les parias

Nous avons déjà évoqué dans un précédent article le livre de Christophe Dolbeau, paru aux éditions Akribeia, « Les Parias; Fascistes, pseudo-fascistes et mal-pensants ». Nous proposons aux lecteurs de découvrir cinq autres personnalités sulfureuses (l'ouvrage en évoque vingt-six) présentées dans ce livre de 600 pages des plus passionnants, dont nous conseillons vivement la lecture.

 

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 Louis Thomas, journaliste, écrivain, mercati et délateur

Qui se souvient de Louis Thomas? Et pourtant, ce journaliste, poète, romancier, éditeur, apparaissait partout sous l'Occupation. Né le 21 avril 1885 à Perpignan, certes intelligent, il eut cependant un parcours scolaire des plus chaotiques. Ambitieux, il se lança dans l'édition, publiant notamment ses propres livres, mais aussi ceux de Maurice Barrès et d'Anna de Noailles. Christophe Dolbeau le qualifie d'écrivain ubéreux, tant sa production est foisonnante. Il collabore aussi à de nombreuses publications, dont l'Action française et lance aussi carrément des titres. Passionné de grande musique, il crée une « Société française de musique allemande », dans le seul but de faire mieux connaître Gustav Mahler, grand compositeur juif. Nous en parlerons plus loin. Le jeune écrivain n'est pas dépourvu de talent mais, écrit Dolbeau « manque encore de sérieux et s'égare un peu trop souvent dans les polissoneries ». Maurice Barrès et Léon Daudet se montrent plutôt élogieux à son égard. Vient la Grande Guerre, où l'officier se comporte bien, même si ses supérieurs formulent des réserves quant à sa mentalité. Déjà... Une fois démobilisé, il gagne les Etats-Unis où réside son épouse, une diva du Metropolitan Opéra de New-York et découvre le « business » à l'Américaine. Insatiable, le voici « expert financier », tout en donnant des articles à la presse américaine et en organisant des expositions. Il oublie cependant pas le lectorat français, faisant paraître une kyrielle d'ouvrages. Il est décrit par ses admirateurs comme un « pamphlétaire redouté », à la « verve amusante », un « prophète dont la pensée échappe aux sentiers battus ». Certains parlent de lui comme de « l'homme aux six mille articles, aux soixante livres et aux cent pseudonymes ». Il interviendra aussi dans le débat politique par le biais de ses articles et sera même rédacteur en chef au Jour, un quotidien conservateur, et collaborateur de L'Ami du peuple de François Coty et Georges Mandel. Il prendra même la défense de Roger Salengro, ce qui fera hurler L'Action française. Puis vint la guerre. Il est capturé par les Allemands, le 22 juin 1940, aux environs de Nancy. Le voici prisonnier dans un Oflag. Là se situe une étonnante conversion. Le voici qui se mue soudain en admirateur inconditionnel de la Wehrmacht, se montrant particulièrement obséquieux à l'égard des autorités du camp, au point que ses compagnons d'infortune le mettent vite sur la touche. Sa détention s'achève vite. Il devient un des plus ardents promoteurs de la Collaboration et fait paraître un livre qui se veut un hymne à la magnanimité des Allemands. Ces derniers apprécient hautement l’exercice de cirage de pompes. Mais le voici devenu un furieux antisémite, lui qui portait Mahler au pinacle, éditant de nombreux auteurs juifs, admirant Georges Mandel. Il postulera, en vain, à la direction du Commissariat général aux questions juives. Il va dès lors publier sa prose dans Le Pilori, La Gerbe et La France socialiste et rejoindre le Rassemblement national-Populaire de Marcel Déat. Il écrit dans l'hebdomadaire du parti, Le National-Populaire, déclarant en toute modération, le 17 octobre 1942: « Il faut, avant tout, que la France subsiste. Donc, il est indispensable d'éliminer les Juifs ». Dans Les raisons de l'antijudaïsme, livre dédié à Louis-Ferdinand Céline, paru en 1942, il écrit: « Dans la nouvelle Europe, en train de se construire par le fer et le feu, il n'y aura pas de place pour les Juifs ». Mais la collaboration de Louis Thomas est aussi vénale, ce qui lui sera lourdement reproché. Il est en effet étroitement associé à la politique d'aryanisation de l'économie française et donc à la spoliation des propriétaires juifs. Il parvient à se faire confier par les Allemands la gestion fort lucrative de plusieurs firmes et parvient à mettre la main sur la maison d'édition Calmann-Lévy. Las, voici le débarquement allié en Normandie. Il prend la direction de l'Allemagne, tentant sans succès de se réfugier en Suisse. Il sera bientôt incarcéré en France. Les scrupules, comme nous l'avons vu, ne l'étouffent pas. Aux policiers qui l'interrogent, il propose, en échange de l'impunité, de leur livrer quelques amis miliciens. Il finira cependant à Fresnes où sa situation devient périlleuse, car le bruit court qu'il aurait « balancé » Darnand et des miliciens. Ses codétenus menacent tout simplement de le « suicider » ! Témoin au procès de Knipping, le bras droit d'Abetz, il fait preuve d'une absence totale de dignité et d'un total cynisme. « Votre qualité? » lui demande-t-on ? « Je suis dénonciateur », répond-il. Au cours de l'instruction, Thomas ira jusqu'à affirmer avec un incroyable aplomb avoir simulé l'antisémitisme afin de mieux aider les Juifs ! Galtier-Boissière le qualifiera de « roi des mouchards » et évoque « cet aventurier descendu au plus bas de l'échelle morale ». Vient son procès, le 12 octobre 1949. Jean-Louis Tixier-Vignancour est un de ses avocats. Il est reconnu coupable d'intelligence avec l'ennemi mais, bénéficiant de circonstances atténuantes, échappe au poteau, écopant de travaux forcés à perpétuité. En appel, la peine sera commuée en 20 ans de réclusion. Il s'en sort bien, une libération conditionnelle lui étant accordée au début de 1952. Il s'éteint, totalement oublié, le 9 février 1962. Comment ne pas songer à l'écrivain d'origine juive Maurice Sachs, converti au catholicisme par les Maritain, qui prétendit vouloir entrer dans les Ordres, si sulfureux, qui passa sa vie à trahir ses amis et ses protecteurs? Il livra quelques juifs à la Gestapo qui l'employait et tenta même de l'escroquer, ce qui lui valut la déportation. Il disparut en Allemagne, dans la fournaise de cette fin de guerre, en 1945.

 

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Pour Dieu et la Nation: Mgr Tiso

Mgr Jozef Tiso est sans doute la personnalité slovaque la plus admirée. Nombreux sont les Slovaques qui vouent un véritable culte à celui qu'ils considèrent comme un martyr de la foi et de la nation. Rejetant l'offre de ralliement que lui faisaient les Soviétiques en 1944, alors qu'il dirigeait la Slovaquie, il leur sera livré par les Américains, sommairement jugé, et pendu le 18 avril 1947. Il avait déclaré: « Avec le communisme, il n'y a pas de compromis possible. Notre liberté sera volée et outragée, mais elle ne sera pas volontairement vendue ». Bien sûr, les imbéciles font de lui un séide d'Adolf Hitler. Parmi ceux-ci, et cela n'étonnera personne, Bergoglio qui, lors de sa toute récente visite en Slovaquie, déclarait, ciblant Jozef Tiso, sans oser cependant le nommer: « Combien d'oppresseurs n'ont-ils pas déclaré : 'Dieu est avec nous' ; mais c'était eux qui n'étaient pas avec Dieu ». Quand éclate la Première Guerre mondiale, le jeune père Tiso sert dans l'armée austro-hongroise en qualité d'aumônier militaire. Le nationalisme slovaque est alors en plein essor. Jozef Tiso va s'engager de plus en plus dans ce combat, créant après la guerre un journal nationaliste, Nitra, et devenant un des propagandistes les plus efficaces du Parti populaire de l'abbé Hlinka qui, face au centralisme tchèque, défend l'autonomie et les traditions nationales slovaques. Il obtiendra le titre honorifique de Monsignore en 1921 et sera élu député en 1925. Le changement va intervenir en 1938 grâce aux circonstances internationales. Le 6 octobre, en pleine crise des Sudètes, huit partis slovaques se réunissent, proclament l'autonomie de la Slovaquie et choisissent Mgr Tiso comme Premier ministre. Sa liberté de manœuvre est extrêmement réduite. Face au régent hongrois Horthy qui veut annexer toute la Slovaquie, Tiso n'a d'autre choix que de se tourner vers Berlin. Le 14 mars 1939, la Diète de Bratislava vote l'indépendance. Loin de s'aligner sur l'idéologie nazie, les Slovaques font plutôt un choix qui s'apparente à ceux de Salazar au Portugal et de Dollfus en Autriche. Tiso déclare: « Nous ne serons en aucun cas les esclaves de quelque idéologie que ce soit, qui ne surgisse de nos traditions slovaques et qui serait étrangère à notre caractère slovaque et chrétien ». En fait, note Francis Bertin, cité par Christophe Dolbeau, « Tiso tenta de faire de la Slovaquie un 'Etat théocratique' aussi éloigné du relativisme démocratique que du totalitarisme fasciste ». Il va chercher à épargner les affres de la guerre à son peuple, limitant l'engagement militaire du pays. La participation à la guerre de l'Est sera très symbolique, même si la Slovaquie signe le pacte Antikomintern. En fait Tiso est coincé entre la tutelle de Berlin et l'agressivité de ses propres milieux germanophiles (la Garde Hlinka). Il navigue avec subtilité, entre attentisme, compromis formels, manœuvres diplomatiques, afin d'éviter le pire. La Slovaquie s'efforce, en accord avec le Vatican et la Croix-Rouge, de protéger du mieux qu'elle peut ses 89 000 juifs, ce que Bergoglio ignore évidemment. Sans réussir cependant à empêcher la déportation et la mort de plusieurs milliers d'entre eux. Le bond en avant économique, social et culturel de la Slovaquie, épargnée par la guerre, est impressionnant. Des exemples: instauration des congés payés, des allocations familiales, du double mois pour Noël et un service de santé efficace. Le chômage disparaît. Mais, en 1944, l'Armée rouge devient menaçante. La panique s'empare d'une grande partie de la population. Des milliers de personnes prennent la fuite vers l'ouest. L'abbé cherche à rejoindre Munich, espérant s'y placer sous la protection du cardinal Faulhaber. Malheureusement il n'y parviendra pas. Trahi, il est arrêté par les Américains qui le livrent aux autorités tchécoslovaques de l'infâme Benès, alors que les Français et les Britanniques semblaient prêts à lui accorder l'asile politique. C'est le temps des brimades et des humiliations. Il conclut à la barre du tribunal qui le condamne à mort pour haute trahison: « Les individus passent, mais la nation reste, car telle est la volonté du Créateur et Auteur de la loi naturelle. Et l'une des manifestations concrètes de cette loi sera toujours la vieille devise de l'indépendance: La Slovaquie aux Slovaques ». Le Vatican et des centaines de personnalités interviendront pour obtenir sa grâce. Peine perdue. Ses derniers mots: « Je vous promets d'intercéder auprès de Dieu, maître suprême de ce monde, afin qu'il ait toujours la nation slovaque en sa sainte garde ». Le 1er janvier 1993, le vœu de Mgr Tiso était exaucé. La Slovaquie recouvrait son indépendance.

 

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 Vidkun Quisling, l'archétype du traître

Vidkun Quisling, qui fut le chef du gouvernement norvégien durant l'Occupation est universellement voué aux gémonies. Il y aurait, à en croire l'historiographie officielle, Judas, Ganelon, et Quisling parmi les grands félons de l'histoire. Né en 1887, il est un très brillant élève qui va s'orienter vers le métier des armes où il acquiert un prestige certain. Léon Trotsky ira jusqu'à lui proposer un poste à l'état-major de l'Armée rouge ! Longtemps considéré comme un sympathisant de la révolution soviétique, il ne tardera pas à apparaître comme un adversaire déterminé du communisme. Défenseur de la race et de l'esprit nordique, il s'en prend au bolchevisme, « infâme complot contre la civilisation européenne d'inspiration nordique, un mouvement asiatique et slave, conduit par des cerveaux juifs ». « La seule solution au problème des Juifs », proclame-t-il, « c'est de leur donner un Etat ». Antisocialiste, antiparlementariste, il va se faire l'avocat du corporatisme, et développe des idées qui se rapprochent de celles du national-socialisme. Il sera nommé ministre de la Défense d'un gouvernement agrarien et va fonder en 1933 le Rassemblement national ou Nasjonal Samling dont il sera le Chef. Son programme: abolition des partis politiques, interdiction des grèves et des lock-out, protection de la race, égalité entre les hommes et les femmes, adoption du système corporatif, ainsi que de l'économie planifiée. Les résultats électoraux sont médiocres, ce qui ne l'empêche pas de recruter (30 000 adhérents en 1938, dont le prix Nobel de littérature, Knut Hamsun). Il rencontrera Adolf Hitler à deux reprises, en décembre 1939, mais ne portera au NSDAP qu'un intérêt distant. Sa préoccupation est de préserver la neutralité de son pays. Mais le débarquement anglo-français de Narvik et l'invasion allemande vont changer la donne. Quisling se voit offrir la possibilité de s'emparer du pouvoir. Le 9 avril, il annonce sur les ondes qu'il prend la tête d'un « gouvernement national » et ordonne un cessez-le-feu. Il semblerait que les Allemands aient été pris au dépourvu. Hitler, furieux, va nommer un Reichskommisar particulièrement obtus et vindicatif, le Gauleiter Josef Terboven qui va s'attaquer à la communauté juive et imposer l'abolition de la monarchie. Un directorat de treize commissaires va être nommé, sous l'égide de Terboven qui enclenche une répression à tout va, face à une Résistance de plus en plus audacieuse. La propagande adverse ne manque pas de désigner les seuls « quislings » comme responsables. Quisling dispose de 40 à 50 000 adhérents et d'un réservoir de 200 à 250 000 sympathisants. Précisons qu'il s'agit de la seule formation autorisée par les Allemands. L'odieux Terboven, dont seul le désordre justifie la présence, va tout faire pour saboter les efforts de Quisling en l'impliquant dans la répression la plus brutale, pratiquant en permanence le chantage aux fusillades. Christophe Delbeau pose la question sans apporter de réponse: « Pourquoi Quisling, qui