Résistance Identitaire Européenne

Traditions


L'ORIGINE DES GÉNIES DOMESTIQUES

 

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1. LES GÉNIES ET LES DIEUX

Dans ce qui précède, nous avons pu découvrir qu'il existait un lien ténu entre certains génies et les anciennes divinités du paganisme. Si, dans quelques cas, les genii domestici semblent être les hypostases de dieux et de déesses du type de ceux que nous rencontrons dans l'Antiquité classique, dans d'autres cas les informations nous permettent de voir que les créatures étudiées peuvent être considérées comme les avatars de dieux, comme leur forme sécularisée. Au XIXe siècle, Hersart de La Villemarqué notait déjà (1) :

« A la fin de l'époque païenne, les génies domestiques semblaient avoir détrôné les dieux publics et généraux. La dévotion populaire, en se détournant de Teutatès, d'Heusus, de Belen, et de plusieurs autres habitants de l'Olympe celtique, s'était portée de préférence vers les divinités locales, moins haut placées et par cela même plus accessibles aux humains. »

Les traditions lituaniennes sont ici très révélatrices. Dans les anciens temps, le foyer était sacré et le centre d'un culte familial voué à Dimispatis. Les Annales des Jésuites notent, en 1604, que les habitants de ce pays « possèdent des dieux domestiques (deos domesticos) qu'ils appellent Dimispatis dans leur langue et sur lequel existent diverses opinions. Certains disent que c'est le dieu du feu et qu'il protège la maison de l'incendie, et ils lui offrent une poule [...]. D'autres déclarent qu'il s'agit de la mère de famille, et ils offrent aux mères un porc... ». Les génies liés au foyer et au feu procèdent donc certainement de Dimispatis dans ce pays.

Les barstucci et l’aitvaras sont, eux, considérés comme les serviteurs de Puscetus puis rapprochés des nains, mais « l'analyse contrastive de leur signification montre que les premiers sont liés à la terre et à l'eau, les seconds étant liés au feu et à l'air », note Jean Haudry (2).

Si nous englobons du regard les traditions mythologiques qui ont donné naissance aux croyances ou qui les ont influencées, à moins que ce ne soit l'inverse, nous voyons que chaque domaine possède sa ou ses divinités. En Lituanie, ce sont les Mères, Mère de la Forêt, du Vent, de la Neige, de la Nuit, etc. ; des esprits protecteurs comme les Laukasargai ou Zemespatis, le maître de la terre, veillent sur les champs ; — des divinités agraires, comme Ceroklis, protègent le blé, Useling (Using) s'occupe des chevaux, Tenisins veille sur les porcs... Un vieillard letton, interrogé par les Jésuites qui lui demandaient combien il y avait de dieux, répondit :

« II y a différents dieux, selon la diversité des gens, des lieux et des besoins. Nous avons un dieu qui règne sur les Cieux, nous en avons aussi un autre qui domine la Terre ; celui-ci, qui est le plus grand sur Terre, a sous ses ordres d'autres dieux de moindre importance. Nous avons un dieu qui donne le poisson ; un autre, le gibier ; nous avons un dieu pour le blé, pour les champs, pour les jardins, pour le bétail, c'est-à-dire pour les chevaux, les vaches et les autres animaux domestiques. Les sacrifices qu'on leur fait sont aussi différents : aux uns, des offrandes plus larges, à d'autres, des moindres, d'après la qualité de ces dieux, et toutes ces offrandes sont faites à certains arbres et à certains bois. Ces arbres sont dits sacrés. Au dieu des chevaux — que l'on appelle Deving Usching —, chacun offre deux sols et deux pains, et jette dans le feu un morceau de lard. A Moschel, le dieu des vaches, on offre le beurre, le lait, le fromage, etc., et, si une vache tombe malade, on fait vite une offrande aux arbres et elle va mieux. Au dieu des champs et des blés, le Deving Cerklicing, ils font dans les bois, à certains moments, le sacrifice d'un bœuf noir ou d'une poule noire, d'un porcelet noir, etc., et quelques tonneaux de bière, un peu plus ou un peu moins, selon la manière, et comme ce dieu Cerklicing les aura aidés (3). »

Ce témoignage très riche prouve qu'il n'existe pas de ligne de démarcation bien tranchée entre les dieux et les génies ; la nature des offrandes et l'endroit des sacrifices montrent comment les substitutions ont pu s'opérer ; l'exemple de la façon dont on obtient la guérison d'un animal malade est révélateur.

Bref, la nature est entièrement peuplée d'êtres surnaturels, tout domaine est confié à la garde de divinités ou de génies, et nous pouvons envisager une ligne d'évolution. Les besoins matériels des hommes et leur désir de se protéger contre les catastrophes menaçant leur survie — épizootie, calamités météorologiques, incendie, etc. — ont fait naître ces entités d'abord appelées dieux puis, lorsque la mythologie n'a plus correspondu au développement social et religieux d'un peuple, seule s'est conservée la fonction de ces créatures surnaturelles. Elles quittèrent donc le panthéon pour désormais résider chez les hommes, dans les lieux que nous avons vus plus haut. Les divinités des fruits de la terre sont entrées dans les granges et celles du bétail dans les bâtiments qui lui sont dévolus. En quelque sorte, les divinités se sont sédentarisées et attachées à des demeures précises. Il est difficile de savoir dans quelle mesure le culte des ancêtres a ici joué un rôle important, mais des indices parlent en faveur d'une interaction des deux sphères, celle des dieux et des morts, notamment les offrandes et sacrifices qui tombent à des dates où l'on vénère en même temps les défunts et les dieux (4). La question des repas sacrificiels organisés en hiver chez divers peuples d'Europe mériterait d'être creusée car elle permettrait sans doute de préciser les choses, ces repas étant souvent destinés à la fois aux bons morts et aux génies. Signalons un dernier indice de cette transformation des dieux en génies : il n'est pas rare de voir que le genius domesticus ne réside pas directement dans la maison mais dans le courtil, le clos, voire la haie qui délimite l'espace domestique, la ferme ou la demeure, ou encore dans un arbre ou une pierre se dressant dans la cour. Peut-être tenons-nous là l'étape intermédiaire précédant l'installation du génie au sein de la maison...

Les éléments lexicaux ne doivent pas non plus être négligés. Une lettre que Maeletius adresse à Georg Sabinus, recteur de l'Université de Königsberg, donne une liste de divinités parmi lesquelles nous trouvons un certain Piluitus, « dieu des richesses que les Latins appellent Plouton (5) ». Or ce Piluitus n'est pas un inconnu pour nous, c'est le Bilwiz des traditions allemandes, être assimilé aux nains et considéré tantôt comme un génie domestique, tantôt comme un démon du blé (6). Or Maeletius le place sur le même rang que de grandes divinités comme Patrimpas, Putscetus et Antrimpas ; du reste, il n'oublie pas les Barstucci dans son énumération, précisant que les Allemands les nomment erdmenle, c'est-à-dire « Subterranéens (7) », ce qui n'est pas tout à fait exact puisque les traditions populaires distinguent l'Hommuncule de la Terre des Subterranéens (Underjördiske, Unterersche, etc.). Quoi qu'il en soit, cet exemple permet de se faire une idée des glissements qui se sont opérés au cours de l'évolution historique.

L'étude lexicale et sémantique permet d'autres avancées. Dans le cas du Schrat, que Michael Beheim présente comme un genius catabuli au XVe siècle, elle met au jour la collusion entre génies et morts. Dans les gloses les plus anciennes, schrat est traduit par larva et monstrum, « mort, revenant », et par lares mali, « mauvais Lares ». Beheim déclare : « Bien des gens croient que chaque maison possède un petit schrat qui fait la fortune et accroît le prestige de qui l'honore », alors que Hans Vintler, qui vivait à la même époque, affirme : « Beaucoup croient que le schrat est un petit enfant aussi rapide que le vent, et une âme en peine (8). »

L'enchevêtrement des traditions populaires ne permet pas de conclusions péremptoires ; les indices relevés indiquent toutefois que, derrière les amalgames et superpositions, se cachent une logique et une évolution historique qui tendent à rapprocher les créatures surnaturelles des hommes.

 

220px Genio romano de Ponte Puñide M.A.N. 1928 60 1 01

 

2. L’ORIGINE SELON LES TRADITIONS POPULAIRES

Comment une habitation, simple demeure ou ferme, acquiert-elle un génie qui va la protéger ? À cette question sans cesse posée par les ethnologues au cours des grandes enquêtes de la première moitié du XXe siècle, les paysans interrogés ont répondu de diverses façons, toutes plus intéressantes les unes que les autres car une opinion fondamentale se dégage, qui lie le génie à un mort.

Les diverses traditions

L'enquête de Martti Haavio en Finlande donne un bon aperçu des explications fondamentales. Le génie est celui qui a allumé le feu pour la première fois dans la nouvelle maison, le fondateur de la ferme, celui qui est arrivé le premier sur le terrain de construction et l'a défriché, ou bien le premier habitant du lieu à avoir trépassé (9). En Ingermanie et dans d'autres régions des deux bords de la mer Baltique, ce peut être un génie topique que l'on a pour ainsi dire apprivoisé grâce au sacrifice de construction ou à un don, une offrande qui représente en fait le prix d'achat du terrain et donc l'exécution d'un contrat tacite entre l'homme qui s'installe et le génie (10). L'offrande est déposée sous le seuil, sous le plancher, dans un coin, entre deux poutres précises, etc., c'est-à-dire là où l'on estime que se tient le génie, celui-ci conservant apparemment ses droits de propriété et de gestion, étant nu-propriétaire, alors que le nouvel occupant n'est que l'usufruitier du lieu ; le génie réside où il veut dans la maison, en un ou plusieurs lieux dont le paysan n'a pas l'usufruit et, si on dort là, il vous réveille et vous contraint à changer de place (11), allant jusqu'à se transformer en cauchemar à forme de chat.

Dans les Alpes françaises, le génie est né d'un œuf de coq couvé dans du crottin de cheval ou d'un placenta qu'a mangé un chat ; on dit aussi qu'il s'agit d'un esprit errant qui n'a pas été baptisé, des âmes des enfants morts sans baptême mais une autre explication affirme qu'on peut l'acheter ou l'obtenir du diable : « Pour se procurer un diablotin, il faut se rendre avec une poule noire à la croisée de cinq chemins, dire une prière spéciale et se donner au diable pendant un an (12). » « Diablotin » n'est qu'un des multiples noms du génie en Isère. On dit la même chose en Lettonie à propos du pukis : il faut vendre son âme au diable ou le double — alter ego, âme externe — d'une personne maléfique (13). Dans la région de Riga, on affirme l'obtenir contre espèces sonnantes et trébuchantes. Le Servan alpin s'achète, se vend ou se transmet, et la même idée se retrouve partout outre-Rhin où l'on dit aussi qu'il faut l'inviter rituellement : « Dans la Marsch de Hattsted (Schleswig-Holstein), près d'une digue, habitait un paysan, un Frison appelé Harro Harrsen... C'était un esprit avisé qui savait se tirer de tout. En voyant une cavité dans un pilier de bois de chêne, il se dit qu'elle ferait un bon logis pour un petit Niskepuk. Quand sa maison fut édifiée, il cloua sous la cavité une planche large d'une main, comme une bordure, y posa une écuelle avec du gruau beurré à souhait et lança gentiment : "Venez donc, gentils Niskepuk !" Ils ne se firent pas attendre et arrivèrent pour examiner la nouvelle bâtisse. Ils la traversèrent en dansant et l'un d'eux, haut de trois pouces, y resta et s'établit dans la cavité du pilier (14). »

Chez les Sames, le Halde est souvent héréditaire dans certaines familles, mais on peut aussi en faire l'acquisition (15).

En Ingermanie, voici comment on décrit la « naissance » du génie domestique : « Quand on commence à édifier une maison, on élève une croix de bois, alors naît l'esprit ; la croix est debout jusqu'à ce que les murs soient dressés ; alors on la retire et on en fait du petit bois (16). » En Russie, chaque maison habitée possède un esprit appelé Domovoj, qui est souvent la première personne décédée.

Les traditions allemandes, fort bien étudiées par Erika Lindig(17), nous livrent des détails à ne pas négliger. Souvent, les génies s'engent auprès du maître de maison, exactement comme le ferait un valet de ferme ou un journalier, mais la méfiance des hommes les oblige parfois à recourir à la ruse. Pour entrer dans la maison, ils se transforment en un objet anodin et se placent au bord du chemin en attendant qu'on les ramasse et emporte. Cette tradition nous révèle donc qu’ils ne peuvent à priori investir une demeure sans y avoir été invités ou amenés, ce qui prouve bien que la demeure est un espace sacré qui s'oppose à l'irruption des êtres surnaturels. Il convient ici d’être prudent et de ne pas penser que cette conception est ancienne ; à notre sens, elle témoigne plutôt d'une diabolisation de tous ces petits démons qui sont privés d'une partie de leurs pouvoirs.

Le génie entre aussi dans l'habitation avec le bois de construction, et l'explication canonique est la suivante : un esprit a été banni, par un prêtre ou un sorcier, dans un arbre ; quand on abat celui-ci pour en faire une poutre, il y réside toujours et, une fois la nouvelle bâtisse édifiée, il entame une nouvelle vie, cette fois comme génie de celle-ci. Cette tradition soulève un problème que nous ne pouvons résoudre dans l'état de nos recherches mais qu'il convient de signaler. En norrois, la poutre se dit àns et dvergr, c'est-à-dire « Ase » nom d'une famille de dieux, et « nain » : cette pièce de bois de construction aurait-elle été ainsi nommée parce qu'elle était censée être le séjour d'un être surnaturel ou, tout simplement, parce qu'elle était sacrée, tout comme la poutre centrale soutenant le toit (gusitora) que les Goldes de l'Amour identifient au génie domestique (18) ?

Les génies et les morts

« Le premier habitant mort peut se transformer en génie domestique », note M. Haavio pour la Finlande. H.-F. Feilberg le confirme pour les pays Scandinaves, mais L. Honko constate que ce n'est jamais le cas en Ingermanie (19). Eugène Rolland cite un témoignage du Finistère qui dit : « Les lutins des écuries sont d'anciens valets de ferme. De leur vivant ils négligeaient les chevaux qui leur étaient confiés ; après leur mort, ils sont condamnés à en prendre soin(20). » Tout au long de notre enquête, nous avons sans cesse été confrontés à des indices qui impliquent un lien étroit entre le génie domestique et la mort, ce qui finit par forcer l'attention et soulever des interrogations. Voyons un peu quelles sont les traces significatives.

Chez les Valaques, le zimt est la fête des dieux domestiques, — chaque foyer en possède un — et des ancêtres. La maison est nettoyée, la table est dressée, on invite ses amis et on célèbre en même temps la mémoire des aïeux disparus, que l'on convie à la table où des places vides leur sont réservées(21).

En Bulgarie, à la fête des Morts, on déposait des offrandes dans le foyer en disant : « Réjouis-toi, maître de la maison (22). » En Allemagne, les âmes des ancêtres se tiennent volontiers près du fourneau, résidence habituelle des génies et, en Suisse, les traditions recueillies dans le canton d'Uri par Josef Mùller, au début du XXe siècle, nous disent que les âmes en peine séjournaient devant, derrière ou dans le poêle (23). Les défunts demeuraient aussi dans les portes (24) et dans le bloc de bois qui forme le seuil, et on affirmait ceci : « Celui qui abat une vieille maison dans le Schächental (Uri) et en construit une nouvelle ne doit jamais emporter le bloc de seuil qui doit être troué, sinon les esprits et le malheur de la demeure abattue entreraient dans la nouvelle (25). »

En Estonie, « on dépose pour les morts des nourritures sur le plancher d'une pièce », nous apprend J. Grimm (26) ; « le maître de maison y entre tard le soir avec une longue torche et incite les défunts à manger en les appelant par leur nom. Quelque temps après, quand il croit qu'ils se sont rassasiés, il leur ordonne, en brisant sa torche sur le seuil, de retourner là d'où ils sont venus et de se garder de marcher sur leur robe en chemin ; si la récolte était mauvaise, on l'attribuait à une mauvaise hospitalité des âmes », or ce rite recoupe celui destiné à se propitier les esprits domestiques. Un peu partout, le génie se comporte comme une dame blanche (banshee) et annonce la mort du maître des lieux (27). Il se confond souvent aussi avec l'esprit frappeur (Poltergeist) qui est la plupart du temps un défunt qui manifeste sa présence par des bruits divers (28).

Au XVIe siècle, la Chronique de Zimmern dit, parlant des erdemenle et des wichtenmendle : « Beaucoup croient qu'il s'agit d'hommes qui furent maudits autrefois et qui espèrent être rédimés par les humains, c'est pourquoi ils s'engagent et s'activent si gentiment chez les personnes pieuses et honorables (29). » Dans les Légendes allemandes, Grimm note à propos d'un lutin domestique, nommé Kurt Chimgen ou Heinzchen (30) :

« On pense que ce sont de véritables hommes sous la figure de petits enfants, vêtus d'une robe bariolée. Si l'on en croit certaines personnes, les uns auraient un couteau planté dans le dos, les autres un autre objet ; tous porteraient des marques plus ou moins hideuses, selon qu'ils auraient été tués autrefois de telle ou telle manière, avec tel ou tel instrument. Je dis tués car on les tient pour les âmes de ceux qui ont été anciennement assassinés dans la maison.

Si parfois il arrive que la servante soit curieuse de voir son petit valet, son Kurt Chimgen ou Heinzchen, noms qu'elle donne au lutin [...], l'esprit lui indique le lieu où elle pourra le voir, mais il lui recommande en même temps de porter un seau rempli d'eau froide. Là, elle le voit d'ordinaire étendu nu sur un petit coussin, avec un grand coutelas dans le dos. Plusieurs sont tellement effrayées à cette vue qu'elles tombent inanimées ; alors le lutin se lève aussitôt, leur verse le seau d'eau sur le corps et elles reviennent à elles, mais elles n'ont plus envie de voir le lutin. »

Le thème de la mort est tellement récurrent que les chercheurs ont admis qu'il était l'une des racines de la croyance aux génies domestiques — l'autre étant celle aux genii loci —, qui représenteraient même « l'âme collective » d'une famille (31) et relèveraient du culte des ancêtres. Leander Petzold remarque à ce propos que « le fondement de la représentation des génies domestiques est à chercher dans les Mânes, Lares et Pénates des Romains, auxquels on apportait des offrandes (de nourriture) dans le coin de l'âtre. L'âtre est consacré aux ancêtres dont on doit attirer la bienveillance par des sacrifices, et ils exercent une fonction tutélaire sur la maisonnée (32) ». En faveur de cette déduction, les érudits soulignent que les génies domestiques possèdent souvent l'aspect de personnes décédées, qu'ils sont largement anthropomorphes, que leur caractère est celui des hommes et qu'ils reçoivent les mêmes offrandes et témoignages de respect que les défunts aïeux. En outre, les uns et les autres se tiennent aux mêmes endroits dans la maison. Lorsqu'ils ont une forme animale, elle correspond souvent à celle des figurations de l'âme dans les croyances, à savoir serpent ou volatile. Enfin, il est remarquable que les génies entretiennent des relations précises avec les enfants : ils viennent les bercer la nuit et les nourrissent par exemple, et quand ils ont une forme ophidienne, ils mangent dans la même écuelle que les petits et jouent avec eux. Souvenons-nous que le sajbija bulgare est aussi un ancêtre décédé (33) et que, chez les Grecs, se rencontre la même conception (34).

Morts et génies sont donc censés se tenir dans les mêmes endroits au sein de la maison. Dans l'Antiquité classique, le nouveau-né était posé sur le foyer pour être présenté aux ancêtres et aux génies domestiques (35), et la survivance de ce rite se relève dans la Mark, la Poméranie et dans la région de Lubeck.

 

1024px Roman House Augusta Raurica August 2013

 

3. LES NOMS DES GÉNIES DOMESTIQUES

Les génies portent une foule de noms selon les pays et leur lieu de résidence. Ces noms sont parlants et méritent l'attention. Au Moyen Âge, les attestations sont déroutantes car la plupart des témoignages proviennent de clercs qui déforment tout en substituant aux dénominations locales des équivalents latins. Tous les noms des anciennes petites divinités romaines peuvent ainsi recouvrir des personnages des croyances locales, ce qui ne facilite guère l'enquête, et seul le contexte permet de voir ce qui se dissimule derrière les vocables issus d'une autre culture et déformés par la vision chrétienne des choses. Nous avons pu voir que des termes comme faunus, satyrus, portunus et pilosus qui, chez les Romains, désignent des divinités champêtres et sylvicoles, équivalaient à des génies domestiques chez Burchard de Worms et Gervais de Tilbury. Dans la littérature de divertissement, ces mêmes génies sont assimilés à des nains la plupart du temps et même à des cauchemars. Outre-Rhin, le Moyen Âge les appelle zwerc, schrat ou mâr. Là encore, seul leur mode d'action permet de les reconnaître car leur habillement est celui que l'on prête aux nains.

Pour le haut Moyen Âge, l'information est des plus succinctes, hormis celles que délivrent quelques rares textes en latin. Outre-Rhin, Notker l'Allemand (950-1022), moine de Saint-Gall, traduit pénates et Lares par ingoumo et ingesid, « Quelque chose que l'on perçoit dans la maison, que l'on doit respecter » et « cohabitants », ce qui n'est pas un nom mais plutôt une périphrase destinée à rendre l'idée d'une puissance numineuse (numinosum). Dans les croyances populaires auxquelles Notker se réfère, on se garde de citer le nom de l'être surnaturel de peur de le faire apparaître, ce que confirme une autre dénomination, wiht, qui signifie à peu près « créature » et qui sert, dans la suite des temps, à former Wichtelmännchen qui désigne des nains et des génies. Les recueils de gloses antérieures à l'an mille donnent « dieu du lieu » (stetigot) pour genius ou encore « dieu domestique » (hûsgot) (36) et même « Habitant » (husing), que nous retrouvons chez les Lettons où Ûsins (37) est le génie protecteur des chevaux — en 1606, les Annales des Jésuites parlent d'un deo equorum, quem vocant Dewing Uschinge — qui est peu à peu assimilé à saint Georges (St. Jürgen) au dire de J. Lange, en 1777. À partir du XIIe siècle se rencontre kobold, c'est-à-dire « celui qui règne sur la pièce », et qui, dans les gloses en vieil anglais, apparaît sous la forme plurielle cofgodas, « les dieux de la pièce », « pièce » englobant toutes les parties de la maison, cellier, salle principale, etc., ou bien désignant le « poêle », c'est-à-dire l'unique pièce chauffée des anciennes habitations, la Stube allemande. Dans la suite des temps, kobold supplante tous les autres noms, ou bien nous rencontrons des termes vagues comme getwas, « esprit, nain ». Au XIIIe siècle, Rodolphe de Silésie cite le stetewaldiu, « celui qui règne, sur le lieu ; celui qui dirige la maison », le vocable désignant donc une fonction, et Conrad de Wurtzbourg donne taterman comme synonyme de « kobold ».

Au XVIe siècle, les génies domestiques reçoivent dans les Vosges le nom de sottrels ou de soteretz et sont tenus pour des démons incubes qui recherchent la compagnie charnelle des femmes qu'ils suivent (38). Dans son discours des spectres paru en 1586, Pierre Le Loyer cite plusieurs esprits hantant les demeures et, parmi eux, le gobelin :

« Quelquefois aussi es maisons particulières, on ouit des bruits et tintamarres qu'y font les Rabbats, Lutins ou Esprits follets. Ce n'est point une fable ce qu'on dit de ces follets [...] car je dirai à Lucian et à ses semblables, aussi incrédules que lui, qu'il se trouve assez de maisons lesquelles ces Esprits et Gobelins hantent et ne cessent de troubler le repos de ceux qui y habitent ; car tantôt ils remueront et renverseront les ustensiles, vaisseaux, tables, tréteaux, plats, écuelles, tantôt ils tireront de l'eau d'un puits ou feront crier la poulie, casseront les verres, feront rouler par les degrés je ne sais quoi de pesant, feront tomber les ardoises et tuiles du toit, jetteront des pierres, entreront dans ès chambres, contreferont tantôt un chat, tantôt une souris, tantôt d'autres animaux [...], fouleront les personnes couchées en leur lit, tireront les rideaux ou la couverture et feront mille singeries. Et n'apportent ces Follets d'autre nuisance ou incommodité aux personnes qu'en les inquiétant, foulant ou empêchant de dormir ; car les vaisseaux de la maison qu'ils semblent avoir tous rompus et brisés se trouvent le lendemain en leur entier (39). »

Le gobelin, dont le nom se rencontre pour la première fois dans la Vie de saint Taurin (XIe siècle), apparaît ici avec tous les traits des génies domestiques que nous rencontrons quelques siècles plus tard. Il est espiègle et farceur, sème le désordre et agit comme un cauchemar. Dans l'Aubrac, on l'appelle drac.

Outre-Rhin, on appelle ce type de génie Hommelet de la Terre (Erdmännlein), ce qui est aussi l'appellation de nains indéterminés, et la Chronique du comte Froben de Zimmern (mort en 1567) fait de ces êtres des anges déchus dont la faute fut moindre que celle des compagnons de Lucifer. « Ils ont reçu un corpus solidum de la terre et ne sont pas éthérés comme les autres esprits [...]. Ils ont l'espoir de rentrer en grâce et d'être rédimés », ce qui explique « qu'ils se livrent à de bonnes actions et visitent les gens honorables et leur rendent service dans leurs affaires justes et honnêtes (40) ». Jean Wier confirme leur nom : « Bien des êtres de la famille des Lares et des Larves [...] sont appelés Hommelets de la Terre par le commun », et il donne les précisions suivantes : « II en existe deux sortes. Certains sont très doux, débonnaires et dociles, c'est pourquoi on les appelle Lares familiares à juste titre, c'est-à-dire petites divinités domestiques. Ils déambulent dans les maisons, surtout la nuit et se font entendre [...] comme s'ils étaient très affairés, descendant les marches, ouvrant les portes, allumant le feu, tirant de l'eau, cuisinant et expédiant ce qui relève du ménage quotidien, mais ils ne font pas tout cela pour de vrai (41) ... » La seconde catégorie comprend des individus « méchants et violents qui troublent la maisonnée ou, à tout le moins, l'effraient ». Pour le jésuite Pierre Thyraeus, professeur de théologie, ce sont des homoncules (homunciones) et des génies domestiques (Lares domestici) que les hommes appellent des « Jeannots » (Hensemenle) et que les païens avaient coutume de vénérer comme des idoles (42). Il est intéressant de noter que Thyraeus pense que certains génies ne sont que des « âmes humaines condamnées aux tourments de l'enfer et d'autres devant être purifiées par les peines du purgatoire (43) ». Les avis se partagent entre une interprétation des génies comme diables — l'influence de Luther est indéniable (44) —, comme êtres surnaturels et comme défunts.

Au XVIIe siècle, ces opinions se maintiennent et les termes latins qui reviennent sans cesse sous la plume de savants comme J. Clodius et J.-C. Rudinger sont Lares domestici, Lares familiares, mais cette dernière dénomination renvoie plutôt à l'esprit familier (spiritus familiaris) que l'on conserve dans une fiole de cristal ou dans un autre récipient (45). Jean Praetorius nous apprend que le peuple pense qu'il s'agit des âmes de personnes ayant été assassinées dans la maison (46).

Les traditions populaires nous livrent un très grand nombre de dénominations qui se distribuent en six familles :

—        La créature reste vague et indéterminée ; on l'appelle « monstre inquiétant » (Umg'hyri), « fantôme » (Gespenst) ou « hantise » (Spuk).

—        On la nomme d'après son aspect physique : « Jeune » (Junge), « Petit Gaillard » (Kerlchen), « Hommelet » (Mannchen), « Femmelette » (Weiblein), « Femme » (Frau), « Demoiselle » (Fraulein), tous ces termes renvoyant à des créatures anthropomorphes. Nous avons aussi « Poucet » (Däumling) et des vocables qui connotent l'idée de malformation (Grieske, Schrättli). Mais les noms qui renvoient à des objets ne sont pas rares : Puk (Pug, Butz, Popele) signifie ainsi « bout de bois, billot, tesson de poterie », ce qui nous apprend que ces êtres sont amorphes à l'origine, qu'on leur a peu à peu donné des traits humains, et que ce furent certainement des idoles.

—        C'est leur couleur qui est déterminante, et les noms cités ci-dessus sont associés aux adjectifs gris, blanc, rouge, — ou l'âge attribué à la créature : elle est vieille.

—        Ces êtres doivent aussi leur nom à leur lieu de résidence ou d’action : Hommelet de la Cure (Pfarrmännel), de la Cave (Kellermännchen), ou encore à leur travail : Hommelet du Fourrage (Futtermännchen), et à leur préoccupation, tel l'Hommelet du Feu (Feuermännchen) ou du poêle (Ofenmännchen). En Scandinavie,

l'esprit du feu s'appelle Lokke et aarevetti (esprit du foyer).

—        Ils sont nommés en fonction de la façon dont ils se manifestent et le bruit prédomine ici : Frappeur (Klopfer, Klopferle), Bruiteur (Schlapper), Gargouilleur (Rumpele), etc.

—        L'habillement joue un rôle important ; on en retient un trait marquant et nous avons ainsi : Chapelet ou Capuchon (Hütchen, Hödeken), Botté (Stiefel), Robe verte (Grünrock), Culotte bleue (Blauhösler), etc. Dans certaines régions prédomine une forme : en Saxe-Anhalt, c'est celle du monachus, et ces génies s'appellent « Moine » tout simplement, et évoquent le Monaciello italien.

On retiendra que plus de la moitié de ces génies est de sexe masculin et que les noms sont très souvent des diminutifs, ce qui suggère l'idée de la petitesse des individus ou bien celle de la familiarité, de l'affection, ce qui ressort particulièrement des prénoms humains qui fournissent environ 5% des appellatifs : Jeannot (Hänschen, Jokele), Bartel, diminutif de Barthélémy, Chimeken (47) (Petit Joachim), etc.

En marge de ces dénominations, nous rencontrons des noms qui désignent à la fois des génies, des esprits et des morts. En Suisse par exemple, dans le canton d'Uri, Umghyr, « monstre, revenant », et Gspängst, « fantôme, esprit », s'appliquent à toutes sortes de manifestations surnaturelles au sein des demeures. Umghyr correspond à Unhür en Allemagne du Nord, qui désigne un mort malfaisant qui revient et possède parfois les traits d'un vampire. Dans les Alpes valaisannes, Coqwergi désigne le servan qui naît d'un œuf de coq, ou d'une poule noire, couvé par l'homme...

 

autel pierre

 

Nous pouvons recouper toutes ces informations en provenance d'Allemagne par celles originaires d'autres pays. En Russie, le génie domestique s'appelle domovoj, « le Maître de Maison » et O.A. Cerepanova note en parlant de ce pays : « Une autre composante de cet univers fantastique est la représentation des êtres transcendants, des esprits et des patrons de divers lieux et domaines. Leur présence dans la maison et dans la cour, aux champs, dans les forêts et dans l'eau est un axiome pour beaucoup d'habitants du Nord encore de nos jours (48). » Le domovoj protège surtout les poules, et les Vots l'ont emprunté sous la forme domovikka (tomavoi, damavoi). En Bulgarie, stopan, « le Protecteur » ou talasum, « l'Esprit de la Maison » désignent le bon génie, mais sajbija, emprunté au turc et signifiant « Maître de la Demeure » n'est attesté qu'au nord-ouest du pays. Nous relèverons au passage que sajbija désigne aussi l'homme que l'on a emmuré dans les fondations ou un membre défunt de la famille qui, en raison de ses œuvres, a laissé un bon souvenir (49).

En France, les traditions populaires recueillies par les ethnologues sont tout aussi riches. Dans les Alpes, on connaît le Servan, qui vient du latin sylvanus, le Chaufaton, le Familier, le Follet (follaton, foulât), le Farfollet et le Matagot, alors que, dans les Pyrénées, Galtxagorri, Mamarro, qui vit dans le foyer, Osencame et Sarricachau, « Dent d'isard », sont préposés à la bonne marche des maisons. Au Pays basque, le génie appelé Maide a même été christianisé pour donner saint Maide ! Le sotré ou satré lorrain est un petit homme laid, difforme et aux pieds fourchus ; il aide la nuit aux travaux domestiques et aime s'occuper des enfants.

En Navarre, le génie domestique porte pour nom « Maître du Logis » (Etxajaun) et, chez les Ossètes, Binat(i)xicau a le même sens ; en Aragon, se rencontre Menos et, en Catalogne, les Minairons. En Grèce actuelle, le töpakas, c'est-à-dire le « Protecteur de la demeure », est étymologiquement lié à topos, « le lieu, la place ».

Les pays du Nord sont particulièrement riches en attestation de la croyance aux génies domestiques. Chez les Finnois, Haltia est le nom le plus répandu et il signifie « le Maître », sous-entendu du lieu (50), et chez les Sames Scandinaves, communément appelés Lapons, les Haldes (hal’de, forgé sur haltia) sont des esprits gardiens anthropomorphiques. En Ingermanie, se rencontrent de nombreux mots composés avec haltia (51), dont Huoneenhaltia, « l'esprit de la salle de séjour ». En Lituanie, Dimispatis est, selon le rapport d'un jésuite daté de 1604, préposé au feu et protège la maison de l'incendie (domos ab igné custodit) (52), alors que Causas Mate, « la Mère de la Prospérité », veille sur la nourriture et que divers génies du foyer sont attestés : les pukys, aitvarai et kaukai. L'Estonie connaît essentiellement le Majavaim, « l'Esprit de la maison », le Majahaldas, « l'Esprit tuté-laire de la demeure », et le Majahoidja, « le Gardien de l'Habitation ». Les Lettons portent un culte au Maître de la Demeure (Mâjas kungs) dont la résidence est le foyer. Pour sa part, la Scandinavie offre cinq séries de dénominations.

La première est forgée sur tomte, « terrain de construction » et associée à des termes signifiant « homme, habitant, esprit », et le terme est passé en Finlande (53) ;

la seconde est formée de tufte, « lieu où l'on va édifier une maison », auquel s'adjoint un déterminant identique à ceux que nous venons de citer ou signifiant « gardien » (vord) ;

la troisième a pour base tun, « ferme, lieu construit » ;

la quatrième gard de même signification (54), la dernière est ra, « maître, souverain », seul ou en composé. Les Votyaks sibériens connaissent le « Maître de l’étable » (gid-kuzo), « du Sauna » (munt'so-kuzo) et « l'Homme du Séchoir à Grains » (obin-murt) (55).

Il faut aussi noter qu'une maison possède un ou plusieurs génies. Quand ils sont nombreux, il s'agit la plupart du temps d'une famille, mais cette conception semble due à une contamination avec les nains. « En général », dit-on du Puk au Schleswig-Holstein, « un seul a l'habitude de résider dans l'habitation, et on l'appelle Nes Puk (56) », et un autre témoignage de Frise nous livre ce qui suit :

« Un pauvre paysan finit par se construire une demeure grâce aux dons de ses voisins et pour assurer son bonheur, il invite les Puke. Ils vinrent bientôt examiner la nouvelle maison, y dansèrent, et l'un d'eux, haut de trois pouces, y resta et choisit de résider dans un trou du poteau. »

Nous soulignerons toutefois qu'il est fréquent que chaque bâtiment d'une exploitation possède son propre génie, ce qui se dégage de la pluralité des noms attestés dans une même aire géographique. Les Lettons connaissent toutefois l'idée de familles de génies domestiques, et Andrejs Johansons cite le cas d'une famille de Lives qui fait des offrandes au père et à la mère de la demeure ainsi qu'à leurs enfants (57).

De cette présentation de l'onomastique des génies nous retiendrons essentiellement les notions de « maître », de « gardien » et de « protecteur ». Le génie domestique est avant tout un esprit tutélaire, serviable et bienveillant, et la majorité des noms en reflète l'anthropomorphisme. Mais à quoi ressemble-t-il exactement ? Comment se manifeste-t-il ?

Claude lecouteux

 

 

Notes :

1. Myrdinn ou Venchanteur Merlin, p. 7 ; cité par Laisnel de la Salle, Croyances et Légendes du cœur de la France, 2 vol., 1875, réimpression Paris, 1994, t. 2, p. 111.

2.         Cité par Jouet, Religion et Mythologie des Baltes. Une tradition indo-européenne, Milan, Paris, 1989, p. 130.

3.         Cité par A. Gieysztor, « Les Divinités lettones », in : P. Grimai (éd.), Mythologie des peuples lointains ou barbares, Paris, 1963, p. 105.

4.         Cf. M. Eliade, Traité d'histoire des religions, Paris, 1949, pp. 297-299. Les morts ont toujours été mis en relation avec la germination et la fertilité.

5.         Piluitum, deum divitiarum, quem latini Plutum vacant. Cité d'après Jouet, Religion et Mythologie des Baltes..., op. cit., p. 66.

6.         C. Lecouteux, « Der Bilwiz : überlegungen zur Entstehungs-und Entwicklungsgeschichte » Euphorion 82 (1988), pp. 238-250.

7.         Barstuccas, quos Germani erdmenlen, hoc est subterraneos, uocant.

8.         Cf. C. Lecouteux, Les Nains et les Elfes au Moyen Age, Paris, 1972, pp. 182-184.

9.         Haavio, Suomalaiset..., op. cit., pp. 39-71.

10.      Ibid., p. 194.

11.      Ibid, p. 235 sq.

12.      Témoignage recueilli en Isère en 1960 ; cf. Abry, Joisten, « Croyance au diable...op. cit., p. 69. Bon aperçu des génies domestiques aux pages 59-90.

13.      Johansons, Der Schirmherr..., op. cit., p. 121.

14.      Cité par Lindig, Hausgeister..., op. cit., p. 78.

15.      A. Labba, Anta, Mémoires d'un Lapon, Paris, 1989, p. 473.

16.      Honko, Geisterglaube..., op. cit., p. 194.

17.      Pour ce qui suit, cf. Lindig, Hausgeister..., op. cit., pp. 74-79.

18.      Paulson, « Hausgeister... », art. cit., p. 129.

19.      Honko, Geisterglaube..., op. cit., p. 193.

20.      E. Rolland, Faune populaire de la France, t. 4, Paris, 1967, p. 199.

21.      Cf. A. et A. Schott, Contes roumains, Paris, 1982, p. 258.

22.      HDA4, 1271.

23.      J. Mùller, Sagen ans Un, 3 vol., Baie, 1929-1945, n° 997 ; 998 ; 1059.

24.      Ibid., n° 1021 ; 1162 C et D, mais d'autres esprits s'y trouvent aussi, cf. n° 1021 ; 1044 A; 1087.

25.       lbid., n° 1162 G.

26.      Grimm, Mythologie, op. cit., n° 42.

27.      Pour la Franconie, cf. Linhart, Hausgeister..., op. cit., p. 370 sq. ; 382 ; 400 sq.

28.      Cf. C. Lecouteux, « Ces bruits de l'au-delà », Revue des Langues romanes 101 (1997), pp. 113-124.

29.      Barack, Zimmersche Chronik, 1564-1566, 4 vol., Stuttgart, 1869, t. 4, p. 228.

30.      J. et W. Grimm, Deutsche Sagen, éd. H. Rolleke, Francfort, 1994 (Bibliothek deutscher Klassiker, 116), p. 126 sq. (N° 75).

31.      État des recherches chez Lindig, Hausgeister, op. cit., p. 154 sq.

32.      L. Petzold, Kleines Lexikon der Damonen und der Elementargeister, Munich, 1990, p. 91.

33.      Arnaudov, art. cit., p. 131. Cf. aussi D.-A. Rabuzzi, « Some notes on thé household spirit in Norway », Scandinavian Yearbook of Folklore 38 (1982), pp. 87-101, ici p. 97. Rabuzzi n'hésite pas à parler du gardvord comme « personnification du rudkall ou stamfader qui peuvent servir de point de ralliement à la communauté ».

34.      Arnaudov, art. cit., p. 132.

35.      Diederich, Mutter Erde, p. 9 sq. ; autres traces chez Reginon de Priim et Burchard de Worms, cf. Grimm, Mythologie 3, 410, op. cit.

36.      E. von Steinmeyer, E, Sievers, Die althochdeutschen Glossen, 5 vol., Berlin, 1879-1922, II, 468, 18 passim ; II, 361, 4 passim.

37.      Cf. Johansons, Der Schirmherr..., op. cit., pp. 201-207.

38.      Ce qui a entraîné une étymologie erronée qui dérive sottrel du verbe « sauter » (saltare) alors que le terme vient du latin satyrus.

39.      Discours des spectres IV, 18 ; cité par Ph. Walter, Le Bel Inconnu de Renaut de Beaujeu. Rite, mythe et roman, Paris, 1996, p. 205.

40.      Zimmerische Chronik, éd. K. Barack, 4 vol., Fribourg, 1881-1882, t IV, p. 132.

41.      J.   Weier,   De praestigiis daemonum.   Von   Teiiffelsgespenst,   Zauberern und Gifftbereytern, Francfort, 1586, p. 63.

42.      P. Thyraeus, Loca infesta : hoc est : De infestis, ob molestantes daemoniorum et defunctorum hominum spiritus..., Cologne, 1598 ; pp. 327-343.

43.      Ibid., p. 17.

44.      Luther, « Tischreden », in : Luthers Werke, 6 vol., Weimar, 1912-1921, t 3, p. 634 sq.

45. Ibid., p.63

46. Prätorius, Neue Welt-Beschreibung von allerley wunderbarlichen Menschen..., Magdebourg, 1666, p. 314 sq.

47.      Sur ce personnage célèbre en Allemagne, cf. J.-D.-H. Temme, Die Volkssagen von Pommern und Riïgen, Berlin, 1840, n° 214.

48.      O.A. Cerepanova, « La Profondeur de la mémoire. Etudes ethnolinguistiques », Cahiers slaves 2 (1999), pp. 156-168, ici p. 156.

49.      Cf. M. Arnaudov, « Der Familienschutzgeist im Volksglauben der Bulgaren »,

Zeitschrift fur Balkanologie 5 (1967), pp. 127-137. Sur le stopan, cf. aussi Johansons, Der Schirmherr..., op. cit., p. 89 sq.

50.      Reidar Th. Christiansen, « Gârdvette og markavette », Maal og M inné 1943, pp. 137-160, p. 140 sqq.

51.      Kotihaltia, Talonhaltia, Tuvanhaltia, par exemple,

52.      Cf. Johansons, Der Schirmherr..., op. cit., p. 127.

53.      Cf. riihitonttu et tonîti. Riihija, ou rehi etelurehi, désigne toutes les pièces de l'exploitation situées sous un même toit et placées sous la tutelle d'un Protecteur (rehehaldjas), souvent démonisé en fantôme (rehetont) et en diable noir (must), cf. Paulson, « Die Hausgeister... », op. cit., p. 107 sq.

54.      Tomtegubbe, tomtekall, tomtevette ; tuftebonde, tuftevette ; tunkall, tunvord ; gârdbo, gardsbonde, gardsrà, gârdbo, gârdbonisse, gardvord. Sur ce dernier, cf. la bonne petite synthèse de T. À. Bringsvserd, Phantoms and Faines from Norwegian folklore, Oslo, 1979, p. 89 sqq.

55.      Paulson, « Hausgeister... », art. cit., p. 144.

56.      Lindig, Hausgeister..., op. cit., p. 49.

57.      Johansons, Der Schirmherr..., op. cit., p. 158 et 171.

Sources : C. Lecouteux, La maison et ses génies, croyances d’hier et d’aujourd’hui – Ed. IMAGO, 2000.

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FÊTE DU 1ER MAI, FÊTE DE BELTAINE

 

Mai 1

Nos ancêtres appelaient cette période, où la nature est dans toute sa vigueur et sa fertilité, mois de la joie ou mois de la lune de ravissement.

La nuit du 30 avril au 1er mai, les jeunes gens courent de maison en maison et chantent son retour. Le soleil de mai et le bain dans sa rosée rendent les filles jolies pour trouver un fiancé. Les villages élisent et couronnent les « Reines de mai », autrefois exposées dans une niche d’aubépine. On promène en chanson et avec le « feuillu », personnage couvert de mousses et de feuillage, un couple de beaux enfants, les fiancés du mai. La coutume est de faire passer le bétail entre deux feux pour sa purification et sa bénédiction avant de prendre le chemin des herbages.

Fête de l’Arbre de mai

C’est la « danse des rubans » autour de l'arbre de mai, où douze couples de danseurs tressent le réseau du Destin de la vie. Ce sont les paniers de mai avec fleurs et sucreries que l’on dépose secrètement sur le seuil des amis et de la famille. Le petit arbre que l’on dépose sous la fenêtre de la bien aimée. On dit « planter le mai ». Beltaine 1er mai est la passerelle du printemps vers l'été.

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Beltaine

Beltaine est une “fête de fondation” où les bestiaux doivent traverser le feu – souvenir de la grande éruption du HrimsWot’n qui les chassa de chez eux ? Beltaine est aussi l’anniversaire du débarquement en Irlande/ Hibernie (le but ultime des Celtes* Éburons), des fils de Partholon venus par la Vallée de l’Ebre en Ibérie/ Espagne – proches cousins de la tribu gauloise des Eburovices.

Elle est donc une fête sacerdotale du début de la saison estivale qui a lieu le 1er Mai (mois gaulois de giamonios), date qui nous préoccupe essentiellement ici.

Pour les Anciens, c’était ainsi la fête des mânes, elfes, lutins, esprits “follets” et autres farfadets et par conséquent celle des Dises (les Walkyries). On y faisait un festin comme d’habitude et de grands feux au Dieu Belenos (Apollon) – ou à Belisama (Minerve/ Athéna) – feux qu’on sautait et où l’on brûlait le condamné Hiver dans un grand mannequin d’osier. C’est ceci qui fit dire aux Romains (devenus incultes) et aux Chrétiens leurs dignes successeurs, qu’il s’agissait de “sacrifices humains” : ridicule !

Le mois de mai était par contre propice aux fiançailles, et c'est le 1er mai que le jeune homme se déclarait en apposant sur la porte des parents de l’élue sa demande par un brin de muguet et le saut du feu de Beltaine qui en faisait l’annonce publique devant la communauté

par Christian MANDON

Sources :METAINFOS | URL : https://wp.me/papOMB-1vz

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ESPRIT DE LA RACE ET RACE DE L'ESPRIT

(“Spirito della razza e razza dello spirito")

 

Atlantis Rising Ahnenerbe Third Reich

 

Chaque race a sa tradition et celle-ci est d'origine sacrée. Cela signifie qu'elle représente un ensemble de principes et de normes qui s'appliquent hiérarchiquement sur tous les plans, procédant des plans les plus élevés aux plans inférieurs, de manière à embrasser tout le développement de l'activité humaine, dirigée toujours plus vers une seule vérité. Il n'y a pas de vie vraiment digne de ce nom en dehors de la Tradi­tion, comprise au sens éminent du terme et non comme celui que l'Occident, depuis la fin du Moyen Age, s'efforce d'af­firmer en obéissant à une impulsion anarchique qui le pousse dans des cercles vicieux, dont chacun constitue un domaine séparé auquel on donne le nom de philosophie, art, science, norme politique et ainsi de suite.

La lutte contre la Tradition dérive de l'insuffisance des hommes face à la compréhension des principes qui y sont affirmés, et non de l'inadéquation de ceux-ci dans la réalisa­tion de conquêtes propres à satisfaire des aspirations légi­times et des besoins naturels de l'esprit. Les vérités divines, qui constituent l'essence de la Tradition, sont simples, diffi­ciles et profondes ; elles réclament une mentalité qui sache s'élever et une sensibilité adhérant à l'effort progressif de l'esprit, lequel se hisse à des sphères de plus en plus élevées de vie transfiguratrice ou développe intégralement les possibili­tés qu'il lui a été donné d'exprimer dans le cadre de son destin.

La Tradition offre toutes les possibilités, elle est comme le tracé immense où se développe, sans se limiter ni s'épuiser, la liberté de l'homme pour le perfectionnement de sa vraie nature, qui est absolument divine dès lors qu'elle est dirigée selon la justice et la vérité. Par conséquent, la Tradition ne contraint pas mais libère, ne lie pas mais délie, n'abaisse pas mais rédime, ne réduit pas les possibilités humaines mais les renforce, les multiplie par cent en les dirigeant selon un axe de développement qui comprend des degrés de plus en plus élevés et des conquêtes de plus en plus réelles, de sphère en sphère, de dépassement en dépassement. Tel est le dynamisme traditionnel, dans sa stricte acception étymologique, et non au sens que les modernes se complaisent à affirmer, en dénatu­rant, avec une volubilité superficielle, jusqu'à la valeur des termes dont ils se servent. L'agitation, le déroulement syn­copé, l'arc brisé, l'action circonscrite — tout cela est stase, inertie, écroulement, non dynamisme, effort et dépassement, car l'effort s'épuise dans un seul domaine considéré comme un but en soi, donc fallacieux et illusoire.

La Tradition, elle, fait confluer chaque activité dans le sens du divin, rend à l'homme sa liberté, le naturalise pour ainsi dire face à Dieu, le rendant participant actif et non spectateur passif des vérités qui ne sont comprises que si elles sont vécues, intégrées, réalisées. Les modernes s'obstinent à croire que la Tradition est un tronc mort, un ensemble cristallisé, une monumentalité stérile qu'on contemple de l'extérieur avec le respect condescendant et souriant qu'on a pour le bon vieux temps, au-delà duquel commenceraient, pour eux, la vraie vie, la vraie liberté, la vraie conquête. Disons immédiatement que les choses sont ainsi dans la mesure où l'on veut qu'elles soient ainsi, et qu'un coffret plein de trésors restera une richesse stérile tant qu'on ne l'ouvrira pas pour en réaliser la valeur et la beauté ; une tradition est donc morte lorsque sont morts les hommes qui devraient la comprendre, la vivre et l'exalter, qu'ils en soient les représentants officiels ou les énonciateurs solitaires, qui sont ceux auxquels cette tâche est confiée. Il ne faut donc pas parler de la valeur d'une tradition, ce qui est absurde parce que chaque tradition est ce qu'elle doit être, destinée à une race dont elle exprime les besoins les plus profonds et à laquelle elle offre les possibili­tés les plus vastes ; on peut et l'on doit parler, au contraire, de l'infidélité d'une race à sa propre tradition, de son incom­préhension, de sa dénaturation des principes et des normes, de son abâtardissement progressif et subséquent à la révolte contre l'orientation traditionnelle.

Ce n'est pas ici le lieu de déterminer quelles sont les tradi­tions vraiment dignes de ce nom, c'est-à-dire les traditions originelles, où des principes sont contenus dans des ensei­gnements et des symboles, ces derniers étant susceptibles de très nombreux développements et applications ; mais une cer­titude s'impose avec un caractère d'évidence immédiate : chaque race doit rester fidèle à sa tradition, non en y adhé­rant extérieurement, mais en la revivant et en la vivifiant de façon à en faire une source inépuisable d'expression et de conquête. Cependant, puisque la tradition est sacrée de par sa nature et de par sa destination, il n'est pas facile pour les modernes, attirés par la tromperie du gouffre profane et cor­rupteur, de retourner d'abord au noyau des vérités tradition­nelles et, en les réalisant, d'en élargir la sphère et d'en enrichir les développements. Les modernes sont portés vers tout ce qui est extérieur, vers ce qu'ils nomment concret et qui est en réalité mort, car cela s'épuise dans la sphère humaine et ne va pas au-delà, en tant que cela est limité par l'espace et le temps. Le dynamisme traditionnel, en revanche, est intérieur, profond, sa sphère de développement est l'invisible, ce qui est humainement invisible. La tradition est donc l'esprit de la race, sacré et inaliénable ; ceux qui le comprennent, l'intè­grent et le réalisent, constitueront vraiment la Race de l'Es­prit et seront les premiers, même si le monde les destine à être humainement les derniers — ils seront les triomphateurs, les victorieux, les transfigurateurs, les puissants, les donneurs de vie ; non les stériles surhommes rêvés avec nostalgie par l'esthétisme nébuleux des modernes, mais les porteurs de lumière. Alors seulement pourra-t-on réaliser ce que Nietzs­che, ignorant le caractère sacré de la Tradition, avait exprimé dans la dernière apostille de son Zarathoustra : "Aus Betenden müssen wir Segnenden werden !" (Nous qui étions des orants, nous devons devenir des bénisseurs !), à savoir qu'aucune lumière n'est octroyée à celui qui ne la répand pas, accom­plissant ainsi le cycle qui de l'homme monte vers Dieu et de Dieu redescend vers l'homme en tant qu'achèvement et exaltation.

L'Esprit de la Race culmine dans la Race de l'Esprit. On ne peut pas comprendre la vraie valeur de certains traits somatiques ou de certaines déterminations psychiques sans avoir compris l'essence de la Tradition qui sert de base à une race donnée ; il n'est d'ailleurs pas possible de se référer à d'autres traditions sans avoir approfondi la sienne propre, en la considérant en fonction de la vie et non comme le résidu d'un passé désormais lointain. Bien savoir qui nous sommes nous permet de mieux savoir qui sont ceux que nous ne sommes pas et de quelle manière est survenu le détachement de la tradition, à laquelle ils appartiennent, de ceux qui en sont en un certain sens les fils dégénérés. En d'autres termes, on ne peut pas être vraiment dans l'esprit de la race si l'on n'appartient pas à la Race de l'Esprit, pour laquelle la vie de la race s'enracine, sous sa plus haute expression, dans la tra­dition même, dans son intégralité ascendante et descendante qui comprend la totalité active de l'homme dans tous ses développements, selon la réalité et la vérité.

La race dégénère lorsqu'elle s'éloigne de la tradition qui lui correspond et qui l'a formée, lorsqu'elle la fausse, y renonce ou s'y oppose carrément en se laissant dévier par les pseudo-valeurs de l'Occident laïque et individualiste. On dira donc qu'une race est d'autant plus jeune, d'autant plus forte et puissante que plus vif est en elle l'esprit de la Tradition, puisque dans ce cas la race est menée à la victoire, même lorsqu'à certaines périodes déterminées par des circonstances spéciales, elle rencontre des conditions extérieures particuliè­rement hostiles.

Quant au noyau de la Tradition, répétons-le, il est formé par des vérités d'ordre métaphysique, qui ne peuvent jamais être exprimées de manière adéquate, mais qui peuvent être présentées, pour ainsi dire, au moyen de symboles, à l'intui­tion réalisatrice des hommes : cela est vraiment l'essentiel, auquel on ajoutera la forme de la société traditionnelle, c'est-à-dire l'ensemble des institutions à travers lesquelles se reflète toujours le même esprit sacré. Envisagées d'un point de vue purement extérieur et non en référence constante à un ordre plus élevé qui les détermine, ces institutions n'ont qu'une valeur relative, si des considérations et des points de vue pro­fanes et utilitaires n'interviennent pas pour les soutenir. Lorsqu'on dit, par conséquent, qu'un peuple doit être fidèle à ses institutions, il faut entendre, et l'on ne peut entendre, que cela : il doit être fidèle à l'esprit de ses institutions, car cet esprit est précisément celui de la race dans l'ordre de la tradi­tion, qui fait qu'elle se distingue d'autres races appartenant à des traditions différentes. Mais il y a plus : l'accord sur les principes traditionnels constitue la vraie Race de l'Esprit, incomparable en raison de l'élévation de la sphère où elle se maintient invariablement et de la difficulté d'accès à cette sphère même pour les profanes, qui tournent bruyamment autour d'elle comme un stérile essaim de faux-bourdons autour de l'alvéole dorée. Les caractéristiques somatiques, les réactions psychiques constituent la race en fonction de l'es­prit traditionnel, sans lequel il n'existe ni communion d'es­prits ni esprit de race, mais des hommes nés à peu près sous le même climat et dans la même région, quasiment comme des objets fabriqués dans le même bois mais totalement diffé­rents par la forme, la destination et l'usage. La prééminence d'une race sur une autre est due à son adhésion plus stricte à l'esprit traditionnel, au rajeunissement pérenne qu'il opère dans le cadre de ses vérités spirituelles, avec une application hiérarchiquement distribuée sur tous les plans, y compris le plan biologique et physique, de manière à réaliser l'unité véri­table, l'unité intérieure, substantielle, incomparable et triom­phant toujours sur toutes les contingences extérieures.

L'universalité romaine est l'indice de la puissance de l'es­prit traditionnel qui a marqué d'un sceau commun des peu­ples différents, opérant une véritable rédemption par ses symboles, qui parleront aux multitudes ou aux solitaires, mais qui parleront toujours, tant qu'existeront Rome et sa fonction sacrée, dans le langage muet, dans l'idiome sacré qui n'est compris que de la Race de l'Esprit, de ceux qui, du haut du Septimontium, aperçoivent perpétuellement le vol circulaire des douze vautours sur le tracé idéal de la cité carrée, pour y allumer le feu de Vesta, d'où s'élève l'ombre immense de l'universalité rayonnante, la Croix. Et une lumière nouvelle peut soudainement resplendir sur les lamentables ruines du monde occidental, pourvu qu'après la dissipation de l'igno­rance que tant de siècles de vie et de culture profanes ont accumulée sur la pureté originelle de notre tradition culmi­nant au zénith dans l'Œnotria tellus, Rome retrouve sa fonc­tion spirituelle, redevenant ainsi la ville sainte qui distribue aux peuples les trésors cachés de sa guerre et de sa paix.

Ardue est l'entreprise dans cette Europe agitée et boule­versée par des erreurs érigées en normes de vie et de pensée ; mais nous estimons que ceux qui connaissent le secret de là puissance de Rome doivent la tenter, en levant de nouveau, au-dessus des masses entraînées par des forces irrationnelles, les signes de la puissance, de la justice et de la gloire authen­tiques que seule Rome a proposés, pour la reconstruction de l'Occident, à la connaissance, à l'amour et à la hardiesse de la Race de l'Esprit.

Sources : Extrait de l’Instant et l’Eternité de Guido de Giorgio - Ed. Archè Milano, 1987 (P139-145)

 

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L’homme cosmique et La Tradition primordiale

 

tradition ce qui ne passe pas

 

 

Conférence qui devait se tenir le  28 mars 2020

 

Bonjour, chers amis,

L’Europe : une longue mémoire

Tout le monde peut constater que chaque jour qui passe amène son lot de folie, de mensonges, de turpitudes, de déni de tout ce qui a fait la grandeur de l’Europe depuis des milliers d’années. J’ajouterai cette épidémie de coronavirus qui nous tombe sur le dos, et qui fait partie du dispositif - l’épidémie, créée ou non par l’Homme, est l’un des éléments majeurs de la conjonction des catastrophes d’une fin de cycle.

L’heure est donc à l’urgence.

Je veux d’abord rendre ici un hommage à nos héros qui ont porté les valeurs chevaleresques de l’Europe, celles qui ont donné aux Européens la maîtrise de leur destin et de leurs frontières, rendre un hommage à nos savants qui lui ont donné ses armes techniques, surtout dans le domaine de la médecine - merci, Docteur Alexis Carrel - !, rendre hommage à nos poètes et nos artistes - merci, Lovecraft, merci, Tolkien - et tant d’autres ! qui ont façonné ce qui fait la force originale de l’Europe : je veux parler de sa faculté de se projeter dans un imaginaire que nous avons été les seuls à concevoir et à habiter, sans l’aide de substances artificielles, je veux rendre hommage à notre faculté de création, notre faculté d’inventer de nouveaux mondes, au jour le jour, s’il le fallait.

Si nous sommes toujours capables d’étonner le monde, c’est parce que nous sommes porteurs d’une longue mémoire, sans que nous en soyons toujours conscients, une mémoire cachée au plus profond de notre être, une mémoire qui réapparaît aux moments les plus cruciaux de notre longue histoire et qui nous force à combattre, une mémoire qui nous vient de nos ancêtres hyperboréens, qui ont créé le monde dont nous vivons les plus néfastes moments, mais c’est dans l’ordre des choses, et  nous avons à assurer la pérennité de nos lointaines origines. Nietszsche disait : « Regardons-nous en face. Nous sommes des hyperboréens, — nous savons suffisamment combien nous vivons à l’écart. « Ni par terre, ni par mer, tu ne trouveras le chemin qui mène chez les hyperboréens » : Pindare l’a déjà dit de nous. Par-delà le Nord, les glaces et la mort — notre vie, notre bonheur… Nous avons découvert le bonheur, nous en savons le chemin, nous avons trouvé l’issue à travers des milliers d’années de labyrinthe. Qui donc d’autre que nous l’aurait trouvé ? »

L’heure est à l’urgence parce que nous sommes à la fin, à la fin de la fin, d’un grand cycle. Je reviendrai tout à l’heure sur la notion de cycle qui est la base même de nos connaissances européennes et de notre statut, pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec ce concept fondamental et incontournable.

Continuer à se battre

Il faut le redire : les jeux sont faits, rien ne va plus, toutes les valeurs sur lesquelles s’appuyaient nos peuples sont inversées ; les forces négatives qui nous traquent depuis des millénaires semblent prendre le dessus. Elles ne le pourront pas, in fine, parce que nous ne pouvons pas rester sans agir ; on a dit de nos ancêtres gaulois qu’ils étaient de fameux guerriers ; l’un des plus puissants caractères de l’homme européen est de continuer à se battre même lorsqu’il semble que tout est perdu ; nous n’acceptons pas la fatalité comme les musulmans. Il faut que cette ténacité et ce courage servent cependant à quelque chose.

Notre ami Maurice Martin, ou Robert Dun, l’avait déjà compris il y a trente ans quand il disait : « Nous sommes à l’âge missionnaire qui doit suivre toute grande prophétie. Chacun de nous a le devoir de devenir missionnaire. Mais cela exige de se cultiver, de lire et de réfléchir beaucoup, de développer son élocution et ses capacités de discussion calme et efficace. Cela exige donc de connaître l’adversaire. C’est certes plus pénible que d’attendre l’apparition d’un problématique chef charismatique et même de vendre des journaux, de coller des affiches et de tenir des meetings. Prendre le pouvoir ? Qui peut espérer encore en avoir le temps ? »

Effectivement, nous n’avons plus le temps. Les hommes de ma génération et ceux de la génération qui l’a précédée après-guerre, ont tenté de faire reculer l’échéance inévitable de cette fin de cycle. Ils ont tenté de conserver intacts les principales facettes du génie européen, avec les moyens et l’esprit hérités du monde ancien, c’est-à-dire surtout le combat viril, celui qui est traditionnellement réservé à la deuxième fonction chez les Indo-européens, la fonction guerrière.

Ce sont souvent les mêmes qui ont constaté l’inanité du combat militant - on nous appelait « activistes » - et ce sont les mêmes qui ont ensuite privilégié le combat métapolitique, tout aussi infructueux. Nous n’étions pas très futés.

Il faut bien admettre que 60 ans de militantisme acharné ne nous ont pas permis d’accéder au pouvoir, ni politique, ni électoral, ni culturel. La gauche, les progressistes, les mondialistes règnent sur le continent européen comme jamais.

Paganisme : croyance ou savoir ?

Nous avons cependant eu le mérite de réveiller le tréfonds religieux de nos peuples européens, ce qui fut autrefois appelé le paganisme, à l’heure du christianisme naissant, expression destinée à humilier les forces vives paysannes de nos terroirs ; le temps a passé, les antiques valeurs européennes ont perduré ici et là à travers différentes manifestations sacrées, comme le cycle du Graal, puis, dans les années 1960, au sortir de la guerre d’Algérie, nous avons voulu établir d’autres fondements, nous avons espéré rebâtir la vieille charpente du paganisme préhistorique ; mais nous avons agi légèrement, sans bien comprendre les bases essentielles de ce passé spirituel que nous venions de redécouvrir et nous avons alors engendré une croyance hybride qui balançe entre un athéisme hédoniste et un animisme qui se contente timidement de la Voie des pères – la lignée - , pour assurer une continuité, sans faire l’effort de tenter d’accéder à la Voie des dieux, olympienne et transcendante, selon la distinction faite par Julius Evola qui disait : « avec l'avènement de l'humanisme et du prométhéisme, il a fallu choisir entre la liberté du souverain et celle du rebelle, et l'on a choisi la seconde[1]."

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LE PERE NOËL MIS A MORT

Or, si l'histoire et les légendes du Père Noël l'ont rendu immortel, il n'en eut pas moins, et plus d'une fois, la vie dure. Il est intéressant de constater que les offensives les plus violentes de ses adversaires eurent lieu en 1951; ce qui laisse supposer que c'est l'époque où il prit le plus de pouvoir, et qui confirmerait les hypothèses de sa modernité relative.

La lutte de l'Église : autodafé à Dijon

En 1951, certains membres du clergé dénoncèrent la paganisation inquiétante de Noël et l'importance de plus en plus grande attribuée au Père Noël par les familles et les commerçants. L'Eglise protestante prit également la même position; le malaise qui couvait éclata le 23 décembre à Dijon, au cours d'un événement dont de très nombreux journaux se firent l'écho, parmi lesquels France-Soir, qui publia l'article le plus détaillé :

« DEVANT LES ENFANTS DES PATRONA­GES LE PÈRE NOËL A ÉTÉ BRÛLÉ SUR LE PARVIS DE LA CATHÉDRALE DE DIJON. »

(Dijon, 24 décembre; dépêche France-Soir)

« Le Père Noël a été pendu hier après-midi aux grilles de la cathédrale de Dijon et brûlé publiquement sur le parvis. Cette exécution spectaculaire s'est déroulée en présence de plusieurs centaines d'enfants des patronages. Elle avait été décidée avec l'accord du clergé qui avait condamné le Père Noël comme usurpateur et hérétique. Il avait été accusé de paganiser la fête de Noël et de s'y être installé comme un coucou en prenant une place de plus en plus grande. On lui reproche surtout de s'être introduit dans toutes les écoles publiques d'où la crèche est scrupuleusement bannie. Dimanche à trois heures de l'après-midi, le malheureux bonhomme à barbe blanche a payé comme beaucoup d'innocents une faute dont s'étaient rendus coupables ceux qui applaudiront à son exécution. Le feu a embrasé sa barbe et il s'est évanoui dans la fumée.

« A l'issue de l'exécution, un communiqué a été publié, dont voici l'essentiel : "Représentant tous les foyers chrétiens de la paroisse désireux de lutter contre le mensonge, 250 enfants, groupés devant la porte principale de la cathé­drale de Dijon, ont brûlé le Père Noël. Il ne s'agissait pas d'une attraction, mais d'un geste symbolique. Le Père Noël a été sacrifié en holocauste. A la vérité, le mensonge ne peut éveiller le sentiment religieux chez l'enfant et n'est en aucune façon une méthode d'éducation. Que d'autres disent et écrivent ce qu'ils veulent et fassent du Père Noël le contrepoids du Père Fouettard. Pour nous, chrétiens, la fête de Noël doit rester la fête anniversaire de la naissance du Sauveur."

« L'exécution du Père Noël sur le parvis de la cathédrale a été diversement appréciée par la population et a provoqué de vifs commentaires même chez les catholiques. D'ailleurs cette manifestation intempestive risque d'avoir des suites imprévues par ses organisateurs [...]. « L'affaire partage la ville en deux camps. Dijon attend la résurrection du Père Noël, assassiné hier sur le parvis de la cathédrale. Il ressuscitera ce soir, à dix-huit heures, à l'Hôtel de Ville. Un communiqué officiel a annoncé, en effet, qu'il convoquait, comme chaque année, les enfants de Dijon place de la Libération et qu'il leur parlerait du haut des toits de l'Hôtel de Ville où il circulera sous les feux des projecteurs. «Le chanoine Kir, député-maire de Dijon, se serait abstenu de prendre parti dans cette délicate affaire. »

D'autres journaux du jour ajoutèrent quel­ques précisions à ces informations : le Père Noël aurait pris la forme d'un gros mannequin de paille orné d'une superbe barbe blanche (Le Figaro); Le Monde, quant à lui, insiste sur le roussi de l'affaire... : «Comme au temps des guerres de religion, Dijon est déchiré par une querelle de dogme. Le Père Noël en est l'enjeu. Cela a commencé par un bel autodafé sur le parvis de la cathédrale Sainte-Bénigne. Un tribunal d'inquisition, composé d'enfants, avait condamné l'effigie du Père Noël aux flammes du bûcher. La sentence fut immédiatement exécu­tée parmi un grand concours de population. Un communiqué, rédigé par les incinérateurs, fut ensuite publié. On y lit notamment :  « A la suite d'un grand jeu liturgique 250 enfants unis à tous les foyers chrétiens de la paroisse, désireux de lutter contre le mensonge et la fabulation trompeuse [...]. Il ne s'agissait pas d'une attraction [...]. Les partisans du Père Noël [...] se proposent de le promener en grande pompe sur les toits de l'Hôtel de Ville et de lui faire prendre la parole au micro."»

Le Père Noël ressuscita effectivement le 24 au soir soutenu par les Dijonnais de gauche, farouchement anticléricaux. Cette résurrection dut se multiplier, puisqu'un témoin de mes amis comprit après bien des années ce qui l'avait bouleversé étant enfant : il avait six ans et habitait Chalon-sur-Saône, non loin de Dijon, lorsqu'il eut une « apparition » du Père Noël... Sur un toit de sa ville natale, le Père Noël prit la parole comme un fantôme, soudain découvert par un flot de projecteurs. D'abord terrorisé, il se ravisa brutalement, reconnaissant dans sa vision un proche voisin, ce qui le fit douter à jamais du Père Noël et des visions mystiques... !

Or ces gens de gauche visaient non seulement les enfants et les foyers chrétiens, mais plus directement l'évêque de Dijon et les autres évêques de France qui, par mandements diocé­sains, partirent en guerre. On dit aussi que des pressions officielles, voire ministérielles, se firent sous cape...

Voici pour tout commentaire, le contenu des messages ecclésiastiques : «Ne parlez pas du Père Noël pour la bonne raison qu'il n'existe pas et n'a jamais existé. Ne parlez pas du Père Noël, car le Père Noël est une invention dont se servent les habiles pour enlever tout caractère religieux à la fête de Noël. Mettez les cadeaux dans les souliers de vos enfants, mais ne dites pas ce mensonge que le Petit Jésus descend dans les cheminées pour les apporter. Ce n'est pas vrai. Ce qu'il faut faire, c'est donner la joie autour de vous car le Sauveur est né. « (Cardinal Saliège, archevêque de Toulouse)

«Ce n'est certainement pas, pour prendre un exemple dans la vie courante, en gorgeant les esprits des invraisemblables stupidités d'un imaginaire chiffonnier dénommé "Père Noël" ou bien en remplaçant le culte de Dieu par celui de la force musculaire... que l'on verra se lever des générations robustes capables de vaincre les duretés de l'époque actuelle. » (Cardinal Roques, archevêque de Rennes.)

Les réactions de l'opinion publique fran­çaise (et américaine) désapprouvèrent générale­ment l'attitude de l'Église, chacun justifiant de façon charmante « les raisons pour lesquelles le Père Noël plaît aux enfants, et non celles qui ont poussé les adultes à l'inventer». C'est ainsi que Lévi-Strauss se penchant sur cet événement fit la constatation suivante dans les Temps modernes, mars 1952 : « Le Père Noël, sym­bole de l'irréligion, quel paradoxe! Car dans cette affaire, tout se passe comme si c'était l'Église qui adoptait un esprit critique avide de franchise et de vérité, tandis que les rationalis­tes se font les gardiens de la superstition. Cette apparente inversion des rôles suffit à suggérer que cette naïve affaire recouvre des réalités plus profondes ».

Toujours est-il que l'Église se garda bien de relever les critiques à son égard et se mura dans un silence discret. L'affaire eut un dernier rebondissement lorsque l'Académie des Scien­ces, Arts et Belles Lettres de Dijon réhabilita le Père Noël, la veille du Carnaval ! Il s'y introduisit sur la pointe des pieds par la petite porte de la section Folklore... En février 1952 donc, «la vénérable Société, célèbre pour avoir couronné la première œuvre de Jean-Jacques Rousseau, s'est penchée sur le cas du malheureux vieillard condamné un peu trop précipitamment, la veille de Noël dernier [...]. Elle a entendu, au cours de sa dernière séance, une communication d'un de ses membres, le chanoine de Cossé-Brissac, sur les origines du Père Noël. Devait-on le considé­rer comme un vulgaire usurpateur, introduit récemment par les incroyants pour prendre la place du Petit Jésus? L'Académie a d'abord voulu se renseigner sur son identité. Le person­nage était-il une invention publicitaire ou une déformation de saint Nicolas qui récompense les enfants sages à la même époque dans l'Est de la France et dans une partie de l'Europe? Les traditions proviennent de légendes qui sont elles-mêmes inspirées par d'anciennes croyan­ces. Il est donc probable que la tradition du Père Noël provienne d'une croyance païenne anté­rieure au christianisme chez les populations d'Europe et peut-être de l'Eurasie. «Le chanoine de Cossé-Brissac a émis l'hy­pothèse que ses origines remontent à Gargan, fils du grand dieu celte : Bel. Détail intéressant : Gargan portait une hotte et des bottes. C'était un géant bienfaisant qui faisait des montagnes en déversant sa hotte et des collines en décrottant ses bottes. Gargan devait en littérature donner naissance à Gargantua [...]. « Le Père Noël ne serait donc pas un usurpateur mais un ancien dieu incarné qui partage, le 25 décembre, une lourde tâche avec saint Nico­las. Telles sont les conclusions de l'Académie de Dijon », qui fit appel à tous les chercheurs pour préciser sa généalogie... mais en vain !

L'Académie lui ouvrit donc ses portes mais ne fit que démasquer derrière le Père Noël, un personnage païen, plus même, un personnage sacré qui ne serait autre qu'un dieu. Ce qui, d'une certaine façon, certes moins violente, confirmait l'intuition du clergé. Car, si l'on reprend au plus près les termes de ce procès, quel en est le véritable mobile? Le Père Noël serait un coucou, oiseau bien connu pour s'installer dans le nid des autres, pour ne pas dire dans la mangeoire, ou dans ce qui en tient lieu, puisque la crèche est interdite de séjour dans les écoles laïques. Et lors du cérémonial liturgique, au lieu et place des mystères du Moyen Age mis en scène sur les parvis, le tribunal d'inquisition le jugea comme ces héréti­ques dont on attendait un acte de foi (auto da fe) avant de les brûler comme ces sorcières possédées par le diable... comme le roi des Saturnales ou du Carnaval... Alors, dans ce grand jeu de la vérité, les enfants savaient-ils qu'en obéissant à leur évêque et en sacrifiant le Père Noël, descendant de l'évêque saint Nicolas, ils ne faisaient que remettre en scène une très vieille histoire?

(Sources : Catherine Lepagnol, Biographies du Père Noël. Ed. Hachette-1979

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Du symbolisme de la roue

Du symbolisme de la roue

 
 
 
 Le terme « roue » (« ruota ») est d'une lointaine origine indo-européenne. Il nous vient du latin « rota », dont l'étymologie est particulièrement intéressante. La racine d'où provient « rota » est *reth. Le substantif « ruota », nous explique le philologue italien Giacomo Devoto, en émergeant dans la langue, s'est comporté de la même manière que le mot « toga » (= toge) par rapport au verbe « tegmen » (signifiant « couvrir »; ndt: d'où « tegula », qui veut dire « tuile »); Devoto veut dire par là qu'il s'agit d'un substantif d'action dérivé d'un verbe de l'indo-européen commun des origines, disparu à l'ère historique, et qui a dû être *retere, que Devoto traduit par « courir en rond », ce qu'il faut probablement comprendre comme « se mouvoir autour d'un axe ». Cette interprétation nous semblera plus plausible, si on garde en mémoire que la racine *reth a donné, dans les aires germanique et celtique, à côté du latin, « rethim » et « roth » en irlandais, « rhod » en gallois, « rado » (d'où « Rad ») en vieil haut allemand, tous mots qui signifient « roue »; à la même époque lointaine, ce même terme nominal donne également les termes, qui, dans l'aire indo-iranienne signifient le « char » (en sanskrit: « ratas »; en avestique: « ratha ») et, qui, dans l'aire balte, désignent au singulier le « char » et, au pluriel, les « roues » (en lithuanien: « ratas »).
 
Le terme est absent dans les aires grecque, arménienne et slave. Mis à part cette absence, dans la plupart des langues européennes, le concept de « roue » s'exprime encore aujourd'hui par des termes apparentés: par exemple, le roumain « roata », le catalan et le portugais « roda », l'espagnol « rueda », le français « roue » et l'allemand « Rad ».

 
Pour ce qui concerne le symbolisme de la roue, on pense que la roue détient un rôle très important depuis les plus anciennes cosmogonies, notamment dans les mythes qui relatent la naissance de l'univers. A ce propos, reportons-nous à un passage fort important de l'oeuvre de René Guénon: « On sait que la roue est en général un symbole du monde: la circonférence représente la manifestation, produite par irradiation du centre; ce symbolisme est par ailleurs susceptible de revêtir des significations plus ou moins particularisées ». Ensuite, le métaphysicien français rappelle qu'en Inde deux roues associées, c'est-à-dire le char, correspondent à des parties diverses de l'ordre cosmique (ce qui est évident quand on se remémore ce que je viens d'écrire dans le présent article sur la signification de « ratas » dans la langue sanskrite). La forme circulaire de la roue, si nous continuons à suivre la pensée de Guénon, est le symbole des révolutions cycliques auxquelles sont soumises toutes les manifestations, qu'elles soient terrestres ou célestes; ainsi les deux roues pourraient bien représenter l'univers dans ses parties.
 
Mais il y a encore un symbole archaïque particulièrement important associé à la roue et à la royauté: celui de Chakravarti ou du « souverain universel »; étymologiquement, son nom signifie le « Seigneur de la Roue »; il en est le seigneur parce qu'il la domine en maintenant l'axe immobile. Dans ce symbole, la roue qui tourne autour du moyeu est la manifestation, tandis que le souverain, immobile, rappelle l'image du « moteur premier » dans l'oeuvre d'Aristote. La roue de l'existence dans le bouddhisme reprend une image similaire.

 
D'une certaine façon, les différentes « roues de la fortune », présentes dans l'antiquité et aussi au moyen âge occidental, ont également une signification « cosmogonique », archétypale et universelle. De même, le cas du « parasol » du Seigneur de la Roue se retrouve au sommet des grands arbres de Cocagne (Schlaraffenmast), où une grande roue trône, chargée de présents pour ceux qui parviennent à l'escalader complètement.
 
Alberto Lombardo
 
Source : La Padania - 10.09.2000
 

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Le pain sacré

 
 
Le pain sacré

 
Notre enfance a été bercée par la vieille légende de la femme orgueilleuse Hitt qui méprisa le pain, le maudit, et fut punie en étant changée en pierre géante. Comme dans la plupart des légendes Européenne, un mythe datant des temps les plus reculés s'est aussi perpétué dans celle-ci. Le pain porteur de vie et de salut était sacré dans le Mitgard, dans le monde humain protégé des dieux. Celui qui élevait la voix contre lui devait retourner à Udgard, le monde désert des géants de pierre dans lequel il n'y avait pas de pain ni de vie, ni de paix sacrée pour les clans.
 
Une époque vénale ne jugeant les valeurs de la vie qu'à leur prix matériel a presque oubliée ce mythe séculaire ; seuls les plus fidèles gardiens d'un patrimoine inconscient, les paysans et les enfants, l'ont encore en mémoire. Mais il se révèle à nouveau à ceux qui savent voir. À cette époque antique, l'homme et la femme défrichaient avec une houe en pierre un sol peu fertile dans lequel le grain porteur de vie avait bien du mal à pousser. De culture en culture, ce dieu salutaire commençait sa marche triomphale dans tout le pays, apportant la vie sédentaire et la paix aux familles partout où il prenait racine. Le blé et le pain devinrent donc les symboles de l'esprit universel dispensant la vie. Il symbolisait la loi universelle et éternelle à laquelle l'homme est aussi soumis, à la fois inévitable et rassurante : « Mort et naissance. » Le mythe de ce processus universel avait aussi son équivalent dans celui du pain, qui germe, croit, mûrit et meurt, reproduisant ainsi cet événement. L'esprit présent dans le blé permet à la vie sacrée de surmonter le froid rigoureux de l'hiver et de renaître au printemps. Il assure la vie de l'homme qui en dépend tant que son existence est inconcevable sans lui.

 
« Sacré », tel est le mot que l’Européen attribue à tout ce qui porte et véhicule la vie. Le pain est sacré pour lui lorsqu'il le répand sous forme de blé dans le champ ; sacré lorsqu'il le fauche, le broie et finalement le consomme. Le dieu céleste et sa compagne terrestre elle-même s'incarnent dans l'image du pain sacré. La grande période de l'année est célébrée quand le ciel embrasse amoureusement la terre maternelle de sa force solaire pour engendrer les grains détenteurs de la vie.
 
Nos ancêtres saluaient ainsi la « noce sacrée », qui était aussi l'époque de la noce humaine. A l'époque où les grains mûrissent, le cortège des paysans demande la bénédiction divine pour le pays. Et encore au Moyen-âge, le paysan qui labourait se trouvait placé sous une protection juridique tout à fait particulière. Finalement arrive l'époque de la mort qui représente un sacrifice au sens vrai du terme ; le moissonneur fauche les tiges ondulantes qui, par leur mort, doivent servir la vie. Tel est le fondement du vieux mythe du sacrifice du dieu ; le dieu de la moisson, du blé et du pain est donc également celui de la guerre qui fauche, le très ancien Wotan, qui produit la vie en la détruisant. Les paysans mettent la dernière gerbe dans le champ, symbolisant la survie du blé ; elle est destinée au coursier de Wode ; elle s'appelle même Wode car elle abrite la vie divine de façon symbolique.
 
Dans le même esprit, on mettait un peu de blé dans la tombe des morts, l'endroit de la maison dans lequel le blé était conservé était une pièce sacrée, et les halles germaniques, par exemple, recelaient un sanctuaire où habitait la vie divine elle-même.

 
Les Grecs racontaient que Dionysos, le fils de Zeus, fut déchiré et dévoré par les Titans ; mais les Titans fracassés engendrèrent la lignée des hommes qui tous portent en eux des parcelles de Dionysos. Les Germains ont créé le mythe du pain sur une base tout à fait similaire ; Wotan, qui vit encore aujourd'hui chez certains paysans, s'offre lui-même en sacrifice, de même qu'il prend aussi la vie des hommes quand c'est nécessaire. Mais il survit sous des formes différentes : dans le pain sacré comme dans la boisson enivrante, étant honoré comme son inventeur, et par laquelle il transmute et élève l'esprit de l'homme.
 
Le vieil esprit du blé vit encore aujourd'hui dans nos croyances populaires à travers divers symboles ; que ce soit le bonhomme de paille qui chasse les enfants hors du blé pour protéger les fruits sacrés ; que ce soit le « coq de seigle » ou le « cochon de seigle » qui représentent les images de l'esprit vital et donnent aussi leur nom à la dernière gerbe. Une idée mythique très ancienne s'incarne dans le coq de moisson, qui décore la dernière charrette dans de nombreuses régions allemandes et qui est disposé sur la porte de la grange sous forme d'un symbole de bois.

 
Le pain et tous les gâteaux sont donc sacrés ; déjà lors des temps archaïques on donnait au pain la forme des symboles du cercle représentant le monde sacré, la forme du dieu de l'année ou de ses victimes, mais surtout du signe de la renaissance éternelle et de la vie victorieuse. A chaque nouvelle année, ces gâteaux étaient mangés en honneur de la divinité dispensatrice de vie. Manger le pain concrétise de façon symbolique la réunion de Dieu et de l'homme ; les morts du clan et du peuple y participèrent donc aussi. Encore aujourd'hui lors de la fête des morts, on distribue le « pain de toutes les âmes », car ils sont aussi soumis à la grande loi de l'univers.
 
 
J. 0. Plagmann
 

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La chasse sauvage

La chasse sauvage,

Par Claude Lecouteux et Philippe Walter



 


Dans tous les pays germaniques elle porte le nom d'« Armée » ou de « Chasse de Wodan / Odin » (Wuotes her, Odinsjagt, etc.), et elle apparaît en France sous une quarantaine de noms différents, selon les provinces (Chasse Artus, Caïn, du Diable, Maligne, Mesnie Hellequin, etc.).

On désigne ainsi une bande de morts menée par un géant borgne, qui parcourt la terre pendant le cycle de Douze jours (Noël-jour de l'an). On l'interprète comme une personnification de la tempête, mais cette signification n'est pas originelle ; il s'agit plutôt d'un avatar du culte des morts. Les Douze jours sont une période clé où les trépassés peuvent revenir, où l'au-delà est ouvert. Cette conception rappelle les Anthestéries grecques (en février) et les Lemuria romaines (9, 11 et 13 mai), quand les dieux Forculus, gardien des portes, Limentinus et Limentina, préposés au seuil, et Forcula, protectrice des gonds, sont impuissants à s'opposer à l'irruption des défunts dans les habitations.

L'Église interpréta ces bandes de morts comme celles de damnés et inscrivit la Chasse sauvage dans le grand cycle de la punition des péchés. Les membres de la troupe sont des enfants morts sans baptême, des suicidés, des assassinés, des meurtriers, des adultères, ceux qui ont troublé un office religieux ou rompu le jeûne pendant carême... Qui se trouve sur le chemin de la Chasse sauvage court risque d'être emporté, ce qui faillit arriver à Ronsard, si nous (croyons son Hymne des Daimons. La première relation sur la Chasse sauvage date de janvier 1092 et elle est due à Orderic Vital. Dès 1170 environ,  les témoignages se multiplient. Ce thème mythique extrêmement populaire s'est peu à peu enrichi de détails significatifs : un chariot fait partie de la troupe où se rencontrent aussi des animaux.

J. Triebensee composa un opéra intitulé La Chasse sauvage, présenté à Budapest en 1824.

Claude Lecouteux

Source : Dictionnaire de Mythologie Germanique – Editions Imago - 2005




Un extrait de la chronique normande d'Orderic Vital pour l'année 1092 permet de retrouver ce personnage majeur de la mythologie médiévale à travers le motif de la tonitruante Chasse sauvage gouvernée par Hellequin. On désigne ainsi la « maisonnée » du roi et seigneur de l'Autre Monde accompagné de sa troupe de guerriers avides de cadavres. Dans ce cortège effroyable, on voit apparaître, dans un vacarme assourdissant, un personnage qui ressemble étrangement aux nombreux revenants et créatures de l'Autre Monde qu'évoquent les grands textes littéraires du Moyen Age. Ce texte présente en réalité la figure centrale de toute la mythologie médiévale.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1092 (nuit de la Saint-Sylvestre), le prêtre de Bonneval (Orne) rentre chez lui après avoir visité des malades. Soudain, il entend un fracas terrifiant et aperçoit une armée aérienne qui s'approche de lui. Il veut se cacher près de quatre néfliers quand un homme, d'une imposante stature et doté d'une massue, l'oblige à rester près de lui. Toute une armée sauvage défile alors sous les yeux du prêtre terrorisé. Ce sont d'abord des fantassins qui transportent le produit de leurs pillages. Puis, arrivent des fossoyeurs qui portent cinquante cercueils ; le géant à la massue les accompagne. Des femmes à cheval les suivent en blasphémant et en avouant leurs crimes ; des clercs, des abbés et des évêques viennent ensuite en implorant le prêtre de prier pour eux. Et encore d'autres victimes. Le prêtre comprend très vite qu'il s'agit de la mesnie Hellequin à laquelle il n'a jamais voulu croire malgré les témoignages qu'il avait déjà entendus à ce sujet. Le prêtre veut s'interposer et arrêter l'un des chevaux mais, au contact du harnais, sa main brûle. Ensuite, il tombe malade et l'auteur de la chronique prétend avoir vu ses atroces brûlures.


La tradition rapportée par Orderic Vital présente des éléments sédimentés et composites. Une patine chrétienne recouvre des motifs plus authentiquement païens. La christianisation du mythe est évidente. L'apparition des pécheurs tourmentés fait penser à une sorte de Purgatoire ambulant où les âmes coupables subissent le châtiment de leurs fautes terrestres.

Cependant, cette dimension chrétienne n'efface pas pour autant le substrat païen. La présence des « Ethiopiens » au teint sombre dénonce la véritable apparence des créatures féeriques. Ces êtres d'une noirceur mythique apparaissent comme de véritables créatures démoniaques ; ils sont en fait l'incarnation des revenants, la parfaite représentation des êtres de l'Autre Monde dans la littérature médiévale ou les textes hagiographiques.

Le vacarme infernal qui accompagne la chevauchée des revenants signale à lui seul son caractère démoniaque et démentiel. La présence du géant à la massue dénonce enfin une divinité de l'Autre Monde qui pourrait bien évoquer le célèbre dieu au maillet de la tradition celtique. Pour la mythologie irlandaise, ce personnage à la massue est le Dagda (« le dieu bon ») ; son arme tue par un bout et ressuscite par l'autre. Dans tous les cas, on se trouve bien devant une figure divine, celle de ce Grand Démiurge dont Jules César indiquait qu'il était le dieu principal des Gaulois.

La permanence de la Chasse sauvage dans les croyances et le folklore ne saurait être mise en doute depuis le haut Moyen Age jusqu'à l'époque moderne. Le texte d'Orderic Vital écrit au xif siècle peut être comparé à des traditions folkloriques relativement modernes ainsi qu'à un passage de la Vie de saint Samson qui, dès le VIIe siècle, atteste cette croyance, probablement plus ancienne encore.

Alain-Fournier, l'auteur du Grand Meaulnes, était originaire du Berry et connaissait la tradition de la chasse Gayère, autre nom de la Chasse Gallery, la Chasse Arthur ou Mesnie Hellequin. Un soir, tandis qu'il participait à une veillée dans une chaumière chez des amis, un bruit terrifiant surprit les hôtes et les pétrifia durant un bon moment. Seul, le jeune fils du maître de maison se leva et, après avoir ouvert la porte, cria au-dehors : « Gayère ! Pars à ta chasse et va-t'en au diable ! » Le fracas ne fit qu'augmenter et des ossements tombèrent dans l'âtre par le trou de la cheminée, diffusant au contact des flammes une odeur pestilentielle dans toute la maison.

Les légendes relatives au Chasseur noir participent des mêmes croyances. Ses Chasses sauvages ne cessaient de hanter les forêts de toute l'Europe. Selon certains chroniqueurs, le roi Charles VI aurait fait sa rencontre dans la forêt du Mans. Ce serait même l'origine de sa folie, si l'on en croit ces témoignages.


On pourrait douter du caractère ancien de ces croyances si l'on ne trouvait dans la Vie de saint Samson un récit exactement parallèle qui adapte les mêmes éléments mythiques. Le saint est parti en voyage et traverse une forêt en compagnie d'un jeune diacre. Soudain, les voyageurs entendent un cri perçant qui déchire l'air de la forêt. Affolé, le jeune diacre s'enfuit, alors que Samson fait sur lui le signe de la croix. Il aperçoit ensuite une sorcière hirsute et rousse. Elle tient un épieu de chasse à trois pointes et donne l'impression de se déplacer en volant dans la forêt. Samson poursuit la vieille sorcière que le texte latin désigne sous le nom de theomacha, c'est-à-dire de « géante », et parvient à l'exterminer non sans lui avoir soutiré quelques secrets sur son origine féerique.

Cette figure aérienne, qui participe à une chasse perpétuelle dans la forêt, n'est autre que la divinité de l'Autre Monde qui gouverne la Chasse sauvage. Il s'agit tantôt d'une femme, tantôt d'un homme, mais le trait le plus significatif qui la caractérise est sans conteste son aspect gigantal. Le géant, créature mythique par excellence, se trouve ainsi au cœur du mythe des Douze Jours sauvages. Du fait de sa valeur très ambiguë, il est à la fois un souverain de l'au-delà (maître du passage vers la Mort) mais aussi un dispensateur de vie et de fécondité.

Philippe Walter

Source : Mythologie chrétienne – Editions Imago – 2003

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Noël, le Solstice d'hiver

Noël, Le solstice d'hiver



Noël, ou la récupération


Comme chacun le sait, la fête de Noël (Jul) correspond aux anciennes festivités indo-européennes du solstice d'hiver.

Le mythologue Marc de Smedt le rappelle, après bien d'autres : "Noël n'est qu'une adaptation à la nouvelle religion (chrétienne) des fêtes que les Anciens et les Barbares célébraient lors du solstice d'hiver - et il en est de même pour toutes les fêtes chrétiennes, bien que l'Eglise l'ait très longtemps nié" (Le Nouvel Observateur, 23 décembre 1974). C'est ainsi que la fête de l'annonce à Marie, le 25 mars, soit neuf mois avant Noël (durée de la période de gestation) était célébrée à Rome bien avant le christianisme : c'était la fête de l'annonce à Cybèle.

Après beaucoup d'hésitations, l'Eglise s'est décidée à fixer la date de la naissance supposée du Christ au 25 décembre afin de la faire coïncider avec un rite plus ancien : la première mention latine de cette date comme fête de la Nativité remonte à l'an 354, la célébration proprement dite n'étant apparue qu'à la fin du IVe siècle. En 525, Dyonisius le Petit, consacrant une tradition alors vieille d'un peu moins d'un siècle, fixe la date de la naissance supposée de Jésus au 25 décembre de l'an 1, qu'il assimile à l'an 754 de la fondation de Rome. En fait, si les festivités du solstice d'hiver ont toujours eu lieu à la même époque de l'année, nous ignorons non seulement le jour de la naissance de Jésus, mais même l'année. Sur ce point comme sur bien d'autres, la contradiction entre les canonistes est totale.
 


 


On notera à ce sujet que les contradictions concernant la naissance de Jésus s'étendent plus loin encore, jusqu'au lieu même de sa naissance (Nazareth, ou Bethléem ?) et à son ascendance davidique présumée. David Flusser écrit à ce sujet :  [...] "Les deux généalogies de Matthieu et de Luc ne sont identiques que d'Abraham à David. Les difficultés propres aux deux successions et leurs importantes divergences laissent donc l'impression que les deux généalogies de Jésus ont été établies dans le seul but d'établir la descendance davidique de Jésus". (Jésus, Le Seuil, 1970). La volonté de manipuler et de récupérer l'histoire au service de la Révélation ne pouvait manquer de s'appliquer également à des festivités aussi populaires et aussi enracinées que celles qui entourent les deux périodes solsticiales.


Comme en bien d'autres occasions, l'Eglise, après avoir cherché à détruire, a fini par composer.

Au départ, son hostilité ne fait pas de doute. N'est-il pas écrit dans le Deutéronome : "Quiconque aura honoré le soleil ou la lune, ou un être dans les cieux, devra être lapidé jusqu'à ce que mort s'ensuive" (XVII, 2-5) ? Le psychiatre Ernst Jones a été jusqu'à écrire : "On pourrait se demander si le christianisme aurait survécu s'il n'avait pas institué la fête de Noël avec tout ce qu'elle signifie" (Psychanalyse, folklore et religion, Payot).

Aujourd'hui, René Laurentin reconnaît que cette "naissance de Jésus, dont les Evangiles ne nous disent pas la date, l'Eglise l'a située au solstice d'hiver" (Le Figaro, 26-27 novembre 1977). Il ajoute : "Le symbole cosmique du solstice d'hiver popularise et vulgarise à la fois la fête de Noël parmi nous" (ibid.)
 


Marc de Smedt explique : "Ce n'est pas par hasard que, la date exacte de la naissance de Jésus restant inconnue, un concile décidé néanmoins de fête l'anniversaire de cette nativité le jour du 25 décembre, jour du solstice d'hiver, qui ouvre la phase ascendante et lumineuse du cycle annuel. Partout, on allumait alors des feux en signe de joie. Saint-Augustin et l'Eglise démentirent, bien sûr, ces origines païennes, mais il n'en reste pas moins que le 25 décembre était l'anniversaire des dieux soleil [...] Jésus naît la nuit, il vainc l'obscurité, cette vieille angoisse de l'homme, et symbolise la victoire périodique de la lumière fraternelle qui va aider au renouveau de la vie et à l'éclosion cyclique de la nature porteuse de fruits. La réanimation de la lumière équivaut à un renouvellement du monde. La partie du solstice d'hiver ouvre un cycle : dans la tradition hindoue, c'est le début du deva-yâna, la voie des dieux, par opposition à la pitri-yâna du solstice d'été, qui figurait le commencement de la voie des ancêtres" (Le Nouvel Observateur, art.cit.).


D'un autre côté, la fragilité de l'argumentation historiciste appuyant cette récupération, ainsi que la prégnance de vieux symboles païens dans les célébrations de Noël, ont induit dans certains milieux chrétiens une tendance marquée à la "démythologisation" de Noël. Le fait, à vrai dire, n'est pas nouveau. Certaines sectes protestantes récusent le caractère de fête du 25 décembre et y voient une célébration purement païenne. Tel est le cas des Témoins de Jéhovah (qui font remarquer que, si le jour de la naissance de Jésus avait eu la moindre importance, la Bible l'aurait à coup, sûr mentionné) et, aux Etats-Unis, de la Worldwide Church of God fondée par Herbert W. Armstrong (cf. le Sunday Sun du 28 décembre 1980). Par ailleurs, pour l'église orthodoxe, la fête de Pâques a toujours eu plus d'importance, on le sait, que la fête de Noël.
 

La nouveauté est que cette tendance atteint également les milieux catholiques. Une thèse de ce genre est notamment développée par Raymond E. Brown, membre (catholique) de l'Union Theological Seminary, dans un livre intitulé The Birth of the Messiah (1977). A Paris, dans La Croix du 21-22 décembre 1980, Etienne Got propose lui aussi de " démythiser Noël ". Tel est d'ailleurs le titre de son article. Sa conclusion est la suivante : " Démythisons, mais gardons l'essentiel : une jeune juive nommée Marie donne naissance, loin de chez elle, dans un pays occupé, à un garçon qu'elle nomme Jésus, qu'elle pressent être le Messie ".

Le solstice d'hiver, ou la Tradition

A Rome, bien avant la célébration de Sol Invictus, le solstice est nommé bruma, breuissima (dies), journée qui correspond au 21 décembre. On a également recours à une autre racine, qui a donné le mot angor. "Il est de bon latin, à toute époque, de notre par angustiae un espace de temps ressenti comme trop bref, fâcheusement ou douloureusement bref, et Macrobe ne manque pas de l'employer et de le répéter quand il dramatise ce tournant de l'année" (Georges Dumézil, La religion romaine archaïque, Payot, 1966).

Ovide écrit : "Le solstice d'été n'abrège pas mes nuits, et le solstice d'hiver ne me rend pas les jours angustos" (Les Tristes 5, 10, 7-8) . La religion ressent ces angustos dies solsticiaux : une déesse et un culte en assurent le franchissement. Cette déesse du solstice, c'est Diua Angerona, dont les festivités, dénommées Diulia ou Angeronalia, se déroulent le 21 décembre. Ce jour là, les pontifes offrent un sacrifice in curia Acculeia ou in sacello Volupiae, proche de la porte Romanula, une des portes intérieures de Rome, sur le front Nord du Palatin. Dans cette chapelle se trouve une statue de la déesse, avec la bouche bandée et scellée ; elle a un doigt posé sur les lèvres pour commander le silence. Pourquoi cette attitude ? Georges Dumézil explique, en se référant à d'autres mythes indo-européens : "Unes des intentions du silence, dans l'Inde et ailleurs, est de concentrer la pensée, la volonté, la parole intérieure, et d'obtenir par cette concentration une efficacité magique que n'a pas la parole prononcée ; et les mythologies mettent volontiers cette puissance au service du soleil menacé" (op.cit., p. 331).
 


En ce qui concerne les Germains, l'historien Grec Procope (IVe siècle) dit qu'au coeur de l'hiver, les hommes des "pays du Nord" envoient des messagers au sommet des montagnes pour guetter le retour du soleil, lequel est annoncé par des feux ou des roues enflammées auxquelles on fait dévaler les pentes. De son côté, Tacite (55-120) raconte dans ses Annales que les Germains célèbrent le solstice d'hiver par des festivités et des festins.


Il faut noter ici que le solstice d'hiver est un simulacre du Ragnarök : la fin de l'année est la "représentation" cyclique de la fin du monde (qui clôt elle-même un grand cycle du temps). C'est pourquoi dans l'Edda, l'époque du "crépuscule des dieux", durant laquelle le soleil - comme Odhinn lui-même- est avalé par le loup Fenrir (ou par un fils de Fenrir), est appelée Fimbulvetr, c'est à dire le Grand Hiver. C'est pourquoi également Vidarr, le dieu qui permet la renaissance du monde et qui parvient à terrasser Fenrir (Völuspa, 55) - grâce à quoi le soleil est remplacé par sa fille, c'est-à-dire par un nouveau soleil (dans les langues germaniques, le mot "soleil" est du genre féminin) -, est défini comme l' "Ase silencieux". L'analogie entre l'action de Vidarr, qui implique le silence, et celle de la déesse romaine du solstice, Angerona, dont l'attitude commande aussi le silence, saute aux yeux. Le silence est nécessaire à Noël pour que le dieu / la déesse sauve le soleil du péril et de la mort.

A cet égard, le passage essentiel de l'Edda se trouve dans le chant de Wafthrudnir au moment où, à la question de Gôngrôder : "D'où viendra le nouveau soleil dans le ciel uni, lorsque le loup aura avalé celui que nous voyons ?", le sage Wafthrudnir (Wafthrunder) répond : "Le soleil, avant d'être anéanti par le loup, donnera le jour à une fille ; quand les dieux disparaîtront, elle suivra la même route que sa mère". On notera par ailleurs que dans la mythologie germanique, le loup est constamment attesté comme le symbole de l'hiver et qu'en Allemagne du Sud, l'ancien nom du mois de Décembre (Julmond ou Julmonat) est attesté, lui aussi, en Wolfsmond, le "mois du loup".
 

Dans son essai sur La vie religieuse de l'Islande, 1116-1263 (Fondation Singer-Polignac 1979, p. 369) , Régis Boyer souligne également : "Tout comme elle a dû confondre Noël et jól et, outre la jólaveizla (le "banquet de Jul") , la jóladrykkja (la "libation de Jul") , le jólabodh, les pratiques qui allaient de pair : hospitalité libéralement accordée (jólavistar) et la paix sacrée (jólafridhinn), l'Eglise a assimilé les fêtes d'équinoxe d'automne, vetr-naetr, à la Saint-Michel et celles du solstice d'été, sumarmàl, à la Saint-Jean, de même que celles de la mi-été (midhsumar)". De son côté, un auteur comme Folke Ström (Nordisk hedendom, p. 61) a montré que le jól (Jul) islandais était l'ancien sacrifice nordique de l'àlfablót.

Source : GRECE Traditions - Editions du Labyrinthe - Janvier 1996    


    


BON JUL 2008 A TOUTES ET TOUS !


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