Pézenas : "l'occitan" une monnaie militante pour s'affranchir de l'euro


Jean-François Marques pose avec des occitans devant son café, le 25 janvier 2012 à Pézenas dans l'Hérault.
En pleine crise de l'euro et de la dette, Jean-François Marques, bistrotier et éditeur du mensuel gratuit "blablablah" à Pézenas (Hérault) bat une monnaie, qu'il a dénommée "occitan" et qu'il définit comme un acte militant et de solidarité.
Barbichette poivre et sel, M. Marques, 46 ans, présente avec fierté son bébé, un billet or et pourpre, imaginé il y a deux ans alors qu'il était président des commerçants de cette ville de 8.737 habitants. L'idée de celui qui se définit comme un "Vert militant" était "de promouvoir le marché bio" qu'il avait créé, de "favoriser l'économie locale" voire de s'affranchir du pouvoir des banques.
"L'argent, c'est comme la vigne dans un écosystème. Si un plant tombe malade, c'est toute la vigne qui meurt", image ce natif de Saint-Nazaire, passé par Londres puis, pendant huit ans, par TriBeCa, un quartier de New York sur l'île de Manhattan où il s'est enrichi dans l'immobilier.
Son rêve: s'affranchir de l'euro pour "récupérer l'argent et par conséquent le pouvoir". "La création de monnaie, c'est la clef de nos emmerdes", poursuit M. Marques, assurant que la valeur de l'argent est "totalement virtuelle" depuis qu'elle ne repose plus sur l'or.
Et de rêver à haute voix de monnaies différentes selon l'utilisation: "Il faudrait une monnaie pour spéculer, une autre pour échanger et une troisième juste pour la nourriture".
Utopistes Jean-François Marques et ses deux copains avec lesquels il a mis sur pied ce projet? Idéalistes, répond-il avant de préciser: "Un idéaliste est un réaliste qui s'ignore". Et de s'enflammer sur ces "banques qui prêtent de l'argent qui n'existe pas" et "exigent des intérêts qui n'ont aucune raison d'être". D'ailleurs, estime-t-il, "jamais la France ne pourra payer sa dette".
1 occitan = 1 euro

Jean-François Marques contrôle les planches de billets d'occitans avec l'imprimeur Jean-Claude Domens, le 25 janvier 2012 à Pézenas.
"L'occitan", en référence à la langue parlée jusqu'au début du 19e siècle dans la région, a d'abord été accueilli fraîchement par les commerçants locaux. Il est vrai que M. Marques leur demandait de payer une commission pour acheter de l'occitan. Une erreur corrigée dès la deuxième année.
En 2011, quelque 250 adhérents-consommateurs ont fait circuler 6.000 occitans, dont la valeur est égale à celle de l'euro.
La troisième campagne, qui débute, peut d'ores et déjà s'appuyer sur quarante-huit commerces, restaurants... (sur 230) et vingt producteurs du marché bio du samedi. Des billets de 1, 2, 5 et 10 occitans, valables un an, ont été tirés pour une valeur de 3.500 "occitans". D'autres devraient être imprimés dans les prochaines semaines.
"Ce n'est pas un palliatif à l'Euro, c'est complémentaire. J'ai une trentaine de clients", note Eric Mouleux, patron du tabac-journaux, qui utilise aussi, comme beaucoup de ses confères, cette monnaie comme une forme de carte de fidélité. A nos meilleurs clients, on donne des occitans", confirme la vendeuse de la pâtisserie voisine Julia Fuentes.
Pour respecter la loi, l'association TAT (terre à terre) a été créée pour cet "occitan", dont le billet a tout d'un vrai: numéro, date de validité, devise "Liberté, Parité, Communauté" et graphisme avec Molière sous fond de croix occitane. "Jean-Baptiste Poquelin est né à Paris, Molière à Pézenas", explique M. Marques, reprenant une phrase de Marcel Pagnol.
Parmi les numismates inconditionnels, Jonathan Miller, ex-reporter au Sunday Times. "Ce n'est pas un défi à l'Euro ou à la Livre. Cette monnaie montre l'indépendance vis-à-vis des grands Etats et rassemble les gens", affirme ce Britannique, admettant avec une pointe humour que si son pays a toujours refusé l'euro, il y a Outre-manche "plein de communes où il existe des monnaies locales".
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