hyhytttgfrnjhbhg

 

Sous le couvre-feu, dans des salles mal chauffées où l’on affichait l’abri le plus proche en cas d’alerte, les Français n’ont jamais autant fréquenté les cinémas qu’entre 1940 et 1944. C’est cette période que la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, avenue des Gobelins à Paris, retrace du 27 novembre 2026 au 10 juillet 2027 avec l’exposition Écrans sous contraintes : le cinéma pendant l’Occupation.

Le parcours s’étend sur 2 étages et réunit plus de 300 œuvres, extraits et documents. Il suit l’ordre d’une séance de l’époque : d’abord les actualités, puis le film.

 

Les actualités filmées

Le rez-de-chaussée est consacré aux actualités et aux documentaires projetés en début de séance. On y suit leur fabrication, des consignes officielles jusqu’aux images diffusées, avec le carnet de notes et la caméra d’un opérateur de l’époque. Dans 2 cabines de visionnage, les visiteurs découvrent des journaux où la guerre disparaît derrière une foule de sujets anodins commandés par les autorités.

De l’automne 1940 à l’été 1944, ces actualités servent l’occupant. Celui-ci laisse d’abord Vichy diffuser son propre journal en zone libre, puis prend le contrôle de l’ensemble du territoire. En comparant les productions de Vichy, des Allemands, des Alliés et de la Résistance, l’exposition montre comment chaque camp construisait son information et pratiquait la désinformation. Des costumes du récent diptyque La Bataille de Gaulle sont aussi exposés.

 

Continental Films et la double censure

Le 1er étage s’ouvre sur la réorganisation de la profession. Le Comité d’organisation de l’industrie cinématographique (COIC), placé sous la tutelle du ministère de l’Information et de l’occupant, encadre désormais tout le secteur. Les Allemands y prennent la place principale, en particulier avec Continental Films, une société d’apparence entièrement française dont les recettes partaient en Allemagne. Affiches, photographies et extraits présentent sa production : La Main du diable, L’assassin habite au 21, Le Corbeau, Cécile est morte.

Les films français passent à la fois devant une censure française et une censure allemande. Des studios jusqu’aux salles, tout est soumis à autorisation, comme le montrent les archives exposées, dont certaines pour la première fois : un dossier de censure de Boléro, des scénarios tamponnés par le COIC comme celui de Pontcarral, colonel d’Empire, des cartes professionnelles, des décrets, des Ausweis.

Les professionnels juifs, recensés sur des listes, sont exclus du métier. Leurs films sont interdits ou ressortent sans leur nom, comme Les Misérables de Raymond Bernard, dont l’affiche est présentée. Les films américains sont interdits en zone occupée, de même que tout film jugé hostile à l’Allemagne. En attendant que les tournages reprennent, les productions allemandes occupent les écrans.

 

Pellicule, clous et coupures d’électricité

Dans les studios, tout manque. Les équipes réutilisent la pellicule, récupèrent les clous des décors, obtiennent des bons pour le tissu des costumes et demandent des dérogations à la défense passive pour finir leurs tournages. Les souvenirs et les archives de Jean-Roger Bontemps, jeune employé des studios Pathé pendant la guerre, racontent ce quotidien.

Un espace permet de regarder en relief les photographies stéréoscopiques prises par Henri Caruel sur les tournages de Premier de cordée, L’aventure est au coin de la rue ou La Duchesse de Langeais. On voit aussi les maquettes de costumes de Mayo pour Les Enfants du paradis, les projets d’affiches de Jacques Bonneaud pour L’Assassinat du père Noël et Le Corbeau, et des photographies de tournage du Ciel est à vous.

Dans les salles aussi, les contraintes se multiplient. À Paris, des cinémas comme le Grand Rex ou le Marignan deviennent des Soldatenkino, réservés aux soldats allemands. D’autres réduisent le nombre de places ou de séances. Faute de chauffage, et avec le couvre-feu, les sorties se raréfient, mais le cinéma, bon marché et populaire, reste l’une des principales distractions de l’époque. En témoignent les photos de files d’attente devant les salles.

 

Comédies, chansons et vedettes

La 2e partie du parcours est consacrée aux films eux-mêmes. L’occupant met en avant ses propres productions de propagande, comme Le Président Krüger ou Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen. De son côté, le cinéma français mise sur la variété des genres : films sentimentaux, policiers, musicaux, fantastiques, films en costumes et même d’anticipation.

Les comédies, souvent inspirées d’Hollywood, dominent. Plusieurs chansons de l’époque sont restées célèbres : Premier rendez-vous chanté par Danielle Darrieux, Romance de Paris par Charles Trenet, Ma ritournelle par Tino Rossi. Avec les prisonniers de guerre puis les départs au STO, ce sont surtout des femmes qui remplissent les salles, et elles deviennent aussi les héroïnes des films. Dans Le ciel est à vous, Thérèse refuse le rôle qu’on attend d’elle et prend sa vie en main.

Les vedettes sont partout, sur les affiches comme dans les magazines : Danielle Darrieux, Pierre Fresnay, Edwige Feuillère, Arletty, mais aussi des seconds rôles comme Jean Tissier et Pierre Larquey. Une nouvelle génération de réalisateurs apparaît, avec Christian-Jaque, Henri-Georges Clouzot, Robert Bresson, Jean Delannoy, Jacques Becker et Louis Daquin. Ils côtoient des cinéastes déjà installés comme Marcel Carné, Sacha Guitry ou Henri Decoin, alors que d’autres ont dû cesser de tourner ou quitter le pays.

 

Pontcarral et les lectures entre les lignes

La plupart des films tiennent la guerre à distance, en se réfugiant dans d’autres époques ou d’autres histoires. En mars 1944, L’Écran français, alors journal clandestin, résumait le cinéma du régime par une formule : « Marché noir, terreur blanche, bibliothèque rose ». Certains films affichent pourtant clairement les valeurs de la Révolution nationale, comme Monsieur des Lourdines ou Port d’attache. D’autres, comme La Fille du puisatier ou La Symphonie fantastique, défendent une autre idée de l’esprit français.

La censure ne pouvait pas tout arrêter. Un geste, une réplique ou une situation pouvaient se lire autrement, que l’auteur l’ait voulu ou non. Pontcarral, colonel d’Empire, réalisé par Jean Delannoy en 1942, en est l’exemple le plus connu. L’exposition présente son découpage visé par la censure, avec des photos de tournage et de salles. Farandole, Le Voyageur de la Toussaint, Les Visiteurs du soir ou Au bonheur des dames, produit par la Continental elle-même, posent la même question.

Un espace est consacré aux artistes partis en exil aux États-Unis, comme Julien Duvivier, Jean Renoir, Michèle Morgan, Jean Gabin ou Erich von Stroheim, notamment autour d’Untel père et fils et de Joan of Paris. Le parcours se termine avec Les Enfants du paradis de Marcel Carné, tourné sous l’Occupation et sorti en 1945.

 

Prêts, colloque et projections

Les collections de la Fondation sont complétées par des prêts de l’ECPAD, de l’INA, de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, du Mémorial de la Shoah, des Archives fédérales allemandes, de la Cinémathèque française, de la Cinémathèque de Toulouse et de la Deutsche Kinemathek. L’exposition est conçue par Stéphanie Salmon, directrice des collections de la Fondation, et Célia De Saint Riquier, doctorante à l’École nationale des chartes.

Un colloque intitulé Le cinéma des années noires est prévu le vendredi 15 janvier 2027. Il sera suivi d’une projection du Corbeau présentée par Patrick Brion. De décembre 2026 à juillet 2027, la Fondation projettera notamment Goupi Mains rouges, Pontcarral, L’Enfer des anges, Paradis perdu, Nous les gosses et Les Enfants du paradis. Un cycle de films muets, Pacifisme et Résistances, aura lieu entre fin décembre et janvier. Des visites et un atelier sont proposés aux classes, de la 3e à la terminale.

L’exposition se trouve au 73, avenue des Gobelins, à Paris (13e). Elle est ouverte le mercredi et le jeudi de 14h à 19h, le mardi et le vendredi de 14h à 20h30, et le samedi de 11h30 à 19h. L’entrée coûte 5 € (3 € en tarif réduit), ou 7 € avec une séance de cinéma.

 

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

 

Breizh-info.com - 02/10/2026