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L'héritage aryen - Les Proto-Indo-Européens - La religion indo-européenne - Les Aryens perses - Le zoroastrisme - L'héritage des spiritualités perses - La persécution des zoroastriens - Les Aryens indiens - Les invasions aryennes - Du brahmanisme à l'hindouisme

 

L'héritage aryen

Les Aryens sont à l’origine des cultures préhistoriques de Sintashta et d'Andronovo, du premier empire perse et de la culture brahmanique qui marque l'âge d'or indien. Mais encore, les Aryens sont une composante essentielle des cultures de la Céramique cordée en Europe du nord et d'Afanasievo en Chine et Mongolie, ainsi que des civilisations tokhariennes et bactrienne-margienne en Asie centrale.

Enfin, les Aryens ont créé deux religions qui sont autant de pôles théologiques : il s'agit du polythéisme védique (dont les spiritualités indiennes modernes sont dérivées) et du monothéisme zoroastrien (qui inspira le judaïsme d'après l’Exode, le christianisme et l'islam chiite). Les cultes dissidents d'Occident, dont ceux de Mithra et de Mani sont eux aussi inspirés de ces deux cultes aryens ancestraux.

 

Les Proto-Indo-Européens

Apparu vers -30 000 en se séparant de l'haplogroupe Y-K2b2, l'haplogroupe Y-R, correspond aux ethnies de langues et de cultures indo-européennes.

Sous ses variants Y-R1a (oriental) ou Y-R1b (occidental), il est le marqueur génétique des cultures sibériennes et steppiques proto-indo-européennes. C'est l'haplogroupe majoritaire des ethnies indo-iraniennes (Y-R1a), slaves (Y-R1a), celtiques (Y-R1b), italiques (Y-R1b) et germano-scandinaves (Y-R1a et Y-R1b).

Le plus ancien porteur de l'haplotype Y-R retrouvé par l'archéologie était présent il y a 27 000 ans sur les rives du lac Baïkal. Son écosystème était donc celui de la toundra (quelques centaines de kilomètres plus au nord, s'étendait la calotte glaciaire, qui atteignit son maximum vers -20 000, pour disparaître tout à fait vers -10 000).

Les mers Noire, Caspienne, Aral et le lac Baïkal sont alors des immenses étendues aquatiques aux eaux calmes et riches en poissons. Les forêts environnantes regorgent de gibier et la toundra se voit traversée par des mammifères géants. Le mammouth est alors chassé pour sa viande, mais aussi pour ses os et sa fourrure (qui permettent de fabriquer des armes et de construire des tentes).

La langue des communautés porteuses de l'haplotype Y-R devait être le proto-indo-européen ancien. De ce dialecte qui émergea au Paléolithique supérieur pour se diffuser à la fin de l'ère glaciaire, émergeront à leur tour les familles linguistiques intermédiaires reconstruites par les linguistes, comme le proto-indo-européen, le proto-indo-iranien ou le proto-celto-germanique.

La religion des groupes porteurs de l'haplogroupe Y-R était le chamanisme de type sibérien. Leur déité principale est un proto-Shiva ; un grand esprit (ou un ancêtre chamane) qui focalise leur culte et leur rituel, un maître des animaux sans être encore une véritable divinité.

C'est une spiritualité de la superstition, de l'ascétisme, de l'immortalité de l'âme et du temps cyclique, pour laquelle les excitants mystiques jouent un rôle important (cette spiritualité transcendantale donne plus d'importance à l'expérience mystique qu'à la pratique rituelle). Surtout, cet ascétisme a pour objet d'apprendre à se passer de tout ce qui peut être amené à manquer dans la steppe : la chaleur, comme la nourriture ou la sexualité.

Cette spiritualité proto-indo-européenne ne reconnaît pas encore l'existence des dieux du polythéisme classique. Si la notion d'un être supérieur existe, il s'agit plus du Grand esprit ou de la Grande âme (que chacun peut rejoindre en pratiquant la sagesse), ou d'anges (esprits fastes ou néfastes) plutôt qu'un dieu tout-puissant, créateur, vengeur et destructeur.

Ces micro-sociétés ne sont pas encore hiérarchisées, et ne connaissent pas les enjeux de l'agriculture ou de l'héritage.

Vers -20 000, l'avancée de la calotte glaciaire a atteint son maximum. Le climat est plus rigoureux que jamais au nord de l'Eurasie. Les groupes porteurs de l'haplogroupe Y-R entreprennent une migration vers le sud ; ils traversent le Tibet et s'établissent au nord du sous-continent indien.

Une scission s'effectue très vite : Y-R1 continue à migrer vers l'ouest pour rejoindre les rives de la mer Caspienne (v. -10 000), tandis que Y-R2 (apparut vers -25 000 en Asie centrale) s'établit dans le Pamir (v. -12 700) et dans la péninsule indienne (v. -10 000).

Le groupe porteur de l'haplogroupe Y-R1 est concentré entre les rives orientales de la mer Caspienne et les montagnes de l’Altaï. La mer Caspienne, la mer d'Azov et le lac Baïkal sont alors deux fois plus grands qu'aujourd'hui. Les rivages de la Caspienne ne sont même qu'à quelques centaines de kilomètres des sommets de l'Oural. Leurs bassins sont alimentés par les eaux du dégel des glaciers himalayens (Pamir et Kunlun), caucasiens et ouraliens. Aujourd'hui désertique et ensablé, Le Karakoram est alors une plaine verdoyante. Il en va de même pour la vallée du Tarim.

Ces vastes espaces qui comprennent des mers intérieures font de l'Asie centrale une terre propice à la chasse, à la pêche, mais aussi aux échanges (troc de pierres taillées ou brutes, ainsi que de petits objets manufacturés en os et en coquillage).

Cependant, à la fin de l'ère glaciaire, les voyages pour suivre les bêtes (dont le mammouth) sont de plus en plus longs et de plus en plus périlleux. En conséquence, il devient très difficile d'entretenir des communications et des échanges entre tribus. Les rares communautés sont plus isolées que jamais, ce qui favorise l'éclosion rapide de nouveau haplogroupes. Très vite, en quelques millénaires seulement (entre -25 000 à -19 000), les haplogroupes Y-R1a (originaire de la steppe caspienne) et Y-R1b (originaire du sud de l'Oural) se distinguent.

Depuis l'apparition de l'haplogroupe Y-R1a il y a plus de 20 000 ans, jusqu'au seuil de l'Antiquité, vont émerger des rives de la Caspiennes les ethnies aryennes (branches perse et indienne), scythes (Saces, Sakas, Sarmates, Parthes), alaines (dont les Ossètes modernes sont les descendants), mais aussi baltes et slaves.

À la fin du Paléolithique, les membres de l'haplogroupe Y-R1a sont établis depuis les rives orientales de la Caspienne jusqu'en Sibérie. Les steppes sont leur écosystème. Ce sont des chasseurs nomades et leur religion est le chamanisme. Ils sont locuteurs du proto-aryen (dont seront originaires les langues indo-iraniennes, dardiques et balto-slaves).

Entre -10 000 à -3000, ces tribus se sédentarisent autour de la mer Caspienne.

Leur religion est le proto-védisme : seulement quelques dieux sont universellement adorés, mais ils possèdent une grande variété d’appellations et d’attributs locaux. Les rituels ont une importance fondamentale car ils doivent assurer la fertilité des champs mais aussi la bonté des dieux. La déesse-mère est adorée en tant que divinité-Terre garante de la fertilité des femmes, des plantes et des animaux.

Cette religion ne possède pas de temples ; les divers rituels se font à même le sol ou sur une pierre, et les offrandes sont incinérées, ou abandonnées dans les eaux des cours d'eau. Plus le sacrifice est important et de grande valeur, plus celui qui le fait est en mesure d'espérer une réponse favorable du dieu auquel il consacre. En cas de maladie, de mauvaise récolte, de famine, ou face à un quelconque danger, on sacrifie donc le petit bétail jusqu'aux vaches et aux chevaux. Les sacrifices humains, absents du chamanisme, font leur apparition.

 

Les Aryens perses

Vers -6000, commence la mode culturelle des kourganes. Elle durera jusqu'à l'époque scythe, soit plus de 5000 ans. Les kourganes sont des tumulus battis sur la dépouille de ce que l'on pense être des rois ou des chefs. À la suite d'une cérémonie funéraire sacrificielle, la dépouille royale, habillée, momifiée et accompagnée de ses biens les plus précieux (dont femmes, courtisanes, chevaux et armes fétiches), était placée dans un tombeau. Celui-ci était ensuite recouvert de cendres à la suite d'un gigantesque bûcher, puis recouvert de terre et de pierre.

 On retrouve la coutume des kourganes en Scandinavie, où les chefs étaient incinérés avec leur armes et parfois même avec leur bateau. L'armature de celui-ci servait alors de voûte au tumulus.

Le réchauffement climatique qui marque la fin de l'ère glaciaire entraîne une désertification de la région caspienne.

Vers -2000, se forment le désert du Tarim et du Karakoram. Mais bien avant, les ravages du changement climatique se font sentir. La mer caspienne a perdu beaucoup de sa surface, de même que les mers environnantes ne sont plus que des lacs (Baïkal).

De -4800 à -3800, une variation de Y-R1a apparaît : Y-R1a1a1. Une communauté quitte les hauts plateaux iraniens et les bords de la Caspienne pour s'installer sur les versants occidentaux de l’Oural. Il s'agit des Proto-Balto-Slaves. Ils joueront un rôle capital dans les migrations de masse liées à la culture de la Céramique cordée en Europe (ils seront la cause du remplacement ethnique des membres originels Y-R1b par des nouveaux arrivants orientaux Y-R1a). Ils importeront en Europe leurs pratiques spirituelles proto-védiques et les transmettront aux porteurs de l'haplotype Y-R1b (Proto-Celto-Germains).

D'autres tribus proto-aryennes se sédentarisent au sud de la Caspienne et sur les hauts plateaux iraniens. Ce sont les tribus mèdes, scythes, et parthes, qui montent en puissance ; tant au niveau militaire (chars de guerre) que démographique (migrations vers la Perse).

Toutes ces tribus n'adoptent pas l'agriculture et la vie sédentaire. Comme en témoignent les auteurs antiques, une partie du peuple scythe est urbain et agricole, quand l'autre est nomade et chasseur-cueilleur. Quant aux Aryens indiens, ils sont encore nomades à leur entrée dans le sous-continent indien (v. -1500) tandis que les Aryens iraniens étaient déjà puissants dans la ville de Bactres, et sédentarisés depuis des millénaires.

Vers -1700, dans le Khorassan puis en Bactriane, le prédicateur Zarathoustra prêche un dieu inspiré du panthéon mésopotamien : Ahura-Mazda, « le Seigneur Juste ». Il est le Grand Ahura, c'est-à-dire le Grand Esprit créateur de la vie. S'oppose à lui son jumeau maudit : Ahriman, l'Esprit du Mal. Ceux qui écoutent Zarathoustra sont alors locuteurs de l'avestan, la langue des plus anciennes couches de l'Avesta, le livre saint des zoroastriens (l'avestan est un dialecte local de l'iranien archaïque).

Le roi Garshasp accueille Zoroastre à sa cour, puis devient son disciple. C'est le premier âge d'or du Zoroastrisme, qui devient religion royale en Bactriane. Quelques mille années plus tard, il sera la religion principale de l'Empire achéménide (-550 à -329).

Peu après l'an 1000 avant notre ère, les ethnies mèdes et perses se constituent en royaumes. D'abord soumis aux Assyriens, ils s'en libèrent puis dominent à leur tour la Mésopotamie et la Grande Perse.

L'Empire Achéménide (fondé vers -550) devient le premier empire transcontinental. À cette époque, le perse le plus archaïque (l'avestan) n'est plus qu'une langue cérémonielle et liturgique.

Encore un millénaire se passe et l'empire sassanide (224 à 651 apr. J.-C.) marque le renouveau de cette doctrine, en l'imposant de force dans tout l'Empire. Cependant, après l'islamisation de la Perse (v. 1000 apr. J.-C.), les partisans du mazdéisme-zoroastrisme subirent un génocide dans leur patrie et durent s’échapper vers l'Inde. Ce sont les Parsis.

 

Le zoroastrisme

Le zoroastrisme est la religion de ceux qui suivent l'enseignement de Zoroastre, le prophète errant du démiurge Ahura-Mazda. Grand prêtre du mazdéisme, Zarathoustra, prône une forme de monothéisme qui sera à la base d'une partie du judaïsme comme du catholicisme. Les Hébreux en exil à Babylone (-597 à -538) furent en effet fortement exposés au zoroastrisme. À cette même période, les Perses dominaient la ville mais aussi toute la Mésopotamie. Originellement, Yahvé était doté d'une parèdre, Shekhinah. Jusqu'à l'exil babylonien du peuple hébreu, Yahvé était une version locale du dieu du tonnerre sémite, Baal. Ce n'est qu'après le passage des Hébreux en Babylonie que le culte de Yahvé devint le pur monothéisme que nous connaissons, doté tout de même d'une très riche mythologie des anges.

Le zoroastrisme est en effet un véritable monothéisme. L'homme est placé au centre de la relation entretenue par le Bon Esprit (incarné par Mithra ou Ahura-Mazda) et le Mauvais Esprit. Entre ces deux pôles, il n'existe aucune créature céleste indépendante.

Si Mithra, Bahram et Anahita sont présents dans la partie de l'Avesta la plus récente (datant des empirses mède, achéménide ou parthe, v. -800 à 300), ils sont par contre totalement absents des couches les plus anciennes, telles que les fameuses paroles de Zarathoustra, les Gathas, et les récits de ses disciples, le Yasna Haptanghaiti. De telles divinités ne font donc pas partie intégrante du panthéon zoroastrien.

Leur popularité fut inégale à travers les 4000 ans d’histoire que compte cette doctrine. Mithra, par exemple, et qui plus est Anahita, sont tombés en désuétude, tandis que les personnages de Zarathoustra ou celui de Saoshyant n'ont jamais cessé de provoquer l’intérêt. Saoshyant est le sauveur de la fin des temps, le lointain descendant de Zarathoustra lui-même. Son mythe inspirera celui de Kalki chez les Indiens, et bien sûr le christianisme (le retour du Christ).

Le zoroastrisme est donc la doctrine prônée par Zarathoustra dans les Gathas, c’est-à-dire les chants les plus anciens de l'Avesta. Ces chants, composés entre le premier et le second millénaire avant notre ère, ne prônent qu'un seul dieu, Ahura-Mazda. Pratiquer la sainte parole, la sainte pensée et les saintes actions sont le meilleur moyen d'obtenir de lui le bonheur et la richesse (prospérité). Cette doctrine prône la vie, l'humilité, le travail et l’amour de Dieu. Les plaisirs ne sont pas interdits, tant qu'ils sont considérés comme « justes », c’est-à-dire « favorables à Ahura-Mazda ». Le zoroastrisme n'est donc pas un ascétisme. Si Zarathoustra fut un ascète et un mage errant, son propos n'indique pas l'ascétisme comme seul moyen de salut.

Le mazdéisme est un terme recouvrant un sens plus large. Le mazdéisme est l'ensemble des pratiques religieuses de la Perse Ancienne. Les traces archéologiques que nous possédons remontent aux Mèdes (v. -800) et ce culte semble culminer avec l'Empire achéménide (v. -500).

Le mazdéisme est un polythéisme, car outre Ahura-Mazda, les nombreuses autres divinités célébrées par les yasht (« hymnes ») de l'Avesta sont elles aussi dotées de pouvoirs. Mithra punit, Bahram aide, Anahita décide, etc. Il convient donc de les honorer chacune et non plus seulement Ahura-Mazda. Ce dernier demeure cependant le plus haut, le plus puissant et le plus sage des dieux, donc le plus vénérable. Par ailleurs, ce qui distingue Ahura-Mazda des autres divinités mazdéennes, c'est que sont louées en lui non pas la force et la violence, mais la sagesse, la maîtrise et surtout l'omniscience.

Le mazdéisme est donc un culte à rituels, qui comprend un ensemble de rites, de cérémonies et de prières chantées afin de s'attirer les faveurs des dieux intercesseurs. À ces rites très proches du védisme indien, la sagesse plus typique de Zarathoustra s'ajoute. Les gathas sont chantés lors des rituels, mais surtout, c'est la parole de Zarathoustra, et sa relation avec Ahura-Mazda, qui sont au cœur de la vie intellectuelle et religieuse des « partisans d'Ahura-Mazda » et non Mithra, Bahram ou Anahita. Cependant, pour les besoins du culte et parce qu'il n'est pas saint de vénérer un homme (ce que demeure Zarathoustra) les mazdéens vénèrent Mithra, le soleil, Bahram, la puissance, Anahita, les eaux vives et pures, etc.

 

L'héritage des spiritualités perses

Si la communauté zoroastrienne ne représente plus de nos jours que quelques centaines de milliers de personnes, pour la plupart émigrées en Amérique du nord ou en , le mazdéisme fut jadis la religion la plus universellement pratiquée. On retrouve en effet son influence directe et indubitable de la Galatie (Anatolie) aux contreforts himalayens, en passant par les steppes eurasiatiques.

On remarque en effet que de nombreuses coutumes et superstitions mazdéennes sont pratiquées par des peuples turco-mongols. Qu'il s'agisse d'un héritage du temps ancestral où Proto-Indo-Européens et Proto-Turco-Mongols vivaient conjointement dans les steppes, ou qu'il s'agisse plus simplement d'influences zoroastriennes à travers le média du manichéisme en Asie centrale, Marco Polo témoigne en tout cas de pratiques mazdéennes en Mongolie et au Turkestan.

L'influence du dualisme perse, renforcée encore par la réforme manichéenne se retrouve chez les néoplatoniciens de l'école de Plotin. Avant cela, le dualisme perse influença aussi les stoïciens, tel Chrysippe de Soles (280 - 206), disciple de Zénon de Kition. Né en Cilicie (Anatolie), Chrysippe fut scholarque du Portique. Une telle proximité avec la Perse ne laisse aucun doute quant à l'influence, active ou passive, qu'il a dû recevoir de la part des mages zoroastriens d'Anatolie. Son œuvre est perdue mais nous la connaissons grâce à de très nombreuses citations et commentaires.

Quant à l'influence qu'exerça le zoroastrisme sur le judaïsme, elle fut longuement étudiée par les universitaires ; elle trouve son origine vers -597, durant la période de l’exil des Hébreux à Babylone. Ces derniers, exilés hors de Palestine, vivaient alors sous domination perse.

Les Hébreux étaient encore polythéistes. Leur nomadisme avait été entravé par la déportation et la séquestration à Babylone.

À l'inverse, les chants sacrés des prêtres aryens étaient chantés déjà depuis un millénaire et venaient d'être répertoriés dans l'Avesta (dont la recension et l'ajout des hymnes du Yesht sont probablement contemporains à la présence juive à Babylone). Le clergé juif ne put alors qu'être influencé, même involontairement, par la puissante caste de prêtres mazdéens, dont l'autorité s'exerçait d’Égypte en . Ce n’est qu'après leur retour en Palestine que le clergé juif mit par écrit la Torah. Inspiré du zoroastrisme, cette recension favorisa dès lors le monothéisme.

La doctrine zoroastrienne préconise de prier cinq fois par jour, une coutume que reprendra l’islam. À chaque moment de la journée est associé un ange gardien, qu'il faut honorer d'une prière. La journée est donc marquée par le passage d'un « gah » à un autre. Du lever du soleil à midi, c'est le Havan gah, consacré à l'ange qui procède à l'accroissement du gros bétail (J. Varenne). De midi à trois heures, c'est le Rapithvin gah, les anges bénissent le petit bétail et les prêtres des principaux sanctuaires (ibid). À trois heures, c'est le Uzairin gah. Un ange bénit la population et les prêtres instructeurs. Après le coucher du soleil, l'Aivisruthrem gah est le « moment propice aux chants ». Il célèbre les fruits que portent la terre et les chefs. À minuit, une veille honore l'ange qui préside aux bonnes moissons et le génie gardien des maisons.

Plus encore que perse ou mazdéenne, la coutume de laisser les cadavres se faire dépouiller par des rapaces en plein air semble une pratique aryenne. Nous la retrouvons donc en . Si les doctrines mazdéennes et védiques sont très différentes, elles ne sont pas nécessairement antagonistes. Jadis, ces deux courants religieux étaient unis par une même culture aryenne. Celle-ci se définissait par quelques points d'une doctrine commune : dont par exemple le culte du feu et la célébration d'un dieu central si ce n'est unique (Ahura-Mazda, Brahma ou Varuna). La civilisation aryenne, bien que divisée en deux aires géographiques et en deux traditions religieuses distinctes, possédait une certaine homogénéité. Par exemple, de Persépolis à Kashi, la société aryenne était dominée par une caste de prêtres, aux ordres de laquelle devait se conformer la caste guerrière et politique et pour qui devaient travailler les castes commerçantes et laborieuses. De fait, jusqu'à l'établissement de frontières par les puissances coloniales musulmanes puis britanniques, la Perse resta très fortement connectée à l'.

Enfin, le manichéisme influencera largement les hérésies européennes du premier millénaire, telles que les doctrines dualistes de Nestorius, Bogomile, Constantin de Manalis et Paul l'Arménien ; tous redevables, à des degrés divers, de la doctrine perse de la toute-puissance du démon sur terre, associée à la toute-puissance de Dieu au ciel.

Par ailleurs, les esséniens modernes, comme tout gnostique, paient un large tribut au mazdéisme. La doctrine essénienne lui emprunte en effet sa hiérarchie céleste (anges), et comme lui, personnifie des concepts afin de les rendre plus accessibles (l'ange de la générosité, l'ange de la haine, l'ange de la force, …)

 

Les Aryens indiens

Vers -2100, dans la région steppique qui sépare l'actuel Kazakhstan de l'Ukraine et de la Russie, se développe la culture de Sintashta (-2100 à -1800), puis celle d'Andronovo (-2000 à -900). Cette dernière étant proposée comme lieu de composition du Rig-Veda.

Il s'agit d'un réseau de places fortes, en tous points semblables à des oppidums gaulois. Des villages fortifiés sont bâtis sur des promontoires et placés aux carrefours des routes les plus empruntées. Le site d'Arkhaïm et de Sintashta en sont emblématiques.

La culture de Sintashta est considérée comme le foyer d'origine des peuples aryens et védiques. C'est à cette civilisation qu'appartiennent les imposantes cités circulaires dont le site archéologique d'Arkhaïm est le plus célèbre mais non le plus important. Placées au centre de plaines découvertes (à la frontière russo-kazakhe actuelle), entourées de champs cultivés et irrigués, traversées par des routes et défendues par d'épaisses « murailles-maisons », ces cités étaient des places fortes qui permettaient aux caravaniers de faire étape.

Au centre de ces cités circulaires se trouvait une sorte de cour de forme carrée, attribuée aux rituels et sacrifices. Ces formes circulaires périphériques, associées à une forme rectangulaire centrale, ne peuvent manquer de faire penser aux yantras védiques (dessins géométriques magiques).

À peine plus tardive, la culture d'Andronovo est un véritable Empire aryen. Des confins sibériens jusqu'en Perse, un peuple nomade et guerrier sillonne les steppes et rançonne certains villages. Le rapt de vaches est une sorte de passe-temps, mais aussi une manière de vivre.

Certaines tribus des cultures de Sintashta et Andronovo vont migrer vers le sud, pour s’installer aux frontières des empires assyrien, babylonien et égyptien, dans le Caucase (influençant les prémices de la civilisation hourrite), dans les montagnes de Zagros (zone probable d'origine de la tradition mazdéenne), de même que dans les montagnes du Pamir puis de l'Hindu Kush (zone probable de la composition canonique des Vedas, v. -1200 à -800).

Jusqu'à la composition canonique du Véda et jusqu'à l'imposition du monothéisme mazdéen comme religion d’État en Bactriane puis dans tout l'Empire perse (deux événements intervenus entre –2000 et -500) le proto-védisme est la religion universelle des steppes eurasiennes.

Si ce n'est dans les pratiques hindoues elles-mêmes, on trouve encore des traces de cette spiritualité simple, bucolique et familiale dans le pseudo-védisme que propose la religion traditionnelle kailasha.

On observe aussi la présence de telles pratiques minimalistes de l'autre côté de l'Eurasie, en Europe druidique comme en Scandinavie ou en Slavie. En Russie, du fait de leur similitude avec les pratiques aryennes, il est même commun de nommer « védiques slaves » les pratiques religieuses locales qui pré-datent (ou refusent) l'influence orthodoxe.

Les peuples proto-indo-européens sont avant tout des guerriers, ils adoptent donc avec ferveur un culte védique qui se contente de rituels simples et de formules magiques. Le clergé n'existe pas encore, les prêtres non plus. Il s'agit pour eux de réciter des mantras et pour cela il leur suffit de les apprendre et d'en respecter la prosodie. Le chef de famille mène donc lui-même le culte.

Apparaissent des dieux secondaires. À la grande énergie unificatrice et apparentée au grand esprit chamanique, succèdent des dieux anthropomorphes, masculins et guerriers. Leur force est celle du feu, du Soleil, mais aussi de la Lune et de la foudre.

Une société virile adopte alors un panthéon simple et cohérent : à chaque élément (vent, eau, maladies, saisons, astres, ...) correspond un dieu. Les cérémonies sont adressées à chacun des dieux en fonction de leur importance saisonnière ou économique.

Par ailleurs, on ne prie plus le Grand esprit pour chasser les animaux, mais on prie le dieu de la pluie pour que les moissons soient abondantes, ou le dieu de la guerre pour qu'il intervienne lors d'un conflit militaire. Bien souvent, leurs prières ont pour objectif d'avoir une descendance heureuse et nombreuse.

Dans les centres de pèlerinage et les centres urbains de la culture d'Andronovo, commence à se créer une caste de prêtres. Ils sont les auteurs des hymnes sacrés du Rig-Véda.

Leur art n'est pas seulement poétique, mais aussi théologique et mélodique. Véritables psalmodies, les hymnes védiques consacrent dès lors le sanskrit archaïque comme la « langue des dieux ».

Le sanskrit demeurera la lingua franca de l'Asie du nord-est jusqu'à son islamisation. On distinguera cependant le sanskrit archaïque du Veda, du sanskrit littéraire et raffiné des épopées indiennes. Les langues prakrit, pali, puis hindi-ourdou complètent la généalogie du sanskrit. 

Avec l'entrée en Inde des Aryens, cette caste prendra de l'importance et formera la caste des brahmanes. Ils se spécialiseront dans la parfaite diction des mantras rig-védiques et des écoles de rishis (sages) en composeront des commentaires ésotériques.

 

Les invasions aryennes

Depuis les mines de l'Oural et de l’Altaï, les fabriques de Sintashta importent une matière première qui est ensuite travaillée puis exportée vers Bactres et les villes de Transoxiane (Sogdiane) et du Gandhara (v. -2000). La dérive migratoire des Aryens vers le sud-est était donc naturellement encouragée.

Brahma, , Varuna et Mithra sont même vénérés par des communautés aryennes installées dans le royaume de Mittani (v. -1500 à -1300), en Asie mineure. Les marjanis (« jeune cavalier » en sanskrit) étaient la caste en charge de la défense de ce royaume et de la formation de l'élite de la cavalerie. Pour nouer des alliances, des princesses égyptiennes furent mariées à des rois aryens du Mittani, de même que des rois aryens prêtèrent allégeance à des pharaons.

La civilisation urbaine de l'Indus ayant disparue quelques siècles avant leur arrivée, les Aryens s'installent sans difficulté en Inde entre -1500 (haut plateau de l'Indus) et l'an -500 (vallée gangétique). Ils y dominèrent culturellement, socialement, religieusement et militairement les populations locales (appartenant principalement aux ethnies dravidiennes ou mundas). La cohabitation entre ces différentes ethnies, renforça le système des castes indo-européennes (un tel système était alors partagé des cotes bretonnes à celles de l'océan Indien).

 

Du brahmanisme à l'hindouisme

Au début du premier millénaire avant notre ère, les tribus védiques se sédentarisent dans le nord de l' et leur territoire se stabilise à la suite à la Guerre des dix rois. Celle-ci se déroula dans la plaine gangétique entre -1300 et -1000, et réunit toutes les tribus aryennes indiennes dans un même combat. Cette bataille, semi-légendaire, nous en trouvons la trace dans les Vedas et nous pensons qu'elle fût à l'origine de la guerre du Kurukshetra (élément central du Mahabharata).

Commence alors un véritable âge d'or pour la civilisation aryenne indienne : l'âge brahmanique. De cette époque datent les premières traces des légendes et contes émanant à la fois des cultures védiques et dravidiennes. Elles donneront matière aux épopées du Mahabharata et du Ramayana, toutes deux composées entre -900 et -400 (avec une légère antériorité du Mahabharata).

Sur la base de ces récits légendaires se développe alors la morale indienne. Celle-ci pourrait se résumer ainsi : la destinée et la transmigration des âmes sont régies par le principe du karma, qui est la somme des actions passées décidant de l'avenir d'une existence. La libération de l'âme (moksha) peut s'obtenir grâce à la maîtrise de soi, et le yoga permet d’échapper à ce cycle éternel de naissances et de morts.

Aux Vedas (-1500 à -800), hymnes obscurs dont le véritable sens est limité aux initiés, succèdent dans les temples (qui sont aussi des universités philosophiques) les Upanishads (-800 à -400). Les Upanishads sont des commentaires rimés et souvent courts, des passages les plus fondamentaux des Vedas. Bien que très différents dans leur forme et dans leur fond, les Upanishads font tout de même partie du corpus védique. Associés à la Bhagavad Gita, ils sont considérés comme le fleuron de la philosophie indienne.

La patrie des Aryens indiens, le Brahmavarta (« pays de Brahma ») s'étendait alors de la région des sept rivières (sources de l'Indus), jusqu'à ce qui deviendra le Penjab. Plus tard, l'Aryavarta (« le pays des Aryens ») occupa toute la vallée du Gange jusqu'à la limite du monde antique, constitué par le delta partagé du Gange et du Brahmapoutre.

C'est en Aryavarta que sont situés certains des lieux les plus glorieux de la mythologie hindoue, telle Ayodhya, la première ville de l'humanité, capitale du mythique roi Rama, mais aussi les prairies de Vrindhavan, qui virent grandir Krishna, ainsi que les villes de Matura et Dwarka, depuis lesquelles régnait Balarama, le frère Krishna.

Au nord de Kashi (qui deviendra Bénarès puis Varanasi) se situe le royaume de Mithila, dont était originaire Sita, la malheureuse femme de Rama, le plus glorieux des rois d'Ayodhya.

À l'Est de la vallée du Gange et au Sud du Bengale est situé le royaume de Magadha. Sa capitale était Patalipoutra, l'actuelle Patna (fondée en -490) Les Grecs d'Asie connaissaient bien la ville et y envoyèrent de nombreux diplomates, dont le célèbre Mégasthène. Pline l'Ancien la mentionne comme une des capitales du monde. Il avance des chiffres incroyables, faisant état d'une armée comparable en taille à celle de Napoléon !

Au Nord-Ouest de la vallée du Gange, le royaume de Kuru est celui des héros du Mahabharata. La capitale de Kuru est prastha. La ville aurait été construite par Mayasura à la demande de Krishna, sur le site d'une forêt qui avait été passée par le feu pour en faire sortir les démons-serpents qui s'y cachaient. C'est sur le territoire du royaume de Kuru que se serait déroulé la légendaire bataille de Kurukshetra dont les rebondissements sont narrés dans l'épopée sacrée des hindous.

Unifié vers -1000 autour de la ville prospère de Taxila, stratégiquement située entre la Perse et l', sur les contreforts de l'Himalaya, le Gandhara s'étend du Baloutchistan à l’Afghanistan moderne.

Suite à l'établissement d'un pouvoir hellène à la tête de la Perse (Empire séleucide), des royaumes gréco-macédoniens se fondent dans les vallées du Gange et de l'Indus. Leur souverain et leurs mercenaires venus d'Europe, se convertirent au bouddhisme, comme en témoigne la présence du roi Ménandre (r. -160 à -135), dans le Canon Pali, en tant que Milinda, roi défenseur du bouddhisme.

Depuis le Gandhara et la Bactriane, l'art gréco-bouddhique importe en et en l'art de la sculpture réaliste et raffinée. Pour la première fois, Bouddha trouve son visage et son iconographie et le tabou de la représentation divine est brisé.

Juste au nord du plateau du Deccan, encadrant le fleuve Narmada, les collines du Vindhya situent la frontière géographique historique entre l' aryenne et l' dravidienne. L'île du Sri Lanka est pourtant conquise par un prince aryen, Vijaya, qui régna de -543 à -505. Il instaurera une dynastie qui perdurera plus de 600 ans.

Au seuil de notre ère, le védisme a séduit les populations dravidiennes (Tamouls), qui introduisent cette culture en Indochine puis quelques siècles plus tard en Indonésie.

Cependant, à cause des dérives et des abus en tout genre de la caste des brahmanes, l'hégémonie du védisme fut  contestée par la naissance de deux sectes qui perdurent encore de nos jours, celle du jaïn Mahavira, né vers -540 et de son contemporain Siddhartha Gotama Shakya, dit Bouddha, né vers -563.

Une fois réformée et adaptée aux critiques du jaïnisme et du bouddhisme, c'est-à-dire une fois que le védisme a entamé sa mue vers l'hindouisme, la spiritualité aryenne s'imposa pourtant une nouvelle fois comme la plus populaire du sous-continent.

De -500 à 200 apr. J.-C., sont rédigés dans leur version définitive la Bhagavad Gita et les épopées du Ramayana et du Mahabharata, le plus long texte sacré du monde, représentant une épaisseur plusieurs fois supérieure à celle de la Torah et du Talmud réunis et qui ne fut traduit pour la première fois en anglais qu'à la fin du 19e siècle.

Sous la forme de fables, contes et légendes, ces récits que l'on pourrait rapprocher des œuvres homériques, permettront à la sagesse védique de pénétrer dans les consciences des plus humbles des habitants du sous-continent. Loin de ne se limiter qu'à une élite brahmanique et aryenne, les épopées de Rama et Krishna s'adressent à un très large public, et peuvent se décliner sous la forme du traité, du dialogue philosophique, ou encore d'une poésie, d'un conte ou d'une danse. Ces épopées seront la base de toute création indienne durant le Moyen-Âge de cette nation.

Les dieux élémentaires des Vedas, comme Varuna (l'océan), (la foudre), Chandra (la Lune), ou Agni (le feu), disparurent du culte au profit de figures tutélaires plus anthropomorphiques, qui descendent sur Terre sous la forme d'avatars afin de sauver le monde et de témoigner aux hommes de la Loi Juste (Sanatana Dharma / Arya Dharma). Vishnou s'incarne donc en Krishna, en Rama, et en une multitude de héros (avatars) qui peuplent chacun des contes du sous-continent.

Rudra (« le rustre », en sanskrit), qui deviendra Shiva (« le doux »), prit lui aussi de l'importance durant cette période de l'Histoire indienne, qui fut marquée par la démocratisation du védisme et durant laquelle les brahmanes furent dépossédés de l'exclusivité du culte. Les membres des castes (varnas) inférieures se sont alors choisi des dieux à leur image, sombres et colériques, tel Bhairava, le Shiva à la peau noire, qui demande l’aumône en tenant au bout de ses mains un crâne contenant quelques grains de riz.

La Trinité sacrée, la « Trimurti » se crée alors. Elle est composée de Brahma le créateur, de Vishnou le préservateur et de Shiva le destructeur. Des déesses prennent place à leurs côtés ; ce sont respectivement Sarasvati, Lakshmi et Parvati. Dans certaines légendes, elles sont les épouses des dieux de la Trimurti, dans d'autres, elles sont leur incarnation féminine respective. Dans le shaktisme, elles sont leur inspiration, leur force et leur toute-puissance, telle la déesse Durga qui fut créée par la volonté de tous les dieux, et qui est armée de la massue, du disque cosmique, dont le lion est le trône et dont la force est sans limite.

Bousculées, le védisme va évoluer pour donner naissance à l'hindouisme en tant que tel : une tradition religieuse ouverte à toutes les tendances mystiques du sous-continent, pour peu qu'elles respectent la Trimurti (Brahma, Vishnou, Shiva) et qu'elles soient soumises à l'autorité des Vedas (et donc des Upanishads).

Loin de disparaître, le védisme des brahmanes va perdurer en donnant naissance à certains des textes les plus fédérateurs et populaires de l'hindouisme, comme les Lois de Manu, dont la rigueur répond au nihilisme bouddhiste, ou les Yoga Sutras de Patanjali, qui répondent à une demande du public mystique de méditer au lieu de simplement consacrer des offrandes (les habitants du sous-continent souhaitait alors prier plutôt que de simplement réciter des mantras. La méditation va alors remplacer le rituel mécanique).

Le védisme s'est réformé afin de faire face aux conversions massives du bouddhisme. Aux temps védiques, un feu de camp suffisait à faire un autel, et seules quelques offrandes étaient offertes aux divinités élémentaires. Durant l'époque brahmanique, ces sincères adorations se pervertirent, jusqu'à devenir des débauches de rituels luxueux dont l'exercice du culte étaient réservés aux brahmanes. Les idoles furent une manière de retranscrire la philosophie animiste et panthéiste des Védas à travers un langage qui pourrait être universellement compris, par les kshatriyas comme par les shudras, par les castes supérieures comme par les parias, sans passe nécessairement par l'intermédiaire des brahmanes.

Les icônes et les idoles furent de parfaits vecteurs de culture et de morale dans une nation antique où l'analphabétisme touchait toute la population et où seuls quelques brahmanes connaissaient l'écriture et savaient lire les Vedas afin de les réciter à qui les rétribuait. Les idoles furent donc une tentative réussie de mettre fin à la mainmise des brahmanes sur une philosophie de vie vieille comme le monde.

Dans un effort magistral pour se réformer, la spiritualité indienne s'est transformée tout en restant fondamentalement la même. Les sacrifices, les offrandes, les pénitences et le poids du karma demeurèrent comme piliers essentiels des doctrines, mais à présent, des héros, des demi-dieux, des yogis légendaires, et de très nombreuses idoles remplacent sur les autels les dieux austères du védisme et du brahmanisme. C'est à ce prix, celui des idoles, que la tradition initiale, portée par le védisme, a survécu, en se démocratisant, en permettant aux shudras, aux parias et aux femmes de se retrouver dans un maillage de croyances qui leur permettaient de trouver une divinité et un culte à leur image et à leur mesure.

Grégoire de Visme

 

Source : www.arya-dharma.com