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Le conflit était un mal endémique au sein des premières communautés celtiques de Grande-Bretagne et du reste de l’Europe. Des petites querelles personnelles, liées à des questions de propriété ou de statut, aux grandes batailles entre Celtes et Romains, le combat était le moyen de régler les différends et de lier ou de briser des relations. À partir du Ve siècle av. J.-C., des armées de Celtes maraudeurs envahirent la majeure partie de l’Europe, Rome et la Grèce, et l’Asie Mineure (l’actuelle Turquie).

Des auteurs classiques ont évoqué cette expansion des Celtes à partir de leurs foyers d’origine situés en Europe centrale, précisant que les guerriers celtiques étaient des mercenaires. Les historiens grecs et romains, qui ont rendu compte des affrontements entre leurs armées et celles des « barbares » qu’étaient leurs adversaires entre le IVe siècle av. J.-C. et le 1er siècle apr. J.-C., ont fait part du respect mêlé de crainte que leur inspiraient la férocité et l’intrépidité des guerriers celtiques.

Mais les auteurs classiques ont aussi évoqué les points faibles de ces guerriers, perceptibles derrière leur vantardise. Le géographe grec Strabon écrit (Géographie, IV, 4, 2) :« De ce fait, si on excite les Gaulois, ils se ruent tous ensemble dans la bataille sans se dissimuler et sans regarder à droite ni à gauche. Ils sont alors faciles à vaincre pour qui veut les combattre par la manoeuvre : il suffit qu’on provoque leur colère par n’importe quel prétexte au moment et à l’endroit désiré pour qu’on les trouve prêts à tout risquer sans autre secours que leur force et leur audace. » 

 

LE STATUT DU GUERRIER

Dans l’esprit des Celtes, les notions de rang, de prestige et d’apparat étaient inextricablement liées à la pratique de la guerre. Jules César, qui combattit les Gaulois de 58 à 50 av. J.-C., avait remarqué qu’après le chef ou le roi de la tribu, c’étaient les chevaliers qui jouissaient du statut social le plus élevé. Aristocrates, propriétaires terriens et cavaliers formaient l’élite de la société celtique. Ils conduisaient les troupes à la bataille et étaient chargés, sur le champ de bataille, de la protection de leur chef.

Lorsque l’on garde à l’esprit le prestige que conférait la pratique de la guerre, il ne semble plus surprenant que l’ostentation ait été une composante importante de l’éthique guerrière des Celtes. Des auteurs classiques, comme Diodore de Sicile ou Polybe, nous apprennent en effet que celle-ci jouait chez les Celtes un rôle essentiel dans la pratique de la guerre. Polybe, commentant la bataille de Télamon qui a opposé les Celtes aux Romains en l’an 225 av. J.-C et s’est soldée par une cuisante défaite pour les troupes celtiques, précise que l’apparence a joué un grand rôle au cours de déroulement : « Effrayants aussi étaient l’aspect et le mouvement de ces hommes nus au premier rang, remarquables par l’éclat de leur vigueur et de leur beauté. Tous ceux des premières lignes étaient parés de colliers et de bracelets d’or ».

Diodore a quant à lui, écrit : « Lorsque les armées se rangent sur le champ de bataille, les Celtes avancent habituellement jusqu’à la ligne de combat et mettent au défi de se battre, en combat singulier, même les plus courageux de leurs adversaires, tout en brandissant leurs armes afin de les terrifier. Si un de se battre, en combat singulier, même les plus courageux de leurs adversaire relève le défi, ils se mettent à réciter à haute voix les faits d’armes de leurs ancêtres et à proclamer leur propre bravoure, tout en malmenant et en anéantissant leurs adversaires après avoir généralement tenté de leur ôter leur combativité. » 

 

L’ÉQUIPEMENT DU GUERRIER CELTIQUE SUR LE CHAMP DE BATAILLE

Les guerriers en pierre ou en bronze découverts par les archéologues fournissent des indications sur les armes ou le type d’armure portées par les soldats de l’armée celtique. Les soldats étaient équipés de lances, d’épées et de poignards pour ce qui est des armes offensives, mais aussi de boucliers, de casques, et de temps en temps d’armures, généralement à mailles métalliques. Ces dernières étaient rares, sans doute en raison de leur coût élevé de fabrication. Elles ne font leur véritable apparition qu’à la fin de l’âge du Fer. Selon les auteurs classiques, les Celtes combattaient parfois nus. Les chevaux jouaient un rôle important dans la guerre : ils étaient montés par des cavaliers, mais étaient aussi utilisés pour tirer les chars. Les soldats utilisaient également sur le champ de bataille des trompettes dont le son puissant et discordant avait l’art de déconcerter l’ennemi.

Une grande partie du matériel archéologique dont nous disposons a été trouvé dans des sépultures. Les Celtes d’Europe avaient pour coutume d’enterrer, dans les cas d’inhumation, les guerriers avec leurs armes. Lorsque le corps était incinéré, seule une pièce représentative de l’activité du défunt accompagnait les cendres dans la tombe. Il a été établi que les armes placées dans les tombes, ou jetées à l’eau en guise d’offrandes votives, étaient parfois « tuées » rituellement, c’est-à-dire mises en pièces ou pliées en deux. L’idée était peut-être de les faire passer symboliquement d’une existence matérielle à une existence spirituelle, de leur ôter toute valeur ou simplement de faire preuve de Prodigalité. Parfois aussi, des armes quasiment neuves étaient jetées dans les cours d’eau : ce fut le cas de l’épée et du fourreau d’Isleham (comté du Cambridgeshire. Angleterre), datant de la fin de l’âge du Fer, qui furent jetés dans le Lark en offrande aux dieux.

Parmi les tombes de guerrier, on peut citer, par exemple, celle de La Gorge-Meillet dans l’Est de la France qui renfermait le char du défunt, ses armes ainsi que son casque en bronze, placé à ses pieds. Elle contenait aussi tous les récipients utilisés pour le banquet funéraire, ainsi que des rôtis de porc et de bœuf. L’aurige du défunt avait été enterré au-dessus de ce dernier.

 

ÉQUIPEMENT GUERRIER ET OSTENTATION 

Les armes et l’armure des guerriers celtiques reflètent tout naturellement l’attitude au combat de ces derniers, faite – selon les auteurs classiques – d’ostentation, de fanfaronnade et d’esprit de rivalité. L’équipement des guerriers était souvent orné de nombreux motifs sophistiqués, sculptés ou obtenus au repoussé. Il présentait même parfois des incrustations d’émail, de corail, d’ambre et d’autres matériaux exotiques. Les boucliers, les casques, les harnais, et surtout les épées représentent bien ce que peut être l’art celtique. L’équipement nécessaire à la pratique de la guerre offrait aux artisans de multiples occasions d’exprimer plastiquement leurs propres idées et celles de leur société, et permettait aux guerriers de faire étalage de leur statut et de leur art : « L’armement est à la mesure de la haute taille des hommes une grande épée qu’on suspend au côté droit, un bouclier oblong de grande dimension, des piques longues à proportion » comme l’a formulé Strabon dans sa Géographie. Plus les armes d’un guerrier étaient impressionnantes, plus il jouissait d’une position sociale élevée.

Certaines, davantage conçues pour l’apparat que pour le champ bataille, témoignent de la dimension ostentatoire de l’équipement guerrier. De nombreuses épées irlandaises, par exemple, ne devaient être d’aucune efficacité : leur qualité esthétique, leur valeur symbolique et le prestige qu’elles conféraient doivent avoir eu plus d’importance que leur aptitude à tuer. La fragilité des boucliers découverts respectivement dans la Witham, une rivière du Lincolnshire, et dans la Tamise à la hauteur de Battersea, en Angleterre, laisse à penser que ces derniers n’ont certainement pas été utilisés et ont été délibérément jetés à l’eau en guise d’offrandes aux dieux, comme de très nombreuses armes l’ont été en Europe à la fin de la préhistoire. Il est peu vraisemblable que ces pièces aient été malencontreusement égarées. Il convient davantage de les percevoir comme de précieuses possessions de l’élite celtique, dont les armes prestigieuses semblaient tout indiquées comme offrandes aux puissances surnaturelles.

Les armes des Celtes étaient généralement en fer ou en bronze, mais leur ornementation avec des matériaux rares, chers ou exotiques permettait d’en faire des objets d’apparat. Certains casques, comme celui de Canosa, en Apulie, étaient ornés d’or et de corail méditerranéen. Bien que le casque soit de facture italo-celtique, la forme des armes de Canosa montre que le défunt devait être italien. Plus de 200 morceaux d’ambre de la Baltique ont été disposés selon un motif géométrique sur le pommeau en ivoire africain d’une longue épée en fer trouvée dans une tombe à incinération à Hallstatt, en Autriche. L’utilisation d’ambre et d’ivoire suppose l’existence d’importants réseaux de commerce sur de vastes aires géographiques. La présence d’armes dans les tombes permet aussi de démontrer qu’elles n’étaient pas étrangères au statut des défunts. La coutume qui consistait à enterrer les chefs guerriers avec leur équipement est à rapprocher des pratiques funéraires ostentatoires, des rites de passage, et du besoin de manifester clairement le rang du guerrier au moment de son passage dans l’au-delà. Cette coutume s’explique peut-être aussi par le fait que les armes d’un soldat étaient considérées comme des objets personnels et n’étaient jamais prêtées : aux yeux des Celtes, elles conféraient sans doute symboliquement une force surnaturelle, et exclusive à celui auquel elles appartenaient véritablement. Rappelons-nous Excalibur, l’épée du roi Arthur, qui avait été donnée à ce dernier de nous manière magique et devait être rendue au monde des esprits à l’heure de sa mort. Le geste par lequel Bedevere jette Excalibur dans le lac fait songer à celui qui décidait de l’immersion des armes découvertes par les archéologues.

Le fait que les armes donnaient un certain statut est attesté par leur présence dans les tombes de défunts qui n’ont probablement jamais combattu. L’homme qui a été enterré avec une épée, une lance et un bouclier à Munich-Obermenzing en Bavière (Allemagne) vers l’an 200 av. J.-C., par exemple, était avant tout médecin et non soldat, puisque l’on a trouvé dans sa tombe une scie à trépaner (permettant de retirer du crâne de petites sections d’os afin d’alléger la pression exercée par la boîte crânienne sur le cerveau), une sonde et un rétracteur. Le défunt pourrait avoir été un médecin de l’armée qui s’occupait des blessés après les combats. Il est cependant peu vraisemblable qu’un chirurgien ait lui-même participé aux batailles. Il s’agit plus vraisemblablement d’un membre honoraire de l’armée auquel des armes ont été données en signe de respect.

Parmi les motifs représentés sur les armes, il en est quelques-uns, comme les images de sangliers ou de loups par exemple, qui véhiculent immédiatement l’idée de férocité et d’agressivité, d’un fort pouvoir symbolique. D’autres demeurent en revanche plus énigmatiques, et le rattachement au thème de la guerre de tel ou tel thème découvert sur un bouclier ou un fourreau relève du domaine des conjectures. Il est possible que des messages subtils et complexes – messages de  communication entre groupes humains ou messages entre  le héros de la guerre et ses dieux – aient fréquemment pris une forme plastique symbolique. De nombreux fourreaux et boucliers présentent des motifs qui pourraient être liés à l’efficacité de l’arme et chargés de lui conférer encore plus de pouvoir. L’idée était peut-être de lui donner des propriétés magiques, d’augmenter par exemple, pour une épée, son pouvoir de destruction ou, pour un bouclier, sa capacité à détourner les flèches.

 

LES ÉPÉES, LES LANCES ET LES TROMPETTES

La fabrication de l’épée en fer exigeait de la part du forgeron le plus grand savoir-faire. L’obtention par carburation du tranchant en acier nécessitait en effet de nombreuses connaissances techniques. Ces armes extrêmement prisées étaient des objets très personnels. L’épée du IIIe siècle av. J.-C. récemment découverte à Kirkburn, dans le nord de l’Angleterre, illustre bien la virtuosité de son auteur : l’arme, constituée de plus de 70 éléments, est ornée d’émaux écarlates sur toute sa longueur : le fourreau en fer porte une plaque de bronze orné d’un motif élaboré. L’arme découverte avait été soigneusement réparée. Souvent longues, les épées celtiques se portaient haut, à hauteur d’épaule plutôt qu’à hauteur de la taille. Elles étaient en outre davantage conçues pour trancher que pour porter des coups. La lame elle-même était habituellement toute simple, mais la poignée et le fourreau étaient fortement ornementés. Les étuis étaient souvent en bronze : constitués de deux plaques, l’une positionnée par-dessus l’autre et fixée à cette dernière sur la face arrière par une chape, souvent elle-même richement ornementée. Les premiers fourreaux métalliques furent ornés de motifs relativement simples qui semblent parfois n’être qu’une copie des dessins exécutés à l’aiguille sur les fourreaux en cuir.

L’ornementation des fourreaux est en général d’une grande variété – qui va de l’abstraction à la quasi-figuration –, mais comporte peu de scènes proprement narratives. Il existe cependant un fourreau, provenant de la grande nécropole de Hallstatt, qui fait exception à la règle. La tombe dans laquelle il a été trouvé contenait les ossements d’un guerrier décédé vers l’an 400 av. J.-C. Le défunt avait été placé sur une plate-forme en pierre avec son casque en fer, son couteau, un ensemble de javelots et une passoire en fils de bronze qui servait peut-être à filtrer le vin. Il portait haut, du côté droit, une épée ornée de corail au fourreau décoré d’une scène narrative qu’on ne rencontre sur aucune autre épée ou aucun autre fourreau celtiques : 4 hommes groupés deux à deux, tiennent entre eux une grande roue à rayons ; ils sont séparés par une rangée de cavaliers équipés de lances et de casques ronds (un chevalier envoie sa lance dans le corps d’un ennemi tombé à terre) et par 3 fantassins armés de lances et de boucliers. Les armes et les vêtements (tuniques, pantalons chausses à pointe relevée) sont de style celtique. À vrai dire, les chausses présentent une ressemblance frappante avec celles que portait le chef enterré à Hochdorf. Sur la pointe du fourreau sont représentés deux opposants se battant à mains nues. À quoi peuvent bien faire référence ces scènes ? Il peut tout aussi bien s’agir de l’illustration d’un événement réel, d’une bataille précise, que de la représentation d’une scène mythique.

La plupart des fourreaux portent des motifs d’une lecture moins immédiate, au sens peut-être symbolique. Il est possible que certains d’entre eux aient simplement servi à indiquer le rang social du propriétaire du fourreau, sa place au sein de la communauté, ou encore un de ses faits d’armes. D’autres pourraient avoir eu une dimension religieuse, peut-être même étaient-ils considérés comme apotropaïques (c’est-à-dire censés détourner les influences maléfiques). De nombreux motifs sont nés de l’observation de formes végétales : vrilles, palmettes et fleurs de lotus, par exemple, mais la nature a bien vite été occultée par l’ornement, qui ne permet plus l’identification avec la source d’inspiration. De toutes les formes végétales qui apparaissent sur les fourreaux, il se pourrait toutefois que l’une d’entre elles ait eu une signification particulière. Il s’agit de « l’arbre de vie », observé sur l’épée de Korisios découverte à Port près de Berne, en Suisse, et sur un fourreau du ve siècle av. J.C. trouvé à Bouy dans la Marne, en France. Le motif pourrait être une adaptation de modèles orientaux. Que l’intention ait ou non été de représenter un « arbre de vie », il ne fait aucun doute que les arbres avaient pour les Celtes une dimension symbolique : il était en effet un symbole de longévité et de renaissance, deux notions importantes pour un guerrier rencontrant la victoire ou la mort.

L’ornementation animale des épées est peut-être également symbolique. Sur leurs fourreaux, le motif animal le plus intéressant est celui des dragons groupés par deux, qui fleurit au Ille siècle sur une vaste étendue géographique (Roumanie, dans l’est de la France et le sud de l’Angleterre). Ce motif (peut-être originaire de Hongrie), s’est répandu rapidement et, étant donné que des fourreaux ornés de paires de dragons très semblables ont été découverts dans des régions très éloignées les unes des autres, il est possible que tous aient été fabriqués dans un seul et même atelier. Cette ressemblance frappante a conduit les archéologues à qualifier la paire de dragons « d’unité inter-celtique ». Le motif est constitué de deux dragons représentés face à face, gueule ouverte. Bien que de forme vaguement reptilienne, ils appartiennent davantage au monde imaginaire de l’artiste qu’au règne animal.

En dehors des formes végétales et animales, des visages humains (très rarement des figures humaines entières) apparaissent aussi sur les fourreaux. Les formes humaines, animales et végétales sont parfois associées dans un seul et même décor : à Santa Paolina di Filottrano, près d’Ancône, en Italie, une tombe de la fin du IVe siècle av. J.-C. renfermait une plaque de fourreau au décor élaboré, constitué d’un feuillage duquel émergeaient des visages humains stylisés. Sur les armes de date ultérieure, les figures humaines se font de plus en plus fréquentes : des poignées anthropomorphes ont été fabriquées aux IIe et Ier siècles av. J.-C. Citons, par exemple, celles trouvées dans la baie de Ballyshannon dans le Donegal, en Irlande, et à Tesson en Charente.

Les plantes et les animaux qui apparaissent sous la forme de motif, ornementaux sur les fourreaux pourraient être chargés d’un symbolisme mythique ou talismanique, et peut-être faut-il chercher les éléments nécessaires à leur interprétation dans l’imagerie religieuse et la mythologie celtiques ultérieures. À partir de la période romaine, les oiseaux, les cerfs, les taureaux, et bien d’autres créatures ont eu aux mb yeux des Celtes, tout comme le visage humain, un sens symbolique Les représentations anthropomorphes sont intéressantes entre autres parce qu’elles sont relativement rares dans l’art celtique préhistorique. Les poignées anthropomorphes pourraient représenter une divinité ou le propriétaire de l’arme, mais tout aussi bien renvoyer à l’essence de la « virilité », perçue à son tour par les Celtes comme susceptible de doter l’arme de pouvoirs magiques.

La lance – qu’il s’agisse de la lance proprement dite ou du javelot – était, avec l’épée. la principale arme du guerrier celte. Diodore de Sicile a décrit la formidable apparence de quelques-unes de ces lances qui, dentelées ou barbelées, pouvaient infliger d’horribles blessures. La lance offerte par une divinité à Cuchulainn, héros de l’Ulster dans l’ancienne mythologie irlandaise, avait des bords déchiquetés, et personne ne pouvait guérir des blessures qu’elle infligeait. La seule partie qui apparaisse généralement dans les découvertes archéologiques est la pointe en fer. Relativement peu de lances sont ornementées, mais un exemplaire du IVe siècle av. J.-C., découvert en Hongrie, est gravé de rinceaux, très proches de ceux d’un torque en or provenant de Waldalgesheim en Allemagne. La pointe de lance en fer du 1er siècle av. J.-C. trouvée dans la Tamise à Londres présente une ornementation plus spectaculaire : celle-ci se compose de quatre feuilles de bronze découpées, puis rivées devant et derrière à chaque lobe de la lance. Les feuilles ont chacune une forme légèrement différente, tout comme les motifs de leur ornementation qui se présentent sous forme de volutes, la surface lisse du métal étant rehaussée par endroits de hachures croisées.

La trompette n’est pas à proprement parler une arme, mais les Celtes s’en servaient sur le champ de bataille : ils produisaient des sons qui perturbaient l’ennemi et le terrifiaient. Cet instrument était constitué d’un long tube de bronze terminé par un pavillon en forme de hure de sanglier – une tête qui semblait grommeler – ou, plus rarement, de tête de loup. Des trompettes de ce type figurent sur le grand chaudron en argent découvert à Gundestrup au Danemark. La hure de sanglier en bronze d’une trompette trouvée en Écosse, à Deskford, présente autour des yeux une ornementation curviligne. Il tentant d’établir un lien entre la présence dans le Grand Nord de cette trompette, fabriquée au milieu ou à la fin du Ier siècle av. J.-C., et la grande bataille ayant opposé les Romains et les Celtes calédoniens à Mons Graupius (probablement situé dans les environs d’Inverness) en l’an 84 apr. J.-C. qui mit fin à la liberté des Celtes en Grande-Bretagne.

 

LES ARMES DÉFENSIVES

Il est rare de trouver des armures. Cependant quelques fragments de cotte de mailles ont été découverts, et, de temps en temps, des pièces permettent de conclure que les armures étaient ornementées. On a ainsi trouvé à Çiumesti, dans le nord-ouest de la Roumanie, une rosette en bronze à triscèles qui servait d’ornement à une cotte de mailles. Le triscèle avait chez les Celtes une dimension religieuse importante : il s’agissait apparemment d’une figure qui, composée d’un nombre de bras égal à trois (chiffre sacré) et peut-être associée à l’énergie solaire, était censée porter chance.

Les casques étaient les seules armes défensives portées couramment par les soldats celtiques : « Ils portent sur la tête des casques en bronze ornés de figures proéminentes qui les rendent gigantesques. Dans certains cas, ce sont des cornes qui ne forment qu’un avec le casque; dans d’autres, ce sont des figures en relief ou encore la partie antérieure d’un oiseau ou d’un quadrupède. » (Diodore).

Les casques, en cuir, en bronze ou en fer, étaient tout simples : de forme pointue ou arrondie, ils comportaient des paragnathides (couvre-joues) et parfois un couvre-nuque. Quelques exemplaires montrent quels supports ils offraient aux fabuleuses possibilités d’ornementation de l’artiste. C’est le cas d’un casque du IVe siècle av. J.-C. découvert à Agris en Charente. Ce casque est en fer, recouvert de bronze et orné de motifs complexes, les paragnathides portent de minuscules têtes d’animaux. Deux casques, découverts respectivement à Smarjeta et Mihovo en Slovénie, sont ornés de grues. La description de Diodore de Sicile fait tout particulièrement songer à deux casques. L’un est en fer, daté des IIIe et IIe siècles av. J.-C. ; il provient de Ciumesti en Roumanie et est surmonté d’un  cimier en bronze en forme d’oiseau de proie (un corbeau ?) ; les yeux de l’oiseau sont représentés par deux émaux rouges, et les ailes, articulées, étaient vraisemblablement de manière agaçante lorsque le guerrier se précipitait vers l’ennemi. L’autre casque, en bronze, date du ter siècle av. J.-C., et a été trouvé dans la Tamise, à Londres à la hauteur de Waterloo Bridge. Orné d’émaux incrustés et d’un motif sinueux asymétrique, il porte de petites cornes coniques allant en s’écartant. Il servait peut-être davantage de coiffure d’apparat que de protection sur un champ de bataille. Des casques ornés de cornes, de sangliers ou d’oiseaux apparaissent sur le chaudron de Gundestrup ainsi que sur certaines monnaies celtiques. Les figurines de an découvertes, par exemple, à Hounslow près de Londres ou à Luncani en Roumanie pourraient avoir été à l’origine de leurs cimiers.

L’ornementation des casques semble chargée d’un sens symbolique spécifique : talismanique, elle était peut-être destinée entre autres à augmenter la combativité du guerrier. Il est tout particulièrement intéressant de noter que la littérature comme les fouilles archéologiques ont apporté la preuve de l’existence de cimiers. Pour les Celtes, les cornes étaient des signes de férocité et de virilité : et les sangliers, l’emblème de leur combativité et de leur invincibilité. Le corbeau de Çiumesti symbolisait la bataille et la mort : dans les premiers mythes irlandais, les déesses-corbeaux, connues pour apporter de funestes présages, faisaient des ravages sur les champs de bataille. Les triskèles du casque découvert en France, à Amfreville, dans l’Eure, étaient en revanche censés protéger la tête du guerrier du tranchant des épées, qui causait d’horribles blessures. En dehors des casques, les Celtes n’avaient quasiment que des boucliers pour se protéger sur le champ de bataille. La plupart de ces boucliers étaient fabriqués dans des matériaux organiques : le cuir ou le bois. C’est la raison pour laquelle ils ne nous sont généralement pas parvenus, à l’exception de quelques-uns trouvés dans des milieux détrempés. Ces quelques exemplaires, mais aussi les exemples représentés par l’iconographie celtique et les modèles réduits en métal qui ont été découverts, donnent une idée de la taille et de la forme des boucliers celtiques. Nous disposons en outre de quelques rares placages de bouclier en feuilles de bronze. Grâce à tous ces éléments, nous avons pu établir que de nombreux boucliers celtiques étaient longs et rectangulaires avec des coins arrondis. Ils couvraient ainsi la majeure partie du corps. L’ornementation principale se limitait essentiellement, à notre connaissance, à l’umbo métallique qui faisait saillie au centre du bouclier et derrière lequel se situait la poignée. Une découverte récente effectuée dans l’ouest de la Grande-Bretagne pourrait cependant remettre en question quelques-unes des hypothèses jusqu’à présent admises. En juillet 1988 fut en effet légué au British Museum un groupe de 22 boucliers miniatures en bronze, provenant apparemment d’un seul et même ensemble. Ces pièces, datant essentiellement de l’âge du Bronze, semblent faire partie d’une gigantesque collection qui comprend également des modèles réduits de chaudrons de l’âge du Fer. Nous ne connaissons pas précisément la provenance de ces pièces, mais elles pourraient venir des alentours de Salisbury, dans le Wiltshire. La forme et l’ornementation de ces boucliers miniatures s’inspirent peut-être de celles de quelques boucliers de taille normale : les côtés sont courbes, les extrémités concaves et les coins saillants. Cinq ont la majeure partie de leur surface ornementée. Parmi les motifs ornementaux figurent des triskèles et des têtes d’oiseau, des motifs pisciformes et des cercles « yin-yang » (cercle divisé en deux par une esse). Nous pouvons déduire de l’observation de ces modèles réduits que quelques boucliers en bois de taille normale étaient peut-être couverts de motifs ornementaux.

Quatre boucliers de taille normale, découverts dans des cours d’eau britanniques, donnent une idée de la forme générale du bouclier celtique. Trois ont été trouvés dans la Tamise, à Londres; le quatrième dans la rivière Witham, dans le Lincolnshire. Ils datent probablement tous les quatre du IIe ou du Ier siècle av. J.-C. Seuls deux d’entre eux (ceux de Wandsworth, dans le sud de Londres) avaient conservé leur umbo, ornementé au repoussé : l’un d’entre eux, de forme ronde, est orné en continu de vrilles et de feuilles au bord lobé, qui serpentent en formant un cercle. Dans ce feuillage ont été cependant intégrées deux têtes d’oiseau, qui ressemblent elles-mêmes à des feuilles.

Les boucliers de la Witham et de Battersea sont des pièces uniques dans le sens où un placage en bronze correspondant à l’ensemble du bouclier a été découvert dans chacun des cas. La pratique consistant à plaquer de métal les boucliers pourrait s’être limitée à la Grande-Bretagne, car on n’a découvert des placages que dans les cours d’eau britanniques. Le bouclier de la Witham. en forme de plaque de serrure, a un umbo de forme sphérique, dont l’ornementation en haut relief a été obtenue au repoussé et rehaussée d’émaux rouges. L’umbo est relié aux deux médaillons terminaux par une longue nervure servant de renfort. Les motifs ornementaux les plus importants sont les têtes d’animaux fantastiques qui, avec leurs oreilles plumeuses, leurs yeux rapprochés et leur long museau, soudent l’umbo aux deux médaillons terminaux, mais aussi et surtout le sanglier au corps mince et onduleux, aux pattes longues et fines, et au groin élaboré, qui n’apparaît que sous la forme d’un vague contour. Ce sanglier a été découpé dans une feuille de bronze, sur laquelle les trous laissés par les rivets sont encore visibles. Le placage du bouclier, constitué de deux fines plaques réunies au milieu, devait à l’origine être monté sur un panneau de bois ou de cuir. Bien trop fragile, ce bouclier n’a vraisemblablement jamais été utilisé sur un champ de bataille. Le motif du sanglier, symbole de combativité, convient cependant parfaitement à l’ornementation d’une pièce d’armure. On a probablement affaire à un bouclier d’apparat, peut-être fut-il porté par un chef de tribu lors d’un défilé organisé à l’occasion d’une victoire, avant d’être confié au monde des esprits.

Le placage en bronze découvert dans la Tamise près de Battersea été considéré comme la plus noble création de l’art celtique durant sa période tardive (Ier siècle av. J.-C.). Ce qu’on appelle le « bouclier de Battersea » est en fait un ensemble de pièces de bronze dont était revêtu un bouclier constitué de matériaux organiques. L’artiste responsable de l’ornementation, sans aucun doute un bronzier de très haut niveau, devait exercer son métier en Grande-Bretagne car il a choisi, comme les fabricants des autres boucliers, une forme d’umbo particulière à la Grande-Bretagne. Il a également façonné au repoussé et en haut relief les motifs ornementaux selon une technique qu’utilisaient volontiers les bronziers britanniques et qu’ignoraient les bronziers du continent européen. L’ornementation ressemble beaucoup à celle du bouclier trouvé dans la Witham. Les têtes d’animaux fantastiques relient en effet les deux médaillons terminaux au grand umbo sphérique ; les têtes présentent cette fois des excroissances en forme de ramure, placées juste au-dessus de petites oreilles. Certains archéologues considèrent qu’il s’agit de visages humains réversibles, portant tantôt une moustache, tantôt une coiffure selon le sens dans lequel on les regarde. Le svastika, qui apparaît sur de petits macarons garnis d’émaux rouges, constitue un des éléments récurrents et prédominants de l’ornementation. Comme le triskèle, le svastika était associé à l’énergie solaire et était censé porter chance.

Les boucliers décrits sont des objets de toute beauté, exécutés avec un grand savoir-faire. Leurs motifs ornementaux ont sans aucun doute une dimension symbolique. Les svastikas, les têtes d’animaux, et peut-être aussi les visages humains, pourraient avoir eu un sens profond, lié au monde profane du guerrier ou au surnaturel. Ils étaient des présents tout indiqués pour les dieux. 

 

L’ART DE LA CAVALERIE

L’âge du Fer de Hallstatt vit se développer dans les premières années une aristocratie guerrière, étroitement associée à la pratique équestre. Aux Ve et IVe siècles av. J.-C., le char léger à deux roues remplissait une double fonction : objet d’apparat indiquant le rang du propriétaire, il était aussi utilisé sur le champ de bataille pour véhiculer les guerriers entre leurs propres lignes et celles de l’ennemi. Les individus de haut rang étaient enterrés avec leur char. Ce fut notamment le cas dans la Marne, en France, et dans le Yorkshire, dans le nord-est de la Grande-Bretagne. Au milieu du Ier av. J.-C., Jules César écrivit dans ses Commentaires de la guerre des Gaules que le char continuait à jouer un rôle important sur les champs de bataille britanniques, alors qu’il était devenu obsolète en Gaule. Les cavaliers gaulois jouissaient d’une excellente renommée auprès des Romains, et l’armée romaine se mit à recruter des unités de cavalerie celtiques dès l’époque de César. La dernière utilisation de chars recensée en Grande-Bretagne remonte aux campagnes de l’empereur Sévère contre les Calédoniens du nord de l’Écosse en l’an 207 apr. J.-C. En Irlande, le combat à cheval ou avec un char est apparemment une tradition qui a subsisté bien plus longtemps : les premiers mythes irlandais comportent en effet des descriptions qui laissent à penser que le char a été utilisé jusqu’au Moyen Âge.

Il ne fait aucun doute que les harnais et les chars étaient, tout autant que les armes et les boucliers, des objets d’apparat ayant une dimension symbolique. C’est ce dont témoignent en tout cas leur ornementation et leur présence dans les sépultures. Le fait que le char était une marque de rang social est attesté par sa présence dans des sépultures dépourvues d’armes : c’est ainsi qu’en Angleterre, on a découvert sous le King’s Barrow, dans le Yorkshire, une tombe qui renfermait un char et l’attelage correspondant. Une tombe féminine découverte à Wetwang dans la même région, et une autre trouvée à Waldalgesheim en Allemagne contenaient toutes deux un char, mais aucune arme. Quelques rares indices laissent à penser qu’il existait chez les Celtes des guerriers féminins mais, dans le cas de ces deux tombes, on a plus vraisemblablement affaire à des femmes de haut rang auxquelles le char conférait prestige et autorité. La tombe de Waldalgesheim est intéressante parce que les pièces du harnais sont ornées de visages janiformes, d’oiseaux et de figures humaines aux jambes croisées qui, observées de près, se révèlent être des figures féminines, c’est-à-dire des figures de même sexe que la personne décédée. Il se pourrait donc que celles-ci soient des portraits de la princesse.

Les clavettes et les autres pièces de fixation portent souvent des figures humaines ou animales, généralement représentées de manière très schématique. Une clavette du la siècle av. J.-C., provenant du fort de Stradonice en Bohême, fait pourtant exception : elle porte une tête en bronze moulée qui. par la manière dont les traits du visage, la chevelure ondulée et la moustache ont été traités, trahit un nouveau réalisme. Il est possible qu’on ait affaire au portrait du propriétaire, comme dans le cas des poignées d’épée anthropomorphes.

Le symbolisme animal n’est pas absent de l’ornementation des chars : l’image d’un hibou au regard fixe et au bec proéminent orne une clavette datant environ de l’an 100 av. J.-C., trouvée en Allemagne, à Manching en Bavière. D’un fort anglais situé à Bulhury, dans le Dorset, provient une paire de pièces de fixation pour char qui se présentent sous la forme de taureaux aux pattes écartées et à la queue joliment relevée. Au der siècle av. J.-C., au fort de Stanwick dans le Yorkshire en Angleterre – le fort de la tribu des Briganti un bronzier confectionna un minuscule masque, probablement destiné à servir d’ornement à un char. Il représente une tête de cheval d’une simplicité trompeuse : la tête est suggérée par une paire d’yeux et deux cornets en forme de volutes. Le masque de Stanwick est un des chefs-d’oeuvre de minimalisme de l’art celtique.

Les mors, les anneaux de fixation des rênes et les phalères (pièce ornementale circulaire) offraient aux artistes de nombreuses possibilités d’ornementation. Les mors étaient essentiellement de deux types : ou bien munis d’anneaux latéraux reliés, selon les cas, par deux ou trois canons, ou bien ornés de nombreux émaux. À la fin de l’âge du Fer, des forgerons britanniques ont fabriqué de superbes pièces de harnais ornées de motifs en bronze d’une grande fluidité. Le bronze, d’aspect brillant, était rehaussé d’émaux rouges éclatants. Santon Downham dans l’East Anglia et les Polden Hills dans le Somerset sont les deux principaux sites où ces pièces de harnais ont été découvertes : dans le Somerset, un même trésor contenait des anneaux de rênes et des mors à l’ornementation assortie. Des mors de bride de ce type ont été trouvés, groupés par deux, dans des tombes à char du Yorkshire. C’est cependant en Irlande qu’ont été découverts quelques-uns des exemplaires présentant l’ornementation la plus fine : à Attymon, par exemple, dans le comté de Galway, furent trouvés deux mors assortis portant une ornementation à hase d’arabesques et de spirales. Il est significatif que ces mors et d’autres pièces de harnais aient été délibérément placés à plus de 7 m sous terre, dans un marais. Il s’agissait probablement d’un acte rituel. Le fait que de si nombreux mors aient été découverts par deux laisse à penser qu’on a plutôt affaire à un attelage de char qu’à un cheval monté par un guerrier.

Les phalères étaient souvent ornementées. Une phalère du Ve siècle av. J.-C., trouvée à Horovicky, en Bohème, est ornée de têtes humaines couronnées de feuilles de gui. Les têtes couronnées de feuilles ne sont pas rares dans l’art celtique, mais le choix du gui pourrait être significatif étant donné que, selon l’auteur latin Pline, le gui, qui était un remède contre la stérilité, était aux yeux des Celtes une plante sacrée. La plaque de bronze curieusement ornementée provenant d’un dépôt situé sur l’île d’Anglesey, à Llyn Cerrig Bach, fait probablement partie de l’équipement d’un char. Cette plaque, en feuille de bronze et en forme de croissant, est ornée d’un triskèle obtenu au repoussé, dont les bras se terminent en têtes d’oiseau. La plaque provient d’un trésor constitué de 170 pièces métalliques de très grande qualité qui avait été délibérément jeté dans le lac de Llyn Cerlig Bach. Ces pièces, le plus souvent en fer, ont été fabriquées entre le IIe siècle av. J.-C. et le Ier siècle apr. J.-C., mais semblent avoir toutes été jetées à l’eau à l’occasion d’un seul et même acte de piété, au milieu du Ier siècle apr. J.-C.

Enfin, les chevaux et les poneys, qu’ils aient été attelés ou montés, avaient aussi droit à des ornements. On a découvert à Torrs (Dumfries et Galloway, Ecosse), dans une tourbière, une pièce jusqu’à ce jour unique : un couvre-chef de poney, exécuté en bronze, ornementé, et accompagné de deux cornes. Bien qu’on ait longtemps cru que les cornes et le couvre-chef faisaient partie d’un seul et même chanfrein (pièce d’armure protégeant la tête du cheval), ce n’est pas le cas, même si le tout date peut-être de la même époque. Le couvre-chef était destiné à un poney. Il comporte deux trous permettant le passage des oreilles et une perforation centrale peut-être destinée à recevoir un panache. Le couvre-chef a été fabriqué avec deux feuilles de bronze, ornées de motifs symétriques en repoussé. Trois pièces rapportées. au décor gravé, dissimulent les craquelures de la feuille de métal. L’ornementation du couvre-chef et des cornes, comportant entre autres motifs des têtes d’oiseau, présente des similitudes avec celle du bouclier de la Witham. Les cornes abritent par ailleurs un minuscule visage humain, normalement invisible en raison de sa taille et de sa position. Chacune d’elles se terminait en tête d’oiseau, mais une seule nous est parvenue entière. Elles pourraient avoir à l’origine orné un casque, servi d’extrémités au support de timon d’un char, ou de garnitures à des cornes à boire. Le couvre-chef, quant à lui, devait être, plutôt qu’une armure destinée à protéger le cheval au cours d’une bataille, un ornement d’apparat.

 

LA SIGNIFICATION DES DÉCORATIONS DE L’ÉQUIPEMENT MILITAIRE

Certaines particularités de l’ornementation de l’équipement guerrier sont autant de clés qui nous sont données pour en comprendre la signification. Le contexte dans lequel les objets ont été découverts est important : de nombreux boucliers, casques, épées et pièces de harnais proviennent de sépultures et de dépôts rituels (rivières ou marais). En outre, l’ornementation elle-même, bien que souvent énigmatique, offre parfois un aperçu de ce qui fut certainement un système de symboles fort complexe. Les triskèles, les svastikas, les fleurs de lotus, les animaux, les têtes humaines et autres motifs pourraient en effet avoir servi à véhiculer des messages – liés à la place de l’individu au sein de la société, à la notion de protection, de bonne fortune ou de virilité –ou simplement à montrer sa croyance en l’omniprésence des puissances surnaturelles, qui, sans cette profession de foi, n’auraient pas accordé la victoire sur le champ de bataille.

Peu de pièces permettent de penser que l’ornementation des armures et des armes ait perduré au début de la période celtique chrétienne. Des reliquaires étaient en revanche apportés sur le champ de bataille comme des étendards. Le Cathach de Colomba témoigne de cette pratique. 

Miranda GREEN

In Le monde celtique

Source : Theatrum Belli - 13 avril 2011

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