Résistance Identitaire Européenne

Théâtre

Le théâtre, message merveilleux de la Grèce antique

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De toutes les créations esthétiques et spirituelles du classicisme hellénique, le théâtre demeure sans doute, pour l'homme du XXe siècle, l'une des plus proches, tant ce mode d'expression a joué par la suite un rôle de premier plan dans l'histoire de la culture occidentale. Les représentations théâtrales du Ve siècle avant Jésus-Christ n'en étaient pas moins très différentes de ce qu'elles sont devenues à l'époque moderne et contemporaine. Issues de rituels religieux très anciens, elles obéissaient à des règles précises et constituaient, en même temps que l'expression du génie créateur d'Eschyle ou d'Aristophane, l'une des manifestations de l'unité civique.

Peu d'œuvres théâtrales antiques nous sont parvenues, mais celles que nous connaissons demeurent suffisamment évocatrices de l'explosion créatrice qui caractérise le Ve siècle, au moment où Athènes, victorieuse des Perses, atteint sous Périclès un apogée culturel qui fait de cette époque l'un des plus hauts sommets de l'histoire du monde.

Si L'Orestie et Œdipe roi sont relativement familiers aux Européens du XXe siècle encore pétris de culture classique, les origines du genre théâtral demeurent plus obscures, encore que diverses interprétations aient pu être avancées à ce propos.

 

Du mystère au théâtre

II est certain que c'est du côté de la pratique religieuse qu'il convient de rechercher la source des divers genres dramatiques. Lors de la fête athénienne des Dipolies, le rite de la Bouphonie ou meurtre du bœuf consistait à tuer la bête sacrifiée à coups de hache et cet instrument était ensuite jugé pour avoir abattu un animal utile à l'agriculture ; ce simulacre de jugement a pu engendrer la mise en scène d'une sorte de fiction dramatique.

Tous les huit ans, le sanctuaire panhellénique de Delphes voyait se dérouler le mystère du Stepterion, qui évoquait le meurtre par Apollon du dragon Python. Cette cérémonie ainsi que la fête des Carnéennes à Sparte ont pu être à l'origine, elles aussi, de représentations dramatiques. Néanmoins, c'est à Dionysos que l'on pense d'abord quand il est question de l'origine du théâtre. L'existence de chœurs et de processions liés au culte de ce dieu de la végétation et de l'ivresse sacrée, la présence dans ces « thiases » de personnages masqués censés représenter des satyres barbus habillés d'une peau de chèvre et affublés d'une queue postiche ont fait penser que la « tragédie » (de tragos, le bouc) était issue de ces diverses pratiques et surtout du dithyrambe, l'hymne ou les lamentations qu'entonnait le chœur des fidèles en l'honneur du dieu.

Au cours de ces liturgies dédiées à Dionysos, le chef de chœur pouvait improviser des airs, qui furent ensuite écrits et devinrent les dithyrambes quand les cérémonies s'organisèrent régulièrement et ne se limitèrent plus à des phénomènes de possession et d'extase collective.

Cette interprétation, liant étroitement l'origine de la tragédie au culte dionysiaque, a été remise en question par H. Jeanmaire, le grand spécialiste de cette question. Il apparaît que le lien entre les dithyrambes chantés par le chœur et le culte du dieu est en fait assez récent, et un passage d'Hérodote demeure très éclairant à ce sujet.

Il explique comment le tyran de Sicyone, Clisthène, qui avait appuyé son pouvoir sur le peuple, contre l'aristocratie traditionnelle, a voulu enlever à cette dernière la célébration de la mémoire du héros Adraste.

Chassé d'Argos, celui-ci s'était réfugié à Sicyone, puis s'était engagé dans une guerre malheureuse contre Thèbes, d'où il était revenu seul survivant, grâce à son cheval Arion. Clisthène voulut faire oublier cette tradition, et les chœurs qui rendaient régulièrement hommage à Adraste en évoquant son destin malheureux furent invités désormais à transférer leur dévotion sur la personne de Dionysos, particulièrement honoré dans les couches populaires alors que l'aristocratie traditionnelle ne manquait jamais de manifester son mépris à l'égard de ce culte grossier.

II est intéressant de noter que le tyran athénien Pisistrate favorisa également, et pour les mêmes raisons, le culte de Dionysos et qu'il introduisit les représentations « théâtrales » dans le déroulement des Grandes Dionysies. Une tradition correspondant sans doute à des cérémonies destinées à fêter l'anniversaire de défunts héroïsés par des chants et des déplorations collectives fut ainsi « détournée » au profit de Dionysos, qui devait ensuite présider à l'essor des représentations théâtrales.

 

Une acoustique étonnante

Si l'origine de la tragédie demeure discutée, celle de la comédie, dont le nom vient de comos, la procession qu'organisent les paysans à la veille de la récolte, ne fait aucun doute et c'est vers les thiases de phallophores évoquant les Saturnales romaines ou le carnaval ultérieur qu'il faut se tourner pour découvrir la source du genre comique.

Dans le monde hellénique de l'époque classique, le théâtre est, avec le stade, l'un des éléments caractéristiques du paysage urbain. Il est généralement situé près d'un sanctuaire de Dionysos : ainsi celui qui est installé sur le flanc sud de l'Acropole à proximité du lieu où l'on honorait Dionysos Eleuthereus.

Les bourgades moyennes de l'Attique tenaient également à posséder le leur, et des théâtres furent construits à Collytos, à Salamine, à Thoricos et à Rhamnonte. Celui du Pirée était si remarquable que les Athéniens durent en construire un nouveau au IVe siècle, tant ils souffraient de voir leurs voisins disposer d'un ensemble plus grand et plus prestigieux que le leur. Le village d'Eleusis, où avaient lieu les mystères liés au culte de Déméter, possédait également son théâtre. De tous les monuments dont nous pouvons encore aujourd'hui admirer les vestiges, celui d'Épidaure demeure le plus impressionnant et donne une idée assez exacte, par sa disposition générale et son acoustique étonnante, de ce que pouvaient être les représentations de l'époque.

Les villages de l'Attique organisaient des concours théâtraux à l'occasion des Dionysies agraires qui avaient lieu à la fin du mois de novembre, alors que les représentations étaient organisées à Athènes lors des Dionysies urbaines ou Grandes Dionysies de la fin mars, ainsi que lors de la fête des Lénéennes, de la fin décembre.

 

Un honneur recherché

Le théâtre était généralement installé au flanc d'une colline, ce qui facilitait la construction des gradins constituant le « théatron » proprement dit qui entourait l'« orkhéstra » où évoluaient les acteurs ; les membres du chœur ou « choreutes » demeuraient dans le « proskénion », séparé de la « skéné », où intervenaient les protagonistes du drame.

L'organisation et le déroulement des représentations obéissaient à des règles très précises. Si l'on prend le cas d'Athènes, les choses s'y passaient de la manière suivante. Suffisamment longtemps avant les Lénéennes ou les Grandes Dionysies, l'archonte éponyme et l'archonte roi, deux des magistrats les plus importants de la cité, désignaient des chorèges, c'est-à-dire des citoyens riches devant prendre à leur charge le recrutement des acteurs et le coût des festivités. La chorégie était un honneur recherché et le fait d'y avoir accès signifiait l'acquisition d'un rang élevé au sein de la communauté civique ; cette fonction revêtait même un caractère sacré, et l'indignation de Démosthène sera d'autant plus grande, contre Midias, accusé de l'avoir frappé, que cette agression s'était produite alors que le célèbre orateur assumait la charge de chorège.

Il fallait donc rassembler des choreutes - quinze pour les tragédies et vingt-quatre pour les comédies. Il était aussi nécessaire de recruter des poètes parmi les nombreux candidats qui se présentaient au concours et dont certains pouvaient être des étrangers. Le poète jouait lui-même, dans la plupart des cas, le rôle de metteur en scène, mais il avait parfois recours, pour remplir cette mission délicate, à un « chorodidascale », qui se trouvait chargé d'ordonner la représentation, ce qui n'allait pas sans difficultés dans la mesure où le théâtre grec mêlait à l'action dramatique proprement dite des chants et des danses, le tout au son des flûtes et des hautbois. L'acteur principal, qui, à l'origine, était le seul à répondre au chœur, était nommé le protagoniste. Au fur et à mesure que le genre théâtral évolua dans le sens d'une réduction du rôle joué par le chœur et d'une place plus grande laissée à l'intrigue dramatique elle-même, on vit apparaître un deutéragoniste, puis un tritagoniste - toujours des acteurs masculins, les rôles féminins eux-mêmes étant tenus par des hommes masqués et déguisés.

 

Dix-sept pièces en quatre jours

La qualité du choix effectué en faveur d'un acteur ou d'un protagoniste particulier pouvait décider de l'issue du concours, et les chorèges, très attachés à la gloire personnelle que pouvait leur procurer un succès, sélectionnaient les candidats avec le plus grand soin. Le talent des acteurs était un atout non négligeable et il fut décidé d'établir un roulement entre les protagonistes les plus célèbres afin d'égaliser les chances. Pour ce qui concerne le choix des auteurs, Périclés, le futur « homme fort » d'Athènes, eut en 472 la main heureuse puisqu'il prit le parti d'enrôler Eschyle, qui devait présenter Les Perses.

Tous ces préparatifs se terminaient par le « proagon », c'est-à-dire une présentation générale des auteurs, des sujets traités et des troupes qui devaient jouer. Une fois l'affiche ainsi établie, le concours pouvait commencer.

La première journée des Grandes Dionysies était marquée par une procession, suivie le lendemain par des concours lyriques au cours desquels s'affrontaient les auteurs de dithyrambe. Le troisième jour était consacré aux représentations comiques, au nombre de trois d'abord, c'est-à-dire à partir de 486, puis de cinq. Les trois jours suivants étaient réservés à la tragédie. Trois auteurs présentaient alors trois tragédies, suivies par un drame satirique. En l'espace de quatre jours, on proposait au public de suivre la représentation de dix-sept pièces. Les impératifs du temps faisaient que le spectacle se présentait de manière continue sans entracte entre les différentes parties de l'œuvre.

 

Sous le signe du dieu de l'ivresse

Les spectateurs, s'ils voulaient suivre l'ensemble du spectacle, devaient apporter à manger et à boire, et les esprits pouvaient ainsi s'échauffer quand une discussion relative aux qualités respectives des divers auteurs venait à dégénérer en rixe. Dans ce cas, les « rhabdouques », c'est-à-dire les « porteurs de baguettes » devaient intervenir pour rétablir l'ordre. Le public du théâtre était tout à fait populaire, les représentations n'étaient pas réservées de fait, comme aujourd'hui, à une classe aisée ou cultivée de la société ; les citoyens pauvres pouvaient suivre gratuitement le spectacle, grâce à un fonds spécial, le « théoricon », qui permettait à la cité de les inviter. Le prix d'entrée était lui-même fort modique, deux oboles seulement, c'est-à-dire un tiers de drachme.

Les femmes étaient admises au théâtre, mais se trouvaient généralement reléguées dans la partie la plus haute des gradins. A l'inverse, le privilège de proédrie réservait le premier rang aux notabilités de la cité, parmi lesquelles le prêtre de Dionysos occupait en cette circonstance la première place, après avoir sacrifié un porcelet, lors de la cérémonie lustrale qui avait marqué le début du concours. Le rôle du culte dionysiaque dans les représentations théâtrales explique les propos fort lestes, et même parfois orduriers, qu'il est fréquent de rencontrer dans les comédies d'Aristophane. Les fêtes honorant le dieu de l'ivresse et de la végétation toujours renaissante s'ouvraient par une procession de phallophores qui nous rappelle la sacralisation de la sexualité qu'avaient su imaginer les Anciens Grecs.

Le sort jouait un rôle non négligeable dans les concours théâtraux. L'ordre de passage des différentes « tétralogies » de chaque auteur (trois tragédies plus un drame satirique) était ainsi tiré au sort. Les dix juges qui devaient rendre leur verdict à l'issue des représentations étaient également désignés par le sort, et les Grecs craignaient à tel point qu'une irrégularité pût se produire, que cinq tablettes seulement étaient retenues à l'issue du vote, désignées par cinq cubes blancs mêlés à cinq autres noirs qui devaient déterminer lesquels des jurés verraient leur vote pris en considération, cela pour éviter toute possibilité de corruption ou de pression. Trois prix étaient décernés par catégorie ; ils revenaient au chorège, au poète et au protagoniste. Il s'agissait le plus souvent de couronnes de lierre, mais certains auteurs reçurent un trépied. Pour le remercier de leur succès, les chorèges vainqueurs offraient parfois un monument commémoratif à Dionysos.

Quand les fêtes étaient terminées, le peuple, c'est-à-dire les citoyens, était invité à voter un éloge ou un blâme à l'archonte chargé de l'organisation des représentations.

 

Des auteurs illustres

C'est au cours du Ve siècle que l'art théâtral atteignit son apogée.

Dès 530, Thespis avait introduit le premier un acteur « répondant » au chœur traditionnel des représentations dionysiaques. Il ajoutait ainsi un élément proprement dramatique au dithyrambe traditionnel, quatre ans après que Pisistrate eut introduit à Athènes, à l'occasion des Grandes Dionysies, ce type de représentation. Le premier grand auteur tragique est Phrynichos, qui mit en scène, avec La Prise de Milet, la révolte des Grecs d'Ionie contre le souverain perse et qui évoqua également avec Les Phéniciennes la victoire remportée à Salamine sur la flotte de Xerxès. Né à Eleusis vers 525, Eschyle avait participé à la bataille de Marathon ; les guerres Médiques lui inspirèrent Les Perses, joués en 472 ; nous possédons de lui Les Suppliantes, Les Sept contre Thèbes, Prométhée enchaîné et, surtout, l'admirable ensemble des trois pièces de L'Orestie, Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides. Œuvre fondamentale en raison de l'acquittement final d'Oreste, meurtrier de Clytemnestre, par l'aréopage d'Athènes, qui substitue ainsi une justice nouvelle à la vieille loi de la vendetta.

 

Revanche posthume

La vie de Sophocle (496-405) s'étend sur presque tout le siècle. Antigone, Œdipe roi ou Œdipe à Colone sont pour cet auteur aux talents les plus divers (il fut même stratège lors d'une expédition conduite contre Samos) l'occasion de mettre en scène la terrible fatalité qui pèse sur la condition humaine. Le pessimisme d'Euripide (485-406) est encore plus fondamental. Ses soixante-dix-huit pièces ne lui permirent d'emporter que cinq fois la première place lors des concours, mais il connut une revanche posthume dans la mesure où le IVe siècle le préféra généralement aux deux autres grands tragiques. Pour l'auteur de Médée, d'Alceste, des Bacchantes ou d'Iphigénie, le rôle du chœur n'est plus que très secondaire et le drame prend désormais une plus grande autonomie par rapport aux formes théâtrales encore inspirées par leurs origines religieuses. Avec Les Nuées, Les Guêpes, Les Grenouilles et Les Acharniens, Aristophane demeure le seul grand auteur comique que nous ait laissé la Grèce. Capable des pires grossièretés, mais aussi d'une extrême finesse dans l'analyse des comportements humains, il n'hésitera pas à critiquer la démagogie, mais sa nostalgie du passé aristocratique ne lui aliénera pas la faveur du public, qui assurera régulièrement le succès de ses pièces.

Imitation du réel (mimésis) ou moyen de canaliser et de purifier (catharsis), par le jeu, la force des passions humaines, si l'on veut suivre sur ce point ce que nous en dit Aristote, le théâtre grec demeure pour nous, dans sa riche diversité, l'un des plus précieux messages que nous ait adressés l'ancienne Hellade.

Philippe Parroy

Souces : Histoire magazine – N° 22, 1981.

 

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Pièce de théâtre "Une mégère apprivoisée 2019" à Paris au Théâtre du Nord-Ouest

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Dans le cadre d’un « plan international de compensation », l'Union Européenne adopte un nouvel Impôt-Repentance, basé sur notre « bonheur », et dédié aux pays en développement. L'occasion d'une prise-de-bec surréaliste entre une sorte de vieux Gilet-Jaune, un archétype de fonctionnaire macronienne formatée, et une sorte de « jeune » anti-Système. Culpabilisation de l’homme blanc et des racines, promotion du vivre-ensemble, dictature écolo, surveillance totale et profilage du citoyen, condamnation de la non-consommation et des réfractaires aux médias, tout y passe, assorti des éléments de langage que la novlangue nous inflige.

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