
Citations choisies de Paul le Cour
On peut se demander (…) comment le Dieu d’amour du christianisme pourrait être le même que le vengeur et cruel du judaïsme qui commence par détruire l’espèce humaine, à l’exception de Noé et de sa famille, exige des sacrifices sanglants et ordonne des massacres implacables où tout doit être détruit, hommes, enfants et même les animaux domestiques.
La venue du Christ était donc nécessaire pour réformer les religions dominantes, aussi bien celle des juifs que celle des hellènes qui avaient perdu le sens profond de leurs traditions mythologiques et adoraient superstitieusement les statues des dieux en oubliant Dieu. Et n’a-t-on pas été, chez les Romains, jusqu’à diviniser les empereurs ?
Le Christ, le démiurge, n’est donc pas venu pour sauver les hommes en effaçant le péché originel dont l’idée vient du judaïsme et est contraire à la justice, car tous les hommes ne sauraient être rendus responsables de la faute d’un seul ; mais pour apporter une doctrine dont il dit d’ailleurs : « Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé. »
Hellénisme et Christianisme, 1943
Saint Augustin, Lactance, puis saint Thomas continuèrent la judaïsation du christianisme (…). La Genèse devint la base des dogmes chrétiens ; toutes les sciences, astronomie, géologie, géographie, les anthropologie, furent obligées de s’y conformer. La terre fut considérée comme le centre privilégié du Cosmos pour laquelle tout a été fait. Elle est plate et immobile ; autour d’elle, tournent le soleil et les étoiles. Dieu s’est incarné sur elle, car elle seule est habitée. Et l’Église de Pierre a condamné Galilée et fait brûler Giordano Bruno qui osait enseigner qu’il y avait d’autres mondes habités que le nôtre.
Reutchlin, dans son De verbo mirifico, chercha à établir que toute sagesse et toute philosophie vient des Hébreux ; que Pythagore, Platon, Zoroastre ont puisé leurs idées dans la Bible et que des traces de langues hébraïques se retrouvent dans les livres sacrés de tous les peuples.
Le Pape Pie XI a déclaré : « Nous sommes spirituellement des sémites. » (…)
« Le christianisme est l’aboutissement, le but, la cause finale du judaïsme » a écrit Renan (Histoire du peuple d’Israël), et il ajoute : « C’est par le christianisme que le judaïsme a vraiment conquis le monde. Le christianisme est le chef-d’œuvre du judaïsme, sa gloire, le résumé de son évolution. Jésus a existé. C’était un juif. »
En 1905, Léon Bloy a publié un ouvrage intitulé Le salut par les juifs, livre écrit « à la gloire catholique du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. »
Hellénisme et Christianisme, 1943
Retrouver la philosophie grecque dans la Bible, prouver que les belles découvertes de la Grèce, le génie hébreu les avait faites mille ans auparavant, voilà l’effort désespéré de Philon, qui veut gagner les juifs à l’hellénisme et les Grecs au judaïsme.
Saint Paul, comme Philon, fut un juif hellénisant ; il était né en Cilicie, où la colonie grecque était nombreuse et eut deux langues maternelles, l’hébreu et le grec. Il put donc prêcher en grec à Athènes.
« C’était un passionné débordant d’énergie. On l’a comparé à un torrent déchaîné. II possédait le goût des controverses et des discussions qui caractérise le peuple juif. Les âmes qu’il avait gagnées au Christ, il les défendait de l’asservissement au mosaïsme avec intrépidité et héroïsme. En réalité, les juifs de Palestine étaient effrayés de rompre avec les traditions juives ; ils n’osaient pas s’affranchir des milles prescriptions dans lesquelles la Loi les enlaçait et ils prétendaient les imposer aux Grecs qui entraient dans l’Église chrétienne ; ils luttaient contre la hardiesse de la nouvelle doctrine et prêchaient l’observation de la loi de Moïse. Ils avaient fait des A la fois grec et juif, Philon prosélytes dans la Galilée peuplée jadis par les Gaëls ou Gaulois. C’est ce qui motiva la lettre de Paul aux Galates, épître animée d’un grand souffle de spiritualisme libéral » (COQUEREL, Transformation historique du christianisme.)
Dans cette même épître, on voit Paul critiquer l’apôtre Pierre, qui obligeait les Grecs à suivre la loi de Moïse. Pierre était donc déjà judaïsé.
Toute la théologie de Paul réside dans l’antagonisme du christianisme qu’il appelle la Foi avec le mosaïsme qu’il appelle la Loi, de la légalité formaliste extérieure avec la vie intérieure de l’esprit. C’est par l’esprit seul, par les sentiments que l’homme devient saint et juste.
Par ailleurs, Paul devient le patron des protestants, car il dit (I Thessaloniens, V 21) : « Jugez tout et tenez-vous en à ce qui est bon. » C’est la doctrine du libre examen, en opposition avec celle de l’Église de Pierre qui déclare : « Croyez ce que je vous affirme, je suis l’autorité.»
Le christianisme à demi-judaïsant de Pierre a glissé sur une pente toujours plus rapide pour devenir par degrés L’Église catholique romaine.
C’est le judaïsant Jacques, selon ce que raconte Paul (Galates, II -11) qui l’entraîna dans cette voie.
Paul déclare fortement que la nouvelle alliance remplace l’ancienne (Ep. aux Hébreux, chap. 7 et 13). Parlant d’une alliance nouvelle, il a déclaré la première ancienne ; ce qui est ancien, ce qui a vieilli est près de disparaître.
« Dès l’époque de Paul, le christianisme s’oppose de façon farouche au judaïsme » a écrit C. Toussaint (« La gnose paulinienne » dans Congrès d’histoire du christianisme).
Hellénisme et Christianisme, 1943
Cette doctrine [manichéisme], saint Augustin s’y était rattaché avec enthousiasme pendant un certain temps. Ayant changé d’opinion, il eut, avec le manichéen du nom de Fauste, une longue discussion à laquelle je vais emprunter quelques passages afin de montrer ce que les manichéens pensaient du judaïsme.
Fauste déclare à saint Augustin :
« L’Ancien Testament n’est fait que pour les juifs nés d’Abraham et circoncis ; il ne leur promet qu’un héritage matériel ; il est doublement charnel et méprisable, bien inférieur à l’Évangile qui s’adresse à tous les hommes et leur offre des biens spirituels. Les chrétiens qui se réclament de l’Ancien Testament se montrent d’autant plus inconséquents qu’ils en violent constamment les prescriptions les plus fondamentales. Ils regardent la circoncision comme une honte, les sacrifices comme une idolâtrie ; pour eux, l’observation du sabbat est aussi vaine que l’abstinence à l’égard de la viande de porc » (Cont. Faust, VI, 7 -XVI, 7).
« L’idée même d’associer l’Ancien Testament au Nouveau est vraiment étrange ; le Nouveau annule évidemment l’Ancien. On ne met pas une pièce de drap neuf sur un vieil habit. »
« D’après une comparaison de saint Paul, une femme peut se remarier si son mari est mort, mais ne saurait le faire sans crime s’il est vivant (Rom., VII, 2). Ainsi la Synagogue a pu passer au christianisme parce que son époux Adonaï n’a aucune vie » (Cont. Faust, XVI, 1).
Quand un vase est plein, on n’y doit rien verser. Or, la vérité nous a été donnée dans toute sa plénitude par le Christ. Gardons-nous donc de rien y ajouter (XVI, I). Les deux Testaments sont comme deux arbres qui plongent leurs racines dans le même sol et dont l’un adoucit toutes choses, tandis que l’autre les rend toutes amères. N’allons pas déformer l’un par l’autre » (IX, 1).
Parlant de l’annonce du Christ par les prophètes hébreux, Fauste déclare :
« Veut-on savoir comment les prophètes du judaïsme ont annoncé le Christ ? Qu’on lise les livres de leur premier maître, de Moïse lui-même. Celui-ci va jusqu’à dire que l’on doit tuer quiconque voudra détourner les juifs de leur foi ou leur faire violer un seul de ses préceptes (Deut, XII, 5). N’est-ce pas justement ce qu’a fait l’auteur de la nouvelle loi ? (XIV, 1.) »
On objecte que le Christ a dit : « Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi » (Jean, V, 46), mais le propos n’a pu être réellement tenu, car Jésus traite d’autre part ses devanciers de « voleurs » et de « larrons » (Jean, X, 8). Bien loin d’inspirer la foi chrétienne, les textes mosaïques en détournent plutôt. Ils prescrivent la circoncision et la présentent comme une institution divine (Genèse, XVII, 11), tandis que Jésus appelle ceux qui l’ont reçue « deux fois fils de l’enfer » (Matth., XXII, 15). Ils divisent les viandes en pures et impures (Deut, XIV, 3), alors que le Sauveur proscrit ces distinctions (Matth., XV, 18). Entre les deux doctrines, l’opposition est constante et absolue (Cont. Faust, XVI, 6).
« Les chrétiens disent encore que le Christ a déclaré être venu « non pour détruire la loi et les prophètes mais pour les réaliser » (Matth., V. 17). Seulement le propos ne se lit que dans l’Évangile de Matthieu, qui n’a pu être écrit par cet apôtre car il parle de lui comme d’un étranger (Matth., IX, 9). Il ne peut être invoqué par les chrétiens qui, sur beaucoup de points, détruisent l’Ancien Testament au lieu de le réaliser (Cont. Faust, XVII, 2). Et il ne peut avoir été prononcé avec le sens qu’on lui prête, par le Christ qui va lui-même très souvent à l’encontre des prescriptions légales. »
Et Fauste ajoute que s’il a été réellement tenu, il ne vise pas la loi et les prophètes du judaïsme, car la loi juive n’est pas la seule ; elle s’appuie sur une autre bien plus ancienne qui a été révélée dès les premiers temps de l’humanité, et elle la dénature en y ajoutant des préceptes honteux ou ridicules.
Fauste tient d’ailleurs tous les évangélistes pour apocryphes. II y voit l’œuvre de disciples inconnus qui, écrivant longtemps après la venue du Christ et la mort des Apôtres, ont surchargé la tradition chrétienne d’éléments judaïques et soutiennent, soit par ignorance, soit par imprudence, soit par malice, de nombreuses erreurs sans même arriver à s’accorder entre eux. Aussi en rejette-t-il de nombreux passages, notamment ceux qui relatent des propos plus ou moins favorables à la loi juive (Cont. Faust, XVII, 1). Il opère un triage analogue dans les écrits de Paul et note que celui-ci a évolué et que telle idée émise par lui dans l’Épître aux Romains se trouve rejetée dans la première aux Corinthiens.
Hellénisme et Christianisme, 1943
L’évangéliste nous montre le Christ disant aux Juifs :
« Le père dont vous êtes issus, c’est le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père (le mettre à mort). Il a été meurtrier dès le commencement et il n’a point persisté dans la vérité, parce que la vérité n’est point en lui. Toutes les fois qu’il dit des mensonges il dit ce qu’il trouve en lui-même, car il est menteur et père du mensonge » (Ioan VIII, 44).
Ainsi, pour le rédacteur du 4e Évangile, Jéhovah serait Satan. C’est ce que déclaraient les cathares.
L’évangile ésotérique de Saint-Jean, 1950
Le judaïsme a fait écarter la croyance hellénique et druidique aux existences successives de l’âme humaine.
La principale récompense réservée aux observateurs de la loi mosaïque était une longue vie terrestre ; ce n’est que quelques siècles avant le Christ que les Pharisiens admirent la survie de l’âme, mais les Sadducéens s’obstinèrent à la nier.
D’après l’Ancien Testament, la vie future implique une seule réincarnation qui sera la résurrection des corps, ce que saint Thomas confirme en déclarant que l’on ressuscitera avec ses ongles et ses cheveux. « Chacun de nous, dit l’Église, par la voix de ses Conciles, ressuscitera avec son propre corps, c’est-à-dire avec celui qui nous sert dans la vie présente et non avec un autre. » (Abbé Moreux, Que deviendrons-nous après la mort ?)
C’est le Concile de Constantinople, en 553, qui condamna les vues d’Origène et les théories gnostiques sur les réincarnations. Auparavant, parmi les Pères de l’Église chrétienne, non seulement Origène, mais Clément d’Alexandrie, saint Jérôme et Ruffinus affirmaient qu’elles étaient enseignées comme vérité traditionnelle à certains initiés.
Enfin, le judaïsme bannissait les statues religieuses, alors que les Grecs en faisaient l’une des manifestations les plus importantes de leurs traditions.
On prétend, en faveur du judaïsme, qu’il était le seul à enseigner la croyance au monothéisme, tandis que les Grecs avaient une multitude de dieux. Mais en s’appuyant sur le judaïsme, les chrétiens sont incapables d’expliquer le problème du mal, l’imperfection de la création, les tâtonnements visibles qu’elle manifeste, l’instabilité du globe terrestre, l’insécurité de la vie, les guerres de plus en plus dévastatrices, les fléaux qui déciment des contrées entières, les massacres des révolutions faisant périr des prêtres, des religieux consacrés au service de Dieu, tout cela incompatible avec le concept d’un Dieu à la fois infiniment bon et infiniment puissant.
Pour les juifs, le mal remonte au péché originel. Ils ne tiennent pas compte du mal physique dû aux phénomènes naturels : disette, tremblements de terre, éruptions volcaniques, épidémies, etc… Le. judéo-christianisme, qui a fait siennes les doctrines hébraïques, est obligé d’admettre que Dieu tout puissant utilise le mal pour faire le bien.
Hellénisme et Christianisme, 1943
Dans ses Commentaires sur les Epitres de Paul, l’abbé Alta écrit : « à l’époque de Paul, le sanhédrin de Jérusalem avait réussi à faire de Jacques et de Pierre des prêcheurs de la loi juive. Les apôtres du Christ revenaient aux prescriptions rituelles du judaïsme. À l’encontre de Pierre et des judaïsants, Paul enseignait que le Christ était venu abroger la loi mosaïque.
Pour saint Paul, le Nouveau Testament supprime et remplace l’Ancien (voir IIe aux Corinthiens, ch. III), qu’il appelle la loi de mort, mais les traducteurs latins veulent qu’il en soit la continuation et que l’Ancien Testament soit pour les chrétiens aussi sacré que l’Évangile.
Trois fois, le texte grec dit que l’œuvre de Moïse est passée, abrogée, abolie par la venue du Christ ; la traduction latine atténue, obscurcit tout cela. »
Dans l’Epître aux Philippiens (I, 2), il écrit : « Prenez garde aux circoncis ! » Lemaistre de Sacy a traduit par : « Prenez garde aux faux circoncis ! »
Dans la 1ère Epître aux Thessaloniciens (II, 15), Paul, bien que juif, appelle les juifs « les ennemis de tous les hommes ».
On lit encore dans l’Epître aux Hébreux (VIII, 13) que le Christ a aboli l’Ancien Testament.
Hellénisme et Christianisme, 1943
Un grand nombre de chrétiens, écrit Wells dans Dieu l’invisible roi, niaient absolument que Jéhovah fût Dieu ; à leurs yeux, le Christ en révolte contre Jéhovah, absolument comme Prométhée contre Jupiter, fut le libérateur de l’humanité. Cette croyance persista pendant longtemps dans toute la chrétienté ; beaucoup de sectes persécutées les professèrent, des Albigeois et des Cathares jusqu’aux pauliciens de l’Orient. C’est surtout à cause des polémiques des Cathares contre le Dieu des Hébreux que l’Église catholique se vit contrainte d’interdire aux laïcs la lecture de l’Ancien Testament.
En faisant non plus du samedi, mais du dimanche (dies dominica, jour du Seigneur et jour du Soleil) le jour particulièrement religieux, l’Église chrétienne s’éloignait du judaïsme et revenait à la grande tradition solaire. Alors que le flambeau à sept branches des juifs ne marque aucune priorité pour le soleil, le christianisme a placé l’ostensoir, figurant le soleil, entre les six luminaires (alors connus), autre rappel du rôle que joua le soleil dans la religion primitive.
Alors que chez les Gaulois, comme chez les Grecs, les prêtres portaient des robes blanches comme les Esséniens, le clergé chrétien adopta la robe noire des lévites juifs.
« Le christianisme judaïsant, a écrit Coquerel (Premières transformations du christianisme, 1866), fut une limitation, une dégénérescence de la doctrine du Maître. L’enseignement de Jésus avait été réduit aux horizons étroits du christianisme judaïque. »
Le christianisme à demi-judaïque de saint Pierre glissa sur une pente toujours plus rapide et devint par degrés l’Église catholique en accueillant les idées judaïques.
Le christianisme judaïque partit de cette idée que le Christ n’était pas venu abolir le judaïsme et commencer nouvelle vie religieuse de l’humanité. À cette altération du christianisme, s’opposa le christianisme hellénisant d’Etienne.
Jean fut le point de contact entre le christianisme et le gnosticisme ; c’est le christianisme hellénique.
« L’Évangile de Jean, a écrit le commandant Lipmann (Origines juives de la Cène chrétienne, 1923), a délibérément jeté le judaïsme par-dessus bord comme un lest encombrant. »
Rome adopta le christianisme judaïque, la hiérarchie d’Israël, son culte extérieur, sa notion du sacrifice ; elle adopta saint Pierre et son christianisme judaïsant. Le protestantisme adopta saint Paul qui combattit la religion extérieure au profit du domaine de la foi et de la conscience.
« Le 4e Évangile est conçu en dehors de l’esprit judaïque qui transparaît dans les synoptiques, et son rapport avec l’hellénisme est évident », a écrit Eliphas Lévi (Histoire de la magie).
C’est dans la 1ère Epître de Jean que l’on trouve cette expression sublime : « Dieu est amour ! » Ceux qui nous disent que le Christ est venu continuer et développer la Loi mosaïque devraient songer qu’une telle conception de Dieu est fort éloignée de celle du Jéhovah cruel et sanguinaire du judaïsme.
À la loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent », s’oppose l’enseignement du Christ : « Aimez-vous les uns les autres, aimez vos ennemis ! » Et ici encore, nous retrouvons l’idéal hellénique, l’Eros socratique et platonicien dont parlait déjà Hésiode, qui nous a transmis les plus anciens échos de la tradition primitive venue vraisemblablement de l’Atlantide.
Autran (Mithra et la préhistoire aryenne du christianisme) a écrit :
« Bien loin d’être une religion d’origine surtout hébraïque comme on continue bien à tort à l’enseigner, la religion chrétienne est l’incontestable résultat d’un prophète aryen. » (…)
De G. de Lafont (Le mazdéisme, 1897) : « Personne plus que moi n’admire les beautés du christianisme primitif, basé sur les Évangiles, et non celui que les hommes ont façonné à leurs idées et à leurs usages depuis dix-huit siècles. (…)
Il serait aisé de prouver que les théories fondamentales du christianisme, telles que la théorie du Sauveur et de l’incarnation, celles de la Trinité et des hypostases du Verbe, de la résurrection des morts, appartiennent soit au mazdéisme, au brahmanisme ou aux Alexandrins…
Certains sacrements, tels que le baptême, la confession, l’ordination, la communion, avaient également leur origine dans les religions aryennes antérieures… Son mérite (au christianisme) est d’avoir épuré les dogmes, retranché bon nombre de superstitions et d’avoir coordonné toutes ces doctrines en un tout homogène.
On peut ajouter que s’il se fut nettement séparé des doctrines sémitiques qu’il était venu combattre et qu’il eût résolument rejeté l’Ancien Testament, il est vraisemblable qu’il serait encore aujourd’hui inattaquable. »
Hellénisme et Christianisme, 1943
« L’Évangile de Jean a délibérément jeté le judaïsme par-dessus bord, comme un lest encombrant. » (Commandant Lipmann, Origine de la Cène chrétienne, 1913)
« Le 4e Évangile » écrit de son côté Albert Réville, « a définitivement émancipé la pensée chrétienne de la théologie juive (…). La manière dont l’évangéliste, au chapitre VII et dans les chapitres suivants, parle des juifs et des Pharisiens, montre clairement qu’il ne se considère pas lui-même comme appartenant au peuple juif. »
« En général, il est parlé des Juifs comme d’une classe d’hommes étrangers auxquels aucun lien ne rattacherait l’auteur de l’Évangile » dit Reuss. (La Théologie johannite)
Selon Henri Delafosse, le Christ de l’Évangile johannite rejette l’Ancien Testament ; il le repousse avec mépris. Il dira dédaigneusement aux Juifs, en parlant de la Loi de Moïse : « Votre loi. » Elle n’est donc point la sienne ? En conséquence, les références à Moïse, aux prophètes, aux patriarches que renferme le 4e Évangile seraient des interpolations tendancieuses.
L’idée de l’importance de l’Ancien Testament est écartée par cette affirmation que les Juifs n’ont jamais entendu la voix de Dieu ni vu sa face (Ioan V,37) et par cette déclaration qui a tant causé d’insomnies aux théologiens, dit Reuss : « Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands » (Ioan X, 8).
Cette phrase indique nettement que le Christ rompait avec la loi juive. Certains Pères de l’Église latine ont appliqué ces paroles aux penseurs et philosophes grecs, dits païens ; mais, ce qui prouve qu’il s’agit bien de la loi de Moïse, c’est que le Christ s’élevait, avec violence, contre les scribes et les pharisiens, qu’il accusait d’avoir voilé aux hommes la vérité.
L’évangile ésotérique de Saint-Jean, 1950
« Dès l’époque de Paul », écrit l’abbé Claude Toussaint (La Gnose paulinienne), « le christianisme s’oppose de façon farouche au judaïsme. Pour Marcion (IIe siècle) il y a antithèse absolue entre le christianisme et le judaïsme, le second altérant le premier. Saint Paul a déclaré maintes fois que Jésus-Christ nous avait délivrés de la Loi de Moïse. »
On trouve cependant au chapitre V, 17 de Matthieu la fameuse phrase sur laquelle s’appuient les judéo-chrétiens :
« Je ne suis pas venu pour détruire la Loi, mais pour l’accomplir. »
Mais est-ce bien le mot accomplir qui convient ? Ne serait-ce pas plutôt le mot parfaire ? En effet, si nous lisons la suite du chapitre, nous trouvons qu’il est dit dans la Loi : faites ceci, mais que le Christ déclare : faites cela. Les six cas qui s’y trouvent envisagés ont pour but de modifier, de compléter ou d’annuler les enseignements de la Loi concernant le serment, la vengeance, la haine des ennemis, la femme adultère, etc. Il contredit donc l’enseignement de la Loi de Moïse. C’est d’ailleurs parce que toute la doctrine du Christ est contraire à cette Loi et pour mettre fin à sa prédication que les Juifs l’ont fait mettre à mort.
L’évangile ésotérique de Saint-Jean, 1950
Avant de s’infiltrer dans le christianisme et de l’accaparer à leur profit, au point de dire que le Christ est le « plus illustre des Juifs », il y eut donc au début une lutte acharnée entre le christianisme et le judaïsme. Non contents d’avoir fait mettre à mort le Christ, les Juifs expulsaient de la synagogue et de la communauté juives les disciples du Christ. C’est ce qui est arrivé aux disciples de Paul. Il n’était pas possible, en effet, de reconnaître la grandeur du Christ et de ses enseignements sans être exclu de la synagogue. D’ailleurs, selon le verset 14 du chapitre XVII de la Genèse, Jéhovah dit : « Le mâle incirconcis sera exterminé du milieu de son peuple parce qu’il aura violé mon alliance ».
Cependant l’Église de Pierre, et bien que tout le Nouveau Testament annule l’Ancien, considère que les Ecritures chrétiennes continuent l’enseignement de Moïse et que le christianisme dérive du judaïsme.
L’évangile ésotérique de Saint-Jean, 1950
Les interpolations que l’on trouve dans l’Évangile de Ioan ont toujours pour but de rattacher le christianisme au judaïsme et de faire du Nouveau Testament le continuateur de l’Ancien, comme dans les trois Évangiles, dits synoptiques. La plus flagrante est celle du verset 22 du chapitre IV où, au milieu du discours du Christ, à la Samaritaine, on a glissé audacieusement : « Car le salut vient des Juifs » ; ce qui est en contradiction avec tout l’enseignement du Christ et avec ce qui est dit au verset 17 du chapitre I, où l’on trouve : « Car la loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. »
Au verset 49 du premier chapitre on a ajouté visiblement « tu es le roi d’Israël ».
Une autre interpolation se trouve au chapitre XII, où, entre les versets 37 et 42, qui se suivent, on a intercalé une allusion à un texte d’Ésaïe ; dans le même chapitre, les versets 14 à 16 sont une addition tendancieuse, en vue de faire réaliser, par le Christ, une autre prédiction d’un prophète hébreu.
Nous en trouvons une encore au chapitre V, verset 46, où l’on fait dire au Christ : « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car il a écrit sur moi. »
Dans son livre, Le Quatrième Évangile, Henri Delafosse cite beaucoup d’autres interpolations. Celle-ci, entre autres : au chapitre I, verset 16, le Christ appelle le Temple de Jérusalem « la maison de son Père ». Or, il ne saurait appeler ainsi le temple de Jéhovah et il aurait été en contradiction avec sa déclaration à la Samaritaine, où il lui déclare qu’un jour viendra où on n’adorera plus « ni sur cette montagne ni à Jérusalem mais en esprit et en vérité ».
Comme le dit Henri Delafosse, le Christ du 4e Évangile, qui méprise l’Ancien Testament, n’a pu le citer comme autorité et, par conséquent, les références à Moïse, aux patriarches et aux prophètes, ne peuvent émaner que d’un interpolateur.
Le récit concernant la femme adultère (chap. VIII) serait une interpolation, mais il renferme un exemple de la différence de l’enseignement du Christ, par rapport à celui de Moïse. La loi juive ordonnait, en effet, de lapider la femme adultère (la femme, dans le judaïsme, était considérée comme l’égale des animaux).
La question posée au Christ : « Que faut-il faire ? », était spécieuse ; car il allait se trouver pris dans un dilemme : ou bien condamner l’enseignement de Moïse et s’exposer aux représailles, ou bien se mettre en contradiction avec son enseignement, tout de douceur et de bonté. L’Évangile nous dit qu’alors, s’étant baissé, il écrivit sur le sol puis, s’étant relevé, il déclara : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » ; réponse habile qui tranchait la difficulté. Mais que signifie ce geste d’écrire sur le sol, qui fait penser à un acte de magie géomancique ? Car il paraît invraisemblable que le Christ ait eu besoin de recourir à semblable pratique. C’est pourquoi l’idée d’interpolation semble exacte.
Rappelons que nous avons vu une autre interpolation à la fin du chapitre XXI (versets 15 à 17), relative à la primauté de Pierre.
Le 4e Évangile doit donc être préalablement expurgé de ces interpolations, pour retrouver sa véritable figure.
L’évangile ésotérique de Saint-Jean, 1950
En disant que Dieu est Amour, Ioan ne saurait parler du Dieu des Hébreux, qui était un Dieu cruel, exigeant des massacres et des sacrifices sanglants. Contre ces pratiques, qui transformaient le Temple de Jérusalem en un abattoir, tonnaient les prophètes d’Israël qui se séparaient nettement des scribes, des pharisiens et des lévites. Le Dieu féroce des Juifs était à l’opposé du Dieu d’amour prêché par le Christ. Mais l’habileté suprême fut de persuader, par la suite, aux chrétiens, que Jéhovah, dont le Christ n’a jamais prononcé le nom, était leur Dieu. Nous voici bien loin des premiers Pères de l’Église et de l’Évangile johannite qui est hellénique.
L’évangile ésotérique de Saint-Jean, 1950
Publié par asapaudia - 25 décembre 2025

