Des objets comparables ont été retrouvés auprès d'autres civilisations, notamment dans la tombe de Toutankhamon.

© A. Lefort, Inrap, UMR 6566-CReAAH)
Les Gaulois continuent de nous surprendre. Loin de l'image des guerriers farouches vivant dans des villages isolés, les découvertes archéologiques continuent de nous révéler peu à peu une civilisation bien plus inventive et complexe qu’on ne le soupçonne. Ainsi, parmi les objets les plus étonnants mis au jour ces dernières années figurent un simple morceau de bois courbé, dont la forme évoque immédiatement un boomerang.
Une arme universelle
Découvert sur le littoral de la Manche, cet objet constitue une découverte exceptionnelle, sans équivalent connu dans le monde celtique. Mis au jour à Urville-Nacqueville, dans le Cotentin, ce bâton de jet est présenté par l'INRAP comme le premier exemplaire de ce type découvert en Gaule. L'objet, façonné dans une branche de frêne, mesure un peu plus de 80 centimètres. Les archéologues le rapprochent de la cateia, une arme de jet mentionnée par plusieurs auteurs antiques qui décrivent un projectile capable de tournoyer en vol. Des objets comparables sont également connus dans d'autres civilisations à travers le monde, notamment dans la tombe de Toutankhamon, où plusieurs bâtons de jet destinés à la chasse ont été retrouvés.
Cependant, rien ne permet d'affirmer que cette arme revenait effectivement vers son lanceur comme le boomerang australien. Sa forme recourbée et ses qualités aérodynamiques expliquent toutefois le surnom qui lui est aujourd'hui donné. Il fut enfoui dans un fossé où il aurait vraisemblablement été déposé dans le cadre d’un rituel cultuel, comme semble l’indiquer la présence à ses côtés d’une chimère faite de mains d’homme, constituée d’un bassin d’équidé, d’un crâne de chien et associée à plusieurs fragments de côtes de baleine. Il fut ensuite conservé grâce aux conditions d'enfouissement particulièrement humides du site, nous offrant ainsi un témoignage rarissime sur l'armement gaulois, les objets en bois disparaissant généralement avec l’usure du temps.
Un port gaulois
Depuis des années, les archéologues fouillent la plage d'Urville-Nacqueville, à l'entrée de la presqu'île de la Hague. Le site, occupé entre 120 et 80 avant Jésus-Christ, correspond à une véritable agglomération artisanale et commerciale. Son étude est rendue particulièrement complexe par les marées, mais aussi urgente en raison de l'érosion du littoral qui met progressivement les vestiges au jour avant de les faire disparaître sous l'action de la mer et de les emporter vers les abysses.
Les archéologues y ont mis au jour des amphores de vin italien, des bracelets en lignite importés du sud de l'Angleterre ainsi que de nombreux autres vestiges témoignant de l'intensité des échanges maritimes. Ces découvertes confirment qu'Urville-Nacqueville constituait un véritable port ouvert sur la Manche et intégré aux grands réseaux commerciaux du nord-ouest de l'Europe.
Port de pêche, le site gaulois a aussi révélé les ossements d'un grand cétacé vraisemblablement dépecé. Un tel animal représentait une ressource exceptionnelle, fournissant une grande quantité de viande, de graisse pouvant notamment être utilisée pour l'éclairage ou pour la confection de savon, ainsi que des os et d'autres matières premières réemployés dans les activités artisanales. Cette découverte illustre ainsi la capacité des Gaulois à exploiter la moindre ressource offerte par leur environnement.
Eric de Mascureau - 02 août 2026 - Boulevard Voltaire