Résistance Identitaire Européenne

Histoire

La dénazification - D. Venner

Dans une étude qui fait quelque bruit, le politologue allemand Justus Fürstenau estime que la « dénazification » entreprise à partir de 1945 est la cause principale de la dépolitisation de l'Allemagne. La description qu'il en fait est assez convainquante.

Ce spécialiste n'hésite pas à dire que la dénazification était le plus souvent guidée par la haine, l'envie et des motifs personnels fort éloignés de ses buts idéologiques. Beaucoup d'Allemands, qu'ils aient ou non appartenu au national-socialisme, partagent ce sentiment. Le pasteur Martin Niemüller lui-même reconnaissait en 1948 que la confiance dans l'utilité et le bien-fondé de ce processus était entièrement détruite.

Lorsqu'ils découvrirent les camps de concentration, les généraux américains approuvèrent les propos du minis­tre des finances de Roosevelt, le Juif Henry Morgenthau, dans son livre « Croisade en Europe » (1944) : « Il faut faire comprendre aux Allemands qu'ils ne peuvent pas ne pas être tenus responsables pour ce qu'ils ont fait ».

« La procédure la plus gigantesque que le monde ait connue », suivant la formule du général américain Lucius D. Clay, était entamée afin d'amener les Allemands à se repentir de ce dont les Alliés les accusaient : agressions, conquêtes et génocides. Non seulement il fallait punir les crimes, mais éga­lement les opinions nationales-socialistes. On sait que, parmi d'autres, l'ancien dirigeant Julius Streicher qui, hostile à la guerre, se vit retirer toutes responsabilités à partir de 1940, fut néanmoins pendu à Nuremberg comme « criminel de guerre »...

Mais la fantastique épuration voulue par les vainqueurs allait frapper bien au-delà des hauts responsables du IIIe Reich.

Pour la seule zone américaine, 13 millions d'Allemands remplirent le « questionnaire » établi par les autorités d'occupation afin d'éliminer toute trace de national-socia­lisme, et qui décidait souvent de leur existence. Ils de­vaient répondre à 131 questions. Leur passé était passé au microscope. Ils devaient signaler aussi bien leur appar­tenance à une société de joueurs de boules que leurs changements de domicile, les dates et lieux de leurs rési­dences hors d'Allemagne, le détail de leurs campagnes au cours de la guerre, etc.

C'est à ce fameux « questionnaire » qu'Ernts von Salomon répondit sur 806 pages qui lui donnèrent l'idée de son livre à succès autobiographique tiré à 270.000 exem­plaires.

Mais tout le monde n'en tira pas avantage. Pour des millions d'Allemands, le questionnaire les faisait entrer dans un monde kafkaïen de paperasse, de suspicion et d'angoisse interminables. Ils étaient classés en cinq catégories allant de « coupables majeurs » à « inno­cents ». Au sortir de ce confessionnal collectif de la nation allemande, on expiait le péché de nazisme par de l'ar­gent, de la prison, l'interdiction d'exercer certaines pro­fessions ou la confiscation des biens.

En fait de châtier les « infâmes » (Winston Churchill), qui, soit dit en passant, n'avaient pas fait pire que leurs vainqueurs, mais avaient commis l'irréparable erreur d'être vaincus, ces mesures répressives frappaient les petits.

Mais surtout une belle incohérence régnait dans les chambres de dénazification installées par les occupants pour la détermination des sanctions. Un jeune chef de la Jeunesse Hitlérienne fut envoyé en camp de travail pour avoir fait faire des exercices à ses garçons pendant l'heure de la messe « pour énerver le curé ». Un homme qui avait omis de rappeler qu'il avait été planton dans un service administratif du S.D. en 1944 fut condamné à la prison. En revanche, le successeur d'Eichmann, Hermann Krumey, qui avait, dira-t-on par la suite, causé la mort de 300.000 Juifs hongrois, entrait en 1948 dans la catégorie des coupables mineurs (il devait être con­damné à la prison perpétuelle en 1969).

Ceux qui en avaient les moyens fuyaient la zone améri­caine pour la zone française ou britannique où la démili­tarisation avait le pas sur la croisade idéologique et le lavage de cerveaux. Quant à la zone soviétique, le passé brun était oublié pour peu que l’on rejoigne le parti communiste.

De simples membres sans importance du parti national-socialiste qui ne voyaient pas l'utilité de telles précautions furent férocement frappés. La répression ne reculait pas devant le ridicule ou l'odieux de mesures prises à l’en­contre des personnalités les plus respectables s'il s'atta­chait à elles un soupçon de sympathie pour le IIIe Reich.

En décembre 1946, la commission de dénazification du milieu artistique fit comparaître le chef d'orchestre Wilhelm Furtwangler, vice-président de la chambre de mu­sique du Reich et accusé par des concurrents bienveil­lants, d'avoir profité du régime. Furtwangler avait dirigé en 1945 un concert devant de hauts dignitaires du Reich, mais, en 1935 il avait joué ostensiblement du Mendelssohn... Un membre de la commission lui demanda s'il avait seulement à demi fait le salut allemand. Furtwan­gler ne l'avait fait ni à demi, ni complètement... Il fut disculpé.

A Lutwigsburg, le fils du Kayser, Prinz August-Wilhelm « Auwi », qui appartint dès le début au parti N.S., fut condamné à 30 mois de travaux forcés pour cette seule raison.

Dans cette atmosphère démente, tout devenait bon pour échapper à la machine ubuesque de la répression. On vit d'authentiques nazis menacer d'authentiques antinazis de les dénoncer comme leurs complices s'ils ne leur fabriquaient pas des certificats de « résistance ». Ce devint d'ailleurs pour certains antinazis une activité fort lucrative que cette fabrication de certificats, moyen­nant quelques redevances. Le médecin déposait une feuille de pétition dans sa salle d'attente et les attesta­tions permettaient d'obtenir de la viande chez le boucher.

C'est un tel certificat qui permit à l'ancien rapporteur des lois raciales de Nuremberg, Hans Globke, de refaire carrière à Bonn. Certificat de poids puisque l'ancien conseiller du Reich était le protégé du procureur amé­ricain Kempner dont il avait été le témoin complaisant au Tribunal de Nuremberg.

En fait, la haine politique et la haine personnelle dic­tait le plus souvent le verdict des chambres de dénazification. Les communistes et socialistes de gauche étaient bien sûr les plus actifs et profitaient de la situation pour frapper les adversaires de leurs idées.

Karl Heinrich Knappstein, haut fonctionnaire du ministère de la dénazification de Hesse, a évoqué « l’incroyable usage fait de la dénazification » qui amenait « le marchand à dénoncer son concurrent, non pour libérer l’Allemagne du nazisme, mais pour éliminer un gêneur et la femme divorcée à dénoncer son mari pour aggraver les torts de ce dernier ».

Mais surtout, les Américains qui arrivaient avec l'idée que la guerre avait comme but la dénazification, voulaient, à toute force, imposer une révolution, mais prati­quement sans les Allemands, dont ils se méfiaient en bloc.

Cela ne devait pas faciliter la remise en marche de l'administration et de l'économie, d'autant que la presque totalité des cadres dirigeants de la société allemande avaient adhéré ou sympathisé avec le N.S.

Dans la première phase de l'épuration, 1 million de fonctionnaires furent licenciés. A Brème, en quelques semaines 2.000 employés de services publics furent sus­pendus. On marchait droit à l'abîme. Partout, caisses d'épargne et organismes bancaires devaient fermer leurs portes, faute de personnel. Mais, impavides, les Améri­cains poursuivaient leur tâche. En janvier 1946 les nazis et « militaristes » étaient classés en 99 catégories auxquelles étaient promis arrestations, renvois et arrêts de
travail.

Avec bien des hésitations, des inquiétudes et des résis­tances, les autorités américaines déléguaient en mars 1946 les juridictions d'épuration aux Allemands eux-mê­mes.

Le ressentiment de la population allait désormais se porter sur les « dénazificateurs » allemands. Les em­ployés de chambres de dénazification recevaient des let­tres de menace. A Nuremberg, en janvier 1947, la salle des délibérations fut entièrement détruite par une bombe. Aussi les volontaires se faisaient-ils rares. En 1947, sur 100 juristes sollicités par les autorités pour siéger dans ces chambres, 93 refusaient sous des prétextes divers. En Bavière, inquiets de voir se fermer devant eux tou­tes les portes lorsque la dénazification prendrait fin, 41 membres de la chambre démissionnaient. Même le S.P.D. prenait ses distances et l'association des victimes du nazisme (V.V.N.) recommandait à ses membres de se retirer des chambres. Bientôt une loi allait permettre à la République Fédérale de réhabiliter les épurés, hom­mes de science, politiciens, fonctionnaires, etc. Dans les municipalités on voyait, à partir de 1951, le conseil muni­cipal détruire les dossiers de dénazification de la ville. L'Allemagne tout entière voulut bientôt mettre fin et oublier ce chapitre sombre de l'immédiat après-guerre, dont les conséquences n'allaient, pourtant, pas cesser de se faire sentir.

Dominique VENNER

 

Sources : Défense de l’occident – Numéro 85 : Novembre 1969

 

dominique venner

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