Résistance Identitaire Européenne

Traditions


FÊTE DU 1ER MAI, FÊTE DE BELTAINE

 

Mai 1

Nos ancêtres appelaient cette période, où la nature est dans toute sa vigueur et sa fertilité, mois de la joie ou mois de la lune de ravissement.

La nuit du 30 avril au 1er mai, les jeunes gens courent de maison en maison et chantent son retour. Le soleil de mai et le bain dans sa rosée rendent les filles jolies pour trouver un fiancé. Les villages élisent et couronnent les « Reines de mai », autrefois exposées dans une niche d’aubépine. On promène en chanson et avec le « feuillu », personnage couvert de mousses et de feuillage, un couple de beaux enfants, les fiancés du mai. La coutume est de faire passer le bétail entre deux feux pour sa purification et sa bénédiction avant de prendre le chemin des herbages.

Fête de l’Arbre de mai

C’est la « danse des rubans » autour de l'arbre de mai, où douze couples de danseurs tressent le réseau du Destin de la vie. Ce sont les paniers de mai avec fleurs et sucreries que l’on dépose secrètement sur le seuil des amis et de la famille. Le petit arbre que l’on dépose sous la fenêtre de la bien aimée. On dit « planter le mai ». Beltaine 1er mai est la passerelle du printemps vers l'été.

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Beltaine

Beltaine est une “fête de fondation” où les bestiaux doivent traverser le feu – souvenir de la grande éruption du HrimsWot’n qui les chassa de chez eux ? Beltaine est aussi l’anniversaire du débarquement en Irlande/ Hibernie (le but ultime des Celtes* Éburons), des fils de Partholon venus par la Vallée de l’Ebre en Ibérie/ Espagne – proches cousins de la tribu gauloise des Eburovices.

Elle est donc une fête sacerdotale du début de la saison estivale qui a lieu le 1er Mai (mois gaulois de giamonios), date qui nous préoccupe essentiellement ici.

Pour les Anciens, c’était ainsi la fête des mânes, elfes, lutins, esprits “follets” et autres farfadets et par conséquent celle des Dises (les Walkyries). On y faisait un festin comme d’habitude et de grands feux au Dieu Belenos (Apollon) – ou à Belisama (Minerve/ Athéna) – feux qu’on sautait et où l’on brûlait le condamné Hiver dans un grand mannequin d’osier. C’est ceci qui fit dire aux Romains (devenus incultes) et aux Chrétiens leurs dignes successeurs, qu’il s’agissait de “sacrifices humains” : ridicule !

Le mois de mai était par contre propice aux fiançailles, et c'est le 1er mai que le jeune homme se déclarait en apposant sur la porte des parents de l’élue sa demande par un brin de muguet et le saut du feu de Beltaine qui en faisait l’annonce publique devant la communauté

par Christian MANDON

Sources :METAINFOS | URL : https://wp.me/papOMB-1vz

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ESPRIT DE LA RACE ET RACE DE L'ESPRIT

(“Spirito della razza e razza dello spirito")

 

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Chaque race a sa tradition et celle-ci est d'origine sacrée. Cela signifie qu'elle représente un ensemble de principes et de normes qui s'appliquent hiérarchiquement sur tous les plans, procédant des plans les plus élevés aux plans inférieurs, de manière à embrasser tout le développement de l'activité humaine, dirigée toujours plus vers une seule vérité. Il n'y a pas de vie vraiment digne de ce nom en dehors de la Tradi­tion, comprise au sens éminent du terme et non comme celui que l'Occident, depuis la fin du Moyen Age, s'efforce d'af­firmer en obéissant à une impulsion anarchique qui le pousse dans des cercles vicieux, dont chacun constitue un domaine séparé auquel on donne le nom de philosophie, art, science, norme politique et ainsi de suite.

La lutte contre la Tradition dérive de l'insuffisance des hommes face à la compréhension des principes qui y sont affirmés, et non de l'inadéquation de ceux-ci dans la réalisa­tion de conquêtes propres à satisfaire des aspirations légi­times et des besoins naturels de l'esprit. Les vérités divines, qui constituent l'essence de la Tradition, sont simples, diffi­ciles et profondes ; elles réclament une mentalité qui sache s'élever et une sensibilité adhérant à l'effort progressif de l'esprit, lequel se hisse à des sphères de plus en plus élevées de vie transfiguratrice ou développe intégralement les possibili­tés qu'il lui a été donné d'exprimer dans le cadre de son destin.

La Tradition offre toutes les possibilités, elle est comme le tracé immense où se développe, sans se limiter ni s'épuiser, la liberté de l'homme pour le perfectionnement de sa vraie nature, qui est absolument divine dès lors qu'elle est dirigée selon la justice et la vérité. Par conséquent, la Tradition ne contraint pas mais libère, ne lie pas mais délie, n'abaisse pas mais rédime, ne réduit pas les possibilités humaines mais les renforce, les multiplie par cent en les dirigeant selon un axe de développement qui comprend des degrés de plus en plus élevés et des conquêtes de plus en plus réelles, de sphère en sphère, de dépassement en dépassement. Tel est le dynamisme traditionnel, dans sa stricte acception étymologique, et non au sens que les modernes se complaisent à affirmer, en dénatu­rant, avec une volubilité superficielle, jusqu'à la valeur des termes dont ils se servent. L'agitation, le déroulement syn­copé, l'arc brisé, l'action circonscrite — tout cela est stase, inertie, écroulement, non dynamisme, effort et dépassement, car l'effort s'épuise dans un seul domaine considéré comme un but en soi, donc fallacieux et illusoire.

La Tradition, elle, fait confluer chaque activité dans le sens du divin, rend à l'homme sa liberté, le naturalise pour ainsi dire face à Dieu, le rendant participant actif et non spectateur passif des vérités qui ne sont comprises que si elles sont vécues, intégrées, réalisées. Les modernes s'obstinent à croire que la Tradition est un tronc mort, un ensemble cristallisé, une monumentalité stérile qu'on contemple de l'extérieur avec le respect condescendant et souriant qu'on a pour le bon vieux temps, au-delà duquel commenceraient, pour eux, la vraie vie, la vraie liberté, la vraie conquête. Disons immédiatement que les choses sont ainsi dans la mesure où l'on veut qu'elles soient ainsi, et qu'un coffret plein de trésors restera une richesse stérile tant qu'on ne l'ouvrira pas pour en réaliser la valeur et la beauté ; une tradition est donc morte lorsque sont morts les hommes qui devraient la comprendre, la vivre et l'exalter, qu'ils en soient les représentants officiels ou les énonciateurs solitaires, qui sont ceux auxquels cette tâche est confiée. Il ne faut donc pas parler de la valeur d'une tradition, ce qui est absurde parce que chaque tradition est ce qu'elle doit être, destinée à une race dont elle exprime les besoins les plus profonds et à laquelle elle offre les possibili­tés les plus vastes ; on peut et l'on doit parler, au contraire, de l'infidélité d'une race à sa propre tradition, de son incom­préhension, de sa dénaturation des principes et des normes, de son abâtardissement progressif et subséquent à la révolte contre l'orientation traditionnelle.

Ce n'est pas ici le lieu de déterminer quelles sont les tradi­tions vraiment dignes de ce nom, c'est-à-dire les traditions originelles, où des principes sont contenus dans des ensei­gnements et des symboles, ces derniers étant susceptibles de très nombreux développements et applications ; mais une cer­titude s'impose avec un caractère d'évidence immédiate : chaque race doit rester fidèle à sa tradition, non en y adhé­rant extérieurement, mais en la revivant et en la vivifiant de façon à en faire une source inépuisable d'expression et de conquête. Cependant, puisque la tradition est sacrée de par sa nature et de par sa destination, il n'est pas facile pour les modernes, attirés par la tromperie du gouffre profane et cor­rupteur, de retourner d'abord au noyau des vérités tradition­nelles et, en les réalisant, d'en élargir la sphère et d'en enrichir les développements. Les modernes sont portés vers tout ce qui est extérieur, vers ce qu'ils nomment concret et qui est en réalité mort, car cela s'épuise dans la sphère humaine et ne va pas au-delà, en tant que cela est limité par l'espace et le temps. Le dynamisme traditionnel, en revanche, est intérieur, profond, sa sphère de développement est l'invisible, ce qui est humainement invisible. La tradition est donc l'esprit de la race, sacré et inaliénable ; ceux qui le comprennent, l'intè­grent et le réalisent, constitueront vraiment la Race de l'Es­prit et seront les premiers, même si le monde les destine à être humainement les derniers — ils seront les triomphateurs, les victorieux, les transfigurateurs, les puissants, les donneurs de vie ; non les stériles surhommes rêvés avec nostalgie par l'esthétisme nébuleux des modernes, mais les porteurs de lumière. Alors seulement pourra-t-on réaliser ce que Nietzs­che, ignorant le caractère sacré de la Tradition, avait exprimé dans la dernière apostille de son Zarathoustra : "Aus Betenden müssen wir Segnenden werden !" (Nous qui étions des orants, nous devons devenir des bénisseurs !), à savoir qu'aucune lumière n'est octroyée à celui qui ne la répand pas, accom­plissant ainsi le cycle qui de l'homme monte vers Dieu et de Dieu redescend vers l'homme en tant qu'achèvement et exaltation.

L'Esprit de la Race culmine dans la Race de l'Esprit. On ne peut pas comprendre la vraie valeur de certains traits somatiques ou de certaines déterminations psychiques sans avoir compris l'essence de la Tradition qui sert de base à une race donnée ; il n'est d'ailleurs pas possible de se référer à d'autres traditions sans avoir approfondi la sienne propre, en la considérant en fonction de la vie et non comme le résidu d'un passé désormais lointain. Bien savoir qui nous sommes nous permet de mieux savoir qui sont ceux que nous ne sommes pas et de quelle manière est survenu le détachement de la tradition, à laquelle ils appartiennent, de ceux qui en sont en un certain sens les fils dégénérés. En d'autres termes, on ne peut pas être vraiment dans l'esprit de la race si l'on n'appartient pas à la Race de l'Esprit, pour laquelle la vie de la race s'enracine, sous sa plus haute expression, dans la tra­dition même, dans son intégralité ascendante et descendante qui comprend la totalité active de l'homme dans tous ses développements, selon la réalité et la vérité.

La race dégénère lorsqu'elle s'éloigne de la tradition qui lui correspond et qui l'a formée, lorsqu'elle la fausse, y renonce ou s'y oppose carrément en se laissant dévier par les pseudo-valeurs de l'Occident laïque et individualiste. On dira donc qu'une race est d'autant plus jeune, d'autant plus forte et puissante que plus vif est en elle l'esprit de la Tradition, puisque dans ce cas la race est menée à la victoire, même lorsqu'à certaines périodes déterminées par des circonstances spéciales, elle rencontre des conditions extérieures particuliè­rement hostiles.

Quant au noyau de la Tradition, répétons-le, il est formé par des vérités d'ordre métaphysique, qui ne peuvent jamais être exprimées de manière adéquate, mais qui peuvent être présentées, pour ainsi dire, au moyen de symboles, à l'intui­tion réalisatrice des hommes : cela est vraiment l'essentiel, auquel on ajoutera la forme de la société traditionnelle, c'est-à-dire l'ensemble des institutions à travers lesquelles se reflète toujours le même esprit sacré. Envisagées d'un point de vue purement extérieur et non en référence constante à un ordre plus élevé qui les détermine, ces institutions n'ont qu'une valeur relative, si des considérations et des points de vue pro­fanes et utilitaires n'interviennent pas pour les soutenir. Lorsqu'on dit, par conséquent, qu'un peuple doit être fidèle à ses institutions, il faut entendre, et l'on ne peut entendre, que cela : il doit être fidèle à l'esprit de ses institutions, car cet esprit est précisément celui de la race dans l'ordre de la tradi­tion, qui fait qu'elle se distingue d'autres races appartenant à des traditions différentes. Mais il y a plus : l'accord sur les principes traditionnels constitue la vraie Race de l'Esprit, incomparable en raison de l'élévation de la sphère où elle se maintient invariablement et de la difficulté d'accès à cette sphère même pour les profanes, qui tournent bruyamment autour d'elle comme un stérile essaim de faux-bourdons autour de l'alvéole dorée. Les caractéristiques somatiques, les réactions psychiques constituent la race en fonction de l'es­prit traditionnel, sans lequel il n'existe ni communion d'es­prits ni esprit de race, mais des hommes nés à peu près sous le même climat et dans la même région, quasiment comme des objets fabriqués dans le même bois mais totalement diffé­rents par la forme, la destination et l'usage. La prééminence d'une race sur une autre est due à son adhésion plus stricte à l'esprit traditionnel, au rajeunissement pérenne qu'il opère dans le cadre de ses vérités spirituelles, avec une application hiérarchiquement distribuée sur tous les plans, y compris le plan biologique et physique, de manière à réaliser l'unité véri­table, l'unité intérieure, substantielle, incomparable et triom­phant toujours sur toutes les contingences extérieures.

L'universalité romaine est l'indice de la puissance de l'es­prit traditionnel qui a marqué d'un sceau commun des peu­ples différents, opérant une véritable rédemption par ses symboles, qui parleront aux multitudes ou aux solitaires, mais qui parleront toujours, tant qu'existeront Rome et sa fonction sacrée, dans le langage muet, dans l'idiome sacré qui n'est compris que de la Race de l'Esprit, de ceux qui, du haut du Septimontium, aperçoivent perpétuellement le vol circulaire des douze vautours sur le tracé idéal de la cité carrée, pour y allumer le feu de Vesta, d'où s'élève l'ombre immense de l'universalité rayonnante, la Croix. Et une lumière nouvelle peut soudainement resplendir sur les lamentables ruines du monde occidental, pourvu qu'après la dissipation de l'igno­rance que tant de siècles de vie et de culture profanes ont accumulée sur la pureté originelle de notre tradition culmi­nant au zénith dans l'Œnotria tellus, Rome retrouve sa fonc­tion spirituelle, redevenant ainsi la ville sainte qui distribue aux peuples les trésors cachés de sa guerre et de sa paix.

Ardue est l'entreprise dans cette Europe agitée et boule­versée par des erreurs érigées en normes de vie et de pensée ; mais nous estimons que ceux qui connaissent le secret de là puissance de Rome doivent la tenter, en levant de nouveau, au-dessus des masses entraînées par des forces irrationnelles, les signes de la puissance, de la justice et de la gloire authen­tiques que seule Rome a proposés, pour la reconstruction de l'Occident, à la connaissance, à l'amour et à la hardiesse de la Race de l'Esprit.

Sources : Extrait de l’Instant et l’Eternité de Guido de Giorgio - Ed. Archè Milano, 1987 (P139-145)

 

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L’homme cosmique et La Tradition primordiale

 

tradition ce qui ne passe pas

 

 

Conférence qui devait se tenir le  28 mars 2020

 

Bonjour, chers amis,

L’Europe : une longue mémoire

Tout le monde peut constater que chaque jour qui passe amène son lot de folie, de mensonges, de turpitudes, de déni de tout ce qui a fait la grandeur de l’Europe depuis des milliers d’années. J’ajouterai cette épidémie de coronavirus qui nous tombe sur le dos, et qui fait partie du dispositif - l’épidémie, créée ou non par l’Homme, est l’un des éléments majeurs de la conjonction des catastrophes d’une fin de cycle.

L’heure est donc à l’urgence.

Je veux d’abord rendre ici un hommage à nos héros qui ont porté les valeurs chevaleresques de l’Europe, celles qui ont donné aux Européens la maîtrise de leur destin et de leurs frontières, rendre un hommage à nos savants qui lui ont donné ses armes techniques, surtout dans le domaine de la médecine - merci, Docteur Alexis Carrel - !, rendre hommage à nos poètes et nos artistes - merci, Lovecraft, merci, Tolkien - et tant d’autres ! qui ont façonné ce qui fait la force originale de l’Europe : je veux parler de sa faculté de se projeter dans un imaginaire que nous avons été les seuls à concevoir et à habiter, sans l’aide de substances artificielles, je veux rendre hommage à notre faculté de création, notre faculté d’inventer de nouveaux mondes, au jour le jour, s’il le fallait.

Si nous sommes toujours capables d’étonner le monde, c’est parce que nous sommes porteurs d’une longue mémoire, sans que nous en soyons toujours conscients, une mémoire cachée au plus profond de notre être, une mémoire qui réapparaît aux moments les plus cruciaux de notre longue histoire et qui nous force à combattre, une mémoire qui nous vient de nos ancêtres hyperboréens, qui ont créé le monde dont nous vivons les plus néfastes moments, mais c’est dans l’ordre des choses, et  nous avons à assurer la pérennité de nos lointaines origines. Nietszsche disait : « Regardons-nous en face. Nous sommes des hyperboréens, — nous savons suffisamment combien nous vivons à l’écart. « Ni par terre, ni par mer, tu ne trouveras le chemin qui mène chez les hyperboréens » : Pindare l’a déjà dit de nous. Par-delà le Nord, les glaces et la mort — notre vie, notre bonheur… Nous avons découvert le bonheur, nous en savons le chemin, nous avons trouvé l’issue à travers des milliers d’années de labyrinthe. Qui donc d’autre que nous l’aurait trouvé ? »

L’heure est à l’urgence parce que nous sommes à la fin, à la fin de la fin, d’un grand cycle. Je reviendrai tout à l’heure sur la notion de cycle qui est la base même de nos connaissances européennes et de notre statut, pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec ce concept fondamental et incontournable.

Continuer à se battre

Il faut le redire : les jeux sont faits, rien ne va plus, toutes les valeurs sur lesquelles s’appuyaient nos peuples sont inversées ; les forces négatives qui nous traquent depuis des millénaires semblent prendre le dessus. Elles ne le pourront pas, in fine, parce que nous ne pouvons pas rester sans agir ; on a dit de nos ancêtres gaulois qu’ils étaient de fameux guerriers ; l’un des plus puissants caractères de l’homme européen est de continuer à se battre même lorsqu’il semble que tout est perdu ; nous n’acceptons pas la fatalité comme les musulmans. Il faut que cette ténacité et ce courage servent cependant à quelque chose.

Notre ami Maurice Martin, ou Robert Dun, l’avait déjà compris il y a trente ans quand il disait : « Nous sommes à l’âge missionnaire qui doit suivre toute grande prophétie. Chacun de nous a le devoir de devenir missionnaire. Mais cela exige de se cultiver, de lire et de réfléchir beaucoup, de développer son élocution et ses capacités de discussion calme et efficace. Cela exige donc de connaître l’adversaire. C’est certes plus pénible que d’attendre l’apparition d’un problématique chef charismatique et même de vendre des journaux, de coller des affiches et de tenir des meetings. Prendre le pouvoir ? Qui peut espérer encore en avoir le temps ? »

Effectivement, nous n’avons plus le temps. Les hommes de ma génération et ceux de la génération qui l’a précédée après-guerre, ont tenté de faire reculer l’échéance inévitable de cette fin de cycle. Ils ont tenté de conserver intacts les principales facettes du génie européen, avec les moyens et l’esprit hérités du monde ancien, c’est-à-dire surtout le combat viril, celui qui est traditionnellement réservé à la deuxième fonction chez les Indo-européens, la fonction guerrière.

Ce sont souvent les mêmes qui ont constaté l’inanité du combat militant - on nous appelait « activistes » - et ce sont les mêmes qui ont ensuite privilégié le combat métapolitique, tout aussi infructueux. Nous n’étions pas très futés.

Il faut bien admettre que 60 ans de militantisme acharné ne nous ont pas permis d’accéder au pouvoir, ni politique, ni électoral, ni culturel. La gauche, les progressistes, les mondialistes règnent sur le continent européen comme jamais.

Paganisme : croyance ou savoir ?

Nous avons cependant eu le mérite de réveiller le tréfonds religieux de nos peuples européens, ce qui fut autrefois appelé le paganisme, à l’heure du christianisme naissant, expression destinée à humilier les forces vives paysannes de nos terroirs ; le temps a passé, les antiques valeurs européennes ont perduré ici et là à travers différentes manifestations sacrées, comme le cycle du Graal, puis, dans les années 1960, au sortir de la guerre d’Algérie, nous avons voulu établir d’autres fondements, nous avons espéré rebâtir la vieille charpente du paganisme préhistorique ; mais nous avons agi légèrement, sans bien comprendre les bases essentielles de ce passé spirituel que nous venions de redécouvrir et nous avons alors engendré une croyance hybride qui balançe entre un athéisme hédoniste et un animisme qui se contente timidement de la Voie des pères – la lignée - , pour assurer une continuité, sans faire l’effort de tenter d’accéder à la Voie des dieux, olympienne et transcendante, selon la distinction faite par Julius Evola qui disait : « avec l'avènement de l'humanisme et du prométhéisme, il a fallu choisir entre la liberté du souverain et celle du rebelle, et l'on a choisi la seconde[1]."

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LE PERE NOËL MIS A MORT

Or, si l'histoire et les légendes du Père Noël l'ont rendu immortel, il n'en eut pas moins, et plus d'une fois, la vie dure. Il est intéressant de constater que les offensives les plus violentes de ses adversaires eurent lieu en 1951; ce qui laisse supposer que c'est l'époque où il prit le plus de pouvoir, et qui confirmerait les hypothèses de sa modernité relative.

La lutte de l'Église : autodafé à Dijon

En 1951, certains membres du clergé dénoncèrent la paganisation inquiétante de Noël et l'importance de plus en plus grande attribuée au Père Noël par les familles et les commerçants. L'Eglise protestante prit également la même position; le malaise qui couvait éclata le 23 décembre à Dijon, au cours d'un événement dont de très nombreux journaux se firent l'écho, parmi lesquels France-Soir, qui publia l'article le plus détaillé :

« DEVANT LES ENFANTS DES PATRONA­GES LE PÈRE NOËL A ÉTÉ BRÛLÉ SUR LE PARVIS DE LA CATHÉDRALE DE DIJON. »

(Dijon, 24 décembre; dépêche France-Soir)

« Le Père Noël a été pendu hier après-midi aux grilles de la cathédrale de Dijon et brûlé publiquement sur le parvis. Cette exécution spectaculaire s'est déroulée en présence de plusieurs centaines d'enfants des patronages. Elle avait été décidée avec l'accord du clergé qui avait condamné le Père Noël comme usurpateur et hérétique. Il avait été accusé de paganiser la fête de Noël et de s'y être installé comme un coucou en prenant une place de plus en plus grande. On lui reproche surtout de s'être introduit dans toutes les écoles publiques d'où la crèche est scrupuleusement bannie. Dimanche à trois heures de l'après-midi, le malheureux bonhomme à barbe blanche a payé comme beaucoup d'innocents une faute dont s'étaient rendus coupables ceux qui applaudiront à son exécution. Le feu a embrasé sa barbe et il s'est évanoui dans la fumée.

« A l'issue de l'exécution, un communiqué a été publié, dont voici l'essentiel : "Représentant tous les foyers chrétiens de la paroisse désireux de lutter contre le mensonge, 250 enfants, groupés devant la porte principale de la cathé­drale de Dijon, ont brûlé le Père Noël. Il ne s'agissait pas d'une attraction, mais d'un geste symbolique. Le Père Noël a été sacrifié en holocauste. A la vérité, le mensonge ne peut éveiller le sentiment religieux chez l'enfant et n'est en aucune façon une méthode d'éducation. Que d'autres disent et écrivent ce qu'ils veulent et fassent du Père Noël le contrepoids du Père Fouettard. Pour nous, chrétiens, la fête de Noël doit rester la fête anniversaire de la naissance du Sauveur."

« L'exécution du Père Noël sur le parvis de la cathédrale a été diversement appréciée par la population et a provoqué de vifs commentaires même chez les catholiques. D'ailleurs cette manifestation intempestive risque d'avoir des suites imprévues par ses organisateurs [...]. « L'affaire partage la ville en deux camps. Dijon attend la résurrection du Père Noël, assassiné hier sur le parvis de la cathédrale. Il ressuscitera ce soir, à dix-huit heures, à l'Hôtel de Ville. Un communiqué officiel a annoncé, en effet, qu'il convoquait, comme chaque année, les enfants de Dijon place de la Libération et qu'il leur parlerait du haut des toits de l'Hôtel de Ville où il circulera sous les feux des projecteurs. «Le chanoine Kir, député-maire de Dijon, se serait abstenu de prendre parti dans cette délicate affaire. »

D'autres journaux du jour ajoutèrent quel­ques précisions à ces informations : le Père Noël aurait pris la forme d'un gros mannequin de paille orné d'une superbe barbe blanche (Le Figaro); Le Monde, quant à lui, insiste sur le roussi de l'affaire... : «Comme au temps des guerres de religion, Dijon est déchiré par une querelle de dogme. Le Père Noël en est l'enjeu. Cela a commencé par un bel autodafé sur le parvis de la cathédrale Sainte-Bénigne. Un tribunal d'inquisition, composé d'enfants, avait condamné l'effigie du Père Noël aux flammes du bûcher. La sentence fut immédiatement exécu­tée parmi un grand concours de population. Un communiqué, rédigé par les incinérateurs, fut ensuite publié. On y lit notamment :  « A la suite d'un grand jeu liturgique 250 enfants unis à tous les foyers chrétiens de la paroisse, désireux de lutter contre le mensonge et la fabulation trompeuse [...]. Il ne s'agissait pas d'une attraction [...]. Les partisans du Père Noël [...] se proposent de le promener en grande pompe sur les toits de l'Hôtel de Ville et de lui faire prendre la parole au micro."»

Le Père Noël ressuscita effectivement le 24 au soir soutenu par les Dijonnais de gauche, farouchement anticléricaux. Cette résurrection dut se multiplier, puisqu'un témoin de mes amis comprit après bien des années ce qui l'avait bouleversé étant enfant : il avait six ans et habitait Chalon-sur-Saône, non loin de Dijon, lorsqu'il eut une « apparition » du Père Noël... Sur un toit de sa ville natale, le Père Noël prit la parole comme un fantôme, soudain découvert par un flot de projecteurs. D'abord terrorisé, il se ravisa brutalement, reconnaissant dans sa vision un proche voisin, ce qui le fit douter à jamais du Père Noël et des visions mystiques... !

Or ces gens de gauche visaient non seulement les enfants et les foyers chrétiens, mais plus directement l'évêque de Dijon et les autres évêques de France qui, par mandements diocé­sains, partirent en guerre. On dit aussi que des pressions officielles, voire ministérielles, se firent sous cape...

Voici pour tout commentaire, le contenu des messages ecclésiastiques : «Ne parlez pas du Père Noël pour la bonne raison qu'il n'existe pas et n'a jamais existé. Ne parlez pas du Père Noël, car le Père Noël est une invention dont se servent les habiles pour enlever tout caractère religieux à la fête de Noël. Mettez les cadeaux dans les souliers de vos enfants, mais ne dites pas ce mensonge que le Petit Jésus descend dans les cheminées pour les apporter. Ce n'est pas vrai. Ce qu'il faut faire, c'est donner la joie autour de vous car le Sauveur est né. « (Cardinal Saliège, archevêque de Toulouse)

«Ce n'est certainement pas, pour prendre un exemple dans la vie courante, en gorgeant les esprits des invraisemblables stupidités d'un imaginaire chiffonnier dénommé "Père Noël" ou bien en remplaçant le culte de Dieu par celui de la force musculaire... que l'on verra se lever des générations robustes capables de vaincre les duretés de l'époque actuelle. » (Cardinal Roques, archevêque de Rennes.)

Les réactions de l'opinion publique fran­çaise (et américaine) désapprouvèrent générale­ment l'attitude de l'Église, chacun justifiant de façon charmante « les raisons pour lesquelles le Père Noël plaît aux enfants, et non celles qui ont poussé les adultes à l'inventer». C'est ainsi que Lévi-Strauss se penchant sur cet événement fit la constatation suivante dans les Temps modernes, mars 1952 : « Le Père Noël, sym­bole de l'irréligion, quel paradoxe! Car dans cette affaire, tout se passe comme si c'était l'Église qui adoptait un esprit critique avide de franchise et de vérité, tandis que les rationalis­tes se font les gardiens de la superstition. Cette apparente inversion des rôles suffit à suggérer que cette naïve affaire recouvre des réalités plus profondes ».

Toujours est-il que l'Église se garda bien de relever les critiques à son égard et se mura dans un silence discret. L'affaire eut un dernier rebondissement lorsque l'Académie des Scien­ces, Arts et Belles Lettres de Dijon réhabilita le Père Noël, la veille du Carnaval ! Il s'y introduisit sur la pointe des pieds par la petite porte de la section Folklore... En février 1952 donc, «la vénérable Société, célèbre pour avoir couronné la première œuvre de Jean-Jacques Rousseau, s'est penchée sur le cas du malheureux vieillard condamné un peu trop précipitamment, la veille de Noël dernier [...]. Elle a entendu, au cours de sa dernière séance, une communication d'un de ses membres, le chanoine de Cossé-Brissac, sur les origines du Père Noël. Devait-on le considé­rer comme un vulgaire usurpateur, introduit récemment par les incroyants pour prendre la place du Petit Jésus? L'Académie a d'abord voulu se renseigner sur son identité. Le person­nage était-il une invention publicitaire ou une déformation de saint Nicolas qui récompense les enfants sages à la même époque dans l'Est de la France et dans une partie de l'Europe? Les traditions proviennent de légendes qui sont elles-mêmes inspirées par d'anciennes croyan­ces. Il est donc probable que la tradition du Père Noël provienne d'une croyance païenne anté­rieure au christianisme chez les populations d'Europe et peut-être de l'Eurasie. «Le chanoine de Cossé-Brissac a émis l'hy­pothèse que ses origines remontent à Gargan, fils du grand dieu celte : Bel. Détail intéressant : Gargan portait une hotte et des bottes. C'était un géant bienfaisant qui faisait des montagnes en déversant sa hotte et des collines en décrottant ses bottes. Gargan devait en littérature donner naissance à Gargantua [...]. « Le Père Noël ne serait donc pas un usurpateur mais un ancien dieu incarné qui partage, le 25 décembre, une lourde tâche avec saint Nico­las. Telles sont les conclusions de l'Académie de Dijon », qui fit appel à tous les chercheurs pour préciser sa généalogie... mais en vain !

L'Académie lui ouvrit donc ses portes mais ne fit que démasquer derrière le Père Noël, un personnage païen, plus même, un personnage sacré qui ne serait autre qu'un dieu. Ce qui, d'une certaine façon, certes moins violente, confirmait l'intuition du clergé. Car, si l'on reprend au plus près les termes de ce procès, quel en est le véritable mobile? Le Père Noël serait un coucou, oiseau bien connu pour s'installer dans le nid des autres, pour ne pas dire dans la mangeoire, ou dans ce qui en tient lieu, puisque la crèche est interdite de séjour dans les écoles laïques. Et lors du cérémonial liturgique, au lieu et place des mystères du Moyen Age mis en scène sur les parvis, le tribunal d'inquisition le jugea comme ces héréti­ques dont on attendait un acte de foi (auto da fe) avant de les brûler comme ces sorcières possédées par le diable... comme le roi des Saturnales ou du Carnaval... Alors, dans ce grand jeu de la vérité, les enfants savaient-ils qu'en obéissant à leur évêque et en sacrifiant le Père Noël, descendant de l'évêque saint Nicolas, ils ne faisaient que remettre en scène une très vieille histoire?

(Sources : Catherine Lepagnol, Biographies du Père Noël. Ed. Hachette-1979

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Du symbolisme de la roue

Du symbolisme de la roue

 
 
 
 Le terme « roue » (« ruota ») est d'une lointaine origine indo-européenne. Il nous vient du latin « rota », dont l'étymologie est particulièrement intéressante. La racine d'où provient « rota » est *reth. Le substantif « ruota », nous explique le philologue italien Giacomo Devoto, en émergeant dans la langue, s'est comporté de la même manière que le mot « toga » (= toge) par rapport au verbe « tegmen » (signifiant « couvrir »; ndt: d'où « tegula », qui veut dire « tuile »); Devoto veut dire par là qu'il s'agit d'un substantif d'action dérivé d'un verbe de l'indo-européen commun des origines, disparu à l'ère historique, et qui a dû être *retere, que Devoto traduit par « courir en rond », ce qu'il faut probablement comprendre comme « se mouvoir autour d'un axe ». Cette interprétation nous semblera plus plausible, si on garde en mémoire que la racine *reth a donné, dans les aires germanique et celtique, à côté du latin, « rethim » et « roth » en irlandais, « rhod » en gallois, « rado » (d'où « Rad ») en vieil haut allemand, tous mots qui signifient « roue »; à la même époque lointaine, ce même terme nominal donne également les termes, qui, dans l'aire indo-iranienne signifient le « char » (en sanskrit: « ratas »; en avestique: « ratha ») et, qui, dans l'aire balte, désignent au singulier le « char » et, au pluriel, les « roues » (en lithuanien: « ratas »).
 
Le terme est absent dans les aires grecque, arménienne et slave. Mis à part cette absence, dans la plupart des langues européennes, le concept de « roue » s'exprime encore aujourd'hui par des termes apparentés: par exemple, le roumain « roata », le catalan et le portugais « roda », l'espagnol « rueda », le français « roue » et l'allemand « Rad ».

 
Pour ce qui concerne le symbolisme de la roue, on pense que la roue détient un rôle très important depuis les plus anciennes cosmogonies, notamment dans les mythes qui relatent la naissance de l'univers. A ce propos, reportons-nous à un passage fort important de l'oeuvre de René Guénon: « On sait que la roue est en général un symbole du monde: la circonférence représente la manifestation, produite par irradiation du centre; ce symbolisme est par ailleurs susceptible de revêtir des significations plus ou moins particularisées ». Ensuite, le métaphysicien français rappelle qu'en Inde deux roues associées, c'est-à-dire le char, correspondent à des parties diverses de l'ordre cosmique (ce qui est évident quand on se remémore ce que je viens d'écrire dans le présent article sur la signification de « ratas » dans la langue sanskrite). La forme circulaire de la roue, si nous continuons à suivre la pensée de Guénon, est le symbole des révolutions cycliques auxquelles sont soumises toutes les manifestations, qu'elles soient terrestres ou célestes; ainsi les deux roues pourraient bien représenter l'univers dans ses parties.
 
Mais il y a encore un symbole archaïque particulièrement important associé à la roue et à la royauté: celui de Chakravarti ou du « souverain universel »; étymologiquement, son nom signifie le « Seigneur de la Roue »; il en est le seigneur parce qu'il la domine en maintenant l'axe immobile. Dans ce symbole, la roue qui tourne autour du moyeu est la manifestation, tandis que le souverain, immobile, rappelle l'image du « moteur premier » dans l'oeuvre d'Aristote. La roue de l'existence dans le bouddhisme reprend une image similaire.

 
D'une certaine façon, les différentes « roues de la fortune », présentes dans l'antiquité et aussi au moyen âge occidental, ont également une signification « cosmogonique », archétypale et universelle. De même, le cas du « parasol » du Seigneur de la Roue se retrouve au sommet des grands arbres de Cocagne (Schlaraffenmast), où une grande roue trône, chargée de présents pour ceux qui parviennent à l'escalader complètement.
 
Alberto Lombardo
 
Source : La Padania - 10.09.2000
 

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Le pain sacré

 
 
Le pain sacré

 
Notre enfance a été bercée par la vieille légende de la femme orgueilleuse Hitt qui méprisa le pain, le maudit, et fut punie en étant changée en pierre géante. Comme dans la plupart des légendes Européenne, un mythe datant des temps les plus reculés s'est aussi perpétué dans celle-ci. Le pain porteur de vie et de salut était sacré dans le Mitgard, dans le monde humain protégé des dieux. Celui qui élevait la voix contre lui devait retourner à Udgard, le monde désert des géants de pierre dans lequel il n'y avait pas de pain ni de vie, ni de paix sacrée pour les clans.
 
Une époque vénale ne jugeant les valeurs de la vie qu'à leur prix matériel a presque oubliée ce mythe séculaire ; seuls les plus fidèles gardiens d'un patrimoine inconscient, les paysans et les enfants, l'ont encore en mémoire. Mais il se révèle à nouveau à ceux qui savent voir. À cette époque antique, l'homme et la femme défrichaient avec une houe en pierre un sol peu fertile dans lequel le grain porteur de vie avait bien du mal à pousser. De culture en culture, ce dieu salutaire commençait sa marche triomphale dans tout le pays, apportant la vie sédentaire et la paix aux familles partout où il prenait racine. Le blé et le pain devinrent donc les symboles de l'esprit universel dispensant la vie. Il symbolisait la loi universelle et éternelle à laquelle l'homme est aussi soumis, à la fois inévitable et rassurante : « Mort et naissance. » Le mythe de ce processus universel avait aussi son équivalent dans celui du pain, qui germe, croit, mûrit et meurt, reproduisant ainsi cet événement. L'esprit présent dans le blé permet à la vie sacrée de surmonter le froid rigoureux de l'hiver et de renaître au printemps. Il assure la vie de l'homme qui en dépend tant que son existence est inconcevable sans lui.

 
« Sacré », tel est le mot que l’Européen attribue à tout ce qui porte et véhicule la vie. Le pain est sacré pour lui lorsqu'il le répand sous forme de blé dans le champ ; sacré lorsqu'il le fauche, le broie et finalement le consomme. Le dieu céleste et sa compagne terrestre elle-même s'incarnent dans l'image du pain sacré. La grande période de l'année est célébrée quand le ciel embrasse amoureusement la terre maternelle de sa force solaire pour engendrer les grains détenteurs de la vie.
 
Nos ancêtres saluaient ainsi la « noce sacrée », qui était aussi l'époque de la noce humaine. A l'époque où les grains mûrissent, le cortège des paysans demande la bénédiction divine pour le pays. Et encore au Moyen-âge, le paysan qui labourait se trouvait placé sous une protection juridique tout à fait particulière. Finalement arrive l'époque de la mort qui représente un sacrifice au sens vrai du terme ; le moissonneur fauche les tiges ondulantes qui, par leur mort, doivent servir la vie. Tel est le fondement du vieux mythe du sacrifice du dieu ; le dieu de la moisson, du blé et du pain est donc également celui de la guerre qui fauche, le très ancien Wotan, qui produit la vie en la détruisant. Les paysans mettent la dernière gerbe dans le champ, symbolisant la survie du blé ; elle est destinée au coursier de Wode ; elle s'appelle même Wode car elle abrite la vie divine de façon symbolique.
 
Dans le même esprit, on mettait un peu de blé dans la tombe des morts, l'endroit de la maison dans lequel le blé était conservé était une pièce sacrée, et les halles germaniques, par exemple, recelaient un sanctuaire où habitait la vie divine elle-même.

 
Les Grecs racontaient que Dionysos, le fils de Zeus, fut déchiré et dévoré par les Titans ; mais les Titans fracassés engendrèrent la lignée des hommes qui tous portent en eux des parcelles de Dionysos. Les Germains ont créé le mythe du pain sur une base tout à fait similaire ; Wotan, qui vit encore aujourd'hui chez certains paysans, s'offre lui-même en sacrifice, de même qu'il prend aussi la vie des hommes quand c'est nécessaire. Mais il survit sous des formes différentes : dans le pain sacré comme dans la boisson enivrante, étant honoré comme son inventeur, et par laquelle il transmute et élève l'esprit de l'homme.
 
Le vieil esprit du blé vit encore aujourd'hui dans nos croyances populaires à travers divers symboles ; que ce soit le bonhomme de paille qui chasse les enfants hors du blé pour protéger les fruits sacrés ; que ce soit le « coq de seigle » ou le « cochon de seigle » qui représentent les images de l'esprit vital et donnent aussi leur nom à la dernière gerbe. Une idée mythique très ancienne s'incarne dans le coq de moisson, qui décore la dernière charrette dans de nombreuses régions allemandes et qui est disposé sur la porte de la grange sous forme d'un symbole de bois.

 
Le pain et tous les gâteaux sont donc sacrés ; déjà lors des temps archaïques on donnait au pain la forme des symboles du cercle représentant le monde sacré, la forme du dieu de l'année ou de ses victimes, mais surtout du signe de la renaissance éternelle et de la vie victorieuse. A chaque nouvelle année, ces gâteaux étaient mangés en honneur de la divinité dispensatrice de vie. Manger le pain concrétise de façon symbolique la réunion de Dieu et de l'homme ; les morts du clan et du peuple y participèrent donc aussi. Encore aujourd'hui lors de la fête des morts, on distribue le « pain de toutes les âmes », car ils sont aussi soumis à la grande loi de l'univers.
 
 
J. 0. Plagmann
 

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La chasse sauvage

La chasse sauvage,

Par Claude Lecouteux et Philippe Walter



 


Dans tous les pays germaniques elle porte le nom d'« Armée » ou de « Chasse de Wodan / Odin » (Wuotes her, Odinsjagt, etc.), et elle apparaît en France sous une quarantaine de noms différents, selon les provinces (Chasse Artus, Caïn, du Diable, Maligne, Mesnie Hellequin, etc.).

On désigne ainsi une bande de morts menée par un géant borgne, qui parcourt la terre pendant le cycle de Douze jours (Noël-jour de l'an). On l'interprète comme une personnification de la tempête, mais cette signification n'est pas originelle ; il s'agit plutôt d'un avatar du culte des morts. Les Douze jours sont une période clé où les trépassés peuvent revenir, où l'au-delà est ouvert. Cette conception rappelle les Anthestéries grecques (en février) et les Lemuria romaines (9, 11 et 13 mai), quand les dieux Forculus, gardien des portes, Limentinus et Limentina, préposés au seuil, et Forcula, protectrice des gonds, sont impuissants à s'opposer à l'irruption des défunts dans les habitations.

L'Église interpréta ces bandes de morts comme celles de damnés et inscrivit la Chasse sauvage dans le grand cycle de la punition des péchés. Les membres de la troupe sont des enfants morts sans baptême, des suicidés, des assassinés, des meurtriers, des adultères, ceux qui ont troublé un office religieux ou rompu le jeûne pendant carême... Qui se trouve sur le chemin de la Chasse sauvage court risque d'être emporté, ce qui faillit arriver à Ronsard, si nous (croyons son Hymne des Daimons. La première relation sur la Chasse sauvage date de janvier 1092 et elle est due à Orderic Vital. Dès 1170 environ,  les témoignages se multiplient. Ce thème mythique extrêmement populaire s'est peu à peu enrichi de détails significatifs : un chariot fait partie de la troupe où se rencontrent aussi des animaux.

J. Triebensee composa un opéra intitulé La Chasse sauvage, présenté à Budapest en 1824.

Claude Lecouteux

Source : Dictionnaire de Mythologie Germanique – Editions Imago - 2005




Un extrait de la chronique normande d'Orderic Vital pour l'année 1092 permet de retrouver ce personnage majeur de la mythologie médiévale à travers le motif de la tonitruante Chasse sauvage gouvernée par Hellequin. On désigne ainsi la « maisonnée » du roi et seigneur de l'Autre Monde accompagné de sa troupe de guerriers avides de cadavres. Dans ce cortège effroyable, on voit apparaître, dans un vacarme assourdissant, un personnage qui ressemble étrangement aux nombreux revenants et créatures de l'Autre Monde qu'évoquent les grands textes littéraires du Moyen Age. Ce texte présente en réalité la figure centrale de toute la mythologie médiévale.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1092 (nuit de la Saint-Sylvestre), le prêtre de Bonneval (Orne) rentre chez lui après avoir visité des malades. Soudain, il entend un fracas terrifiant et aperçoit une armée aérienne qui s'approche de lui. Il veut se cacher près de quatre néfliers quand un homme, d'une imposante stature et doté d'une massue, l'oblige à rester près de lui. Toute une armée sauvage défile alors sous les yeux du prêtre terrorisé. Ce sont d'abord des fantassins qui transportent le produit de leurs pillages. Puis, arrivent des fossoyeurs qui portent cinquante cercueils ; le géant à la massue les accompagne. Des femmes à cheval les suivent en blasphémant et en avouant leurs crimes ; des clercs, des abbés et des évêques viennent ensuite en implorant le prêtre de prier pour eux. Et encore d'autres victimes. Le prêtre comprend très vite qu'il s'agit de la mesnie Hellequin à laquelle il n'a jamais voulu croire malgré les témoignages qu'il avait déjà entendus à ce sujet. Le prêtre veut s'interposer et arrêter l'un des chevaux mais, au contact du harnais, sa main brûle. Ensuite, il tombe malade et l'auteur de la chronique prétend avoir vu ses atroces brûlures.


La tradition rapportée par Orderic Vital présente des éléments sédimentés et composites. Une patine chrétienne recouvre des motifs plus authentiquement païens. La christianisation du mythe est évidente. L'apparition des pécheurs tourmentés fait penser à une sorte de Purgatoire ambulant où les âmes coupables subissent le châtiment de leurs fautes terrestres.

Cependant, cette dimension chrétienne n'efface pas pour autant le substrat païen. La présence des « Ethiopiens » au teint sombre dénonce la véritable apparence des créatures féeriques. Ces êtres d'une noirceur mythique apparaissent comme de véritables créatures démoniaques ; ils sont en fait l'incarnation des revenants, la parfaite représentation des êtres de l'Autre Monde dans la littérature médiévale ou les textes hagiographiques.

Le vacarme infernal qui accompagne la chevauchée des revenants signale à lui seul son caractère démoniaque et démentiel. La présence du géant à la massue dénonce enfin une divinité de l'Autre Monde qui pourrait bien évoquer le célèbre dieu au maillet de la tradition celtique. Pour la mythologie irlandaise, ce personnage à la massue est le Dagda (« le dieu bon ») ; son arme tue par un bout et ressuscite par l'autre. Dans tous les cas, on se trouve bien devant une figure divine, celle de ce Grand Démiurge dont Jules César indiquait qu'il était le dieu principal des Gaulois.

La permanence de la Chasse sauvage dans les croyances et le folklore ne saurait être mise en doute depuis le haut Moyen Age jusqu'à l'époque moderne. Le texte d'Orderic Vital écrit au xif siècle peut être comparé à des traditions folkloriques relativement modernes ainsi qu'à un passage de la Vie de saint Samson qui, dès le VIIe siècle, atteste cette croyance, probablement plus ancienne encore.

Alain-Fournier, l'auteur du Grand Meaulnes, était originaire du Berry et connaissait la tradition de la chasse Gayère, autre nom de la Chasse Gallery, la Chasse Arthur ou Mesnie Hellequin. Un soir, tandis qu'il participait à une veillée dans une chaumière chez des amis, un bruit terrifiant surprit les hôtes et les pétrifia durant un bon moment. Seul, le jeune fils du maître de maison se leva et, après avoir ouvert la porte, cria au-dehors : « Gayère ! Pars à ta chasse et va-t'en au diable ! » Le fracas ne fit qu'augmenter et des ossements tombèrent dans l'âtre par le trou de la cheminée, diffusant au contact des flammes une odeur pestilentielle dans toute la maison.

Les légendes relatives au Chasseur noir participent des mêmes croyances. Ses Chasses sauvages ne cessaient de hanter les forêts de toute l'Europe. Selon certains chroniqueurs, le roi Charles VI aurait fait sa rencontre dans la forêt du Mans. Ce serait même l'origine de sa folie, si l'on en croit ces témoignages.


On pourrait douter du caractère ancien de ces croyances si l'on ne trouvait dans la Vie de saint Samson un récit exactement parallèle qui adapte les mêmes éléments mythiques. Le saint est parti en voyage et traverse une forêt en compagnie d'un jeune diacre. Soudain, les voyageurs entendent un cri perçant qui déchire l'air de la forêt. Affolé, le jeune diacre s'enfuit, alors que Samson fait sur lui le signe de la croix. Il aperçoit ensuite une sorcière hirsute et rousse. Elle tient un épieu de chasse à trois pointes et donne l'impression de se déplacer en volant dans la forêt. Samson poursuit la vieille sorcière que le texte latin désigne sous le nom de theomacha, c'est-à-dire de « géante », et parvient à l'exterminer non sans lui avoir soutiré quelques secrets sur son origine féerique.

Cette figure aérienne, qui participe à une chasse perpétuelle dans la forêt, n'est autre que la divinité de l'Autre Monde qui gouverne la Chasse sauvage. Il s'agit tantôt d'une femme, tantôt d'un homme, mais le trait le plus significatif qui la caractérise est sans conteste son aspect gigantal. Le géant, créature mythique par excellence, se trouve ainsi au cœur du mythe des Douze Jours sauvages. Du fait de sa valeur très ambiguë, il est à la fois un souverain de l'au-delà (maître du passage vers la Mort) mais aussi un dispensateur de vie et de fécondité.

Philippe Walter

Source : Mythologie chrétienne – Editions Imago – 2003

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Noël, le Solstice d'hiver

Noël, Le solstice d'hiver



Noël, ou la récupération


Comme chacun le sait, la fête de Noël (Jul) correspond aux anciennes festivités indo-européennes du solstice d'hiver.

Le mythologue Marc de Smedt le rappelle, après bien d'autres : "Noël n'est qu'une adaptation à la nouvelle religion (chrétienne) des fêtes que les Anciens et les Barbares célébraient lors du solstice d'hiver - et il en est de même pour toutes les fêtes chrétiennes, bien que l'Eglise l'ait très longtemps nié" (Le Nouvel Observateur, 23 décembre 1974). C'est ainsi que la fête de l'annonce à Marie, le 25 mars, soit neuf mois avant Noël (durée de la période de gestation) était célébrée à Rome bien avant le christianisme : c'était la fête de l'annonce à Cybèle.

Après beaucoup d'hésitations, l'Eglise s'est décidée à fixer la date de la naissance supposée du Christ au 25 décembre afin de la faire coïncider avec un rite plus ancien : la première mention latine de cette date comme fête de la Nativité remonte à l'an 354, la célébration proprement dite n'étant apparue qu'à la fin du IVe siècle. En 525, Dyonisius le Petit, consacrant une tradition alors vieille d'un peu moins d'un siècle, fixe la date de la naissance supposée de Jésus au 25 décembre de l'an 1, qu'il assimile à l'an 754 de la fondation de Rome. En fait, si les festivités du solstice d'hiver ont toujours eu lieu à la même époque de l'année, nous ignorons non seulement le jour de la naissance de Jésus, mais même l'année. Sur ce point comme sur bien d'autres, la contradiction entre les canonistes est totale.
 


 


On notera à ce sujet que les contradictions concernant la naissance de Jésus s'étendent plus loin encore, jusqu'au lieu même de sa naissance (Nazareth, ou Bethléem ?) et à son ascendance davidique présumée. David Flusser écrit à ce sujet :  [...] "Les deux généalogies de Matthieu et de Luc ne sont identiques que d'Abraham à David. Les difficultés propres aux deux successions et leurs importantes divergences laissent donc l'impression que les deux généalogies de Jésus ont été établies dans le seul but d'établir la descendance davidique de Jésus". (Jésus, Le Seuil, 1970). La volonté de manipuler et de récupérer l'histoire au service de la Révélation ne pouvait manquer de s'appliquer également à des festivités aussi populaires et aussi enracinées que celles qui entourent les deux périodes solsticiales.


Comme en bien d'autres occasions, l'Eglise, après avoir cherché à détruire, a fini par composer.

Au départ, son hostilité ne fait pas de doute. N'est-il pas écrit dans le Deutéronome : "Quiconque aura honoré le soleil ou la lune, ou un être dans les cieux, devra être lapidé jusqu'à ce que mort s'ensuive" (XVII, 2-5) ? Le psychiatre Ernst Jones a été jusqu'à écrire : "On pourrait se demander si le christianisme aurait survécu s'il n'avait pas institué la fête de Noël avec tout ce qu'elle signifie" (Psychanalyse, folklore et religion, Payot).

Aujourd'hui, René Laurentin reconnaît que cette "naissance de Jésus, dont les Evangiles ne nous disent pas la date, l'Eglise l'a située au solstice d'hiver" (Le Figaro, 26-27 novembre 1977). Il ajoute : "Le symbole cosmique du solstice d'hiver popularise et vulgarise à la fois la fête de Noël parmi nous" (ibid.)
 


Marc de Smedt explique : "Ce n'est pas par hasard que, la date exacte de la naissance de Jésus restant inconnue, un concile décidé néanmoins de fête l'anniversaire de cette nativité le jour du 25 décembre, jour du solstice d'hiver, qui ouvre la phase ascendante et lumineuse du cycle annuel. Partout, on allumait alors des feux en signe de joie. Saint-Augustin et l'Eglise démentirent, bien sûr, ces origines païennes, mais il n'en reste pas moins que le 25 décembre était l'anniversaire des dieux soleil [...] Jésus naît la nuit, il vainc l'obscurité, cette vieille angoisse de l'homme, et symbolise la victoire périodique de la lumière fraternelle qui va aider au renouveau de la vie et à l'éclosion cyclique de la nature porteuse de fruits. La réanimation de la lumière équivaut à un renouvellement du monde. La partie du solstice d'hiver ouvre un cycle : dans la tradition hindoue, c'est le début du deva-yâna, la voie des dieux, par opposition à la pitri-yâna du solstice d'été, qui figurait le commencement de la voie des ancêtres" (Le Nouvel Observateur, art.cit.).


D'un autre côté, la fragilité de l'argumentation historiciste appuyant cette récupération, ainsi que la prégnance de vieux symboles païens dans les célébrations de Noël, ont induit dans certains milieux chrétiens une tendance marquée à la "démythologisation" de Noël. Le fait, à vrai dire, n'est pas nouveau. Certaines sectes protestantes récusent le caractère de fête du 25 décembre et y voient une célébration purement païenne. Tel est le cas des Témoins de Jéhovah (qui font remarquer que, si le jour de la naissance de Jésus avait eu la moindre importance, la Bible l'aurait à coup, sûr mentionné) et, aux Etats-Unis, de la Worldwide Church of God fondée par Herbert W. Armstrong (cf. le Sunday Sun du 28 décembre 1980). Par ailleurs, pour l'église orthodoxe, la fête de Pâques a toujours eu plus d'importance, on le sait, que la fête de Noël.
 

La nouveauté est que cette tendance atteint également les milieux catholiques. Une thèse de ce genre est notamment développée par Raymond E. Brown, membre (catholique) de l'Union Theological Seminary, dans un livre intitulé The Birth of the Messiah (1977). A Paris, dans La Croix du 21-22 décembre 1980, Etienne Got propose lui aussi de " démythiser Noël ". Tel est d'ailleurs le titre de son article. Sa conclusion est la suivante : " Démythisons, mais gardons l'essentiel : une jeune juive nommée Marie donne naissance, loin de chez elle, dans un pays occupé, à un garçon qu'elle nomme Jésus, qu'elle pressent être le Messie ".

Le solstice d'hiver, ou la Tradition

A Rome, bien avant la célébration de Sol Invictus, le solstice est nommé bruma, breuissima (dies), journée qui correspond au 21 décembre. On a également recours à une autre racine, qui a donné le mot angor. "Il est de bon latin, à toute époque, de notre par angustiae un espace de temps ressenti comme trop bref, fâcheusement ou douloureusement bref, et Macrobe ne manque pas de l'employer et de le répéter quand il dramatise ce tournant de l'année" (Georges Dumézil, La religion romaine archaïque, Payot, 1966).

Ovide écrit : "Le solstice d'été n'abrège pas mes nuits, et le solstice d'hiver ne me rend pas les jours angustos" (Les Tristes 5, 10, 7-8) . La religion ressent ces angustos dies solsticiaux : une déesse et un culte en assurent le franchissement. Cette déesse du solstice, c'est Diua Angerona, dont les festivités, dénommées Diulia ou Angeronalia, se déroulent le 21 décembre. Ce jour là, les pontifes offrent un sacrifice in curia Acculeia ou in sacello Volupiae, proche de la porte Romanula, une des portes intérieures de Rome, sur le front Nord du Palatin. Dans cette chapelle se trouve une statue de la déesse, avec la bouche bandée et scellée ; elle a un doigt posé sur les lèvres pour commander le silence. Pourquoi cette attitude ? Georges Dumézil explique, en se référant à d'autres mythes indo-européens : "Unes des intentions du silence, dans l'Inde et ailleurs, est de concentrer la pensée, la volonté, la parole intérieure, et d'obtenir par cette concentration une efficacité magique que n'a pas la parole prononcée ; et les mythologies mettent volontiers cette puissance au service du soleil menacé" (op.cit., p. 331).
 


En ce qui concerne les Germains, l'historien Grec Procope (IVe siècle) dit qu'au coeur de l'hiver, les hommes des "pays du Nord" envoient des messagers au sommet des montagnes pour guetter le retour du soleil, lequel est annoncé par des feux ou des roues enflammées auxquelles on fait dévaler les pentes. De son côté, Tacite (55-120) raconte dans ses Annales que les Germains célèbrent le solstice d'hiver par des festivités et des festins.


Il faut noter ici que le solstice d'hiver est un simulacre du Ragnarök : la fin de l'année est la "représentation" cyclique de la fin du monde (qui clôt elle-même un grand cycle du temps). C'est pourquoi dans l'Edda, l'époque du "crépuscule des dieux", durant laquelle le soleil - comme Odhinn lui-même- est avalé par le loup Fenrir (ou par un fils de Fenrir), est appelée Fimbulvetr, c'est à dire le Grand Hiver. C'est pourquoi également Vidarr, le dieu qui permet la renaissance du monde et qui parvient à terrasser Fenrir (Völuspa, 55) - grâce à quoi le soleil est remplacé par sa fille, c'est-à-dire par un nouveau soleil (dans les langues germaniques, le mot "soleil" est du genre féminin) -, est défini comme l' "Ase silencieux". L'analogie entre l'action de Vidarr, qui implique le silence, et celle de la déesse romaine du solstice, Angerona, dont l'attitude commande aussi le silence, saute aux yeux. Le silence est nécessaire à Noël pour que le dieu / la déesse sauve le soleil du péril et de la mort.

A cet égard, le passage essentiel de l'Edda se trouve dans le chant de Wafthrudnir au moment où, à la question de Gôngrôder : "D'où viendra le nouveau soleil dans le ciel uni, lorsque le loup aura avalé celui que nous voyons ?", le sage Wafthrudnir (Wafthrunder) répond : "Le soleil, avant d'être anéanti par le loup, donnera le jour à une fille ; quand les dieux disparaîtront, elle suivra la même route que sa mère". On notera par ailleurs que dans la mythologie germanique, le loup est constamment attesté comme le symbole de l'hiver et qu'en Allemagne du Sud, l'ancien nom du mois de Décembre (Julmond ou Julmonat) est attesté, lui aussi, en Wolfsmond, le "mois du loup".
 

Dans son essai sur La vie religieuse de l'Islande, 1116-1263 (Fondation Singer-Polignac 1979, p. 369) , Régis Boyer souligne également : "Tout comme elle a dû confondre Noël et jól et, outre la jólaveizla (le "banquet de Jul") , la jóladrykkja (la "libation de Jul") , le jólabodh, les pratiques qui allaient de pair : hospitalité libéralement accordée (jólavistar) et la paix sacrée (jólafridhinn), l'Eglise a assimilé les fêtes d'équinoxe d'automne, vetr-naetr, à la Saint-Michel et celles du solstice d'été, sumarmàl, à la Saint-Jean, de même que celles de la mi-été (midhsumar)". De son côté, un auteur comme Folke Ström (Nordisk hedendom, p. 61) a montré que le jól (Jul) islandais était l'ancien sacrifice nordique de l'àlfablót.

Source : GRECE Traditions - Editions du Labyrinthe - Janvier 1996    


    


BON JUL 2008 A TOUTES ET TOUS !


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La Saint Nicolas, le 6 décembre

LA SAINT NICOLAS, le 6 décembre

 

Dans beaucoup de provinces européennes, le cycle de Noël commence le 6 décembre, jour de la Saint-Nicolas, pour se terminer le 6 janvier, jour des Rois.

On est pas certain des origines historiques de la figure de Saint-Nicolas. Aucun texte historique ne peu attester de sa réelle existance.

La propagande chrétienne en fait l’unique fils de parents aisés, né vers 270 à Patras, une ville de Lycie en Asie Mineure. Il se serait distingué par sa piété et ses bienfaits. Il serait mort en 342 ou en 347. Il aurait participé, en qualité d’évêque de Myre en Anatolie, au Premier Concile de Nicée en 325, où il aurait pourfendu la thèse d’Arius, qui affirmait des natures différentes pour chaque personne divine, et quant à lui, il aurait soutenu le point de vue orthodoxe, c’est-à-dire celui de la Trinité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.


D’après la légende galiléenne, les ossements de ce saint fabuleux auraient été transportés en 1087 de Myre à Bari en Italie méridionale. Depuis lors, son culte n’a pas cessé de croître en Occident, en se propageant par les voies fluviales de l’Europe centrale et septentrionale, de même que les voies terrestres qui partaient d’Italie pour mener en France et en Allemagne. Cologne et Trêves sont devenues ainsi des hauts lieux du culte de Saint Nicolas. Ce culte s’est, ensuite, étendu en Scandinavie et en Islande, de même que dans les colonies allemandes de Silésie et de Poméranie et, enfin, dans les villes baltes de Riga et de Reval.

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