Résistance Identitaire Européenne

Jean Mabire

Jean Mabire - À la rencontre des dieux maudits

La mythologie nordique a toujours occupé une place prépondérante dans l’œuvre de Jean Mabire. L’un de ses derniers livres, « Thulé », évoquait la quête de ceux qui, depuis l’Antiquité, ont été fascinés par le blanc soleil des Hyperboréens. Jean Mabire explique ici les raisons qui l’ont poussé à écrire « Les dieux maudits » (Copernic) et à se faire le chroniqueur fidèle des dieux et des héros du nord de l’Europe.

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Pourquoi ne pas l’avouer ? Je me suis résolu à écrire ce petit livre parce que j’avais grande envie de le lire. Il n’existait rien de tel en langue française : une sorte de Que sais-je de la mythologie nordique. Guère plus de deux cents pages et un peu d’ordre dans ces récits décousus et parfois contradictoires. Cet ouvrage a donc été d’abord composé comme mon propre « pense- dieux ». Je voulais en faire une sorte d’aide-mémoire élé- mentaire pour éclairer tant de ténèbres.

Ténèbres au milieu desquelles j’ai longuement vagabondé, la torche à la main, telles héros de Jules Verne dans les méandres souterrains de la lointaine Islande, bien certain de découvrir comme eux le secret des runes au terme de ce Voyage au centre de la foi... Dissiper les nuages qui obscurcissent le ciel, c’est parfois s'enfoncer dans les entrailles de la terre et de l’Histoire. Interroger la mémoire la plus longue.

Que l’on se rassure : je ne suis point spécialiste et encore moins universitaire. Pour évoquer nos dieux, je n’ai d'autres titres, que l’espérance et la fidélité - poussées au point de devenir hantises et vertus théologales d’un paganisme enfin naturel.

S’il est un livre que je me devais d’écrire, c’est bien celui- ci. Normand d’origine et de passion, fondateur de la revue Viking, collaborateur  de Heimdal ou de Haro qui en ont repris le flambeau, auteur d’une  histoire  des  Normands  et  d’une  épopée  des Vikings, chroniqueur des explorations polaires, familier des Sagas du moins celles traduites en français - pélerin fervent du soleil hyperboréen de l’ultima Thulé, navigateur dont le compas sentimental s’obstine depuis quelques décennies à toujours marquer le Nord, il me fallait rendre aux dieux d’Asgard la vie qu’ils m’avaient naguère offerte. Je rêvais depuis longtemps de restituer leurs périples, afin de les rendre familiers et populaires, comme il sied à des dieux de notre clan.

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Dans cette entreprise, toute érudition me semble inutile. Ce qui importe, ce sont les couleurs et les gestes. Donner à voir importe plus que donner à croire. Je ne vais pas jouer au savant que je ne suis pas. Le Futhark runique ne me sert pas d’alphabet clandestin. Je ne veux être qu’un amateur. Mais passionné et fureteur, inlassable comme ce Ratatosk, qui ne cesse de courir des branches aux racines d’Ygdrasil, pour attiser l’éternel combat de l’aigle et du serpent.

C’est un fait. La mythologie nordique s’enveloppe de cette brume tenace et glacée, que les marins appellent la crasse, et qui évoque tout de suite  les vaisseaux éventrés. Il existe d’innombrables ouvrages popularisant les grands thèmes de la mythologie des Grecs et des Romains. Familiarisés dès l'école avec les dieux et les déesses  de l’Olympe,  nous retrouvons leurs traits figés dans le marbre des musées. Ils restent des symboles évidents, à défaut d'être encore des  divinités  tutélaires.  Mais   cette  lumière, dont resplendit la tradition « classique », n’en rend que plus ténébreuse l’ombre qui entoure le légendaire « barbare ». Cette  opposition,  soigneusement  entretenue  par  des cuistres, n’a pas peu contribué à défigurer un héritage qui reste à la fois méconnu et rejeté. Maudits, nos dieux l’ont été tout autant par les missionnaires de l’évangélisation que par les pédagogues de la latinité, séduits par le mythe de l’Ex oriente lux dont se réclament les libres-penseurs épris de  progrès tout  autant  que les bigots les plus traditionalistes.

Certains ecclésiastiques pourtant, au début du siècle, ne se montraient guère effrayés par le paganisme maurrassien. Derrière les hauts murs des collèges catholiques, la mythologie gréco-latine semblait appri- voisée et affadie. Elle n’était plus jugée dangereuse et les adolescents se voyaient autorisés à taquiner les muses. Le tonnerre de Zeus devenait anodin. La légende dorée des dieux et des héros de l’ancienne Hellade ou de la Rome antique se trouvait ainsi récupérée, véritablement aseptisée, débarrassée de tous les miasmes septentrionaux, qui constituaient pour les clercs une sorte de mal absolu. L’Antéchrist venait du froid...

Les dieux maudits, ignorés, perdus dans les brumes du Nord devaient fatalement m’apparaître séduisants, dans la mesure ou ils restaient interdits. Réflexe élémentaire de tout adolescent : la révolte contre l'ordre établi et surtout enseigné. Il se trouve toujours des collégiens pour trouver que pieux et pions ont la même étymologie.

A la religion des autels et des livres, comment ne pas préférer la croyance aux bois et aux sources ? Le Nord, pour moi, c’était d'abord la Nature. La terre contre l’au-delà, si l’on veut. Et la poésie contre le décalogue.

Je ne voyais guère cependant, l’intérêt de  remplacer le  bon Dieu ou Jupiter par Odin, si ce n’est par goût de l’irrespect, donc de la sagesse. Il  me parut bien vite évident qu’il ne fallait pas décalquer l’une sur l’autre les religions antagonistes. Échanger la croix du Christ contre le marteau de Thor n’est qu’un geste rituel. C’est la nature même de la foi qui doit devenir différente. D’un côté, la nuée, et de l’autre, le réel. D’où la nécessité de ne pas lire l’Edda comme une Bible, de ne pas chercher dans la mythologie nordique autre chose que des images et des symboles, des maximes et des récits. Il n’est pas inutiles de le rappeler au seuil de ce petit livre.

L’essentiel de la conception de vie des anciens Nordiques n'est pas codifié, mais suggéré. Leur mythologie doit se traduire et non se subir. Être fidèle à ces dieux maudits, c’est d'abord comprendre, c’est-à- dire, bien souvent, écouter une voix intérieure.

Une fois libéré de l’idée d'un Dieu unique, donc totalitaire, et de ses commandements numérotés et absolus, on découvre vite que le sacré peut être multiple, c’est-à-dire vivant. Alors s’estompe la rigoureuse frontière entre les dieux, les héros et les humains. La religion n’est plus extérieure mais intérieure. Le divin se retrouve au coeur de chacun. Démarche essentielle du paganisme. Les dieux du Nord peuvent se montrer souvent terribles et parfois burlesques, ils restent avant tout familiers. Aucun des neuf univers de la mythologie scandinave n’est insensé. Les voyageurs passent sans cesse de l’un à l’autre. Il n’existe pas d’arrière-monde d’une nature différente.

Le paganisme nordique a finalement mieux résisté aux assauts étrangers que le paganisme méridional. Sans doute, parce qu’il a été vaincu plus tard. Le fait est là, dans son  altérité sentimentale. Étudier la  mythologie « classique » ne conduit pas retrouver la foi, au sens exact du terme; cela ne dépasse guère l’émotion intellectuelle.

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L'évocation des sources antiques, si chères aux poètes et aux peintres du Parnasse, à la fin du siècle dernier, n’est pas un mouvement religieux, mais seulement littéraire et artistique. Sauf, peut-être, pour un personnage aussi singulier que Louis Ménard, dont les Rêveries d’un païen mystique demeurent un fort curieux témoignage.

Par contre, pour aborder  la mythologie « barbare », j’oserai dire qu’il faut déjà posséder la foi. Non la croyance en un dogme et encore moins la soumission à une chapelle, mais un élan de l’âme vers un ailleurs que les anciens situaient dans cette ultima Thulé aux limites septentrionales du monde connu. Aborder l’univers spirituel nordique, dont la mythologie    n’est  qu’un aspect, ne saurait être un passe-temps ou une curiosité, mais une découverte et une quête, que certains ont naguère comparé à la recherche du Graal. Mais sans la mystique, le Graal n’est qu'un gobelet.

Dans cette optique, le retour à la foi nordique peut fort bien se passer de Thor, d’Odin ou de Frey, qui apparaissent bien davantage comme des figures que comme des idoles.

Il ne faudrait pas trop abuser de l’opposition Nord- Sud, même si ce réductionnisme simplificateur a de quoi séduire les naïfs. Pendant très longtemps, des préjugés méridionaux ont cherché à rendre encore plus obscures les légendes septentrionales. Répondre par d’autres mépris serait d’autant plus stupide qu’il existe une indé- niable similitude religieuse entre le monde scandinave et le monde hellénique, entre l’univers germain et l’univers romain. Les recherches de Georges Dumézil sur la tripar- tition ont lumineusement démontré la parenté des peuples indo-européens.

Opposer en un affrontement absolu le Sud et le Nord aboutit à gravement mutiler un héritage commun. Il est bon de le rappeler au seuil d’un livre qui veut justement mettre en lumière des dieux maudits, ce qui ne veut pas dire rejeter dans l’obscurité des dieux plus aimables et plus aimés.

Tout familier de la mythologie méditerranéenne ne trouvera pas dans la mythologie scandinave un climat sensiblement différent. Passé le premier moment de surprise provoqué surtout par la consonance de  noms inhabituels a  qui n’est pas familiers des langues germaniques, tout s’éclaire. Les comparaisons sautent aux yeux, tellement évidentes qu’il n’est pas nécessaire ici d’y insister bien longtemps. Apollon et Balder ne sont pas des ennemis mais des frères, au moins des cousins.

Pour les sectaires de la culture classique, les dieux hyperboréens se confondent plus ou moins avec les divinités lapones. Il serait tout aussi stupide d’identifier les dieux hellènes avec les démiurges levantins. Et il faudra bien réconcilier un jour les dieux celtes et les dieux slaves, écartelés dans la fragile mémoire de nos peuples d’Europe.

Que l’on ne s’y méprenne pas. J’ai voulu rendre la vie aux dieux maudits d’Asgard non pas parce qu’ils seraient « supérieurs », mais surtout parce qu’ils restaient « mau- dits », c’est-à-dire, par un singulier paradoxe, à la fois méprisés et ignorés. Depuis un millier d’années, il y a eu « déicide » au nord de notre continent. Et en ce domaine, l’Université a longtemps pris la relève de l’Église.

Il ne s’agit donc pas ici de vengeance, mais de justice. Au dieu unique, qui les a naguère vaincus, répondent enfin les dieux différents. Ceux-ci ont longtemps été mal- traités par l’histoire, sans doute parce qu’ils étaient les plus purs, comme figés dans la glace d’une lointaine patrie.

De la mythologie scandinave, la plupart des Français ne connaissent guère que la chevauchée des Valkyries, qu’ils imaginent d’ailleurs à travers la transposition  lyrique   et   déjà « méridionale » (ou si l’on veut « classique ») des opéras de Richard Wagner. C’est tout juste s’ils font le rapprochement Wotan-Odin, à l’instar de la comparaison Zeus-Jupiter rabâchée sur les bancs du lycée. Le crépuscule des dieux - que les Nordiques nomment Ragnarok – n’est pour eux qu’un roulement de timbales qui fait frissonner les nuages de toile peinte. Hors cela, tout n’est qu’obscurité. Il y a plus grave que la niaiserie et c’est la trahison.

On a posé la question tout en fournissant déjà la réponse : cette mythologie nordique  ne serait-elle pas néfaste, puisqu’on a vu s’abreuver a sa source les apôtres d’un pangermanisme qu’il convient aujourd’hui de remiser au magasin des accessoires du théâtre européen ? Une telle calomnie prouve une méconnaissance totale de l’univers mental ou s’est épanouie la littérature nordique primitive. Dans cette Islande de la haute époque médiévale, sur la terre des glaciers et des volcans, va naître le premier parlement du monde !

Cet Althing, qui réunit tous les hommes libres, impose le respect de la loi commune, c’est-à-dire l’ordre, sans lequel il ne saurait y avoir de liberté. De ces païens islandais, les voyageurs étrangers ont pu dire, stupéfaits : « Ils n’ont pas de roi, seulement une loi ». Aucune nation n’a été plus rebelle au totalitarisme politique ou religieux que ce peuple de l’Atlantique nord, longtemps fidèle au souvenir de ceux des leurs qui avaient fui la dictature des premiers monarques norvégiens.

Sur cette Islande - que l’on peut sans démesure nommer Île sacrée du Nord – va surgir, comme floraison a la fonte des neiges, une prodigieuse littérature héroïque et mystique, dont la puissance, l’originalité et la grandeur séduisent tous ceux qui la découvrent.

Les récits, plus ou moins contemporains de l’âge viking, que l’on nomme sagas et ou s’entremêlent les travaux champêtres, les batailles sanglantes et les navigations hasardeuses, sont désormais de mieux en mieux connus hors du monde scandinave. Il s’en dégage un certain nombre de figures héroïques devenues aujourd’hui assez familières à défaut d'être encore exemplaires.

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Le monde des dieux est moins connu que celui des héros. Il apparaît plus abrupt et les textes qui l’évoquent se dressent comme de hautes falaises au-dessus de rivages désolés. Il est difficile d’y aborder et bien davantage encore de les gravir.

Ces textes sont essentiellement constitués par les Eddas et par un ensemble de poèmes, dont on peut supposer qu’ils ne représentent que les fragments d’une immense littérature engloutie, un peu comme le sommet de ces icebergs qui émergent de l’océan et dont les trois quarts disparaissent sous les flots glacés.

On a coutume, en l’opposant aux sagas, de parler de l'Edda. En réalité ce mot désigne deux réalités assez différentes. D’une part, l’Edda de Snorri Sturluson, rédigée vers 1230, et qui comprend entre autres, sous le nom de Gylfaginning, ce que Régis Boyer nomme très justement « un véritable manuel d’initiation à la mythologie nordique destiné aux jeunes poètes ».

Quant à l’Edda anonyme, dite aussi Edda poétique ou Edda ancienne, elle restitue une très ancienne tradition orale qui fut, elle aussi, recueillie au  début  du  XIIIème siècle, mais contient de très nombreux passages archaïques, assez bien préservés de toute influence chrétienne.

Il faut rappeler quand même, pour dater toute cette aventure spirituelle, que l’Islande s’est convertie à la religion du Christ lors de l’Althing de l’an Mil, non par une décision autoritaire d’un souverain mais par un vote, dont le résultat dégagea une majorité longtemps tolérante pour la minorité restée fidèle aux anciens dieux païens.

Des deux Eddas, il n’existe pas de traduction intégrale en langue française. De même, un grand nombre de poèmes d’inspiration mythologique nous sont encore inconnus. Il convenait donc d’en réaliser une sorte de synthèse et surtout de la rendre accessible à un très large public.

Malgré l’habileté technique des versificateurs, malgré les interdits des missionnaires, malgré l’enchevêtrement parfois inextricable des personnages, des symboles et des péripéties, cette mythologie scandinave primitive a été populaire. Elle a inspiré d'innombrables récits de veillée, elle a longtemps attisé les rires et les craintes, les peines et les joies, les rites et les peurs d’hommes simples. Paysans et marins, ils vivaient tous dans l’intimité de ces dieux d’Asgard. Guerriers, ils croyaient mériter un jour le palais étincelant du Valhalla. Ces récits formaient la trame même de leur vie et les aidaient à accueillir sans crainte la mort.

Aujourd'hui, ces dieux maudits ne doivent  pas nous apparaître comme  des  dieux  étrangers,  ni surtout comme des dieux mystérieux et inaccessibles. Ce livre a pour première ambition de « populariser » leurs aventures...

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Ces récits vont apparaître, à l’image même de la vie, fort divers. On y passe tour à tour du merveilleux au grotesque, de l’épouvante à la farce, de la tragédie la plus grave à la comédie la plus folle : cela ne va pas sans horreur ni sans trivialité. Les dieux naviguent allégrement du champ de bataille à la salle de banquet. Ils ripaillent et s’insultent. Nous voici en pleine truculence. Loki lance son fait à chacun. Il traite Freya de putain et Thor de cocu. Odin lui-même n’est pas épargné et devient une ganache de la pire espèce.

On peut trouver choquant ce mélange. Mais c’est celui de toute une vieille tradition européenne, telle qu’elle va se perpétuer pendant tout le Moyen Age et éclater dans l’œuvre écrite d’un Rabelais ou dans l’œuvre peinte d’un Breughel.

Une des grandes leçons de cette mythologie, par ailleurs si incohérente, est peut-être le refus de briser l’unité profonde de la vie. Il apparaît tout aussi naturel, pour les vieux Nordiques, d’assumer son destin en se faisant tuer joyeusement que de ripailler entre deux combats. Il est aussi noble pour eux de brandir une épée que de vider une corne à boire. Ce qui est ignoble, c’est la lâcheté, le mensonge et le parjure.

L’unité de ces récits vient du fait que l’on y retrouve les mêmes personnages – mais dans des situations souvent fort diverses. Elle vient aussi du cadre immuable : les neufs mondes et surtout Asaheim et Jotunheim, car les géants servent de perpétuels « faire-valoir » aux dieux. Les hommes sont presque toujours absents de ces aventures, encore plus effacés que les nains besogneux et les elfes évanescents. Mais ces dieux sont humains, trop humains parfois.

Jean MABIRE

Source : Eléments N°27 – Hiver 1978

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La normannité, par Jean Mabire, partie 2 sur 3

La normannité :
permanence d'un tempérament

par Jean Mabire

Partie 2 sur 3
 

 

 

La normannité se manifeste donc, en tout premier lieu, par la permanence d'un certain tempérament.

Abel Miroglio avait fondé au Havre, juste après la dernière guerre, un Institut de Psychologie des Peuples, dont les travaux ont été aussi passionnants que méconnus. Un de ses collaborateurs pour la Normandie était, tout naturellement, Fernand Lechanteur, qui se méfiait de la psychologie scientifique et qui faisait plutôt de la psychologie populaire, conjuguant avec bonheur une solide hérédité paysanne et une bonne formation universitaire. Son étude sur Les deux populations de la Manche est restée à juste titre célèbre. Elle contient un portrait du Normand « nordique », qui confirme, à l'aide de multiples exemples, ce que nous savions déjà par la lecture des travaux d'André Siegfried.

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La normannité, par Jean Mabire, partie 3 sur 3

La normannité :
une permanence et non « la tradition »

par Jean Mabire

Partie 3 sur 3

 

 


Cette normannité, cet esprit normand, dont nous avons entrevu les manifestations dans le monde éthique, littéraire ou politique, ne s'est pas manifesté avec une égale acuité au cours des siècles.

D'abord instinctive et vitale, la normannité a été l'irruption sur le terroir de Neustrie d'une force neuve. « Pure », comme dirait Patrick Grainville. Cette force s'est muée en conscience historique, grâce à la volonté du Duc Guillaume. Après l'abâtardissement dû aux Plantagenets, après la coupure entre le continent et la Grande Île, après l'annexion à la France, la normannité a glissé du plan souverain et guerrier au plan artistique et littéraire. Les Normands, ne pouvant s'exprimer politiquement, ont été obligés de trouver un substitut à leur trop-plein de vitalité et à leur désir de marquer le monde de leur empreinte.

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La normannité, par Jean Mabire, partie 1 sur 3

La normannité,
permanence de la « manière normande »

par Jean Mabire
Partie 1 sur 3
 

 

 


Je dois d'abord avouer que j'ai en horreur ce genre de néologisme. Nous avions déjà connu, au début du siècle, dans les années fiévreuses et poétiques qui ont procédé la célébration du Millénaire de 1911, des mots à prétention plus ou moins barbare. On a parlé de « normannisme ». Parfois même en employant un y, comme si, croyait-on naïvement, le normannysme devait faire plus anglo-saxon ou plus scandinave... Voici donc, aujourd'hui, proposé par le Mouvement Normand, le terme de « normannité ».


J'eusse préféré que l'on parlât plus simplement et que l'on se contentât d'évoquer la « manière normande », tout comme nos ancêtres, voici quelques siècles, parlaient encore de la « danesche manere », pour désigner cette forme de mariage « more danico », qui devait engendrer de nombreux bâtards, dont certains fort illustres.

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Thulé, le soleil retrouvé des Hyperboréens, de Jean Mabire

 Les Fidèles de l'étoile polaire :

sur les traces de notre plus longue mémoire,

à la poursuite du Soleil invaincu...


"Thulé, le soleil retrouvé des Hyperboréens"
: il s’agit d’un des livres les plus importants de Jean Mabire, dans lequel il a mis beaucoup de lui même, avec une sincérité, une vérité que reconnaît aussitôt le lecteur qui est aussi un ami. Récit d’une longue quête, menée avec patience, minutie et enthousiasme, cet ouvrage ouvre les portes d’un imaginaire infiniment précieux car il est le refuge, secret et sacré, de notre longue mémoire.

Et dès les premières lignes le ton est donné : "J’ai travaillé assez longtemps à ce livre pour découvrir quel pouvoir magique contiennent ces deux syllabes insolites Thulé. De les prononcer devant le feu qui brûle dans une cheminée, et aussitôt les yeux s’emplissent de quelque rêve surgi du fond des âges. Cinq mille ans d’errance héroïque se réduisent en un seul instant fugitif. Soudain, tout redevient possible. Les Hyperboréens revivent parmi nous."

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Ils ont rêvé l'Europe des Patries charnelles, par Jean Mabire

Ils ont rêvé l'Europe des Patries charnelles,

par Jean Mabire


Des idées qui nous sont aujourd'hui familières- enfin et heureusement ! - n'ont pas toujours la longue histoire que certains imaginent. Ainsi en est-il de ce qu'on nomme tantôt l'Europe des régions, tantôt l'Europe des Ethnies, tantôt l'Europe des Peuples, tantôt l'Europe des Patries charnelles, toutes notions assez synonymes surgies d'un combat guère plus ancien, celui de l'Europe des Minorités. Parce que le XIXe siècle avait vu la naissance de l'unité italienne et de l'unité allemande, certains le nommèrent un peu hâtivement le siècle des Nations. C'était aller vite en besogne et y voir un prélude à cette Europe des Nations qui fut le grand échec du XXe siècle.

C'était oublier une des grandes lois de la nature, donc de la politique : les réalités vivantes ne sont jamais semblables et on ne peut appeler - comme aujourd'hui - du même nom de "nation" des entités aussi diverses que l'Espagne ou le Luxembourg, pourtant membres l'une et l'autre à part entière de cette communauté Européenne, qui a décidé de se construire sur les Etats existants, un peu comme en Afrique qui tient encore compte des frontières coloniales et non des réalités tribales.

Dans ce mariage de la carpe et du lapin, le fameux slogan de l'unité dans la diversité -belle formule par elle même - se réduit à un vœu pieux. Comment inclure dans un ensemble une Allemagne fédérale, bien vivante en ses Länder et une France centralisée, prise dans le corset d'un bi-séculaire jacobinisme ? Pour un observateur attentif, la "nation" en Europe se confond rarement avec "l'Etat".

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Ne pas craindre, ne pas subir, ne pas abandonner, par Jean Mabire

Ne pas craindre,

ne pas subir,

ne pas abandonner,

par Jean Mabire


Cette nuit, nous savons que nous serons seuls. Chacun a choisi le lieu de sa retraite et de sa méditation. Moi, je pars sur une île. Je vais voir sombrer dans une mer sans couleur le dernier soleil de l'année.

Quand le bateau repart pour le continent, nous restons à nous attarder sur la cale. Très vite, le bruit du moteur est rongé par la brume. Des oiseaux crient, invisibles. Dans mon île, il n'y a pas d'hivernants. Les touristes ne rôdent pas dans l'Ouest à la mauvaise saison. Les chemins sont déserts sous les arbres dépouillés.


 

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Mait'Jean est parti vers Thulé

Hommage à Jean Mabire
par Pierre Vial


Le ciel est gris. Jean Mabire (les siens et ses vieux amis l’appelaient Maît’Jean, selon la tradition normande) a rejoint la Grande Armée, à la fin de ce mois de mars qui est dédié au dieu des armées. Il est parti en viking, affrontant avec un serein courage son destin, comme les héros de son compatriote Pierre Corneille.

J’ai de la difficulté à écrire ces lignes. Comme si elles me confirmaient qu’il n’est plus là. Mais ce qui m’aide, c’est de savoir qu’il est toujours là. Il marche en esprit dans nos rangs, pour utiliser ces mots que nous réservons aux nôtres. A ceux dont l’honneur s’appelle fidélité. Si cette devise s’applique à quelqu’un c’est bien à lui. Lui que j’ai toujours trouvé à mes côtés quand la houle se faisait dure et que le navire peinait à tenir le cap.

Il avait dix-huit ans en 1945. Il avait connu les derniers feux d’un Francisme qui a suscité tant d’enthousiasme, de dévouement, d’engagement. Au sortir d’une guerre qui avait confirmé, après celle de 14-18, le grand suicide de l’Europe, il s’était retrouvé, très naturellement, au coude à coude avec des garçons de son âge, dont certains – parce qu’ils avaient quelques mois de plus que lui – avaient pu vivre de près le crépuscule des dieux. Communauté, jeunesse, solstice, chant : j’ai toujours à portée de main un carnet, daté du 19 juin 1948, sur lequel ces mots figurent et dont la couverture beige porte un dessin représentant un bûcher décoré d’une roue solaire marquée de runes. Pas de signature. Mais les initiés reconnaissent au premier coup d’œil la patte de ce remarquable dessinateur qu’est  Maît’Jean (je préfère décidément utiliser le présent pour parler de lui). Un talent, allié à celui de l’écriture, qu’on retrouve dans Viking, qu’il dirige dès le premier numéro (mars 1949). Ces "Cahiers de la jeunesse des pays normands" annoncent la couleur : "Nous avons découvert dans le vent du Nord la certitude et la réalité. Venus de Paris, venus d’ailleurs, nous retournons vers notre peuple et vers notre sol". L’aventure, exaltante, de Viking, a duré jusqu’en 1958. A cette date il a troqué le stylo contre le PM. Rappelé en Algérie comme lieutenant de réserve, au sein du 12e bataillon de chasseurs alpins qui opère dans les coins les plus pourris de la frontière tunisienne, il commande un commando de chasse. Une expérience marquante, qu’on retrouve dans son livre Les Hors la loi (1968, réédité en 1976 sous le titre Commando de chasse).

Revenu, dans la vie civile, à son métier de journaliste (il était entré en 1956 à La presse de la Manche), il est l’adjoint de Philippe Héduy à L’Esprit Public. C’est dans les colonnes de cette revue composite que je le découvre et la lecture de chacun de ses articles est pour moi fulgurante (au sens étymologique du mot : ses textes portent la foudre, en particulier ceux qui insistent sur la nécessité d’une synthèse entre nationalisme et socialisme). Lorsqu’il rejoint la communauté de camaraderie à laquelle j’appartiens, en devenant rédacteur en chef d’Europe Action, j’exulte. Puis nous vivrons ensemble l’aventure du GRECE.  Et celle d’un mouvement de jeunesse cher à notre cœur. Depuis nous ne nous sommes jamais quittés, vérifiant à chaque occasion, année après année, à quel point, sans même nous consulter, nous réagissions de la même façon. Vis à vis des événements, des grands débats, des hommes que nous avons côtoyés ou croisés. Dès la création de Terre et Peuple, j’ai eu son approbation et son appui. A la Table Ronde de l’automne dernier il était là. Stoïque. Très fatigué (cela se lisait dans ses yeux). Mais il était là. Heureux de dédicacer ses livres à de jeunes lecteurs inconnus, de parler avec les vieux amis. D’être au sein de son clan.

Articles de revues, livres : ils se sont accumulés, au fil du temps, grâce à une vitalité créatrice dont peu d’écrivains sont capables. En écrivant ces lignes j’ai devant moi, sur les rayons de ma bibliothèque, la cohorte impressionnante des livres de Jean. Lui-même disait qu’il ne savait pas très bien combien il en avait fait… Il n’est pas de legs plus précieux que celui-ci. J’aurai l’occasion, dans un article de la revue Terre et Peuple, d’évoquer certains souvenirs personnels concernant la rédaction de certains d’entre eux. Mais tous, à des titres divers, ont eu vocation à faire vibrer des échos chez les âmes ardentes. Combien de jeunes garçons et de jeunes filles ont entendu l’appel de la voix des ancêtres en lisant un livre de Jean ? En cela, mais aussi en bien d’autres façons, il aura été un éveilleur. "Eveilleurs de peuples". C’est lui qui a trouvé cette magnifique formule pour désigner ceux qui, un jour, dans un pays, ont appelé leur peuple à la vie : "Lève-toi et marche !". Par l’écriture, par la parole, par l’action.

Bien sûr nous avons un immense chagrin. Le coup a été rude. Mais nous n’avons pas le droit de nous murer dans notre tristesse. Car là où il est les seuls mots qu’il veut entendre sont : LE COMBAT CONTINUE. Son combat. Notre combat. J’avais un camarade ? Non. J’ai un camarade. Jean Mabire PRESENT.

Pierre VIAL

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