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Avec humour et talent, presque chaque matin, Emmanuelle Ducros offre aux auditeurs d'Europe N°1 une fort pertinente chronique consacrée aux réalités économiques, qu'elle appelle Voyage en Absurdie. Tout un programme, dira-t-on. Celui-ci se montre, hélas, en général réaliste. De toutes les invasions que nous subissons celle venue d'Absurdistan demeure la plus redoutable.

Ce 28 février, cette observatrice tirait la leçon d'un cas d'école manifesté à la lumière du Salon de l'Agriculture.

L'auteur, en effet, y avait rencontré la veille un responsable de la principale coopérative agricole productrice de noisettes en France. Depuis 40 ans, cette organisation professionnelle, « Koki », rassemble 350 producteurs, produisant chaque année 10 000 tonnes de noisettes. Or, ses représentants se sont trouvés récemment dans l'obligation d'adresser une véritable supplique, en appelant à la fois au chef de l’Etat, Emmanuel Macron, au Premier ministre Gabriel Attal et au ministre de l’Agriculture Marc Fesneau.

Revendication urgente : Paris doit arrêter de paralyser, par sa réglementation punitive, les productions françaises, et de favoriser les importations moins-disantes.

Depuis 2016, date du glorieux passage de Ségolène Royal au ministère de l’Ecologie, l'État central parisien avait souverainement, pour ne pas dire royalement, décidé d’interdire, sur le territoire de l'Hexagone, une série de produits phytosanitaires de la catégorie des néonicotinoïdes. Cette mesure devançait et aggravait celles imposées, au détriment de l'ensemble des producteurs du Vieux Continent, par les bureaux de l’Europe. On remarquera par exemple que tel produit depuis lors interdit demeure toujours certifié par l’Union européenne jusqu’en 2033...

Un tel cas de sur-transposition nationale des nuisances écolo communautaires, hélas loin d'être unique, ne doit pas être considéré comme l'exception mais comme la règle.

Et ceci pose, au rebours des rengaines trop souvent le vrai problème de la France en Europe. Ce sont l'étatisme de ses structures et son idéologie régnant à domicile qui paralysent l'Hexagone et qui mettent les producteurs et les créateurs français en situation d'infériorité.

Symétriquement, dès qu'une nuisance est inventée en Europe, par exemple sous l'influence des super nuisibles politiciens et agitateurs de l'écologisme, on en rajoute une couche à Paris. Le relais s'en trouve facilité par le rôle de parti charnière joué, au sein de l'assemblée européenne, par le groupe que représente l'écolo macronien Pascal Canfin. Naguère ministre de Jean-Marc Ayrault en 2015, élu en 2019 sur la liste Renaissance de La République en marche, il se révèle roue de secours indispensable aux vieilles magouilles socialo-centristes. Président de la Commission de l'environnement, c'est lui qui parvint en 2019 à faire déclarer au parlement européen « l'état d'urgence climatique », qui permet de faire n'importe quoi.

Tels les radicaux socialistes de la troisième république cette dérisoire minorité « verte » semble constituer le pivot du système.

Bien que globalement confus, le récent débat euro agricole aura donc manifesté au moins un mérite. Tel qu'il a été réactivé, depuis janvier par le mouvement des tracteurs, et depuis février par l'agitation salubre autour du salon de l'Agriculture, il a mis en lumière cette réalité ignorée de la majorité des commentateurs agréés et autres bons esprits : les bureaux de Paris se révèlent ordinairement pires que ceux de Bruxelles, si souvent décriés.

Ajoutons que la classe politique parisienne, la plus intelligente du monde si l'on en croit ses porte parole, a toujours su inspirer les cafouillages continentaux : on rappellera au besoin le rôle joué par Delors et Lamy, rédacteurs du traité de Maastricht, par Juppé et Toubon celui de Nice, etc.

Parmi les titres de gloire de Juppé on se souviendra au besoin de son rôle imposant en 1993, contre l'avis du parlement européen l'union douanière régissant, depuis le 1er janvier 1996, la relation avec la Turquie sur le modèle d'Andorre, de Monaco et de Saint-Marin.

Moyennant quoi, pour revenir au dossier de la noisette les arboriculteurs d'Anatolie ne subissent même pas la réglementation communautaire et peuvent utiliser impunément 244 produits phytosanitaires que nous nous glorifions d'interdire...

Ils exportent ainsi vers l'Europe 80 % de la consommation de noisettes...

Mais Juppé, ah Juppé, « le meilleur d'entre nous » Chirac dixit, siège aujourd'hui confortablement parmi les « Sages » de notre indispensable Conseil constitutionnel.

JG Malliarakis - 06 MAR 2024
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