Au cœur de la Cerdagne, dans les Pyrénées-Orientales, des archéologues ont identifié les vestiges d’une exploitation aurifère hydraulique datant de l’époque romaine. La datation des sédiments d’un ancien réservoir confirme que ce site minier, longtemps passé inaperçu, était encore en activité entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère.

Les scientifiques ont eu recours à la luminescence stimulée optiquement afin de dater les sédiments enfouis dans le réservoir. © Pexels - Ramon Perucho
Une activité minière insoupçonnée a récemment été mise au jour dans la région de la Cerdagne, en Catalogne. En effet, dans une étude publiée dans la revue Land, des chercheurs espagnols ont confirmé l'existence d'une exploitation aurifère alluviale datant de l'époque romaine aux Guilleteres d'All. Cette méthode d'extraction consiste à récupérer les particules d'or présentes dans les alluvions, c'est-à-dire les dépôts de sédiments transportés et déposés par l'eau. Situé à l'extrémité nord-est de la vallée de Cerdagne, le site se trouve dans un haut bassin montagneux entouré de sommets culminant à près de 2 900 mètres.
Ce sont des ravins érodés, des affleurements d'argile et de marne, ainsi que d'étranges entailles dans le terrain ne suivant pas la pente naturelle de la colline qui ont attiré leur attention. Selon les chercheurs, ces formes évoquaient plutôt des structures d'exploitation minière à ciel ouvert utilisant l'hydraulique, similaires à celles observées sur d'autres gisements aurifères romains. Ces indices les ont conduits à dater les sédiments enfouis dans un ancien réservoir d'exploitation hydraulique. Suite à cela, les analyses ont montré que le système minier était actif durant la période romaine et qu'il aurait probablement été abandonné à la fin du IIe ou au début du IIIe siècle de notre ère.
Des traces dans le paysage qui trahissaient une ancienne exploitation de l’or
Si le site des Guilleteres d'All est moins spectaculaire que de grands complexes comme Las Médulas, dans le nord-ouest de l'Espagne, il témoigne malgré tout d'un paysage profondément façonné par l'activité humaine. En effet, les chercheurs estiment qu'environ 2 millions de mètres cubes de terre ont été déplacés. Le principal obstacle restait toutefois la datation. Les formes des ravins évoquaient bien une exploitation hydraulique romaine, mais leur morphologie ne suffisait pas à le prouver. De plus, le site n'avait livré qu'un matériel archéologique limité, notamment des fragments de poterie découverts dans un réservoir d'eau enterré.
Des fouilles menées entre 2010 et 2012, puis en 2019 et 2022, ont mis au jour une partie d'un système de gestion des eaux intégré à la zone minière. Le fossé excavé mesurait environ 4,5 mètres de large et atteignait 1,5 mètre de profondeur. Un barrage constitué de gros blocs de pierre, dont certains mesuraient entre 50 et 60 centimètres de diamètre, permettait de retenir et de régulerl’eau, tandis que des pierres plus petites en renforçaient les bords.
Le fond du réservoir épousait quant à lui la pente naturelle de la colline. Lorsque le système était en activité, l'eau était collectée, dirigée puis relâchée pour entraîner les sédiments aurifères. Une fois abandonné, les fines particules se sont déposées dans l'eau stagnante au fond de la structure.
Une datation par luminescence stimulée optiquement qui confirme l'époque romaine
Pour dater le remplissage du réservoir, les chercheurs ont utilisé la luminescence stimulée optiquement (OSL), une méthode qui permet de mesurer la date de la dernière exposition au rayonnement solaire des grains minéraux, notamment du quartz, avant leur enfouissement. Une fois enfouis, les grains de quartz accumulent l'énergie du rayonnement naturel des sédiments environnants. En laboratoire, ce signal stocké peut être mesuré pour estimer la période de dépôt.
Deux échantillons ont été prélevés dans des couches à grains fins près du fond du réservoir, à des profondeurs de 1,6 et 1,8 mètre. Les résultats ont révélé des intervalles de datation larges mais significatifs. Le premier échantillon a indiqué une période comprise entre la fin du Ier siècle et le début du Ve siècle de notre ère, tandis que le second correspondait aux périodes romaine et post-romaine. Au regard des données archéologiques et historiques, les chercheurs estiment que l'abandon du système minier s'est probablement produit au plus tard à la fin du IIe siècle ou au début du IIIe siècle de notre ère.
Des sources antiques suggéraient déjà un lien entre la région et l'or. Pline l'Ancien mentionnait l'or des Pyrénées, tandis que Martial faisait une allusion littéraire que les chercheurs ont associée aux zones aurifères des environs d'Iulia Libica. Ainsi, les ingénieurs romains n'étaient pas seulement conscients de l'existence de l'or des Pyrénées ; ils semblent avoir construit et exploité un système hydraulique pour l'extraire.
Océane Letouzé
Publié le 12 juillet 2026, article initialement publié le 28 mai 2026.
Voir les sources de cet article : Arkeonews - 26/05/2026