
Le dolmen 1 de la nécropole mégalithique de La Lentejuela en Andalousie (Espagne), vue de l’intérieur de la chambre funéraire. Université de Cadix
En Andalousie, des archéologues viennent de mettre au jour un dolmen vieux de 5 000 ans, aussi spectaculaire que bien conservé. Ses murs de pierre et ses trésors funéraires livrent de précieux indices sur les rituels et les échanges des sociétés néolithiques du sud de l'Espagne.
Retrouvés dans les pays européens comme l'Espagne, l'Angleterre ou la France, les dolmens sont ces monuments mégalithiques composés de plusieurs grandes pierres verticales – les orthostates – plantées dans le sol, qui soutiennent une ou plusieurs dalles horizontales, formant une table. Construits principalement durant le Néolithique (entre environ 4500 et 2000 av. J.-C.), ils servaient souvent de tombe collective, recouverte à l'origine d'un tumulus de terre ou de pierres.
Or, comme l'Hexagone à son Dolmen de Bagneux (Maine-et-Loire), l'un des plus grands du pays avec les 17 mètres de long de sa chambre, l'Andalousie a désormais « l'une des structures funéraires les plus monumentales et les mieux conservées » du sud de l'Espagne. Dans un communiqué publié le 22 septembre 2025, les archéologues de l'université de Cadix annoncent en effet avoir mis au jour un monument long de 13 mètres, vieux de 5 000 ans. Une découverte qui « offre des informations clés sur les pratiques funéraires et les réseaux d'échange dans le sud de la péninsule Ibérique au cours du IIIe millénaire av. J.-C. », notent-ils.
Un dolmen et ses trésors funéraires
Identifiée à proximité de la ville de Teba (province de Malaga), la structure récemment décelée a été baptisée « Dolmen I de la nécropole de La Lentejuela ». Elle possède une architecture remarquable, s'étendant sur 13 mètres de long : des orthostates de 2 mètres de haut forment les murs, autrefois surmontés de lourdes dalles horizontales, recouvertes d'un tumulus artificiel en sable et en pierres.
Quatre campagnes successives de fouilles ont permis de mettre au jour plusieurs ossuaires contenant des restes humains, confirmant l'usage collectif de la tombe. À leurs côtés, les chercheurs ont retrouvé des objets funéraires prestigieux : coquillages marins, pièces d'ivoire, pointes de flèche, grandes lames en silex, et une hallebarde – une arme ressemblant à une lance munie d'une lame de hache.
Les matériaux découverts, parfois venus de loin, éclairent sur les pratiques culturelles des bâtisseurs du dolmen, mais également sur les échanges commerciaux de leur époque. « La présence de coquillages dans une région de l'intérieur des terres reflète l'importance de la mer en tant qu'élément de prestige et l'existence de réseaux d'échange à longue distance », souligne dans le communiqué Juan Jesús Cantillo, professeur de préhistoire à l'université de Cadix.
Témoins des sociétés anciennes
Auprès de LiveScience, Eduardo Vijande Vila, professeur associé de préhistoire à l'université de Cadix et codirecteur des investigations, rappelle que si les dolmens étaient souvent des sépultures, ils pouvaient également remplir d'autres fonctions : lieux rituels, habitations temporaires, repères territoriaux ou même alignements solaires. Ils sont des marqueurs sociaux importants dans des sociétés agricoles.
« Le véritable potentiel de cette structure réside dans son extraordinaire état de conservation, qui nous permettra de mieux connaître les modes de vie et les croyances de ces communautés », ajoute-t-il dans la publication. Serafín Becerra, directeur du musée de Teba et codirecteur également, insiste quant à lui : « Nous pourrions être en présence de l'un des dolmens les plus monumentaux et complets de toute l'Andalousie ». Sans atteindre, toutefois, les 25 mètres de long du Dolmen de Menga.
L'Espagne possède un grand nombre de dolmens préhistoriques. L'un des plus célèbres est sans doute le Dolmen de Guadalperal et ses 150 pierres dressées, qui auraient servi à des rituels il y a 7 000 ans. Aujourd'hui immergés, il refait parfois surface lors des périodes de sécheresse. Un autre, encore, vieux de 5 100 ans, a été récemment découvert au pied de La Peña de los Enamorados. Les analyses, dont GEO.fr vous faisait l'écho dans cet article, ont révélé que la construction exploitait la lumière du solstice d'été pour produire un effet visuel symbolique, rappelant la tombe de Newgrange, en Irlande. À Teba pour le moment, les recherches se poursuivent.
Mathilde Ragot, Journaliste rédactrice web Histoire GEO.fr - 2 décembre 2025. Initialement publié le 26 septembre 2025.