
Photo : Le port du masque obligatoire dans les transports de Londres, 15 juin 2020 - Photo : Ben Cawthra/REX/SIPA Shutterstock40771814_000005
- Du choléra à Saint-Malo (1849) au COVID‑19, le tourisme international a systématiquement joué un rôle d’accélérateur des épidémies : la vitesse de diffusion d’un pathogène est directement corrélée à la densité et à la rapidité des flux touristiques aériens.
- L’équation tourisme mondial / transport aérien de masse / changement climatique forme le principal vecteur d’extension pandémique à l’horizon 2050 : les 3,5 milliards de voyageurs attendus, couplés à l’expansion des zones à moustiques, multiplieront les risques de spillover viral.
- Malgré des avancées normatives post-COVID (Accord pandémique OMS 2025, RSI amendé), la vigilance mondiale reste inégale : la « fatigue pandémique » et l’insuffisance des financements constituent les principales menaces pour la préparation aux prochaines crises.
Par Philippe KEROURIO1
Depuis le XIXᵉ siècle, les flux touristiques mondiaux se sont intensifiés (hausse massive du nombre de touristes) et diversifiés pour atteindre 1,52 milliard en 2025. Cette croissance spectaculaire du tourisme mondial a été largement impulsée par la croissance exponentielle du transport aérien depuis le début du XXᵉ siècle, accompagnée de gains spectaculaires en rapidité, en sécurité et en confort. Des maladies émergentes et rares peuvent se transformer en épidémies ou pandémies via le tourisme international, en raison de la rapidité des déplacements aériens, des densités touristiques et des contacts interhumains amplifiés. Ce risque épidémiologique amplifié a contribué à renforcer les dispositifs de prévention et de préparation dans le Monde, mais on observe en parallèle une forme de lassitude politique, financière et sociale qui entraîne un relâchement de la vigilance dans plusieurs domaines. Il est probable que la progression du tourisme international augmentera significativement le risque pandémique à l’horizon 2050 en raison d’une explosion des flux humains facilitant la propagation rapide des pathogènes dont la diffusion sera elle-même facilitée par le changement climatique global.
Introduction
En 1346-1353 la peste noire s’est répandue en quelques années sur l’Europe et l’Eurasie, transportée par les routes commerciales terrestres et maritimes, jusqu’aux ports méditerranéens. Son impact démographique a été considérable (les estimations varient de 75 à 200 millions de morts), mais sa progression géographique est restée beaucoup plus lente que celle d’une pandémie moderne : la diffusion d’un foyer à l’autre se faisait en semaines ou mois, pas en jours. On évalue à 0,4 à 0,6 km/jour la vitesse de propagation de yersinia pestis2 en Europe.
Au début du XXe siècle, la grippe espagnole (1918–1919) a infecté environ 500 millions de personnes sur 1–2 ans dans un monde de 1,8 milliard d’habitants, d’où une vitesse de propagation relativement « lente » en termes d’expansion géographique (100 km/jour en Afrique et 2/3 semaines/navires entre l’Amérique du Nord et l’Europe). En 2003, le SRAS est passé de Guangdong à Hong‑Kong, puis à Hong‑Kong Airport, où des passagers infectés ont pris des vols internationaux pour Singapour, Toronto, Hanoï, Bangkok, Paris, etc., en quelques jours, faisant basculer l’épidémie du niveau local au niveau mondial. Environ 8 000 cas dans le monde ont été dénombrés sur 6 mois de diffusion, avec un pic d’activité autour de juillet 2003.
Quant à la pandémie de COVID‑19 (2019-2023), elle est à l’origine d’environ 2,4 à 2,5 millions de cas recensés dans le monde en moins de 3 mois (fin 2019 – fin avril 2020) et plus de 190 pays concernés au bout de quelques semaines. Le virus s’est mondialisé en trois mois contre 15 ans pour l’épidémie de grippe de 1889. Selon les données cumulées de l’OMS et des sources officielles, on compterait plus de 765 à 780 millions de cas déclarés dans le monde depuis le début de la pandémie. L’OMS a officiellement proclamé la fin de l’« urgence de santé publique de portée internationale » liée au COVID‑19 le 5 mai 2023, après plus de trois ans de pandémie.
Les voyageurs et les touristes ont joué un rôle central dans le déclenchement international et la diffusion accélérée des pandémies de SRAS (2003) et de COVID‑19, en permettant au virus de « sauter » très vite d’un foyer à l’autre
Les réseaux de vols aériens commerciaux et de tourisme de masse permettent au virus d’atteindre des dizaines de pays en quelques semaines, ce qui explique pourquoi la COVID‑19 s’est répandue beaucoup plus vite que les grandes épidémies du passé (peste noire, grippe espagnole) qui dépendaient de navires et de caravanes lents. De nombreuses études ont montré une corrélation claire entre flux touristiques internationaux et rythme de propagation des épidémies : plus une ville est connectée par voies aériennes, plus vite elle est touchée et plus fortement elle est affectée. Les voyageurs constituent à la fois des vecteurs d’infection (exportation du virus vers de nouveaux territoires) et des victimes de la crise. Dans quelle mesure le tourisme international contribue-t-il à la diffusion des pandémies, et comment les sociétés tentent-elles d’en limiter les effets ?
1 – Le tourisme international comme facteur de diffusion des agents pathogènes
Depuis le XIXᵉ siècle, les flux touristiques mondiaux se sont intensifiés (hausse massive du nombre de touristes) et diversifiés (en origines, motivations, types de destinations et d’hébergements). On dispose de plusieurs séries chiffrées qui permettent de documenter cette évolution. Au milieu du XIXᵉ siècle, le tourisme est très restreint, limité à une élite aristocratique et bourgeoise (Grand Tour, villégiature balnéaire), avec des flux de l’ordre de quelques dizaines de milliers à quelques centaines de milliers de déplacements touristiques organisés par rapport à la population mondiale.
En 1950, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) estimait à environ 25 millions d’arrivées internationales par an dans le monde. En 2000, ce chiffre atteint 698 millions d’arrivées internationales. Avant le déclenchement de la pandémie de COVID‑19, le nombre d’arrivées internationales tournait autour de 1,4 milliard par an (chiffres de 2018). Il a retrouvé des niveaux comparables autour de 1,52 milliard d’arrivées dès 2025. Sur cette période, le nombre de touristes internationaux a augmenté d’un facteur supérieur à 50, voire 100 si l’on prend comme point de départ les premiers mouvements de « tourisme de masse » au XIXᵉ siècle.
À la croissance exponentielle des flux s’ajoute la diversification de ces mêmes flux ainsi que celle des destinations touristiques. En 1830, on comptait environ 2 410 lieux touristiques identifiés dans le monde ; au début des années 2000, ce nombre dépassait 13 500, ce qui démontrait une expansion quantitative considérable du « champ touristique mondial ». Au XIXᵉ siècle, les destinations dominantes sont majoritairement situées sur le continent européen (Grande‑Bretagne, France, Allemagne, Suisse, Italie). Au XXᵉ siècle, apparaissent les stations de sports d’hiver de masse, les clubs de vacances, les circuits organisés ; puis au XXIᵉ siècle, les destinations émergentes (Méditerranée slovène et croate, pays d’Afrique Noire et d’Amérique latine, Turquie, Dubaï, etc.) rejoignent les grands pays européens, les États‑Unis, la Chine, etc.
Du XIXᵉ siècle à aujourd’hui, les flux touristiques se sont intensifiés (passage de flux élite à flux de masse, avec un accroissement de l’ordre de grandeur de 10¹ à 10⁹ arrivées annuelles) et diversifiés (multiplication des destinations, des types de séjours, des motifs de déplacement et des émetteurs touristiques).
2 – Le rôle majeur de la croissance du transport aérien
La croissance spectaculaire du tourisme mondial a été largement impulsée par la croissance exponentielle du transport aérien depuis le début du XXᵉ siècle, accompagnée de gains spectaculaires en rapidité, en sécurité et en confort. Vers 1910–1920, l’aviation civile est embryonnaire : vols postaux, quelques dizaines de passagers par an sur des lignes expérimentales, vitesses de l’ordre de 100–150 km/h. Après 1945, l’aviation commerciale se structure : dans les années 1950, on transporte quelques millions de passagers par an, puis quelques dizaines de millions dans les années 1960 avec l’avion à réaction. L’entrée en service du Boeing 747 à la fin des années 1960 marque le début du transport de masse : la croissance additionnelle du trafic autour de l’an 2000 est décrite comme équivalente à toute la croissance cumulée jusqu’en 1970, ce qui illustre la pente exponentielle.
Au début des années 2000, le trafic aérien mondial dépasse 2 milliards de passagers par an, il atteint 4 milliards avant la crise du COVID‑19, avec des taux de croissance moyens de 4–6 % par an hors crises (chocs pétroliers, 11 septembre, pandémie)
En 2024–2025, le trafic passager retrouve et dépasse les niveaux pré‑COVID. L’association internationale du transport aérien et les organismes de navigation prévoient encore une croissance annuelle de l’ordre de 3–8 % selon les régions, avec environ 11 à 12 millions de vols par an rien qu’en Europe.
Les progrès ont été aussi manifestes et spectaculaires en termes de rapidité des voyages aériens. En 1903, l’aéroplane des frères Wright autorisait un vol motorisé de moins d’une minute, quelques dizaines de km/h sur quelques centaines de mètres. Dans les années 1920-1930, les premiers avions commerciaux atteignent 200–300 km/h et relient les grandes villes sur quelques milliers de kilomètres, mais les traversées transcontinentales demandent encore plus d’une journée. Dans les années 1950–1960, l’aviation à réaction (Comet, Boeing 707, Caravelle) permet des vitesses de l’ordre de 800–900 km/h et des liaisons intercontinentales en 8–12 heures. À partir des années 1970–2000, on assiste à la mise en service de gros porteurs (Boeing 747, puis familles Airbus et Boeing modernes) avec des vitesses de croisière stabilisées autour de 850–930 km/h, standard actuel du long‑courrier.
Les débuts de l’aviation commerciale (années 1920–1950) étaient marqués par des taux d’accidents élevés (en nombre d’accidents par million de vols) en raison de la fiabilité limitée des moteurs, de la navigation, de la météo et des infrastructures. Avec la généralisation du radar, de la navigation aux instruments et des contrôles techniques, les taux d’accidents ont été divisés par plusieurs ordres de grandeur entre 1950 et 2000. Au début des années 2020, la sécurité atteint un niveau historiquement très élevé avec des taux de l’ordre de 1,8–2 accidents par million de vols, parfois moins, alors même que le volume de trafic atteint des milliards de passagers‑kilomètres. Les systèmes embarqués (TCAS anti-collision, redondance des systèmes, certification stricte) et l’évolution du contrôle du trafic en Europe et dans le monde ont contribué à ce niveau de sécurité : l’avion est aujourd’hui l’un des modes de transport les plus sûrs par kilomètre parcouru.
Entre 1900 et 2025, le transport aérien est passé de quelques vols expérimentaux à plus de 4 milliards de passagers par an et des dizaines de millions de vols, avec des vitesses multipliées par dix, des taux d’accidents divisés par plusieurs centaines et un niveau de confort sans commune mesure avec celui des pionniers de l’aviation.
3 – Les mobilités humaines et la vulnérabilité sanitaire globale
Des maladies émergentes et rares peuvent absolument se transformer en épidémies ou pandémies via le tourisme international, en raison de la rapidité des déplacements aériens, des densités touristiques et des contacts interhumains amplifiés. Ce phénomène est bien documenté en épidémiologie, où les voyageurs asymptomatiques ou présymptomatiques agissent comme vecteurs, introduisant des pathogènes dans des zones naïves. Ainsi, les arboviroses (Dengue, Chikungunya, Zika) se propagent, car les touristes asymptomatiques (période virémique3) sont piqués en zone endémique, puis rentrent ; un moustique local infecté suffit pour créer un foyer épidémique.
Les flux touristiques concentrent les risques sur des hubs (aéroports, resorts, croisières) et facilitent une diffusion hiérarchique : un cas index émerge dans une zone endémique. Il est exporté via un vol long-courrier, puis il se propage localement si les conditions (immunité faible, vecteurs présents) sont réunies. Les touristes, souvent en groupe et en contact avec des populations locales, multiplient les opportunités de transmission, transformant une maladie rare en foyer épidémique. 1/1 000 voyageurs rapporte une maladie tropicale importée (ECDC) et le tourisme est à l’origine de 25 % des introductions de maladies vectorielles en Europe.
Le rôle des voyages dans la propagation de pandémies est connu depuis longtemps et les exemples historiques sont particulièrement nombreux. Plusieurs événements pandémiques antérieurs à la pandémie de SRAS (2003) montrent comment le tourisme ou les déplacements de villégiature ont favorisé la propagation de maladies infectieuses, bien avant l’ère des vols de masse.
Choléra à Saint-Malo (1849)
Le choléra est une infection intestinale aiguë causée par la bactérie Vibrio cholerae. La toxine cholérique est responsable des symptômes graves, en se fixant sur l’intestin et en provoquant une sécrétion massive d’eau. Au pic de la saison estivale, le 12 août 1849, le choléra frappe une foule de baigneurs à Saint-Malo, en Bretagne, lors d’une épidémie européenne venue d’Inde via les ports méditerranéens. La station balnéaire, prisée par l’élite parisienne, voit la maladie se répandre rapidement parmi les touristes entassés sur les plages et dans les hôtels, contaminant l’ensemble de la ville et forçant les familles aisées à fuir précipitamment. Ce cas illustre comment les villégiatures côtières du XIXe siècle, avec leurs concentrations saisonnières, ont accéléré les épidémies locales de choléra, alimentées par une hygiène défaillante des eaux de baignade et des rejets urbains.
Choléra en Angleterre (1849)
La même vague cholérique atteint les stations balnéaires anglaises, comme Torquay, Ilfracombe et Exmouth en 1849. À Torquay, des touristes venus de Londres importent le Vibrio cholerae via les bateaux à vapeur, contaminant les foules sur les promenades et plages ; les rapports officiels, tel celui de Thomas Rammell, pointent l’hygiène déplorable (eaux usées dans les puits) et notent une centaine de décès parmi les estivants. Les autorités locales pétitionnent pour des quarantaines, confirmant le rôle des déplacements touristiques dans l’amplification locale d’une pandémie asiatique.
Grippe espagnole (1918)
La grippe espagnole fut causée par une souche virulente du virus influenza A (H1N1). Ses origines remontent probablement à un réassortiment génétique entre une souche humaine (H1, issue de grippes saisonnières de 1900-1917) et des gènes aviaires (N1). La maladie se manifestait initialement comme une grippe classique (fièvre, toux, maux de tête), mais évoluait souvent vers une pneumonie hémorragique grave chez les jeunes adultes (20-40 ans), causant cyanose, hémorragies et mortalité massive. Bien que le tourisme moderne soit naissant, les déplacements de loisir et militaires (équivalents aux flux touristiques actuels) propagent la grippe H1N1 : des soldats et civils voyageant en train et bateau depuis les États-Unis vers l’Europe diffusent le virus aux ports comme Brest, touchant un tiers de la population mondiale en quelques mois (50 millions de morts). Les premiers foyers touristiques émergent dans les villes balnéaires atlantiques bondées d’estivants avant la vague automnale.
Les voyages ont joué un rôle central dans la propagation fulgurante de la grippe espagnole de 1918, en reliant des foyers initiaux aux continents via les transports militaires et civils de la Première Guerre mondiale. Le virus H1N1 émerge probablement en mars 1918 parmi des soldats dans des camps surpeuplés comme Camp Funston, avant de se diffuser via les renforts américains vers l’Europe. Les 10 millions de soldats transportés par bateaux transatlantiques (ex. : 200 000 par mois en été) créent des foyers confinés : un navire arrive au Havre le 17 octobre avec 74 malades sur 78 passagers.
Des ports comme Brest, Freetown (Sierra Leone) et Mombasa deviennent des hubs : en Afrique, 150 000 soldats africains et 1,4 million d’ouvriers rapatriés véhiculent la souche mortelle de la deuxième vague (août 1918), se propageant à 100 km/jour par trains et voies ferrées.
En Europe, les tranchées alliées (tirailleurs sénégalais, ouvriers indochinois) et les lignes de front accélèrent la contagion malgré la malnutrition
De l’Europe coloniale, des marins grippés diffusent le virus vers l’Afrique subsaharienne, l’Inde, l’Amérique latine et l’Océanie via ports et routes commerciales ; l’Australie seule applique une quarantaine stricte, limitant l’impact. La guerre masque l’ampleur de la catastrophe sanitaire (censure), permettant au virus d’atteindre 500 millions de personnes en 15 mois. En France, 400 000 morts ; aux États-Unis, 675 000 ; et 50 millions de décès à l’échelle planétaire. Les autorités françaises aménagent des trains spéciaux pour isoler militaires et civils, mais les échanges continus prolongent les vagues épidémiques jusqu’en 1919.
Grippe de Hong Kong à Davos (1969)
La grippe de Hong Kong fut causée par une souche du virus de la grippe A (H3N2), issue d’un réassortiment génétique avec le virus H2N2 de la grippe asiatique précédente. En décembre 1969, une poussée de grippe de Hong Kong explose à Davos, station suisse de ski, au sein d’un groupe de touristes américains arrivés de Los Angeles. Le Journal de Genève rapporte que ces voyageurs, logés dans les hôtels alpins, propagent le virus H3N2 à la population locale et aux autres vacanciers européens, contribuant à l’épidémie hivernale massive en France (12 millions de malades, 31 000 morts). Ce cas précoce met en lumière les risques des voyages groupés en avion vers des destinations touristiques hivernales.
Le SRAS (2002-2003) : de zoonose rare à pandémie mondiale
Pour la période sub-contemporaine, un exemple démonstratif est fourni par le SRAS (2002-2003) qui de zoonose rare devient une pandémie mondiale. À l’origine le SRAS est une maladie émergente rare (un coronavirus issu de civettes et détecté fin 2002 au Guangdong, Chine). Le SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère, ou SARS en anglais) est une pneumopathie aiguë grave causée par le coronavirus SARS-CoV-1, un bêta-coronavirus à ARN de la famille Coronaviridae. Dans sa phase prodromique4 (J1-3), il se caractérise par une fièvre >38°C (100 % des cas), des myalgies (50 %), des diarrhées (20-30 %) et des céphalées. Dans sa phase pulmonaire, il induit une toux sèche et des infiltrats pulmonaires bilatéraux alvéolo-interstitiels. La forme grave de cette pathologie (20-30 %) provoque un syndrome aigu de détresse respiratoire, un choc septique et une insuffisance multiviscérale dont les effets peuvent être létaux.
Le SRAS devient une pandémie via un super-propagateur5 : le 21 février 2003, un médecin infecté séjourne à l’hôtel Métropole de Hong Kong, un hub touristique. Il contamine 16 personnes, dont des voyageurs vers le Vietnam (épidémie hospitalière à Hanoï), Singapour, Toronto et l’Irlande. Cette contamination en chaîne générera 8 098 cas, 774 décès dans 29 pays en 8 mois, avec une R0 initiale de 2,2-36 amplifiée par les vols (ex. : Toronto voit 250 cas importés puis locaux).
Des erreurs initiales dans la gestion du SRAS (2002-2003) ont principalement été commises par les autorités chinoises et ont significativement prolongé l’épidémie en permettant sa propagation internationale. Les autorités chinoises ont sous-estimé et caché l’ampleur de l’épidémie dès novembre 2002 dans le Guangdong. Malgré des centaines de cas locaux signalés fin 2002, aucune alerte n’a été donnée jusqu’à février 2003, et les informations ont été minimisées pour des raisons politiques. Un médecin ayant tenté d’alerter a été censuré, tandis que les hôpitaux étaient submergés sans coordination nationale. Du fait de la censure locale chinoise, aucune mesure préventive n’avait été prise aux frontières et aux aéroports, ce qui a grandement facilité la propagation du virus depuis l’hôtel Métropole de Hong Kong vers le Vietnam, Singapour, le Canada et l’Irlande.
L’OMS ne fut officiellement alertée qu’en février 2003 par des hôpitaux de Hong Kong et Hanoï, malgré des signaux d’alerte survenus dès décembre. De ce fait, l’absence de quarantaine systématique et de traçage des contacts en phase initiale a favorisé des clusters hospitaliers (ex. : hôpital de Hanoï, où 25 soignants sur 26 sont infectés). Ces dysfonctionnements ont transformé un foyer régional en crise globale touchant 30 pays et causant 774 décès, avant que l’isolement et la surveillance n’arrêtent la transmission en juillet 2003.
À Hong Kong, l’épidémie a culminé avec la mise en quarantaine de l’immeuble Amoy Gardens (lot E) dès le 31 mars 2003, où plus de 200 cas ont été recensés ; les résidents ont été évacués vers des camps comme Lei Yue Mun pour une isolation stricte de dix jours. Au Vietnam, un hôpital entier à Hanoï a été confiné fin février 2003, brisant les chaînes de transmission et permettant au pays d’être déclaré indemne par l’OMS le 5 mai. À Toronto, plus de 15 000 personnes exposées (contacts des cas) ont été placées en quarantaine volontaire à domicile, complétée par des mesures obligatoires sous la loi canadienne sur la quarantaine.
Chikungunya en Italie (2007) et dengue en France (2010)
L’apparition du Chikungunya en 2007 en Italie résulte aussi d’une importation touristique à l’origine du déclenchement d’une épidémie locale. En juillet 2007, un homme rentrant d’Inde (zone endémique) via un séjour touristique introduit le chikungunya à Ravenne en Italie du Nord. Le virus, rare en Europe, se transmet localement via Aedes albopictus (le « moustique-tigre »), une espèce particulièrement invasive et présente dans les zones touristiques italiennes. 250 cas ont été confirmés dans un rayon de 750 m autour du domicile du patient zéro. C’est la première épidémie autochtone en Europe et la proximité de villages-resorts (tourisme balnéaire) a favorisé la dissémination.
Le chikungunya est causé par un arbovirus7 de la famille des Togaviridae, genre Alphavirus, identifié en 1952 en Tanzanie. Il circule dans un cycle sylvatique impliquant des primates et d’autres vertébrés comme réservoirs, avant de se propager à l’homme via les moustiques vecteurs. Les effets incluent une fièvre brutale, des arthralgies sévères (souvent persistantes), des myalgies, des maux de tête, une fatigue et des éruptions cutanées. Chez certains, les douleurs articulaires deviennent chroniques, justifiant le nom swahili « celui qui marche courbé ». Le chikungunya est non contagieux par contact direct, éternuement ou autres voies humaines ; la transmission se fait exclusivement par piqûre de moustique femelle infecté. Rarement, transmission mère-enfant pendant l’accouchement si virémie maternelle.
En 2010, deux cas autochtones de dengue sont attestés à Nice au lendemain d’un retour de voyages touristiques en Asie du Sud-Est. Un touriste infecté a transmis le virus à des moustiques locaux, causant une mini-épidémie de 6 cas. Le littoral touristique (piscines, hôtels) offre des habitats idéaux pour les insectes vecteurs ; depuis, la survenue de foyers récurrents (2015, 66 cas) a démontré comment le virus « ensemence » des zones tempérées. En 2023, 9 foyers autochtones ont été identifiés (45 cas) en métropole à la suite de cas importés des Antilles (Martinique/Guadeloupe en épidémie). Le moustique tigre, présent sur le littoral touristique (PACA, Corse), transmet localement (65 cas en 2022 en Occitanie et PACA).
La dengue est une arbovirose tropicale aiguë causée par un virus à ARN simple brin de la famille des Flaviviridae, genre Flavivirus, existant sous quatre sérotypes antigéniquement distincts (DENV8-1, DENV-2, DENV-3, DENV-4). La transmission s’effectue par des moustiques Aedes diurnes (Aedes aegypti et Aedes albopictus, ce dernier étant commun en Europe). La transmission humaine est rare, mais attestée (transfusion, greffe, materno-fœtale, sexuelle via le sperme). 80 % des patients développent des formes asymptomatiques. Les formes symptomatiques (dengue classique, 20-25 %) débutent par une phase fébrile (2-7 jours) — fièvre >40°C brutale, douleurs rétro-orbitaires/céphalées frontales, myalgies/arthralgies, flush facial, rash maculopapuleux (le rash « dengue » touche 25-50 % des patients) — et peuvent évoluer ensuite en une phase critique : plasma leakage (fuite plasmatique), saignements, thrombopénie, hépatomégalie. Il existe un vaccin contre la dengue (Qdenga et Dengvaxia), mais son usage est ciblé selon le lieu, l’âge et le risque d’exposition. La dengue étant virale, aucun médicament ne cible directement le virus DENV ; la prise en charge est exclusivement symptomatique et de support (repos strict, paracétamol, hydratation orale, antiémétiques en cas de nausées).
Zika et la Coupe du monde (2014-2015)
Le Zika, virus émergent rare (découvert 1947 et sporadique en Afrique et en Asie), explose en 2015 au Brésil après la Coupe du monde de football de 2014, qui a suscité un afflux touristique massif. Les 1,5 million de visiteurs importent/exportent le virus ; ce dernier atteint 84 pays, avec 500 000 cas aux Amériques. Le virus Zika est un Flavivirus (famille Flaviviridae), à ARN simple brin positif, sphérique (50 nm), proche des virus de la dengue, fièvre jaune et chikungunya. Découvert en 1947 chez un singe rhesus en forêt Zika (Ouganda), il provoque une infection généralement bénigne (80 % des cas sont asymptomatiques), mais le virus s’avère redoutable en grossesse et induit des complications majeures telle la microcéphalie fœtale se traduisant par des calcifications intracérébrales, une ventriculomégalie et une hypoplasie du cervelet. Le tourisme balnéaire, mais aussi sexuel, accélère la transmission vectorielle (Aedes). L’OMS déclare urgence mondiale en février 2016.
Tourisme sexuel et diffusion des MST
Le développement du tourisme sexuel accélère la diffusion des maladies sexuellement transmissibles (MST) via des contacts à haut risque multipliés par les flux internationaux. Les touristes, souvent originaires de pays industrialisés, introduisent ou exportent des pathogènes comme le VIH, la syphilis, la gonorrhée ou le VPH lors de rapports non protégés avec des prostitué(e)s locales. En Asie du Sud-Est (Thaïlande, Philippines, Cambodge), le tourisme pédophile a exacerbé l’épidémie de sida dès les années 1980, avec des taux de séropositivité de 50-90 % chez les enfants libérés des maisons closes. Les voyages répétés créent des chaînes de transmission bidirectionnelles : des résistances antibiotiques (ex. gonorrhée multirésistante) sont importées dans les pays d’origine.
Dès 2001, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a reconnu le tourisme sexuel comme vecteur majeur de VIH, avec une explosion des cas liée à la massification des voyages low-cost. Globalement, on dénombre plus de 376 millions de nouvelles ITS par an (OMS), dont une part croissante liée aux voyages (hausse de 25 % des traitements estivaux en Europe). Le tourisme sexuel en Thaïlande, particulièrement intense à Pattaya, Phuket et Bangkok, a historiquement amplifié l’épidémie de VIH dès les années 1980-1990, via des contacts non protégés avec des travailleuses du sexe. Dans les années 1990, la prostitution (1 million de personnes impliquées, 10 % liée au tourisme occidental et japonais) a généré 200 000-300 000 séropositifs initiaux, doublant annuellement. En 2023, 580 000 personnes vivaient en Thaïlande avec le VIH (prévalence 1,1 % adulte 15-49 ans) ; chez les travailleurs du sexe : le taux de prévalence au VIH atteignait 4,2 %. En 2025, on dénombrait 13 357 nouveaux cas VIH (dont 35 % chez 15-24 ans, 96,4 % via rapports sexuels non protégés).
4 – La reconfiguration des systèmes de santé et des systèmes touristiques face au risque pandémique
La pandémie de COVID‑19 a incontestablement renforcé certains dispositifs de prévention et de préparation, mais on observe en parallèle une forme de lassitude politique, financière et sociale qui entraîne un relâchement de la vigilance dans plusieurs domaines.
Des avancées normatives majeures sont en cours ou déjà actées : les États gèrent le risque épidémique lié à l’explosion touristique via une combinaison de surveillance renforcée, de régulations aux frontières et de protocoles sanitaires intégrés aux politiques touristiques, avec une accélération consécutive à la pandémie de COVID‑19 pour concilier attractivité économique et sécurité. L’OMS a adopté en mai 2025 l’Accord pandémique, premier instrument mondial pour prévenir, préparer et répondre aux pandémies, fruit de trois ans de négociations post-COVID. Par ailleurs, des amendements du Règlement sanitaire international (RSI) sont entrés en vigueur en 2025 pour renforcer les capacités nationales de surveillance, d’alerte et de réponse.
Depuis l’épisode COVID, la prévention des épidémies s’est globalement et notablement améliorée grâce à des accords internationaux, des financements accrus et des renforcements des capacités de surveillance. Ces avancées incluent des outils comme l’intelligence artificielle pour la détection rapide et une production locale de vaccins plus équitable. Par ailleurs, l’amélioration des capacités techniques a permis une extension rapide des capacités de séquençage génomique, un usage accru de l’intelligence artificielle pour la détection précoce des signaux épidémiques et des outils de surveillance syndromique et de partage de données plus structurés qu’avant 2020. Plus de 110 pays bénéficient désormais d’un Hub OMS pour l’intelligence épidémique utilisant l’IA et de réseaux de séquençage génomique renforcés. 121 pays ont créé des agences nationales de santé publique ; 20 ont achevé des évaluations externes conjointes, et 195 États ont soumis des rapports annuels RSI.
L’OMS a synthétisé les leçons de la COVID‑19 pour la préparation aux futures pandémies respiratoires, en insistant sur quatre messages : la préparation « ça marche », la santé est l’affaire de tous, personne n’est en sécurité tant que tout le monde ne l’est pas, et la réponse doit être agile et adaptable.
Ces plateformes de financement et ces instruments juridiques peuvent, s’ils sont pleinement mis en œuvre, encourager des plans nationaux intégrés de préparation incluant financement d’urgence, surveillance, chaînes d’approvisionnement (vaccins, traitements, diagnostics) et objectifs d’équité sanitaire. Bien que sur le plan des outils (financement, normes, technologies, cadres stratégiques) la prévention et la lutte contre les pandémies soient globalement plus structurées qu’avant 2020, le rapport du Global Preparedness Monitoring Board (GPMB) 2020 (« Un monde en désordre ») soulignait déjà, avant même la COVID‑19, la baisse de priorité accordée à la prévention des pandémies, ce qui a contribué à la sous‑préparation révélée par la crise. La Banque mondiale a aussi rappelé que la COVID‑19 a mis en évidence une « incapacité collective » à prendre au sérieux la prévention, la préparation et la réponse aux pandémies et à leur donner la priorité nécessaire, malgré les alertes répétées depuis Ebola 2014‑2015.
Les évaluations stratégiques récentes de la réponse à la COVID‑19 concluent que, malgré des progrès, les leçons ne sont pas pleinement traduites en réformes systémiques : les financements restent insuffisants et volatils, les capacités sont très inégalement réparties selon les pays et la coopération internationale est fragilisée par des tensions géopolitiques. Enfin, on observe aussi une « fatigue pandémique » dans l’opinion publique, qui peut se traduire par une moindre acceptabilité des mesures non pharmaceutiques (masque, restriction des mobilités) et par une polarisation autour des vaccins, ce que plusieurs revues de littérature en santé mondiale signalent comme un risque pour la prochaine crise.
Surveillance et alertes préventives
Les autorités nationales (exemple : Santé publique France, ECDC en Europe) déploient des systèmes de veille épidémiologique sur les hubs touristiques : thermoscan aux aéroports. Ces caméras thermiques mesurent la chaleur corporelle à distance, scannant des dizaines de passagers par minute sans contact invasif et déclenchant une alarme si un seuil est dépassé. Bien que rapides et sans contact, les thermoscans détectent moins de 20 % des infectés asymptomatiques ou post-fébriles. Aujourd’hui, en 2026, leur usage est réduit avec la levée des restrictions liées à la pandémie de COVID‑19, mais il est maintenu pour la surveillance générale des épidémies dans de nombreux pays.
Des formulaires de localisation des voyageurs (Passenger Locator Form) avaient été utilisés dans l’UE durant la pandémie de COVID‑19 pour tracer les voyageurs entrants. Considéré comme utile pour identifier les provenances et imposer quarantaines ou tests, il souffrait d’un contrôle insuffisant et n’était pas uniformément appliqué dans l’UE. Introduit en 2020, il a été progressivement abandonné en 2022. Les applications de traçage sont des outils numériques mobiles déployés durant la pandémie de COVID‑19 pour détecter et alerter les contacts potentiels d’une personne infectée, ce qui permet de briser les chaînes de transmission virale. Elles utilisaient la technologie Bluetooth pour enregistrer anonymement les proximités entre smartphones, sans géolocalisation ni serveur central, dans les modèles décentralisés comme StopCovid/TousAntiCovid en France, et elles ont montré une relative efficacité.
L’OMS coordonne via le Règlement sanitaire international (RSI 2005), un traité contraignant adopté en 2005 et récemment révisé, liant 196 États pour coordonner les réponses aux menaces sanitaires mondiales. Il définit des obligations comme la notification rapide d’événements de santé publique d’importance internationale (USPPI) et impose le développement de capacités nationales en surveillance et en réponse. Ainsi, le RSI impose des alertes en moins de 24 heures pour tout foyer potentiel dans une destination à fort trafic (plus de 10 millions de visiteurs/an). En cas de crise, le RSI mandate l’OMS pour évaluer les risques, recommander des mesures (tests, quarantaines et vaccins) et coordonner l’assistance technique.
Régulations aux points d’entrée touristiques
Les réglementations aux points d’entrée touristiques (aéroports, ports) pour anticiper un épisode pandémique en 2025 s’appuient principalement sur le Règlement Sanitaire International (RSI) de 2005, amendé en 2024 et entré en vigueur en septembre 2025, ainsi que sur des initiatives européennes comme l’EES et ETIAS. Le RSI impose à tous les États parties, dont la France, de développer des capacités minimales de surveillance et de réponse dans les ports et aéroports internationaux pour détecter et limiter la propagation des risques sanitaires sans entraver les voyages.
Ces capacités incluent un dispositif d’alerte permanent, un programme de lutte antivectorielle (ex. : moustiques), et un plan d’intervention pour la prise en charge des voyageurs malades ou suspects, avec possibilité de dérouter les moyens de transport vers des points d’entrée désignés. Les amendements de 2024, effectifs en 2025, introduisent un niveau d’alerte « urgence due à une pandémie », des autorités nationales RSI pour coordination, et des mesures comme le screening10 à la sortie/entrée, la quarantaine et le traçage des contacts aux points d’entrée.
Les obligations aux points d’entrée touristiques sont diverses : surveillance continue et alerte des autorités sanitaires en cas d’événement suspect ; service médical sur site ou par convention dans les points désignés (exemple : principaux aéroports français comme Roissy-CDG) ; isolation/quarantaine pour voyageurs suspects ; exercices de simulation pour USPPI ; information des voyageurs sur les mesures OMS ; maintien des appareils exempts d’infection/vecteurs, application de désinsectisation si nécessaire. L’UE a déployé en 2025 l’Entry/Exit System (EES) pour l’enregistrement biométrique (visages, empreintes) aux frontières externes, facilitant le suivi des overstays9 et intégrable à des screenings sanitaires, suivi d’ETIAS pour autorisation préalable.
Gestion de crise multi-niveaux
En 2025, la gestion des crises sanitaires multi-niveaux repose sur une coordination pyramidale allant du local au global, intégrant RSI amendé (OMS), mécanismes européens et nationaux français, pour une réponse graduée et coordonnée aux pandémies potentielles aux points d’entrée touristiques.
Au niveau international, le RSI 2005, amendé en 2024 et effectif depuis septembre 2025, définit un nouveau seuil « urgence due à une pandémie » au-delà des USPPI, avec autorités nationales RSI pour alerter l’OMS en 24 h, partage de données et accès équitable aux produits médicaux ; des exercices globaux annuels testent les points focaux (aéroports/ports). Au niveau européen, le Comité de Sécurité Sanitaire (CSS) coordonne 27 États via échanges d’infos en temps réel, achats communs (vaccins/tests) et plans transfrontaliers ; l’ECDC publie en 2025 des recommandations pour simulations conjointes et gestion hospitalière, intégrant l’EES pour traçage biométrique lié à la santé. Au niveau national français, le Centre de Crises Sanitaires (CCS) active 4 postures évolutives : CORRUSS standard11 (niveau 1, veille 24/7), renforcé (niveau 2, DGS), Task-Force (niveau 3, ministre), ou CCS plein (niveau 4, crise majeure).
Investissements infrastructurels
La ventilation HEPA12 est installée dans les avions et les hôtels. En 2025, la ventilation HEPA est standardisée mondialement dans les avions commerciaux et de plus en plus adoptée dans les hôtels haut de gamme pour réduire les risques de transmission aérienne. Tous les appareils modernes (Boeing 787, Airbus A350, etc.) intègrent des filtres HEPA H13/H14 dans leurs systèmes HVAC, recyclant 50 % de l’air cabine toutes les 2-4 minutes (20-30 ACH équivalents) tout en apportant 50 % d’air frais extérieur ; son efficacité est évaluée à 99,97 % contre les virus et les bactéries (0,3 µm), limitant la propagation au-delà de 1-2 sièges adjacents. Cette ventilation associe des filtres à air haute efficacité particulaire à des systèmes de circulation d’air pour capter les particules microscopiques, comme la poussière, les pollens, les bactéries ou les virus. Les filtres HEPA diffèrent de la ventilation classique qui renouvelle l’air extérieur pour diluer les gaz (CO2, COV), mais peut importer des polluants extérieurs. La ventilation HEPA n’est pas obligatoire dans les hôtels, mais elle est en forte croissance (10-20 % des hôtels 4-5* en Europe/Asie). L’accent est aussi mis sur la formation des guides.
Conclusion
Les recherches historiques récentes (SRAS, COVID‑19) insistent aussi sur le fait que le tourisme est devenu lui‑même un « vecteur suspect ». L’équation associant développement du tourisme international / accélération des transports aériens rapides / changement climatique global, restera probablement la forme principale d’extension des pandémies dans un avenir prévisible (2040-2050).
La prévention et la lutte contre les pandémies ont été renforcées dans leur architecture globale et leurs instruments, mais la vigilance n’est ni homogène ni garantie : elle dépendra, dans les prochaines années, de la capacité des États et des organisations internationales à maintenir ces sujets en haut de l’agenda politique et financier malgré la fatigue post‑COVID.
Il est probable que la progression du tourisme international augmentera significativement le risque pandémique à l’horizon 2050 en raison d’une explosion des flux humains facilitant la propagation rapide des pathogènes. Le nombre de voyages internationaux devrait passer de 1,6 milliard en 2025 à 3,5 milliards en 2050, soit plus du double, porté par l’essor des classes moyennes en Asie (Chine et Inde en tête avec 415 et 365 millions de voyages annuels). Les dépenses touristiques tripleront à 6 000 milliards de dollars, avec une croissance annuelle de 3,5 % malgré un ralentissement économique mondial sous 3 %. Ces flux massifs accéléreront les chaînes de transmission comme pour le Covid-19 (R0 initial 2,2-3 amplifié par les vols), reliant zones endémiques aux populations sensibles. L’urbanisation et la densification aérienne (70 % de la population mondiale voyageuse vs 50 % aujourd’hui) multiplieront les superspreading events13 transfrontaliers, comme observé avec les 8 098 cas en 29 pays en 8 mois. Des rapports comme ceux de l’ONU Tourisme soulignent que cette hypermobilité, sans contre-mesures (vaccins rapides, surveillance IA), élèvera le risque de pandémies zoonotiques ou résistantes (ex. gonorrhée multirésistante via tourisme sexuel).
Le changement climatique global renforcera cette vulnérabilité pandémique liée au tourisme international d’ici 2050 en augmentant les contacts humains-agents pathogènes émergents via l’expansion des vecteurs et des zoonoses. Ainsi, le réchauffement (+1,5-4°C projeté) étend l’aire des moustiques (dengue, malaria, Zika) vers le nord, croisant les 3,5 milliards de touristes annuels attendus, favorisant des importations en Europe et en Amérique du Nord. La déforestation et les événements extrêmes (inondations, sécheresses) rapprocheront humains et réservoirs animaux, multipliant les spillover viraux14 (×4 000 inter-espèces d’ici 2070) amplifiés par les vols long-courriers.
Pour en savoir plus :
- BERREBI A., 2021. — Les grandes épidémies et pandémies de l’histoire — de la peste au covid-19, Paris, Éditions Altess / Éditions de la Martinière, 350 p.
- BOURDELAIS P., 2003. — Les épidémies terrassées. Une histoire de pays riches, Paris, La Martinière, 246 p.
- DELUMEAU J. & LEQUIN Y., 2020. — Histoire des fléaux et des calamités en France, Paris, Larousse (collection « Histoire de France »), 300 p.
- EVANO Y.M. & VINCENT J., 2021. — Tourisme et crises sanitaires mondiales dans l’Histoire : véritablement un impensé ? Mondes du Tourisme, vol. 20, p. 1-22.
- LACHENAL G. & THOMAS G., 2023. — Atlas historique des épidémies, Paris, Éditions Autrement, 96 p.
Notes :
- Professeur de Géographie du Tourisme.
- Yersinia pestis est une bactérie en forme de coccobacille, non mobile et sans spores, responsable de la peste, une zoonose historique ayant causé des pandémies comme la Peste noire (XIVe siècle). Elle est transmise principalement par les piqûres de puces (Xenopsylla cheopis) infectées chez les rongeurs, ou par voie respiratoire (peste pulmonaire).
- La période virémique est l’intervalle de temps pendant lequel un virus est présent en quantité détectable dans le sang d’un hôte, et peut donc se diffuser dans l’organisme ou être transmis à un vecteur (moustique, seringue, transfusion, etc.).
- La phase prodromique est la période initiale précédant les symptômes caractéristiques d’une maladie infectieuse.
- On parle de « super-propagateur » quand le nombre de personnes contaminées par un individu dépasse largement le nombre de reproduction de base, c’est-à-dire le nombre moyen de cas secondaires causés par une personne infectée typique. Ainsi pour le SRAS (2003), on a pris comme seuil indicatif un individu infectant au moins 8 autres personnes pour parler de « super-propagateur ».
- « R0 initiale de 2,2-3 » signifie le nombre moyen de personnes qu’une seule personne infectée et contagieuse va contaminer, dans une population entièrement sensible (sans immunité préalable).
- Les arbovirus (arthropod-borne viruses) sont des virus transmis par des arthropodes hématophages comme les moustiques, tiques ou phlébotomes.
- Le virus DENV (Dengue Virus).
- L’overstay désigne le dépassement de la durée de séjour autorisée dans l’espace Schengen (généralement 90 jours sur 180 pour les séjours sans visa).
- Le screening sanitaire aux points d’entrée touristiques désigne les contrôles de santé systématiques ou ciblés pour détecter les risques infectieux (fièvre, symptômes respiratoires, etc.) et prévenir la propagation pandémique, conformément au RSI amendé en 2025.
- CORRUSS est le Centre Opérationnel de Régulation et de Réponse aux Urgences Sanitaires et Sociales, cœur du Centre de Crises Sanitaires (CCS) au sein de la Direction Générale de la Santé (DGS) en France.
- La ventilation HEPA (High-Efficiency Particulate Air) désigne des systèmes de filtration d’air à haut rendement, capturant ≥99,97 % des particules ≥0,3 µm (virus, bactéries), essentiels aux points d’entrée touristiques et infrastructures pour réduire les risques pandémiques.
- Les superspreading events (SSE) sont des événements où une personne infectée contamine un nombre disproportionné d’individus.
- Le spillover viral désigne le franchissement de barrière d’espèce par un pathogène. C’est la transmission d’un virus d’une espèce réservoir (où il circule habituellement, comme chauves-souris ou rongeurs) vers une nouvelle espèce hôte (humain), pouvant entraîner infection, adaptation et épidémie.
Source : Revue Conflits - 13 avril 2026