprimer

Le legs des Grecs, des Celto-Ligures et des romains par Pierre VIAL

 nimesamphitheatre1

 

La Provence

Le pays provençal, qui s’étend entre le Rhône, les Alpes et la mer, correspond au marquisat de Guillaume le Libérateur, le comte d’Arles qui parvint à expulser, à la fin du Xème siècle, les bandes de pillards sarrasins qui avaient réussi à s’incruster provisoirement sur notre sol, pour le plus grand malheur des populations locales, en établissant une base à La Garde Freinet, dans le massif des Maures. Mais le nom même de Provence remonte plus haut, à l’époque romaine, alors que la Provincia - cette « province » organisée, comme les autres du même nom, en terrain conquis par Rome - regroupait en son sein, outre la future Provence, les territoires s’étendant à l’ouest du Rhône et qui devaient devenir le Languedoc. Un historien latin du IIème siècle de l’ère chrétienne, Justin, raconte la belle histoire de la fondation de Marseille. Cela se passait au temps de Tarquin l’Ancien (c’est-à-dire a la fin du VIIème siècle avant l’ère chrétienne). « Un groupe de jeunes gens de Phocée, écrit Justin, débarques d’Asie aux boucles du Tibre, se lièrent d’amitié avec les Romains. Partis de là sur leurs navires pour les rivages les plus reculés de la Gaule, ils fondèrent Massalia, au milieu des Ligures et des populations farouches des Gaulois. » En effet, les Phocéens, contraints par l’exiguïté et la stérilité de leur territoire, se portèrent avec plus d’application aux choses de la mer qu’à celles de la terre. Ils passaient leur vie à pêcher, à faire du commerce et se livraient même le plus souvent à la piraterie qui était en honneur en ce temps-là. C’est pourquoi, ayant eu la hardiesse de s’aventurer sur les bords lointains de l’océan, ils arrivèrent dans le golfe de Gaule, à l’embouchure du Rhône. Séduits par le charme du lieu, de retour chez eux ils racontèrent ce qu’ils avaient vu et organisèrent un plus grand nombre de compagnons...

Les chefs de la flotte furent Simos et Protis. Ils vinrent donc trouver pour lui demander son amitié, le roi des Segobriges, appelé Nann, sur le territoire duquel ils désiraient vivement fonder une ville. Ce jour-là, par hasard, le roi était occupé aux préparatifs du mariage de sa fille, Gypris. Il allait la donner, selon la coutume de la nation, à un gendre choisi pendant le festin. Tous les invités de la cérémonie étant arrivés, on prie aussi les héros grecs à prendre part au banquet.

 

838 2. gyptis protis s. duval

 

La jeune fille est ensuite introduite et son père lui ordonne d’offrir l’eau à celui qu’elle choisissait comme époux. Alors, sans prêter attention à aucun des autres, elle se tourne vers les Grecs et tend sa coupe à Protis. « Celui-ci, d’hôte devenu gendre, reçut de son beau-père un territoire pour fonder une ville. C’est ainsi que fut fondée Massalia, près des bouches du Rhône, dans un angle écarte, comme dans un angle de mer. »

S’il fut longtemps de mode, dans des milieux universitaires marqués par un rationalisme très réductionniste, de considérer ce type de récit comme une aimable affabulation, les historiens prennent très au sérieux, aujourd’hui, un tel témoignage. A condition, bien entendu, de le confronter avec d’autres sources d’information, en particulier archéologiques.

Celles-ci montrent que les Phocéens n’ont pas été les premiers Grecs à toucher le sol provençal. Ils ont été précédés par des Rhodiens. Après avoir caboté le long des côtes espagnoles, ces Doriens ont touché le sol provençal, y ont débarqué et se sont installés en plusieurs points de la côte. Pline leur attribue la paternité du nom désignant le grand fleuve venu du Nord : le Rhône est le Rhodanus, le « Rhodien »(1). Ils ont fondé une ville appelée Rhodanousia, que l'on peut situer à l'emplacement de Trinquetaille, actuel quartier d’Arles. La position est d’un grand intérêt au plan des stratégies commerciales: elle ouvre la route de l’étain, qui monte vers le nord, et elle est une excellente base d’exportation du sel. La présence des Rhodiens est attestée, par des tessons de poterie et des objets en bronze, tant sur la côte (près de Toulon) qu’à l’intérieur des terres (autour de l’étang de Berre et dans la vallée de la Durance entre autres). Les poteries rhodiennes trouvées dans la presqu’île du Fort Saint-Jean montrent que, sur le site même de la future Marseille, les Rhodiens ont précédé les Phocéens, mais pour établir ce qui était sans doute un simple relais de marchands, au mieux une modeste bourgade. Par elle, cependant, transitent déjà bien des productions de la Grèce, comme le beau vase corinthien retrouvé aux Baux en parfait état : en bronze martelé, il est orné d’une bordure cloutée, avec nasal et pare-joues fixes.

 

Ampho rhod

 

Les commerçants grecs trouvent bon accueil en Provence auprès des autochtones. Ceux-ci sont des ligures. Ce sont des descendants des populations néolithiques qui, après le cuivre, ont utilisé le bronze et sont décrits par des auteurs antiques comme petits et trapus, vigoureux, durs à la tâche et batailleurs. Si Héraclée de Milet parle des Ligures dès le VIème siècle avant l’ère chrétienne, c’est le géographe grec Posidonios, très attentif aux types ethniques, qui précise : «Ils escaladent les montagnes comme des chèvres.» On leur attribue les cabanes en pierres sèches, remarquablement appareillées, que l’on appelle « bories », ainsi que les monuments mégalithiques qui parsèment le territoire provençal. Ils seraient aussi les auteurs des célèbres gravures rupestres du mont Bego et de la Vallée des merveilles, dans la haute région qui jouxte aujourd’hui la frontière italienne. Si tel est le cas, ces Ligures auraient déjà été en contact avec des Indo-Européens, car les gravures de la Vallée des merveilles sont semblables, trait pour trait, à celles du Val Camonica, dans le Nord de l’Italie, dont la thématique illustre la tripartition fonctionnelle propre aux Indo-Européens : « La société dont elles nous donnent l’image est un organisme hiérarchisé, dominé par une fonction souveraine qui représente le soleil ; la fonction guerrière y tient une place importante, au-dessus de la fonction productive, fondement de l’ensemble (2)»

Entre le VIIIème et le IVème siècle, des Indo-Européens arrivent, en plusieurs vagues, en Provence et s’y établissent. Porteurs d’armes en fer (civilisation de

Hallstatt et de la Tène), ces Celtes encadrent la population ligure, comme ils l’ont fait pour bien d’autres peuples au cours de la vaste expansion celtique. Les Celto-Ligures, probables créateurs des itinéraires de transhumance (les « drailles ») utilisés par les éleveurs de moutons jusqu’à nos jours, ont construit sur les hauteurs des oppida : souvent établis à la pointe d’éperons rocheux, ces lieux de refuge fortifiés, flanqués de postes de guet, dessinent encore aujourd’hui leurs enceintes de pierres sèchés dans la garrigue des hautes collines balayées par le vent.

 

oppidum

 

Les Celto-Ligures sont groupés en confédérations. La plus puissante, celle des Salyens, s’étend du Rhône au Var et regroupe dix-sept peuplades. Grâce à l’archéologie, certains des sites Salyens ont révélé une culture et une civilisation où l’élément religieux joue un grand rôle. Sur l’oppidum d’Entremont, une statuaire à caractère très réaliste est marquée d’un symbolisme spectaculaire : des têtes coupées aux yeux clos, recouvertes d’une main protectrice, sont à rapprocher des crânes humains encastrés dans des alvéoles sur le portique de l’oppidum de Roquepertuse.

Un bestiaire fantastique est lié au thème de la survie dans l’au-delà, certains animaux étant des intermédiaires entre les vivants et les morts : «Ils appartiennent, note Fernand Benoît, à une imagerie funéraire qui a pour thème le voyage de l’âme vers l’outre-tombe, emportée dans sa nouvelle demeure par un cheval. » Le thème du cheval psychopompe est traditionnel dans les sociétés indo-européennes, de même que les lieux sacrés réputés abriter les puissances et forces de la nature, expressions du divin : bois sacrés de la Sainte-Baume et de Gémenos, sources guérisseuses de Glanum et de Vernègues. Avec l’ouverture matricielle de la Sainte-Baume d’où s'écoule une eau sacrée, avec la Tarasque qui incarne le « souffle du dragon » les pulsions élémentaires de la vie -, des mythes puissants habitent la terre provençale, qui se perpétueront au Moyen Age et au-delà.

 

valcamonica cheval

 

Notre mère la Grèce

En s’installant chez les Ségobriges (nom typiquement celtique), les Phocéens ont créé un trait d’union, riche d’avenir, entre les Celto-Ligures et le monde grec. La fondation de Marseille s’inscrit dans la perspective d’ensemble du mouvement de colonisation par lequel nombre de cités grecques ont essaimé sur le pourtour de la Méditerranée et en mer Noire. La destruction de Phocée par les Perses, vers 540, a du provoquer un nouvel afflux de colons.

Les Phocéens ont su choisir, pour établir leur fondation, un site dont Vidal de La Blache a souligné l’intérêt : « Ilots, acropole et collines détachées, petit fleuve, port étroit et profond, rien ne manque à Marseille des éléments qui constituent le type classique des cités grecques.» La crique abritée du Lacydon offre en effet un havre sûr aux navigateurs, le ravitaillement étant assuré par le riche arrière-pays agricole que constitue la plaine de l’Huveaune.

En s’installant tout d’abord sur le promontoire du Fort Saint-Jean, les Phocéens dominent la mer de vingt-quatre mètres. Puis ils édifient leur acropole sur la butte voisine des Moulins, qui s'élève à quarante-deux mètres. La butte des Carmes, plus à l’est, est intégrée elle aussi dans le dispositif urbain, comme le révèlent les fouilles récentes qui ont mis au jour, dans le quartier de la Bourse, les quais du port antique et un rempart remarquablement appareillé.

En quelques décennies, Marseille a réalisé un bel essor commercial. Elle frappe, dès le VIème siècle, de nombreuses monnaies d’argent dont on a retrouvé de multiples exemplaires (plus de deux mille pièces dans le trésor d’Auriol).

 

tresor auriol

 

Elle est présente dans l’Orient méditerranéen, jusqu’en Egypte, et n’hésite pas à aller combattre les rivaux étrusques et carthaginois sur les rivages de la Corse. En édifiant un « trésor » et une statue d’Apollon à Delphes, sanctuaire panhellénique, les Marseillais témoignent de leur vitalité et de leur réussite. Une statue d’Athéna, toujours à Delphes, est peut-être un ex-voto commémorant une victoire sur les Celto-Ligures. Ce qui semble indiquer que le roman d’amour de Protis et Gyptis a rapidement fait place à des relations plus tendues entre les Grecs et les autochtones.

Marseille n'a pas eu grand mal à s’imposer car son développement lui permet d’être, des le VIème siècle, une riche, puissante et indépendante cité. Ce qu’elle va rester pendant cinq cents ans.

La ville s’est dotée d’un régime qu’on pourrait qualifier de république oligarchique, quelques centaines de riches chefs de famille - armateurs, négociants - contrôlant une assemblée (les « timouques ») qui confie la direction des affaires publiques à un Conseil des quinze, dirigé par trois magistrats. Les institutions marseillaises préfigurent, d ‘une certaine façon, celles de cette autre thalassocratie que devait être la Venise médiévale.

Marseille affiche une grande fidélité aux traditions helléniques : Apollon, en son temple, veille sur la ville, avec l’active collaboration d’Artémis, d’Athéna, d’Aphrodite. Le culte de ces « bonnes mères » pourra, à l’époque de la christianisation, se transformer sans difficulté en culte marial.

Au plan intellectuel aussi Marseille tient sa place dans le monde hellénique, car grammairiens et poètes y entretiennent le respect d’une pure langue grecque, Homère étant tout spécialement à l’honneur sur les bords du Lacydon. Un Marseillais fit cependant aussi bien qu’Ulysse, puisque Pythéas n’hésita pas à braver l’Atlantique, fort de ses connaissances et de ses réflexions (il a, entre autres, compris et expliqué l’origine des marées). Géographe et hardi navigateur, Pythéas s’est lancé avec une belle audace vers le nord, vers la mythique Thulé. Thulé où brillent le soleil de minuit et l’ambre, matière solaire et enchantée. Thulé, la terre ancestrale des Indo-Européens, si l’on en croit d’antiques et tenaces traditions.

 

statue de pytheas e

 

Pythéas a rapporté de son périple des traités de géographie capables d’exalter les imaginations. De même qu’un autre explorateur marseillais, Euthymène, qui a reconnu les côtes de l'Afrique tropicale jusqu’au Sénégal.

Plus prosaïquement, les Marseillais ont établi leur puissance sur le commerce. En relation avec toutes les places de Méditerranée, ils sont aussi la plaque tournante pour la pénétration des produits grecs en Gaule. On a retrouvé des monnaies marseillaises dans toute la Gaule. Et la fameuse tombe princière de Vix, en Bourgogne, contenait, outre un splendide cratère en bronze, des céramiques fabriquées à Marseille ou importées par elle. Le vin, le sel, les plantes aromatiques et médicinales alimentent les grands courants d’exportation. Justin explique que les Grecs ont appris aux Gaulois « à ceindre leurs villes de remparts, à tailler la vigne et planter l’olivier ». Certes, les Celtes n’ont pas attendu les Grecs pour savoir construire des fortifications, mais il est vrai que la vigne et l’olivier devaient symboliser pour la suite des temps la générosité de la terre provençale.

De Marseille, l’hellénisme s’est étendu le long du littoral et à l’intérieur des terres. Sur les côtes, les colonies marseillaises sont autant de relais et de jalons pour la grande cité : Agde, à l’ouest du Rhône, mais surtout, à l’est, une chaîne continue avec les comptoirs et ports de cabotage que sont Citharista (La Ciotat), Tauroeis (Le Brusc), Olbia (Almanarre- Hyères), Pergantion (Brégançon), Caccabaria (Cavalaire), Athenopolis (Saint-Tropez), Antipolis (Antibes), Nikaia (Nice), Monoicos ( Monaco). Les fouilles pratiquées sur certains de ces sites ont révélé qu’ils étaient organisés selon les us et coutumes du monde grec.

Ainsi, à Olbia (« la bienheureuse »), comptoir enrichi par les salines toutes proches de la presqu’île de Gien, une ville grecque s’est développée, avec son plan en échiquier protégé par un rempart, ses rues avec leurs égouts dessinées autour de deux grandes voies axiales, des sanctuaires dédiés à un dieu au serpent (Asclépios, le dieu guérisseur ?) et à des déesses-mères, généreuses pourvoyeuses de fécondité.

 

asclé

 

A l’intérieur des terres, les Marseillais se sont assurés le contrôle d’un territoire allant jusqu’il Avignon et Cavaillon, avec des points forts comme Mastrabala (Saint-Blaise), dont les magnifiques remparts présentent un bel appareil de massives pierres taillées, et Glanum (Saint-Rémi), développée autour d’une source sacrée vouée à Héraklès. Le nom d’Héraklès apparaît en de nombreux points de la Provence, tant sur les côtes que le long de pistes montant vers les Alpes ou encore sur la caillouteuse Crau. Héraklès, très présent dans la mythologie provençale, passe pour avoir tracé une « voie herakléenne » qui joint l’Espagne à l’Italie. Le héros solaire, parti cueillir les pommes d’or du jardin des Hespérides, est directement lié au mythe hyperboréen et à l’ancestrale patrie nordique des Indo-Européens.

Avec lui, la Provence inscrit son devenir dans le commun destin des peuples d’Europe.

Et puis Rome vint

Les Romains ont pris pied en Provence au IIIème siècle avant l’ère chrétienne. Aboutissement d’un processus d’alliance engage de longue date entre la cité du Latium et la colonie phocéenne. Dès le IIIème siècle, Marseillais et Romains ont fait front ensemble contre les Carthaginois. Grecs et Latins, si proches par leurs origines et leurs traditions culturelles, s’unissent tout naturellement contre les Puniques, fils des Phéniciens : « II faut détruire Carthage !», comme disait le vieux Caton.

Les Romains, implantés en Espagne au IIème siècle, ont besoin d’assurer leurs liaisons avec les terres ibériques. Il leur faut donc sévir contre les pirates ligures qui entretiennent l’insécurité dans les zones côtières entre Alpes et Pyrénées. C’est un excellent prétexte pour des interventions militaires de plus en plus fréquentes et systématiques... D’autant qu’elles sont sollicitées par Marseille, qui se sent menacée par ses voisins celto-ligures. C’est appeler le loup dans la bergerie.

A partir de 125 avant l’ère chrétienne, les légions romaines repoussent les Celto-Ligures, s’emparent de leurs oppida : entre 124 et 122, le consul Sextius Calvinus, après avoir réduit l’oppidum d’Entremont, fondé autour de sources thermales une ville qui porte son nom, Aquae Sextiae (les « eaux de Sextius », Aix-en-Provence). Mais c’est un autre consul qui devait laisser son nom en héritage aux Marseillais, puisqu’il a traversé les siècles pour se retrouver sous la plume de Marcel Pagnol : en détruisant l'armée des Teutons, venus du nord pour passer en Italie, Marius a définitivement scellé l’emprise de Rome sur la Provence. Celle-ci constitue désormais le pont territorial dont Rome avait besoin entre Italie et l’Espagne. Elle est la « province».

 

legio

 

Entre 58 et 49, le proconsul Jules César fait de la Provincia la base arrière de ses expéditions de conquête en Gaule « chevelue ». Puis le vainqueur de la guerre des Gaules ne peut supporter que Marseille prétende rester neutre dans le conflit qui l’oppose à Pompée. Apres un siège difficile, Marseille tombe : c’en est fini de ses siècles d’indépendance.

Avec la naissance de l’Empire et la stabilité qui en découle, la Provence peut jouir d’une longue « paix romaine ». Des légionnaires vétérans s’installent à Fréjus, à Arles, à Orange. Ces villes illustrent la vieille conception du guerrier-paysan qui, après avoir longuement manié le glaive, sait se servir aussi bien de la charrue que de la truelle.

L’empreinte de Rome devait être profonde et durable en terre provençale. L’attestent ces vestiges qui nous font encore rêver : aqueducs (Fréjus), théâtres (Arles, Marseille, Fréjus, Apt, Orange, Vaison), amphithéâtres (Arles, Fréjus, Cimiez), thermes (Vaison, Cimiez), portes et arcs de triomphe (Glanum, Cavaillon, Orange, Carpentras), mausolées funéraires (Glanum). Mais, plus encore que ces monuments, le legs de Rome s’affirme, au fil des siècles et jusqu’a nous, à travers un mot qui porte un mythe puissant, fondateur : l’Empire.

Pierre Vial

Notes :

1. Cette étymologie est contestée par F. Benoît, qui y voit « le rhabillage d’un hydronyme préceltique ».

2. Isabelle Turcan, « l’image indo-européenne du « corps social » au Val Camonica », in Etudes indoeuropéennes, n°6, septembre 1983.

Imprimer

Focus sur les élections catalanes du 14 février 2021

 

Ce 14 février 2021 est marqué par des scores historiques avec 74 élus indépendantistes et l’entrée de 11 élus de la formation espagnoliste Vox au Parlement de Catalogne.

Résultats :
Parti des Socialistes de Catalogne (PSC) :  33 députés.
Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) : 33 députés.
Junts per Catalunya : 32 députés.
Vox: 11.
Candidatures d’Unitat Popular (CUP) : 9
En Comú Podem (Podemos) : 8.
Ciutadans : 6.
Partido Popular : 3

FB IMG 1613367535775 

 

74 élus indépendantistes sur un total de 135 entrent au Parlement de Catalogne

La majorité indépendantiste est acquise au Parlement de Catalogne. Cette assemblée est dotée de 135 sièges et comporte un seuil de majorité établi à 68 élus. C’est le mot Indépendantiste qui est utilisé ici, et non nationaliste, pourquoi ? Par choix et cohérence des principaux intéressés qui souhaitent s’inscrire dans le registre mortifère du politiquement correct en adhérent sans restriction à toutes les tartes à la crème du prêt à porter idéologique. Puis par choix de l’auteur de cette chronique qui se demande en effet comment peut-on prétendre à l’indépendance de plein exercice quand on souhaite la perdre dans la foulée en intégrant l’Union Européenne ? Exception pour le parti d’extrême gauche CUP qui ne souhaite pas cette intégration. En revanche, en ne faisant pas cas des choix économiques divergents de ces formations, qui passent par le libéralisme, la sociale démocratie, ou encore le cryptomarxisme, des points communs les animent : ils sont tous mondialistes mais de langue catalane, et pro immigration.

Le peuple catalan a-t-il réellement gagné la partie ce 14 février avec de tels tartufes qui au prétexte de construire l'État catalan, détruisent la nation catalane?

Selon le site d’information La Clau (14.2.21) « La présidence de la Generalitat de Catalogne devrait revenir à Pere Aragonès, candidat de la gauche indépendantiste (ERC). Ce leader de 38 ans, actuel vice-président et ministre-conseiller de l’Économie du gouvernement catalan, devrait composer une coalition avec Junts (le parti de Carles Puigdemont) et la CUP ».

C’est donc le jeu des chaises musicales au Parlement de Catalogne où la gauche prend le relais de la présidence qui était jusque-là aux mains des libéraux de Junts. Cette coalition incongrue « libérale-libertaire »qui dure depuis des années n’augure rien de spectaculaire pour l’observateur avisé.

 

Entrée historique aux Parlement de la formation Vox

La formation libérale de droite et espagnoliste Vox, que certains en France présentent à tort comme nationaliste, a su profiter de l’effondrement général en Espagne du parti de la droite historique Partido Popular (4 députés en 2017 aux élections du Parlement de Catalogne) ainsi que de la bérézina de la formation centriste et libérale Ciutadamos ( 36 députés en 2017 aux élections du Parlement de Catalogne). Ce parti, qui est entre autre fortement opposé à la politique de santé publique, se distingue par son anticatalanisme viscéral, son souhait de supprimer les régions autonomes et d’en finir avec la télévision régionale TV3. Il convient de rappeler également que si Vox s’oppose à l’immigration en provenance du continent africain, il encourage en revanche l'implantation de populations sud-américaines au nom de « l'hispanité », notamment en Catalogne. Ce détail n’aura pas échappé aux plus sagaces qui verront là une politique de remplacement ethnoculturelle en Catalogne, le fameux « Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple » de Bertolt Brecht s’accorde parfaitement ici.

 

147739134 1125652074513598 81094468382041297 n

 

Quelle alternative nationaliste en Catalogne?

Faute d'avoir pu, du fait des conditions sanitaires, réunir à temps les milliers de signatures nécessaires pour pouvoir se présenter, les nationalistes identitaires de SOM CATALANS n’ont pu participer à l'élection du parlement catalan du 14 février (communiqué du 10.2.21).

Bien que pour l'heure très minoritaire, le parti SOM CATALANS représente l’alternative d'un nationalisme catalan s’inscrivant dans le combat de l’Europe des peuples, aux antipodes des formations mainstream décrites plus haut.

Llorenç Perrié Albanell

 

Pour aller plus loin dans la compréhension de la politique catalane : Le livre : Mouvements et partis politiques nord-catalans, un marasme ?

 

couv partis catalans

 

Llorenç Perrié Albanell, qui s’oppose aux « autonomistes et aux indépendantistes mondialisés » depuis plusieurs années, signe un troisième ouvrage consacré au catalanisme: « Mouvements et partis politiques nord-catalans, un marasme ? (1)» au Cercle Català del Rosselló.

On connaissait depuis le 1er octobre 2017, à l’occasion du referendum interdit organisé par l’ex président de la Generalitat, Carles Puigdemont, les forces en présence en Catalogne. Aujourd’hui, grâce à une introduction roborative nous n’aurons plus d’excuses concernant la connaissance des formations nord-catalanes (Département des Pyrénées-Orientales), plus discrètes, mais non moins actives.

L’auteur dresse un constat sur l’action menée en ces terres catalanes du nord, il tente aussi d’esquisser une possible évolution de ce microcosme politique.

 

Un constat sans appel

Si des succès sont évoqués, l’auteur s’attache plus particulièrement aux échecs successifs des formations nord-catalanes, qui en comparaison des victoires institutionnelles des formations présentes dans les autres régions, comme la Collectivité Territoriale de Corse ou la Communauté Pays Basque, font office de mauvaises élèves. On découvre dans cet ouvrage les efforts déployés par les militants, rarement couronnés de succès, surtout dans le domaine politique. Le monde associatif semble être actif et populaire, mais sous tutelle de intelligentsia gauchiste. L’observateur politique avisé comprendra au fil des pages que le politiquement correct est le principal boulet de ces mouvements, dont pour certains le logiciel politique hérité de mai 68 semble être la seule boussole. Fait notable, mais qui correspond en réalité à l’ensemble des mouvements « régionalistes » mainstream en France, on remarquera que lorsque ces derniers ne tentent pas de singer les idéologies à la mode de Paris ou de Bruxelles, ils rongent un os électoral tendu par une main intéressée par le grappillage de voix au moment des élections, quand ce n’est pas les deux à la fois.

 

Sauver les meubles ?

Si l’ouvrage égratigne, il tente néanmoins d’apporter des pistes intéressantes afin de « sauver les meubles » de ce qui semble être un pari difficile : la création d’un large mouvement régionaliste. Ces pistes ne sont pas abordées sous un angle strictement politique, le lecteur est invité à ce sujet à se rapporter à un ouvrage précédemment publié (2), mais sous un angle pratique basé sur une réflexion de fond. Au-delà des réflexions théoriques l’auteur pose une question essentielle, car préalable à toute action politique : les mouvements et partis nord-catalans sont-ils encore capables de refonder leur logiciel et de mobiliser ?

Sans conteste, ce troisième essai vient compléter les précédents ouvrages, qui dans une lecture d’ensemble présentent un panorama complet de la lutte catalane, qu’elle soit culturelle ou politique. Une vision qui s’inscrit clairement dans la défense des communautés ethnoculturelles qui composent notre Europe, aux antipodes du maelstrom mondialiste qu’est l’Union Européenne.

Terre & Peuple

 

Notes : 

(1)        Mouvements et partis politiques nord-catalans, un marasme ? Cercle Català del Rossellό, septembre 2020. 112 pages, 8 euros.

(2)        Llorenç Perrié Albanell, Réflexions Nord-catalanes « pour un devenir identitaire nord-catalan », 2018. Ouvrage rédigé à la fois comme un manuel de formation du militant et un programme politique autonomiste.

Imprimer

Elsass-Lothringen den Elsass-lothringern ! Karl Roos, une vie pour l’Alsace-Lorraine

 

Karl Roos

 

En préambule,

Il y a lieu de préciser que ce texte avait fait l’objet d’une brochure éditée dans les années 1990 par l’association strasbourgeoise Alternative Europe.

A notre demande de parution sur le site de Terre & Peuple, l’auteur a souhaité revoir la forme de son écrit tout en conservant le fond.

C’est cette excellente synthèse sur cette grande figure européenne du droit des peuples, qu’était Karl Roos, que nous vous proposons ci-dessous.

Terre & Peuple

 

« L’Alsace-Lorraine est linguistiquement en majeure partie allemande, – mais le caractère français est si fortement lié à son âme que seul un État lorrain aujourd’hui encore, comme il y a mille ans, pourrait constituer une solution définitive. Maintenant, il est sans doute trop tard pour cela. Cependant, si une guerre franco-allemande devient un jour effectivement impossible, parce que correspondant à une idée surannée (et bientôt nous en serons là), le concept régionaliste, conjointement avec celui de l’autonomie culturelle, d’une manière ou d’une autre, redonnera précisément un sens à cet État Lorrain. Ce qui est vrai de la Belgique et du Luxembourg l’est également de l’Alsace-Lorraine. (...) Car si le provincialisme est toujours stérilisant, le régionalisme est, par contre, toujours fécond. »

Hermann Graf von Keyserling, Analyse spectrale de l’Europe,

Paris, Éditions Stock, 1928, p. 255-257.

 

  • Le retour à la France

Si l’Alsace-Lorraine sut goûter les bienfaits du retour à la paix : « le premier résultat du changement de 1918 fut que l’Alsace connut une période d’essor incomparable », l’économiste Eugène Muller dixit – essor favorisé par l’entrée en vigueur de l’article 68 du traité de Versailles sur la libre circulation des marchandises entre l’Allemagne et son ancien Reichsland –, ses enfants ne sortirent pas moins meurtris des quatre années qu’avait duré la Première Guerre mondiale. Sur les 380 000 Alsaciens-Lorrains partis sous les couleurs du IIe Reich, 50 000 n’étaient pas rentrés, tombés dans les marécages de Pologne ou dans la boue des Flandres1. Le pays n’avait plus connu pareille hécatombe depuis la guerre de Trente Ans. Pourtant, quand ses armées défilèrent drapeaux en tête sur une terre cédée par elle quarante-sept ans plus tôt, la France refusa de considérer la douleur et les attentes de la population. Pas un instant, la République ne douta de son bon droit et du sentiment profrançais des régions recouvrées : « Les particularités de l’esprit alsacien-lorrain lui échappaient. Imprégnés d’esprit jacobin, la grande majorité des Français s’imaginaient que les provinces libérées n’avaient d’autre désir que de subir le même statut que tout le reste de la nation2 ». « Au fur et à mesure que les troupes allemandes se retiraient derrière tout le cours du Rhin, les troupes françaises occupaient le terrain. Des agents à la solde du vainqueur constituaient des "Comités d’Accueil", travaillaient la population, faisaient venir des wagons de drapeaux tricolores. (...) Les Alsaciens-Lorrains, épuisés par près de cinq années de graves privations (...) accueillirent favorablement les guerriers victorieux qui leur apportaient vin rouge et pain blanc. Et comme le patriotisme est une valeur vulgairement monnayable, les plus fanatiques "patriotes français" étaient souvent les plus fervents "patriotes allemands" d’avant l’armistice3. »

Les propos tenus par Joffre à Thann en août 1914 sur « le respect de vos libertés alsaciennes, de vos traditions, de vos convictions et de vos valeurs », propos réitérés par Pétain à son entrée en Alsace le 14 novembre 1918 – « Ne s'immisçant dans aucune question politique, religieuse ou sociale, le Français ne verra dans les Alsaciens-Lorrains que des frères ! » – ne firent pas illusion bien longtemps.

Faisant outrageusement fi de plusieurs décennies de lutte pour la reconnaissance du statut particulier de l’Alsace-Lorraine au sein du IIe Reich wilhelmien, le gouvernement Clemenceau dépêcha le 15 novembre 1918 trois commissaires de la République (Metz, Strassburg, Kolmar) responsables devant le Service général d’Alsace-Lorraine. Le président du Conseil effaça d’un trait de plume la constitution chèrement acquise le 31 mai 1911 pour lui substituer, triomphe du jacobinisme, un Conseil supérieur d’Alsace-Lorraine composé de Français et d’Alsaciens émigrés en France dès 1871, dénué donc de toute représentativité. Le 17 octobre 1919, la France annexait officiellement le territoire d’Empire et le découpait en trois départements.

Une commission de triage instituée le 2 novembre 1918 à l’initiative de l’abbé Wetterlé expulsa sans ménagement 111 915 Alsaciens-Lorrains de tous âges suspectés de sentiments pro-allemands, dont les évêques de Metz et de Strassburg, Mgr Fritzen et Mgr Benzler. Dans ses Mémoires, le frère Médard écrit : « Comment ne pas mettre au pilori cette sinistre "commission de triage" ? Une institution aux conséquences catastrophiques, une sorte de haute cour illégale, aux juges improvisés, non officiels, sans qualification juridique, ne se fondant que sur des dénonciations4 ». Pour Pierri Zind, « une grande partie de ces faits étaient des crimes contre l’humanité, parce que le traité de Versailles n’était ni applicable ni même signé5 ». L’indignation, mêlée d’incompréhension, fut générale. Entre Paris et l’ex-territoire d’Empire, le torchon brûlait.

Déjà le 9 octobre 1918, Clemenceau et le président Poincaré avaient refusé de recevoir une délégation de députés alsaciens-lorrains venus plaider leur cause. Le premier avait accueilli la nouvelle de leur visite par ces mots terribles : « Ces boches, je ne les salue pas. » « Ces hommes politiques, tous très jeunes, frisant à peine la quarantaine, ces militants qui avaient déjà défendu ardemment l’autonomie de l’Alsace-Lorraine pour l’arracher enfin aux Prussiens en 1911, voyaient leur lutte politique des années de guerre anéantis en 19186. » Que leur reprochait-on ? Au lieu de s’enfermer dans une opposition radicale, stérile et antidémocratique, ne valait-il pas mieux que les représentants du peuple alsacien-lorrain s’appliquassent à défendre ses droits de manière constructive auprès des institutions berlinoises7 ? Auguste Schneegans le pensait, qui suscita l’apparition de l’idée autonomiste, dont la consécration eut lieu en 1911. Certes, « le statut qui fut accordé à l’Alsace-Lorraine en 1911 n’était pas un véritable statut d’autonomie (...) le Statthalter [gouverneur] demeurait l’exécutant de la volonté de l’empereur, qui restait pleinement souverain en Alsace-Lorraine8 ». Imparfaite constitution, mais suffisante au développement d’un sentiment patriotique alsacien-lorrain, plus tout à fait français, sans être non plus allemand. Or cette légitimité, la France ne voulait pas en entendre parler.

  • Émergence de l’autonomisme

Pendant ce temps, rancœur, amertume et déception devenaient le lot quotidien d’un nombre croissant d’Alsaciens-Lorrains, que les questions linguistique et scolaire, particulièrement épineuses, rendaient toujours plus hostiles au nouveau régime.

Mis en présence de trois départements germanophones, le gouvernement décida d’affirmer la primauté du français, à rebours de toute logique et avec le plus grand mépris des populations locales : « L’ignorance de la langue française dresse entre l’Alsace-Lorraine et la France, faites pour s’aimer, une muraille dure comme fer et froide comme glace. Prisonnier derrière cette muraille, l’Alsacien-Lorrain reste une proie pour les Allemands, qui seuls peuvent se faire comprendre de lui9 ». Ce que l’Empire allemand, pourtant régime d’ « oppression » selon la propagande française, n’avait jamais osé faire (la politique de germanisation de la Moselle francophone ne se durcit qu’avec la guerre), la France, démocratique et républicaine, s’en arrogeait le droit. Le courant autonomiste, décapité en 1914, reprit de la vigueur, nourri par l’humiliation des instituteurs, universitaires, notables et hommes du clergé à la peine avec « leur » nouvelle langue, et totalement déroutés par la substitution du « patriotisme français » au « patriotisme allemand » de la veille. Napoléon Ier lui-même, instigateur du Code Civil, avait compris aux côtés de ses généraux alsaciens10 qu’il ne fallait pas s’attaquer au particularisme linguistique : « Laissez-les parler allemand, pourvu qu’ils sabrent en français ». Accusés de travailler à la solde de l’Allemagne, « la grande majorité des Alsaciens plus ou moins séduits par l’autonomisme n’étaient ni des nostalgiques de l’Empire, ni des Alsaciens de fraîche date. Ils obéissaient seulement à un réflexe semblable à celui qui avait inspiré leur lutte contre la domination impériale11 ». Une majorité qui se souvenait maintenant, une fois dissipée l’effusion des journées de novembre 1918, du mérite de ses parlementaires d’avant 1914.

L’union devait naître de la remise en cause des statuts religieux. Le 17 juin 1924, le président Herriot déclarait : « Le gouvernement est persuadé qu’il interprète fidèlement le vœu de ces populations enfin rendues à la France en hâtant la venue du jour où seront effacées les dernières différences entre les départements recouvrés et l’ensemble du territoire. Dans cette vue, le Président réalisera la suppression du Commissariat général. » Le Cartel des Gauches, qui venait de triompher aux élections du 28 avril 1924, entendait étendre à l’Alsace-Lorraine, soutenu par ses élus locaux Jacques Peirotes et Georges Weill, les lois laïques à l’école, entériner la séparation de l’Église et de l’État et supprimer le Concordat. En effet, le régime des cultes était resté en Alsace-Lorraine celui d’avant 1871, sans que la politique religieuse du Reich y portât jamais atteinte. Grèves, pétitions, manifestations de masse orchestrées par le clergé et les élus locaux répondirent promptement à ce qui était interprété comme une provocation. Après les manifestations simultanées de Strassburg (50 000 personnes), Mülhausen (Mulhouse) et Kolmar (25 000 personnes chacune) le 20 juillet 1924, Herriot fit marche arrière. Au désarroi avait succédé la colère, qui n’allait pas tarder à se politiser.

Dès le 19 avril 1919, le Mouvement fédéraliste avait demandé à Clemenceau d’accorder à l’Alsace-Lorraine le statut d’ « État Fédéral Français Indépendant12 ».

Le 9 mai 1925, paraissait le premier numéro du journal Die Zukunft (L’Avenir), organe de presse de la Zukunftsbewegung (Mouvement pour l’avenir) pour « l’abolition de l’impérialisme linguistique français étatique, le respect de notre Muttersprache [langue maternelle] et sa prise en considération dans toute notre vie, la mise en place d’une administration ethnique, et le maintien du caractère religieux de notre législation ».

Le 24 mai 1926, un autre pas important était franchi avec la création du Heimatbund (Ligue de la patrie) à Strassburg, dont le manifeste, signé le 5 juin 192613, soulignait le premier le caractère de minorité nationale de l’Alsace-Lorraine, et réclamait l’autonomie intégrale dans le cadre de la France contre toute affirmation « du chauvinisme, de l’impérialisme et du militarisme sous toutes ses formes ». Un nouveau parti, émanation politique du Heimatbund, l’Elsass-Lothringisch Autonomistische Partei ou Parti autonomiste alsacien-lorrain, publia son manifeste le 25 septembre 1927, au mot d’ordre explicite : « Bleiben was du in deiner Wesen bist » (« Reste ce que tu es dans ton être »). Pourvu dès 1928 d’un journal, Der Volkswille (La Volonté du peuple), son secrétaire général allait désormais incarner la cause de tout un peuple. Son nom : Karl Roos.

  • Karl Roos

« Son intelligence exceptionnelle et son regard dur obligeaient à une certaine distance et au respect. Toute son apparence indiquait qu’il n’était pas un agité (…) mais un volontaire qui dominait les problèmes. Cet homme réfléchi sera, à partir de la suppression du Heimatbund (...), le chef de l’autonomisme14. »

Karl Roos naquit le 7 septembre 1878 à Surburg (Surbourg), où son père exerçait la profession d’instituteur. Ayant obtenu en 1897 son Abitur (baccalauréat), il étudia d’abord à Freiburg im Brisgau avant de s’inscrire à l’Université Kaiser-Wilhelm de Strassburg, où il fut admis docteur après avoir soutenu sa thèse de linguistique : Die Fremdwörter in den elsässischer Mundarte (Les mots étrangers dans les dialectes alsaciens). Reçu professeur, il enseigna à Strassburg et à Mülhausen, ainsi qu’à Bochum, en Rhénanie. Roos était en poste au Kaiserin-Augusta-Victoria Realgymnasium de Cologne depuis 1908 lorsque survint la Première Guerre mondiale. Enrôlé au 26e bataillon du Landsturm (territoriale) à Trèves (il avait trente-six ans), nommé chef de gare en Belgique, il revint à la vie civile en 1918, décoré de la Croix de fer de première classe. En 1924, l’administration française l’affecta comme inspecteur des études françaises aux Écoles des mines domaniales de Sarre. Il en démissionna en 1926. En février 1927, signataire du manifeste du Heimatbund, il en devint le secrétaire général.

Lors de l’assemblée constitutive de l’ELAP, qui se déroula à Strassburg le 25 septembre 1927, Karl Roos prit la parole devant trois cents personnes. Il leur exposa sans détour le sens de son combat :

« L’instant que nous vivons est sérieux. Peut-être revêt-il même une importance historique. Vous savez tous à quel degré, dès les premiers jours, la désillusion, le découragement, le mécontentement et la mauvaise humeur ont pris pied dans le pays entier. Nous avons reconnu dès ces premiers jours que le véritable but de la politique français consistait à opprimer notre peuple et à l’exploiter. (...) Disons simplement : mauvais traitement au point de vue moral et même physique, oppression culturelle, étiolement, mensonge et trahison, voilà le début et la fin de la politique française en Alsace-Lorraine. (...) C’est la substance de la devise mensongère : Liberté, Égalité, Fraternité ».

Et Roos de rétorquer aux accusations proférées par les milieux nationalistes :

« La question suivante est certainement sur les lèvres de plus d’un parmi vous : où veut aller le Parti autonomiste ? (...) Nous autres, les autonomistes, nous ne sommes pas un parti séparatiste. Nous soulignons le fait, afin de répondre à l’avance à nos adversaires. (...) Il appartient à la France seule de résoudre cette question. »

Robert Schuman aurait pu faire sienne sa conclusion :

« Dans ce nouvel esprit, dans l’esprit de la Grande Europe, je vous dis que les peuples en ont assez de se laisser enfermer et isoler par des poteaux-frontières. (...) Nous voulons vivre notre propre vie, comme un peuple parmi les peuples, libres, ayant les mêmes droits, dans le vaste cadre de l’Europe ».

Avant de clore la réunion, Karl Roos lut la motion constitutive du parti autonomiste, adoptée à l’unanimité, et fit remettre aux personnes présentes dans la salle le tract Quelques constatations objectives, au discours là aussi sans concession :

« Contre le chauvinisme français, contre les traîtres qui se trouvent dans le pays, pour le Progrès et la Liberté, l’Alsace-Lorraine aux Alsaciens-Lorrains ! Elsass-Lothringen den Elsass-Lothringern ! ».

Le jour même, le jeune parti alsacien-lorrain rejoignait ses camarades bretons, corses et flamands au sein du Comité central des minorités nationales de France.

Mais l’ambition de Karl Roos était grande et plutôt que d’ajouter un énième parti à la déjà longue liste des mouvements autonomistes alsaciens-lorrains existants, il décida, le 19 novembre 1927, de fusionner l’ELAP avec l’Elsass-Lothringer Oppositionsblock du baron Claus Zorn von Bulach en une seule structure : die Unabhängige Landespartei für Elsass-Lothringen (ULP pour Parti indépendant du pays alsacien-lorrain). Un nouveau programme vint le compléter, à l’argumentaire inspiré en droite ligne du discours du 25 septembre.

Il n’en fallait pas plus pour que Paris fût saisi de panique. Dès le 13 novembre, les services généraux de la police interdisaient la publication des journaux Die Zukunft, Die Wahrheit (La Vérité) et Die Volkstimme, après quoi s’abattit sur les trois départements une vague de perquisitions sans motif. Perfide, le préfet Susini choisit la nuit de Noël 1927 pour ordonner l’arrestation de cent militants autonomistes. Le dernier, le Dr Ricklin, étant emprisonné le 16 mars 1928. Averti, Karl Roos profita d’un séjour qu’il devait effectuer en Suisse de longue date pour s’y réfugier. Un nouvel acte s’ouvrait pour l’autonomisme alsacien-lorrain.

 

affiche 1929

 

  • Le procès de Kolmar

Le 2 janvier 1928 paraissait dans la Freie Presse (Presse libre) socialiste la composition, hautement fantaisiste, du gouvernement que les autonomistes étaient censés instaurer, après le coup d’État que les nationalistes français les accusaient de vouloir fomenter. Karl Roos, « Moltke autonomiste » [sic !], y figurait en bonne place en tant que ministre de la Guerre [re-sic !] auprès de Jean Keppi, ministre de l’Intérieur, et de Paul Schall, ministre de la Justice. Chargés par l’État de préparer psychologiquement les populations au procès à venir, les médias se répandirent en conjectures toutes plus contradictoires et mensongères.

Aussi, lorsque le 1er mai 1928, le « Komplott-Prozess » se réunit au tribunal de Kolmar, nul ne manifesta d’étonnement particulier15. Parmi les vingt-deux accusés cités à comparaître, quinze seulement étaient présents. Au nombre des absents, avec Robert Ernst et René-César Ley, Karl Roos, en Suisse depuis le mois de novembre de l’année précédente. Jugé par contumace et reconnu coupable de complot contre la sûreté de l’État, Karl Roos fut condamné par la cour d’assises à quinze ans de détention le 12 juin 1928.

Apostrophé par le président du tribunal Mazoyer sur leurs prétendues velléités séparatistes et leur mot d’ordre « L’Alsace-Lorraine aux Alsaciens-Lorrains », l’accusé Schlaegel répondit : « Cet adage était officiel dans la politique alsacienne d’avant-guerre, et jamais l’État allemand ne s’est cru obligé d’y voir un complot. L’Alsace-Lorraine aux Alsaciens-Lorrains veut dire que le régionalisme est le meilleur moyen de rendre un pays prospère au point de vue économique, et qu’alors nous serons aussi de bons Français. »

Le 24 mai, acquitté, Schlaegel sortait libre du palais de justice. Malgré le soutien de personnalités aussi diverses que le comte de Pange, figure intellectuelle du Parti démocrate populaire, l’abbé Haegy, Victor Basch, président de la Ligue des droits de l’homme, et même le très catholique et nationaliste Philippe Henriot, les accusés Ricklin, Rossé, Schall et Fashauer écopèrent d’un an d’emprisonnement et cinq ans d’interdiction de séjour. On arrachait à leur terre des hommes coupables de trop l’aimer16 ! Au dehors, le verdict rendu, retentit le « O Strassburg, O Strassburg, du wunderschöne Stadt ».

Ces six mois d’exil ne furent pas ceux du silence pour le président de l’ULP qui, loin de chercher à se faire oublier de la police française, mit toute sa verve d’orateur et son talent de publiciste au service du Heimatbund. En mars 1928, il fit éditer à Zurich un livret de 169 pages, tiré à 10 000 exemplaires et intitulé Politik und Gewaltpolitik in Elsass-Lothringen. Eine Schrift zu Lehr und Wehr (Politique et politique de violence en Alsace-Lorraine, un écrit pour instruire et défendre). Il y évoquait la géopolitique alsacienne-lorraine, dénonçait dix ans de politique française et exaltait le régionalisme décentralisateur contre les méfaits du jacobinisme nationaliste. De plus, Karl Roos multipliait les articles à destination de la presse étrangère et défendait la légitimité de l’autonomisme conférence après conférence : « Je l’ai fait dans les grandes et les petites localités, sans m’abaisser dans mes discours à faire de l’excitation nationaliste ou de la provocation : ce n’eût d'ailleurs pas été du goût des Suisses et cela n’aurait pu servir notre cause. Notre lutte pour les droits ethniques doit être conduite uniquement sous le signe de la réconciliation des peuples, de la paix et d’une action défensive. Tout reproche de faire de l’excitation anti-française serait mal fondé, parce qu’absurde. (...) Et il me sera facile de réfuter cette accusation d’avoir comploté contre l’État français, par laquelle j’ai été condamné innocemment par contumace au même titre que mes amis ». De co-accusé, Karl Roos, tête pensante de l’autonomisme, devint accusé principal quand l’accusation fit la lecture d’un tract édité en Suisse et distribué à Strassburg au cours de la manifestation de protestation du 7 juin 1928. On pouvait y lire la déclaration suivante : « Ni le droit et la loi, ni la vérité et la justice n’ont été victorieux à Kolmar, mais bien la Dictature et la Force, le Mensonge et la Haine chauviniste ! (...) La France se moque des Alsaciens-Lorrains ! Elle se moque aussi de l’opinion mondiale ! (...) Je proteste devant le monde entier contre les mensonges de la police, contre les méthodes de l’administration et de la justice française, contre la condamnation injuste de mes amis. (...) Vive la Paix des Peuples ! Vive une Alsace-Lorraine libre et plus heureuse ! Vive les condamnés innocents ! » Bâle, le 25 mai 1928, Dr Roos.

Alors, pour le museler, la France accusa Karl Roos de porter atteinte à la neutralité de la Suisse. Mais, loin de lui nuire, l’incrimination tourna à l’avantage de Roos quand les autorités alémaniques lui demandèrent par voie de presse de s’expliquer. L’occasion était trop belle pour qu’il la laissât passer. Désireux d’affronter en face les tribunaux français, Roos considéra qu’il était temps pour lui de rentrer en Alsace, afin de démonter cette machination dont il se trouvait être malgré lui le rouage principal.

  • Karl Roos face à l’État

Ladite occasion lui fut fournie par le Parti communiste, en la personne du strasbourgeois Charles Hueber, qui organisait une grande manifestation pour le droit des minorités nationales le 9 novembre 1928. Le 8, René Hauss vint prendre Karl Roos à Bâle et l’amena en automobile chez Charles Hueber. La police française était déjà au courant et le recherchait activement. À 20 heures, le Sängerhaus où devait se tenir la réunion était bondé. Le bouche à oreille avait fonctionné et chacun, dont les cent policiers présents, s’attendait à voir surgir Roos d’un moment à l’autre. Charles Hueber discourait à la tribune quand, abordant le cas Roos, il s’exclama : « Et maintenant, avance cher ami ! Parle toi-même17 ! »

Et Roos, déguisé en télégraphiste, d’apparaître au milieu d’un immense drapeau rouge et blanc. Un tonnerre d’applaudissements accompagna son entrée sur scène. La police, débordée, ne put intervenir. Impuissante, elle laissa Roos s’exprimer du mieux que la foule le lui permettait. Disparu par où il était arrivé, Roos ne réapparut que le lendemain, pour se constituer prisonnier auprès du juge d’instruction de la ville.

Déféré à Kolmar pour raison de sûreté, Karl Roos fut dans un second temps transféré à la prison de Besançon, où l’on estimait la situation plus propice à un procès « républicain », dans une cellule de 2,50 m sur 3,50 m, impossible à chauffer pendant le rigoureux hiver de l’année 1928-192918.

Le procès s’ouvrit le lundi 10 juin 1929 à 14 heures. La lecture de l’acte d’accusation, qui persistait à ne voir dans l’autonomisme que le levain du séparatisme, dura trois quarts d’heure. Tirant parti de l’origine franc-comtoise du jury, Roos mit l’accent sur son droit à s’exprimer en allemand et sur la culpabilité du régime français, incapable de comprendre la marche de l’histoire : « Nous n’avons pas de comptes à rendre à l’État actuel qui n’avait à ce moment aucun droit sur nous, car c’était la France qui en 1871 nous avait sacrifiés, et avec nous l’Alsace, pour racheter sa liberté compromise entre les mains du vainqueur. (...) Mais autonomiste ne veut pas dire ennemi de la France. (...) Il est certain que nous repoussons toute idée de séparation d’avec la France, car la nature même de l’autonomisme, ainsi que la définition du mot, exclut le séparatisme. (...) Nous sommes à tout le moins une minorité linguistique : je répète le mot, au risque d’être condamné. » Puis, il revint sur le ridicule de l’accusation à la base du procès de Kolmar.

Le procès se poursuivit jusqu’au 22 juin. Après les dépositions de Paul Schall et de Michel Walter, et au terme de douze jours de procès et 211 de prison, Karl Roos fut enfin disculpé et avec lui toute l’Alsace-Lorraine autonomiste.

Son retour à Strassburg fut triomphal. Les bras chargés de bouquets rouge et blanc, il traversa la ville sous les acclamations de la foule : « Vive Roos ! Vive l’Alsace ! ». Le 23 juin, Karl Roos prit la parole au cours d’une nouvelle réunion au Sängerhaus, devant 6000 personnes : « Oui, nous sommes une minorité nationale ! (...) Pourquoi vouloir nous faire crier "Vive la France !" si ce cri ne correspond pas à notre sentiment ? Lorsque nous crierons "Vive la France !", cela viendra du fond du cœur. (...) Nous voulons une autonomie dans le cadre de la France. »

Prenant enfin conscience de sa bévue, le Conseil des ministres amnistia tous les condamnés de Kolmar.

L’Einheitsfront, ou Front uni, constitué en 1928 en vue des prochaines échéances électorales, sortit grandi de ce procès. Encore emprisonné, Karl Roos avait été élu maire de Strassburg mais il avait fort habilement cédé sa place à Charles Hueber le 22 mai 1929. Un autonomiste-communiste à la mairie de la capitale alsacienne, à deux pas de la préfecture du Bas-Rhin !

L’ULP de Roos fusionna avec la Fortschrittpartei (Parti du progrès) de Camille Dahlet. Les deux hommes associèrent leurs forces pour publier un nouveau quotidien, l’Elsass-Lothringer Zeitung (ELZ – Journal alsacien-lorrain). Le 4 mai 1930 était créée l’Autonomistische Arbeitsgemeinschaft ou Communauté autonomiste de travail. En vérité, le procès de Kolmar, qui apparut de prime abord comme le point de départ d’une nouvelle décennie pleine de promesses, sonna le glas de l’autonomisme alsacien-lorrain.

  • Des autonomistes divisés

Loin de s’assagir, les anti-autonomistes se déchaînèrent de plus belle : « ainsi la région se retrouva-t-elle en état de guerre politique. Les nationalistes attaquèrent, démasquèrent les autonomistes, dénonçant partout l’influence de l’agent allemand. Pour arriver à leurs fins, certains chauvins ne reculèrent pas devant la délation la plus stupide. (...) Le Vatican et les curés voulaient, disaient-ils, vendre l’Alsace à l’Allemagne. Pour que ce but soit atteint, notre province devait faire partie des pays rhénans au sein d’une Allemagne fédérale. (...) Or, il n’y avait aucune preuve19. »

Quelques années auparavant, Mgr Ruch, évêque de Strassburg, avait déclaré qu’on ne pouvait être bon catholique et autonomiste à la fois, et avait interdit la lecture du journal Die Zukunft, considéré par lui comme un péché. Cela avait été un coup rude pour le milieu autonomiste, qui comptait de nombreux fidèles dans son assistance, jusque parmi ses principaux dirigeants (on pense à l’abbé Haegy et à l’abbé Zemb), et qui avait fait de la question religieuse un de ses principaux chevaux de bataille.

En 1931 survint une scission au sein de la Landespartei et un mouvement paysan vit le jour en Basse-Alsace (Die Elsass-Lothringische Jungmannschaft – La jeune équipe alsacienne-lorraine). L’Einheitsfront, refondu en Volksfront ou Front populaire d’Alsace, préparait ardemment les élections législatives de mai 1932, après avoir enregistré des résultats significatifs aux cantonales des 18 et 25 octobre 1931. À plusieurs reprises dans ses discours, Karl Roos insista sur le fait linguistique et l’union des courants. Mais, les quatre candidats de la Landespartei battus, la déconvenue fut grande. Depuis 1930 couraient des rumeurs selon lesquelles le conseiller municipal strasbourgeois Karl Roos était un espion de l’Allemagne. Rumeurs intensément relayées par la presse locale, cependant que la situation politique en Allemagne devenait inquiétante aux yeux de la diplomatie française, pour qui l’autonomisme restait un sous-marin du pangermanisme. Les rapports au sein de l’ULP se firent plus tendus, la jeune garde de la Jungmannschaft regroupée depuis 1931 derrière le Mosellan Hermann Bickler tournant son regard avec toujours plus d’insistance vers le voisin outre-rhénan. Le Volksfront se délita progressivement. Karl Roos en voyage à l’étranger, Paul Schall se chargea de la refonte du mouvement. Le 7 juillet 1933, Paul Schall réitérait lors d’une réunion du parti son refus de tout irrédentisme, de l’assimilation au IIIe Reich et son vœu d’une Alsace libre dans une Europe unie.

Les élections de mai 1934 au Conseil général du Bas-Rhin furent un nouvel et cinglant échec non pour les autonomistes mais pour le Volksfront, totalement désuni, certains de ses membres allant jusqu’à s’opposer en certains lieux du département. La Volkspartei de Michel Walter prit le dessus sur la Landespartei, qui dès lors déclina, Walter dénonçant toutes les alliances passées. Ainsi fut stupidement perdue la mairie de Strassburg, abandonnée aux nationalistes faute de s’être entendus.

L’avènement du Front populaire relança de plus belle les tenants de la laïcité et de l’anticléricalisme et, par contrecoup, la dernière grande manifestation commune d’union des autonomistes fut le rassemblement contre les décrets Blum, rejetés par 72 % des votants en Alsace et 73 % en Moselle. Cette union donna naissance en 1937 au deuxième Heimatbund. Mais l’alliance s’avéra éphémère, précipitée qu’elle fut par la politique internationale. Malgré le succès du vote anti-décrets, le peuple alsacien-lorrain se détourna de plus en plus ostensiblement des autonomistes, convaincu par la propagande nationaliste et les discours de Spiesser et de Bickler, ouvertement pro-allemands. Les accords de Munich du 28 septembre au 6 octobre 1938 virent se succéder perquisitions et interrogatoires serrés dans les milieux autonomistes. Le 2 février 1939, Karl Roos était convoqué aux bureaux de la police strasbourgeoise ; le 4, il était arrêté pour espionnage.

 

Charles Roos crayonné durant son procès

 

  • Le martyre

Le 10 janvier 1936, le gouvernement Laval avait soumis au Parlement un projet de loi visant à interdire ligues et milices à caractère fascisant, de même que tout mouvement – article 3 – portant « atteinte à l’intégrité du territoire national ». Le 21 avril 1939 le gouvernement Daladier saisit par décret le texte du 10 janvier 1936 et interdit l’Elsässischer Volksbildungsverein (ou Association alsacienne de formation populaire, créée par Karl Roos en 1937 pour renforcer la pure action politique par l’enseignement de la culture alsacienne), arguant « qu’un certain nombre de groupements se sont formés dans les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et la Moselle. (...) Étant donné qu’il est constant que leur but réel est de porter atteinte à l’intégrité du territoire national, nous avons estimé qu’il y avait lieu de dissoudre les divers organismes. » D’autres interdictions fondées sur la même défense de l’ « intégrité du territoire national » suivirent, si bien qu’en quelques semaines toute la structure autonomiste fut démantelée.

Le 3 septembre 1939, la France déclarait la guerre à l’Allemagne et procédait à l’arrestation immédiate d’une centaine de militants autonomistes appelés sous les drapeaux. Rassemblés à Saverne, les principaux responsables furent transférés à Nancy le 13 septembre. En mai 1940, à la suite de nouvelles incarcérations, trois cents Alsaciens-Lorrains furent parqués au camp de concentration d’Arches, près d’Épinal20. Karl Roos était détenu à la prison militaire de Nancy depuis sept mois déjà quand Rossé, Sturmel, Keppi, Schall, Hauss, Bickler, le Mosellan Antoni et dix autres militants autonomistes, toutes tendances confondues, vinrent le rejoindre.

Un nouveau procès, le dernier, s’engagea pour le Dr Karl Roos le 23 octobre 1939 devant le tribunal militaire de Nancy. Ses avocats étaient soit en fuite, soit eux-mêmes emprisonnés. Seul Maître Berthon, son défenseur de Kolmar et de Besançon, fut admis à plaider en sa faveur et encore n’eut-il jamais accès au dossier de l’accusation. Le mobile invoqué, l’espionnage, ne reposait en fait que sur une photo fournie par son chauffeur, Julien Marco, militant depuis 1926, et sa signature au bas du manifeste du Heimatbund. En constante difficulté financière, Marco avait offert ses services au renseignement allemand en 1931, ce dont le contre-espionnage français fut vite alerté. Et quand vint le temps pour le gouvernement de mettre un terme définitif à l’agitation autonomiste en Alsace, les services secrets appréhendèrent Marco, ne lui laissant qu’une alternative : le peloton d’exécution pour espionnage ou la trahison.

Que montrait cette photo ? On y voyait Karl Roos affublé d’un uniforme de la SA, en fait la tenue réglementaire d’un fonctionnaire du IIIe Reich, qu’au cours d’un dîner en 1933 chez son ami Haltenhoff, maire conservateur de Hanovre hostile au nazisme, celui-ci lui avait proposé de revêtir pour le cliché. Amusé par cette proposition aussi saugrenue qu’insolite, Roos accepta et garda une épreuve pour lui.

Marco s’était saisi de ladite photo et l’avait remise à la police. Malgré le flot de discours incohérents déversés par Marco, Roos fut condamné d’office. Les trois commissaires de la police spéciale de Strassburg, Monnard, Becker et Léonard, eurent dès lors beau jeu d’accuser Roos de germanophilie, de pangermanisme et de sécessionnisme révolutionnaire ; au demeurant, Becker se félicitait d’obtenir enfin l’exécution de Roos et la perte de la « peste autonomiste ». Le procureur général, le colonel Marcy, estimant que l’exécution de Roos constituerait une excellente mise en garde pour l’Alsace factieuse, acheva de museler une défense déjà inexistante.

Le 26 octobre 1939, à 12 h 30, Karl Roos était condamné à mort, sans qu’aucune preuve de son prétendu espionnage n’eût été fournie. Marco fut rapidement remis en liberté. Désormais seul face à son destin, Roos, assisté du révérend père Brandicourt, se plongea dans les textes sacrés afin d’avoir l’âme en paix au moment d’affronter le peloton. Son recours en grâce fut rejeté. La lecture de L’Examen de conscience de Péguy l’illumina. Que pouvait la mort contre la vie éternelle ?

Le 7 février 1940, mercredi des Cendres, à six heures du matin, le président du tribunal militaire de Nancy vint réveiller Karl Roos. Depuis trois mois que Roos était aux fers, la délivrance arrivait enfin. Dans un profond recueillement, il assista à sa dernière messe, récita un chapelet puis monta dans le fourgon cellulaire qui l’emmenait vers son Golgotha. Le convoi s’immobilisa au lieu-dit « La Petite Malpierre » sur la commune de Champigneulles, où l’attendait le peloton d’exécution. Priant toujours, Karl Roos dit à l’aumônier qui l’accompagnait : « Je meurs fidèle à ma Heimat et à mes amis », suivi d’un « Jésus ! à toi ma vie ! Jésus à toi ma mort ! » Il ne put achever sa prière (« Jésus, je suis à toi vivant et mort ! »), les douze soldats du peloton – douze Alsaciens – ayant vidé leur fusil. Karl Roos mourut à genoux dans la neige, les yeux bandés, les bras attachés derrière son dos. Il ne respirait déjà plus quand l’officier lui tira le coup de grâce dans la nuque.

Le 10 février 1940, le gouvernement allemand communiquait : « L’Alsacien Roos ne s’est trouvé à aucun moment en relation avec un poste de renseignement allemand. »

Son corps, transporté en grande pompe par les nazis de Nancy au château de la Huneburg le 19 juin 1941, jour anniversaire de la « libération » de Strassburg par la Wehrmacht, devint l’objet d’un culte national21. Mais les fidèles à la mémoire de Karl Roos ne s’y trompèrent pas, qui connaissaient ses sentiments pour le IIIe Reich. Aussi, lorsqu’en 1944 les FFI venus occuper le château une nouvelle fois « libéré » exhumèrent le cercueil de Roos pour le jeter dans le ravin de la Huneburg, ils n’y découvrirent qu’un amas de pierres.

Karl Roos, martyr de la cause alsacienne-lorraine (7 septembre 1878-7 février 1940)

Laurent Schang

 

Notes: 

1 Jean-Jacques Mourreau, « L’Alsace-Lorraine dans la Grande Guerre. Entre deux patries », in Enquête sur l’Histoire, n° 12, 1994, « La Grande Guerre », pp. 52-54.

2 Paul Sérant, La France des minorités, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « L’histoire que nous vivons », 1965, 277 p.

3 Pierri Zind, Brève histoire de l’Alsace, Paris, Éditions Albatros, 1977, 145 p.

4 Frère Médard, L’Alsace fidèle à elle-même ? Mémoires – Regard sur deux siècles d’histoire d’Alsace, Strasbourg, Buch et Reumaux, La Nuée Bleue, 1988, 152 p.

5 Pierri Zind, op. cit., p. 150.

6 Frère Médard, op. cit., p. 149.

7 Ibid.

8 Ibid., p. 275.

9 Émile Hinzelin, L’Alsace, la Lorraine et la Paix, Villemomble, Les Éditions de la Marche de France, 1928, 311 p.

10 Kléber, Kellermann, Lefebvre, Rapp, Buckheim

11 Paul Sérant, op. cit., p. 284.

12 Pour connaître la liste exhaustive des partis autonomistes de l’entre-deux-guerres, voir Pierri Zind, Elsass-Lothringen, Alsace-Lorraine, une nation interdite, 1870-1940, Paris, Éditions Copernic, 1979, 688 p.

13 Selon le frère Médard, le 8 juin, jour de la Pentecôte.

14 Frère Médard, ibid., p. 174.

15 Le 8 février 1928, Poincaré, de passage à Strassburg, déclarait devant une assemblée de maires alsaciens : « L’Alsace frémira des infamies qui seront révélées. (…) Elle n’admettra plus que des agents suspects préparant, sous le voile de l’autonomie, la neutralité de l’Alsace. »

16 Les 17 et 23 juillet 1928, pressés par l’opinion publique, le président Doumergue graciait les accusés.

17 Pierri Zind, ibid., p. 475.

18 Ibid., p. 476.

19 Frère Médard, ibid., p. 184.

20 Pierri Zind, p. 668, dans son livre Elsass-Lothringen…, rapporte que le « commandant du camp de concentration d’Arches avait ordre de le faire bombarder par l’artillerie s’il risquait d’être libéré par les Allemands. Le Dr Louis Benmann parvint à obtenir du commandant la non-exécution de cet ordre criminel. »

21 Hermann Bickler déclara aux Strassburger Neueste Nachrichten : « la tombe de Roos deviendra un lieu de pèlerinage pour tous les patriotes allemands et alsaciens. (…) les écoliers alsaciens seront conduits régulièrement à l’endroit où reposera le martyr Karl Roos. » (cité in Jacques Lorraine, Les Allemands en France, Mâcon, CIM Éditions, 1945, 349 p.)

place

 

Quelques lectures pour aller (encore) plus loin :

- Jean-Marie Mayeur, Autonomie et politique en Alsace, La Constitution de 1911, Paris Librairie Armand Colin, 1970, 209 p.

- Bernard Wittmann, Une épuration ethnique à la française, Alsace-Moselle 1918-1922, Fouesnant, Yoran embanner, 2016, 222 p.

- Hermann Bickler, Un pays particulier, Souvenirs et considérations d’un Lorrain, Strassburg, NEL-Verlag, 2017, 442 p.

- Jean-François Thull, Jean de Pange, un Lorrain en quête d’Europe 1881-1957, Metz, Éditions Serpenoise, 2008, 192 p.

- Joseph Schmittbiel, Alsace Des questions qui dérangent, Fouesnant, Yoran embanner, 2018, 155 p.

Imprimer

Commémoration du 7 novembre 2020 : l’extrême gauche catalane à la manœuvre

drapeau catalan diada 683x387

 

La manifestation du 7 novembre est considérée dans les milieux catalanistes comme la Diada de la Catalunya Nord, la « Journée », au sens d’une journée nationale. En effet, cette date correspond à la signature du traité des Pyrénées, le 7 novembre 1659, par les rois de France et d’Espagne, ce qui a pour conséquences politiques et géographiques le rattachement de la Catalogne du Nord (appellation moderne comme celle d’ailleurs de la très révolutionnaire « Pyrénées-Orientales ») au royaume de France, ce qui occasionne une fracture territoriale avec le reste de la Catalogne. Nous commémorons donc aujourd’hui les 361 ans d’un traité qui n’a ni été décidé, ni été ratifié par les principaux intéressés : les catalans. Cette commémoration donne lieu chaque année à une manifestation revendicative, sauf aujourd’hui qui sera pour cause de confinement « dématérialisée » sur les ondes radio.

C’est sans surprise que cette année la marque de l’extrême gauche vient s’inviter dans une commémoration qui normalement doit dépasser les clivages politiques afin d’unir sur un projet institutionnel commun. La cause première de cette préemption : l’élection de Louis Aliot à la mairie de Perpignan. Ces catalanistes oublient bien vite que lors du conseil municipal du 20 septembre 2018, les élus du Rassemblement National (RN), dans l’opposition à l’époque, ont voté en faveur des subventions annuelles pour les deux écoles Bressola de Perpignan (j’étais présent ce jour-là). C’est sans parler d’un document de campagne de Louis Aliot, diffusé sur sa page de candidat lors des municipales en mars 2020, en faveur de l’aide à l’enseignement du catalan. Par ces attaques incessantes, ces catalanistes chercheraient-ils à ce que l’actuelle équipe municipale RN de Perpignan cesse d’accorder des subventions aux écoles catalanes de Perpignan, afin d’engager une campagne politique et médiatique contre la municipalité ? Nous connaissons tous la pratique de la terre brûlée de l’extrême gauche, un tel comportement retord ne serait nullement étonnant. Ces catalanistes se plaignent dans leur manifeste du 7 novembre 2020, que Louis Aliot veut faire de Perpignan une ville sûre et propre qui serait contraire à son essence même. Ce qui signifie donc que Perpignan est une ville sale où règne l’insécurité, ce qui convient apparemment aux catalanistes toujours prompts à donner des leçons de citoyenneté.

Pour ces gens-là seul compte leur obsession, que dis-je, leur raison de vivre, ou plutôt leur perfusion politique sans qui ils ne pourraient pas exister : l’extrême droite. La lecture du manifeste à ce sujet est éloquente.

Il est bon de rappeler certains points :

1) Pour ces gens-là, tout ce qui n’est pas d’extrême gauche est d’extrême droite ;

2) Le catalanisme leur permet d’exister et surtout de faire vivre une idéologie plus que jamais éculée et qui se fracasse de jour en jour devant la réalité ;

3) Cette minorité agissante qui ne bénéficie d’aucune légitimité pour représenter les nord-catalans introduit dans ce même manifeste du 7 novembre 2020, sensé revendiquer un statut territorial au nom de tous pour notre département, des thèmes qui n’ont strictement rien à voir, comme par exemple l’expulsion de sans-papiers d’un hôtel de Perpignan. Quel rapport avec la revendication territoriale ?

4) Ces gens-là tentent d’importer les problèmes de la Catalogne Sud en Catalogne du Nord, alors que nous avons nos propres difficultés et que les principales préoccupations des habitants de ce territoire ne sont absolument pas axées sur ces problématiques. Elles concernent, comme toujours, une minorité bruyante qui prétend parler au nom de tous.

5) Ces gens-là, qui agglutinent autour d’eux une cohorte de militants issus des rangs des milieux de la gauche extrême à l’affût d’une tribune, nient avec un mépris de classe de plus en plus frappant, absolument toutes réalités politiques et sociologiques de notre société. Ils sont les meilleurs alliés du système jacobin français. Leurs délires, leur sectarisme éloignent les gens du commun des revendications légitimes pour une reconnaissance institutionnelle de notre territoire, du maintien et du développement de notre langue. Pire, ils fabriquent même une opposition virulente.

Si nous voulons avancer sérieusement sur ces thématiques, une nouvelle génération de militants doit émerger afin de reléguer aux poubelles de l’histoire ces crypto-soixante-huitards.

Llorenç Perrié Albaneltéléchargement

Imprimer

Trahison ! La Normandie en danger !

 

mn

​​Communiqué du Mouvement Normand - n°278 - 1er octobre 2020

 

L’éternel serpent de mer du port de Paris est de nouveau d’actualité ! Et de quelle façon ! La pire que nous puissions imaginer !

Une fois encore, des déclarations sans aucune consultation avec les élus locaux et régionaux, politiques ou consulaires, nous frappent de plein fouet par leur violence. En effet, lors d’une table ronde à l’occasion des dix ans du Grand Paris, le 29 septembre, Anne Hidalgo, maire de Paris, et Édouard Philippe, maire du Havre, ont déclaré en chœur qu’ils souhaitaient relancer le projet du Grand Paris.

L’impérissable projet de Grand Paris, pardon Seine Métropole, d’Antoine Grumbach, sorti en 2008 à l’époque du président Nicolas Sarkozy. Ce projet a été depuis relancé habilement dans la presse en 2018 puis en 2019. Mais il reste toujours le même dans sa substance : Paris veut et décide, et surtout pense n’avoir besoin que de la Seine et du Havre. Quid du reste de la Normandie ? Et bien il n’existe pas ! En fait, soyons clairs, c’est la Normandie qui n’existe pas dans ce grand ensemble pensé et prévu pour Paris, et pour Paris uniquement.
Et pour quel résultat final : la Normandie, coupée ainsi en deux par un couloir Paris – Le Havre, devenu le Grand Paris, n’existera plus ! Ce sera la fin de notre région. Son arrêt de mort définitif !

L’erreur du maire du Havre est grande s’il croit être de taille avec sa ville de 172 000 habitants face au léviathan parisien de 2 148 000 habitants et sa puissance économique.
Une telle décision, une telle déclaration, ne peut se faire avant une concertation, une réflexion, une stratégie réelle au niveau de la région normande.

Cette vision parisienne, et parisianocentrée est mauvaise pour la Normandie mais aussi pour la France. La Normandie est une des portes maritimes de la France, et pas uniquement de Paris. L’histoire, la géographie, l’économie, la culture, la géopolitique normandes nous tournent vers la mer. Notre région est un immense port de Granville jusqu’au Tréport. Voilà la réalité, le concret !
Et ce n’est pas au Havre, seul, de proposer d’être un débouché sur la mer pour la capitale française, c’est un projet, une ambition normande que d’être une région maritime de première importance pour la France, et pas seulement Paris. Et de l’être à travers son réseau de villes.

À nouveau, la nécessité de la mise en place d’un solide réseau des villes normandes, une Hanse comme il en existait une dans la Baltique, une association économique, politique, culturelle des villes normandes est de première importance. C’est une nécessité et une évidence, mais dans le contexte d’un projet Grand Paris renaissant, cela devient une urgence absolue !
Monsieur Hervé Morin a réagi vivement aux déclarations de Mme Hidalgo et de M. Philippe. Mais où sont les autres élus ? Qu’en pensent les maires normands ? Les présidents de départements normands ?
Il est grand temps que les élus normands agissent ensemble, comme les élus d’une grande région avec un potentiel incroyable et non comme des roitelets locaux. Une vision d’ensemble pour la région est nécessaire pour tous les élus.

En pleines grandes déclarations sur la décentralisation voulue apparemment par le gouvernement du président Macron, après le tour de vis centralisateur et jacobin qui a été la règle depuis son accession au pouvoir, voici une volonté parisienne qui paraît bien contre-productive.

Ce scénario, le Mouvement normand n’a eu de cesse de le rappeler dans ses communications depuis la réunification de la Normandie : les dangers, les écueils sont encore nombreux avant d’avoir une région normande radieuse et rayonnante.
Enfin, sortirons-nous de la tentation phagocytaire de Paris et surtout, sortirons-nous un jour de cette morbide et délétère opposition permanente entre Paris et la province ? Le jacobinisme parisien n’est pas mort, il est au contraire bien vivant. La décentralisation et la subsidiarité, si elles s’imposent à la raison, ne sont pas encore acquises dans les faits.
Les Normands doivent réagir habilement, l’union fait la force !

La commission exécutive du Mouvement normand

téléchargement

Imprimer

Le viol d'un peuple

cartefrancique2

Je suis né il y a bientôt un quart de siècle au cœur du Pays thionvillois et j'ai vécu heureux les premières années de ma vie entre mes parents et mes grands-parents. Tout naturellement ils m'avaient transmis leur langue, cette langue que leur avaient transmis leurs propres parents et grands-parents, cette langue transmise ainsi de bouche à oreille, de parent à enfant dans une chaîne ininterrompue depuis l'aube de l'humanité. Leurs ancêtres les francs, mes ancêtres avaient vécu il y a deux mille ans dans les plaines du nord de l'Allemagne, parlant une langue germanique, la transformant en la parlant pour lui donner peu à peu son aspect, sa sonorité, sa syntaxe actuelle, la polissant comme une pierre précieuse pour la livrer toujours plus belle à la génération suivante. Il y a 1400 ans, poussés par d'autres peuplades germaniques, ils se sont répandus sur les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Rhénanie et la moitié nord de la France. En France et dans une partie de la Belgique ils étaient en faible nombre et ont été submergés par la population autochtone de langue romane. Dans l'autre partie de la Belgique et en Hollande leur langue a évolué jusqu'au néerlandais actuel. Dans une grande partie de l'Allemagne, elle a contribué à l'élaboration de l'allemand moderne. Mais chez nous, à Thionville, à Luxembourg, à Arlon, à Bitburg ou une partie du peuple franc s'est établi, leur langue a évolué en une langue originale: la langue francique qui conserve dans son nom le souvenir de l'ancien peuple.

C'est dans cette langue à l'antiquité et à la noblesse incontestable que mes parents m'ont parlé, penchés autour de mon berceau, c'est elle qui m'a ouvert au monde et c'est grâce à elle que se sont forgées dans ma tête mes premières pensées d’amour de crainte ou de tendresse. A travers elle, j'ai découvert le monde extérieur, j'ai exploré mon âme. C'est dans cette langue que j'ai prononcé mes premiers mots, mes premières phrases. Elle m'a permis de devenir un être humain, de m'inventer un univers, de rêver de mille choses.

Mais bien vite j'ai appris qu'il existait à l'extérieur de notre cercle familial une autre langue que mes parents utilisaient à l'occasion avec d'autres personnes du village et surtout quand nous allions en ville. Ce langage étranger m'intriguait beaucoup, d'autant plus que je ne le comprenais pas vu qu'on ne le parlait jamais à la maison. De plus seuls mes parents semblaient le connaître, mes grands-parents ne l'employaient jamais. Quel était donc ce parler aux consonances si étranges, si différent de notre langue mélodieuse que j'entendais de temps en temps autours de moi? Au fur et à mesure que les années s'écoulaient, ce parler s'insinua de plus en plus dans notre famille. Mes parents se mirent à le parler de plus en plus et m'apprirent qu'on l'appelait la langue française et qu'un jour ils m'amèneraient dans une école ou moi aussi je pourrai alors l'apprendre.

C'est à l'âge de 7 ans que je suis entré à l'école du village, ne parlant que la langue francique et comprenant au hasard quelques mots de français dans une conversation. Mais n’était-ce pas le cas de tous les garçons de mon âge au village? C'est là que se déclencha en moi la lutte entre ma langue maternelle que je portais dans chaque fibre de mon être et le français qu'on m'imposait de l'extérieur. Notre instituteur qui venait de la ville était un homme fier et distingué. Sa tenue contrastait vivement avec celle des gens du village et naturellement il ne savait pas le « Platt ». Quel contact pouvait s'établir entre cet homme qui ne savait rien de notre langue et nous qui ne savions rien de la sienne? Je me souviens que le premier jour il interrogea l'un de mes camarades d'un ton sec: « Jean-Pierre debout! » Le dit Jean-Pierre qui ne s'était jamais entendu appeler autrement que Jhempi resta naturellement assis. Et l'instituteur d'en conclure qu'il devait être sourd ou arriéré mental et de le reléguer au fond de la classe avec une feuille de dessin et des crayons de couleur pour ne pas avoir à s'occuper de cet être si primaire.

Il a voulu tuer en nous la langue de nos parents et la remplacer par la sienne qu'il nous enseigna pendant 7 ans sous la contrainte du bâton. Notre langue qu'il appelait «  le patois » était interdite dans l'enceinte de l'école aussi bien en classe qu'à la récréation. Et gare à celui qui osait en prononcer un mot! Il se voyait confier un objet qu'il devait remettre à l'un de ses camarades qu'il surprenait à parler aussi « patois ». Celui qui avait l'objet à la fin de la récréation recevait une punition (nettoyer la classe ou encore les W.C.). C'est ainsi qu'on a voulu faire de notre langue à nos yeux un objet de dérision, vulgaire, qui méritait une punition et qu’il fallait abandonner pour être bon en classe. L'instituteur en rencontrant nos parents dans le village les invitait de façon véhémente à parler français avec nous à la maison pour continuer son travail. Il disait que notre avenir était en jeu et que tant que nous parlerions « patois » nous ne pourrions jamais espérer faire de bonnes études, que le « patois » était un obstacle pour apprendre le français et avoir une bonne orthographe.

ecusson

Il a voulu détruire ma façon de penser, ma poésie intérieure, il a voulu tuer mon âme. Il a voulu remplacer dans mon cœur Mamm par mère, Papp par père, il a voulu remplacer dans mes yeux Bam par arbre, Sonn par soleil, il a voulu remplacer au plus profond de mon être Dram par rêve. Mais comment aurait-il pu comprendre le monde merveilleux que je m'étais forgé au plus profond de moi-même dès ma plus tendre enfance, dans ma langue; un monde intraduisible en français, entièrement basé sur des correspondances phoniques entre les mots. C'est ainsi qu'en moi Mamm évoquait la douceur par la répétition du phonème « m ». C'est le mot le plus facilement prononçable pour un enfant. Les phonèmes « m » et « a » sont les premiers prononcés par le bébé car ils sont exhalés naturellement lors de la respiration en expirant par la bouche. On aboutit ainsi au son nmal puis au son Mamm avec refermeture de la bouche. C'est sans doute le premier mot que j'ai prononcé. Puis en faisant exploser davantage le premier « M » j’ai prononcé le son Bam (l'arbre) et dans mon esprit s’est tissé alors une correspondance phonique entre Mamm et Bam, correspondance conceptuelle aussi entre la mère source de la vie et l'arbre, source de tant de bienfaits pour l'homme (fruits, chauffage, ombre) et qui est pour ainsi dire une seconde mère. De Bam nait une correspondance phonique avec le mot Sam (la semence) autre source de vie et de nourriture pour l'homme. Ainsi en francique ces trois mots: Mamm, Bam, Sam ont en commun à la fois des sons semblables d'où nait un lien poétique entre eux, mais aussi des significations qui rentrent en correspondance et qui créent entre eux un lien sémantique. Sur un autre axe de correspondance Bam amène en moi le mot Dram car la grandeur de l’arbre qui s'élève vers le ciel permet à l'homme le rêve vers l’infini.

Quand l'instituteur du village a voulu remplacer chez moi Mamm par mère, Bam par arbre, Sam par semence et Dram par rêve, il a essayé de tuer toutes les correspondances et les liens étroits qui relient en moi ces quatre mots. Si je dis: « Main Dram as e Bam, je peux créer par la ressemblance phonique qui existe entre Dram et Bam un monde poétique qui est détruit si cette phrase devient: « mon rêve est un arbre ».

On voit donc qu'une langue n'est pas seulement un dictionnaire et une grammaire. Passer d'une langue à une autre n'est pas seulement employer certains mots à la place d'autres, c’est passer d'un monde à un autre, d'une manière de penser à une autre. Une langue véhicule en elle une façon d'appréhender le monde et elle modèle l'âme de celui qui la parle puisqu'il va exprimer toutes ses pensées conscientes par le moyen de cette langue. Imposer à un enfant une langue autre que sa langue maternelle c'est détruire toute sa façon de concevoir le monde et la remplacer par une autre à laquelle son esprit n’est pas adapté et qu'il ne pourra jamais assimiler entièrement, c'est donc arracher une parcelle de son âme sans lui donner de contrepartie valable. De ce fait cet enfant ne saura plus parfaitement sa langue maternelle et ne saura jamais parfaitement la langue imposée. Il sera culturellement dévalorisé. Il aura des connaissances des deux langues mais possédera les deux de façon imparfaite. Il ne saura jamais apprécier l'une ou l'autre langue dans toute son étendue. Il saura beaucoup moins bien sa langue que ses parents parce qu'il aura cessé de la parler et saura aussi moins bien le français que le parisien qui l'a toujours parlé.

Combien de jeunes aujourd'hui se trouvent dans ce cas? Des centaines de milliers. La perte de nos langues maternelles propres (francique, breton, basque etc...) est une déculturation massive de l'homme, un recul de la civilisation, une catastrophe pour l'humanité.

verklingende

Si moi je n'ai pas perdu ma langue à cette époque et si je peux encore la parler aujourd'hui alors que tout était mis en place pour me la faire oublier (école, radio, télévision), c'est que j’ai pris conscience au moment où je la perdais que ma langue était mon bien le plus précieux. Beaucoup d'autres avant moi ont déjà brandi l'étendard de la révolte. Demain, d’autres suivront, ils refuseront de perdre leur langue au profit d'une qui ne pourrait jamais la remplacer sans nous amoindrir culturellement. Tous ceux qui l'ont perdu se lèveront aussi, conscients du bien inestimable qu'ils ont laissé perdre et tous ensembles des Flandres à la Catalogne, de la Bretagne à l'Alsace nous serons assez forts pour exiger que nos langues soient enfin respectées et officialisées, que chaque enfant puisse être instruit et alphabétisé dans la langue de ses ancêtres, comme c'est le cas dans presque tous les pays du monde à l’heure actuelle.

Pour ma part je suis décidé à mener la lutte jusqu'à ce que notre langue soit enseignée à l'école à tous les niveaux, jusqu'à ce qu'elle ait sa place à la radio et à la télévision, c'est à dire jusqu'à ce que tout ce qui l'opprimait devienne pour elle un moyen de propagation, jusqu'à ce qu'on nous accorde ce qu'on a déjà accordé à la Catalogne, au Pays Basque, au Val d'Aoste et à tant d'autres entités ethniques: un statut d'autonomie.

S.H.

Sources : Hémechtsland a sprooch - N°14, 1978.

 

Imprimer

LE MYTHE VIKING ET LA NORMANDIE: Jean Mabire

5c5d5a7d85600a3ab80e423c

Quand on veut s'imaginer la personnalité du pays normand, avant de penser à Corneille, à Gustave Flaubert ou même à Guillaume le Conquérant, la plupart des Normands (et encore plus les « Français de l'extérieur » - les « horsains » comme on dit ici) pensent à un pays fondé par les « hommes du Nord », les Vikings, et a leurs bateaux (im­proprement appelés « drakkars »), et naturellement les ancêtres des Normands sont venus de Norvège (même si le plus gros des Vikings installés en Normandie venait du Danemark ...).

En Normandie, cette conscience au « premier degré » est commune. (...) C'est cela un mythe: une origine quasi-fabuleuse, des ancêtres lointains, réels ou suppo­sés qui cimentent une communauté de destin. Bien plus, il n'y aurait eu que 5000 colons Scandinaves au milieu d'une population autochtone de plus de 100 000 Neustriens, qu'importe ... que les Normands des­cendent des Gaulois ou des Vikings. C'est la conscience de ce mythe qui fait la Normandie. Un mythe s'oppose quelquefois à la science ou à l'histoire, jamais complètement toutefois. Il part d'un fait his­torique réel qui s'idéalise à travers les générations ou qui s'enra­cine à une « période basse » de l'histoire d'un pays.

Le folklore nor­mand du XIXème siècle est moribond: il est essentiel qu'il survive ou plutôt qu'il revive, mais cette survie est loin d'être évidente. En ce qui concerne la langue, le normand est encore bien plus menacé que le breton; il est probable qu'il aura quasiment disparu dans une génération. Quant au mythe viking, c'est en Normandie la valeur la plus éternelle. Dans une époque où chacun recherche des racines et où règne l'attrait pour le fantastique ou le merveilleux, un tel mythe hors du commun ne peut que fasciner.

Tout mythe national s'enracine dans l'Histoire pour la transfigurer et susciter une véritable « relance » d'un sentiment qui se transforme à son tour en événement. L'avenir s'enchaîne sur le passé. Il en privilégie certains aspects et donne un éclairage qui devient parfois contrainte, exaltant et réduisant tour à tour. Le mythe devient fait.

Ainsi, ce qu'on nommera un jour l'idée nordique est-elle devenue, au fil des ans, inséparable de la réalité normande. Elle a peu à peu conquis le régionalisme jusqu'à s'identifier avec lui. L'originalité fondatrice de la Normandie se réclame d'abord de la source Scandinave.

JEAN MABIRE

Sources : ARTUS N°2-1980

unnamed

Imprimer

LITTÉRATURE - TRADITIONS : SPÉCIAL BRETAGNE

 

la legende de la mort 1

 

La légende de la mort

Ce livre est le fruit d’un long collectage auprès de la population rurale de Basse-Bretagne, à l’époque brittophone dans sa quasi-totalité. La plupart de ces légendes lui ont donc été contées en breton…

L’imaginaire collectif des Bretons se retrouve dans cette Légende de la Mort, où nul n’est effrayé par l’ombre de l’Ankou (représentation personnifiée de la mort) ou bien le peuple des Anaon (âmes défuntes) et pour qui les kannerezed noz (lavandières de la nuit) ont gardé leur pouvoir enchanteur. Ces récits fantastiques et populaires sont un fidèle miroir de la sensibilité des Bretons qui, comme les Celtes d’Outre-Manche et même les Anglo-Saxons sont portés sur les légendes et phénomènes paranormaux : les intersignes, l’Ankou, moyen d’appeler la mort sur quelqu’un, les noyés, les villes englouties, les assassinés et les pendus, l’Anaon, les revenants, l’enfer, le paradis…

La préface de Léon Marillier, parue dans la première édition qui est publiée ici, donne un éclairage particulièrement intéressant sur la relation des Bretons avec la Mort. Il rapproche aussi les croyances, les usages et les rites qui se rapportent aux morts avec les usages funéraires d’un grand nombre de peuples et les conceptions qu’ils se forment de la nature de l’âme et de sa destinée après la mort.

Anatole Le Braz (1859-1926) est né à Saint-Servais (Côtes-d’Armor). Il a écrit beaucoup d’ouvrages sur les traditions en Bretagne. Collecteur infatigable de contes, chansons et légendes populaires, il est considéré, avec Hersart de La Villemarqué, comme un des piliers du renouveau de la culture traditionnelle et populaire en Bretagne.

À commander ici.

 

2

 

Le Barzaz Breizh

Le Barzaz Breiz, ou en français « Recueil de poèmes de Bretagne », est tout simplement un recueil de chants populaires bretons, des chants récoltés auprès de la population bretonne au début du XIXe siècle par le Marquis Hersart de la Villemarqué (Kervarker en breton). La première édition de ce recueil est parue en 1839 et comporte une centaine de chansons, présentées avec leur traduction en français et la mélodie, classées en trois catégories :

– les « gwerziou » : chants mythologiques, héroïques, historiques et ballades,
– les « soniou » : chants de fêtes et d’amour,
– des légendes et chants religieux.

Le Barzaz Breiz regroupe des chansons issues de toutes les régions de Bretagne. L’origine des chansons, les bardes, la vie et les croyances des Bretons depuis le Moyen Âge jusqu’à son époque, la langue bretonne, tout cela y est indiqué et chaque chanson est précédée et suivie de commentaires détaillés.

L’auteur du Barzaz Breiz, Théodore Hersart de La Villemarqué, fut un ancien élève de l’École des Chartes. Il naît en 1815 à Quimperlé et partage son enfance entre Cornouailles et la campagne avoisinante. Il est élevé dans une famille qui ne s’exprime qu’en français mais il est immergé de manière permanente dans le breton local qui est la seule langue utilisée dans les campagnes à cette époque, et il le parle couramment.

Entre 1833 et 1837, il va sillonner les campagnes de Cornouailles où il notera le répertoire des poésies et gwerz (chant racontant une histoire, ballade) chantées par les paysans. En 1837, ses carnets comportent près de 300 pages de transcriptions et notes diverses. Il se lance alors dans un travail de sélection et de restauration des textes recueillis, qu’il traduit et commente.

L’ouvrage connaîtra un succès immédiat dès sa publication. Des commentaires élogieux paraissent dans la presse bretonne, mais également dans la presse parisienne. Le succès dépasse même les frontières où son ouvrage sera apprécié et traduit. Théodore Hersart de La Villemarqué poursuit alors ses travaux. Il publie une seconde édition enrichie en 1845, puis en 1867. En 1846, on lui décerne la Légion d’honneur. Il entre à l’Institut en 1858.

Vers 1867 les premiers doutes sur l’authenticité des chants du Barzaz Breiz, jusqu’alors exprimés à mots couverts, sont étalés publiquement. Des controverses passionnées sont ouvertes. La Villemarqué est accusé d’avoir inventé de toute pièce les chants populaires ainsi que les mélodies qui les accompagnaient. On va même jusqu’à dire qu’il a écrit ses textes en français puis les a fait traduire en breton, ne maîtrisant pas la langue.

La Villemarqué meurt le 8 décembre 1895 près de Quimperlé.

À commander ici.

 

legendes celtiques de bretagne 3

 

 

Légendes celtiques de Bretagne

Ce livre se veut un florilège des légendes bretonnes. La Bretagne comme les autres pays celtiques est une terre de légendes. C’est un pays où le mythe et la réalité se confondent, sans que l’on puisse discerner lequel est prépondérant. La Bretagne, c’est le pays des enchantements, c’est le pays où tout est sacré ! C’est le pays où se déversent en nous les siècles passés.

Dans cet ouvrage, on trouvera, en premier lieu, les textes fondateurs de la nation bretonne :

  • Conan Mériadec et l’arrivée des Bretons en Armorique.
  • Le Roi Arthur et le royaume des deux Bretagnes.
  • La légende de l’hermine.
  • Puis suivent tous les personnages clés du légendaire populaire : l’Ankou, les lavandières de la nuit, les korrigans, les morganes, les fées… mais aussi les intersignes ou la barque fantôme.
  • Le légendaire breton a influencé la culture européenne. Chrétien de Troyes, Marie de France ou Richard Wagner et bien d’autres, s’en sont emparé :
  • Merlin, le Roi Arthur et les chevaliers de la Table Ronde,
  • Tristan et Iseult. Mais aussi,
  • La fée Carabosse,
  • Gilles de Rais qui a inspiré Barbe Bleue.

Ces légendes font partie de l’âme bretonne. Elles sont la porte d’entrée de l’imaginaire d’un peuple.

À commander ici (ou ici en version luxe).

 

legendes du diable chez les bretons 4

 

Légendes du diable chez les Bretons

Le livre se devait de commencer par la légende de la ville d’Is narrée magnifiquement par Michel Cazenave, ancien responsable de programmes sur France Culture et spécialiste de la mythologie et des légendes celtiques.

Suivent une dizaine d’histoires et autres contes, collectés, adaptés ou traduits par Claude Trividic, qui nous font découvrir un autre pan de l’univers « magique » des Bretons. Le style est alerte : de nombreux dialogues entremêlent le français et le breton donnant ainsi de l’authenticité aux récits (avec la traduction pour les non-bretonnants, eveljust !).

Ce livre, tout à fait dans l’esprit de la Légende de la mort apporte un nouvel éclairage sur les relations des Bretons avec le diable. Mais au bout du conte, qui sera le plus « malin » ?

Claude Trividic du Cap Sizun, s’est attaché à retrouver les légendes connues des anciens. Il a aussi traduit en français pour le présent ouvrage, des textes en breton d’Eostig Kerinek, Yvon Crocq, et Erwan ar Moal, notamment « Pipi Gonto ». Parmi ses précédents livres, Les contes du Cap Sizun ont été un succès local.

À commander ici.

 

la legende de la ville d is 5

 

La légende de la Ville d’Is

Une Atlantide bretonne ? Mais pas seulement ! La légende de la submersion de la ville d’Is engloutie au fond de la baie de Douarnenez est une des légendes bretonnes les plus célèbres. Mais les auteurs entendent démontrer avec cet ouvrage que derrière cette image folklorique se dissimule la figure du mythe celtique de la femme de l’Autre Monde : la fameuse banshee irlandaise.

La légende bretonne de la ville d’Is, engloutie en raison des péchés de ses habitants, connut de nombreuses modifications au fil des siècles qui en défigurèrent le sens.

Car cette légende fut en effet, dès l’époque médiévale, l’objet d’une réinterprétation des hagiographes et chroniqueurs bretons qui la réorientèrent pour la plus grande gloire de saint Guénolé, premier abbé de Landévennec et de saint Corentin, premier évêque de Quimper.

C’est ainsi que Dahud, fille de Gradlon, roi de Cornouaille fut séduite par le Diable, à qui elle offrit, après les avoir subtilisées, les clefs des écluses, provoquant la submersion de la ville. Le roi ne devant son salut qu’à l’intervention de saint Guénolé !

Les auteurs s’attachent dans cet ouvrage à retrouver le sens originel de cette légende altérée depuis sa christianisation. Diabolisée à l’époque médiévale, le personnage de Dahud nous est désormais dévoilé : la représentante de ce qu’il subsiste dans le folklore breton du mythe celtique de la femme de l’Autre Monde, la fameuse banshee irlandaise.

Trois annexes apportent au lecteur, en complément, les textes bretons (avec leurs traductions) à l’origine de cette légende.

Françoise LE ROUX et Chr.-J. GUYONVARC’H figurent parmi les meilleurs spécialistes du monde celtique. Ils sont auteurs de plusieurs centaines d’articles et de nombreux ouvrages traduits en une demi-douzaine de langues.

Fr. LE ROUX, co-fondatrice de la revue d’études celtiques Ogam, était spécialisée dans l’histoire des religions.

Chr.-J.GUYONVARC’H, docteur d’État, spécialisé dans l’étude des textes irlandais médiévaux, fut professeur honoraire de celtique à l’université de Rennes II.

Pour commander, c’est ici.

 Sources : Breizh-info.com

Imprimer

6 châteaux d’Alsace à découvrir sur la route des vins

Entre Thann et Wissembourg, la route des vins d’Alsace sillonne, par monts et par vaux, les plus beaux villages du Haut et du Bas-Rhin. 170 km de paysages viticoles émaillés de sites historiques, dont de magnifiques forteresses médiévales restaurées ou en ruines. Eguisheim, Wettolsheim, Kaysersberg, Riquewihr, Orschwiller, Lembach…  Cap sur les châteaux d’Alsace à découvrir absolument sur la route des vins.

 

1)    LES TROIS CHÂTEAUX DU HAUT-EGUISHEIM (EGUISHEIM - HAUT-RHIN)

 trois-chateaux-du-haut-eguisheim

Des trois châteaux du Haut-Eguisheim, il ne subsiste aujourd’hui que trois donjons en grès rose coiffant la colline du Schlossberg. Au centre, on trouve le Wahlenbourg, au nord le Dagsbourg et au sud le Weckmund. À 591 mètres d’altitude, ils dominent la plaine de Colmar et les vignobles d’Eguisheim, labélisé plus beau village de France, depuis le XIe et le XIIe siècle. Situé sur la route des cinq châteaux, ce site emblématique ouvre la voie vers le château du Hohlandsbourg et le Pflixbourg.

 

2)    LE CHÂTEAU DU HAGUENECK (WETTOLSHEIM- HAUT-RHIN) 


Niché au cœur de la forêt, le château du Hagueneck est accessible après une marche douce de 45 minutes depuis le village de Wettolsheim. Classé aux monuments historiques, cette demeure du XIIIe siècle ne remplissait pas de fonction militaire, contrairement à son voisin le château du Pflixbourg (Wintzenheim - Haut-Rhin). Étape incontournable de la route des cinq châteaux, cette forteresse de garnison en granit du début du XIIIe siècle surplombe l’entrée de la vallée de Munster à 454 mètres d’altitude. 

 

3)    LE SCHLOSSBERG (KAYSERSBERG - HAUT-RHIN) 

 

schlossberg

Membre de l’association des plus beaux villages de France et élu village préféré des Français en 2017, Kaysersberg possède son château impérial : le Schlossberg. Bâti vers 1200, ce château classé aux monuments historiques se distingue par son imposant donjon cylindrique dont les murs affichent 4 mètres d’épaisseur environ. Pour gagner le sommet, il faut escalader une centaine de marches. La récompense ? Une vue imprenable sur la vallée de la Weiss et les Vosges.

 

4)    4) LE CHÂTEAU DES COMTES DE WURTEMBERG-MONTBÉLIARD (RIQUEWIHR – HAUT-RHIN)

 

chateau-des-ducs-de-wurtemberg

Le long de la route des vins, impossible de manquer Riquewihr, « la perle du vignoble alsacien ». Érigé entre 1498 et 1558 par les comtes de Wurtemberg, son château Renaissance arbore un pignon crénelé surmonté de bois de cerf (emblème de la famille). Au cours de l’histoire moderne, ce château vendu comme bien national a été transformé en école communale puis en musée. Pour en savoir plus sur Riquewihr et ses monuments, rendez-vous à l’office du tourisme, qui organise des visites gratuites de la ville en été.

 

5)    LE CHÂTEAU DU HAUT-KOENIGSBOURG (ORSCHWILLER – BAS-RHIN)

 

chateau-du-haut-koenigsbourg

Dressé à 800 mètres d’altitude sur un éperon rocheux, le château du Haut-Koenigsbourgpropose une immersion totale dans le quotidien des seigneurs alsaciens du Moyen Âge. Fidèlement reconstituée, la forteresse entraîne les visiteurs sur les traces de Frédéric Barberousse, Maximilien d’Autriche ou l’empereur Guillaume II de Hohenzollern. Après avoir franchi le pont-levis, il est possible d’explorer les habitations aménagées et meublées, admirer les collections d’armes anciennes ou de grimper au sommet du donjon pour profiter d’un panorama embrassant les Vosges, la Forêt-Noire et les Alpes par beau temps. À l’extérieur du château fort, le jardin médiéval suit un plan précis s’articulant autour d’un potager où sont cultivés des légumes, des plantes aromatiques et des herbes médicinales.

 

6)    LE CHÂTEAU FORT DE FLECKENSTEIN (LEMBACH – BAS-RHIN)

 

chateau-fort-de-fleckenstein

Forteresse en partie troglodytique, le château de Fleckenstein s’insère dans une barre rocheuse longue de 100 mètres. Perchée à 340 mètres d’altitude, cette citadelle imprenable du XIIe siècle offre une vue dégagée sur la vallée de la Sauer. Situé à 20 km d’Haguenau, au cœur du parc naturel régional des Vosges, le Fleckenstein accueille près de 100 000 visiteurs par an.

https://www.voyage.fr

Imprimer

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites