
Il s'agit de la forteresse de Feldioara après la restauration de 2013-2017. © Marcu-Istrate, D., et. al., 202
Des archéologues se sont récemment intéressés à une forteresse située en Transylvanie, une région historique située au centre de la Roumanie. En analysant plusieurs échantillons de mortier prélevés dans les parties les plus anciennes de l'édifice, ils ont découvert que celui-ci avait été construit par les chevaliers de l'Ordre Teutonique.
Après des siècles d'interrogations, les bâtisseurs de la forteresse médiévale de Feldioara ont enfin été démasqués. Selon une étude récemment publiée dans la revue Archaeological and Anthropological Sciences, les plus anciennes fortifications en pierre de ce site fortifié situé en Transylvanie dateraient du début du XIIIe siècle.
Une période durant laquelle les chevaliers teutoniques contrôlaient les régions du Burzenland et de Țara Bârsei, entre 1211 et 1225. À l'origine, les chevaliers teutoniques étaient les membres de l'Ordre Teutonique, un ordre religieux et militaire chrétien fondé à la fin du XIIe siècle pendant les croisades.
Ils sont rapidement devenus l'une des puissances militaro-religieuses les plus ambitieuses de l'Europe médiévale, menant des campagnes militaires contre les peuples païens des régions correspondant aujourd’hui à la Lituanie, à la Lettonie et à certaines parties de la Pologne. Leur séjour en Transylvanie fut bref, mais cette découverte prouve qu'ils ont laissé derrière eux bien plus qu'une simple rumeur historique : ils ont laissé des traces architecturales.
Des échantillons de mortier analysés pour dater la forteresse
La forteresse de Feldioara occupe un plateau stratégique dominant l'Olt, offrant une vue imprenable sur les Carpates, vaste chaîne de montagnes d'Europe centrale et orientale. Plusieurs sources écrites indiquaient que le roi André II de Hongrie avait invité les chevaliers teutoniques à s'installer dans la région en 1211 afin de défendre la frontière contre les Coumans. Les archéologues y avaient également mis au jour des murs du haut Moyen Âge, une église, des tours, ainsi que divers objets, mais rien de tout cela ne permettait jusqu'ici de rattacher formellement les murs de la forteresse à la brève période teutonique.
C'est pourquoi une équipe de chercheurs a profité de travaux de restauration menés entre 2013 et 2017 sur l'édifice pour prélever 13 échantillons de mortier à la chaux dans les parties les plus anciennes de la forteresse. Mais la datation du mortier reste complexe, car il ne se comporte pas comme le bois, l'os ou le charbon de bois. En durcissant, le mortier à la chaux absorbe le dioxyde de carbone présent dans l'air, et d'éventuelles contaminations liées à des réparations ultérieures peuvent fausser les résultats. Pour limiter ce risque, les chercheurs se sont concentrés sur les fractions de calcite submicroniques du liant du mortier.
Ils ont ensuite utilisé la spectrométrie FT-Raman pour analyser les échantillons, avant de procéder à une datation au radiocarbone par spectrométrie de masse par accélérateur. Les résultats ont été modélisés à l'aide du logiciel OxCal, un outil destiné à l'étalonnage des datations au radiocarbone et à l'analyse des données chronologiques archéologiques et environnementales. Cette approche a permis à l'équipe de comparer les résultats de laboratoire à la période de présence germanique historiquement attestée, entre 1211 et 1225.
Une forteresse bâtie par des chevaliers teutoniques
Après analyse des résultats, les scientifiques ont découvert que plusieurs échantillons correspondaient à la période du début du XIIIe siècle. L'étude conclut donc que les premières pierres de Feldioara ont bien été posées lorsque les chevaliers teutoniques contrôlaient la région. Cela permet également de mieux comprendre comment les ordres militaires des croisades se sont diffusés depuis la Méditerranée orientale vers l'Europe continentale.
La forteresse de Feldioara éclaire aussi sur l'évolution ultérieure de l’ordre. Après son expulsion de Hongrie, l'Ordre teutonique s'est dirigé vers le nord, où il a considérablement étendu son influence en Prusse et dans la région baltique. Si son expérience transylvanienne fut un échec, elle préfigurait déjà la stratégie globale de l’ordre : défense des frontières, implantation de colonies fortifiées et autonomie politique sous autorité religieuse. Le site fut ainsi l'un des lieux où les ambitions européennes des chevaliers teutoniques ont commencé à prendre forme dans la pierre.
Océane Letouzé, Journaliste web - 2 juin 2026 - GEO France
les sources de cet article : Arkeonews - 02/06/2026