Résistance Identitaire Européenne

Géopolitique

Pourquoi on ne permettra pas la disparition du djihadisme.

Pepe Escobar, septembre 2017

Sputnick news. 31 août 2017

Une hypothèse de travail très sérieuse est en discussion depuis  déjà un certain temps parmi les analystes géopolitiques indépendants. Voici, en un mot, de quoi il s’agit.

Daech pourrait être en train de mourir, mais le monde est encore encombré de son cadavre ambulant. Le plan B des maîtres de Daech peut avoir été d’endoctriner des vagues successives de jeunes paumés dans l’ensemble de l’UE et les « séduire » dans un DIY (Do It Yourself)  terroriste djihadiste, créant la peur et l’insécurité en Europe. Je viens d’aller à Barcelone – et ce n’est pas ce qui est en train de se passer. Il n’y a aucune peur.

 

Daech peut également manipuler son nom de marque pour lancer une revendication au sein de ce que l’on pourrait appeler New War Belt en Asie du Sud-Ouest. Ce n’est pas non plus ce qui se passe, car le «4 + 1» – la Russie, la Syrie, l’Iran, l’Irak, plus le Hezbollah – en y rajoutant la Turquie et avec la Chine dans le rôle «leading from behind», c’est-à-dire dirigeant dans l’ombre, travaillent tous ensemble.

La guerre inachevée à travers la « Syraq » associée aux spasmes du djihadisme en Europe pourrait certainement encore se transformer en un gros cancer eurasien, se répandant comme une peste de l’Afghanistan à l’Allemagne et inversement, et de la mer de Chine méridionale à Bruxelles via le Pakistan et inversement.

Ce qui se passerait sous ce scénario cataclysmique c’est le déraillement complet des nouvelles routes de soie chinoises, alias Belt and Road Initiative (BRI); son intégration avec l’Union Economique Eurasienne conduite par la Russie (CEEA); et une importante menace sécuritaire pour la stabilité au sein même du partenariat stratégique Russie-Chine, avec des scénarios belliqueux incontrôlables se développant tout à côté de leurs frontières.

Ce n’est pas un secret que des éléments et des institutions apprécieront beaucoup le chaos politique interne en Russie et en Chine.

Charlie devient plus fort

Dr. Zbig « Grand Echiquier » Brzezinski a beau être mort, la géopolitique est encore encombrée de son cadavre. L’obsession de Brzezinski pendant toute sa vie a été qu’aucun des compétiteurs des États-Unis ne devrait pouvoir émerger. Imaginez-le en train de mourir contemplant le cauchemar ultime en cours : une alliance pan-eurasienne Russie-Chine.

Le scénario moins désastreux dans ce cas serait de séduire soit Moscou, soit Pékin, pour en faire un partenaire américain, en se basant sur celui qui représenterait une «menace» moindre dans le futur. Brzezinski s’était concentré sur la Russie comme la menace immédiate et la Chine comme menace à long terme.

Ainsi, l’obsession de l’état profond américain et de la machine de Clinton en diabolisant tout ce qui touchait à la Russie – tel un néo-maccarthysme infantile sous stéroïdes. Inévitablement, le résultat immédiat de ce trou noir géopolitique a été l’avance encore plus rapide de la Chine sur tous les fronts.

Sans oublier que le partenariat stratégique Russie-Chine se renforçait chaque jour – un écho étrange de la ligne du capitaine Willard dans Apocalypse Now de Coppola ; « Je m’affaiblis à chaque minute que je passe dans cette pièce, et chaque minute que Charlie passe à se tapir dans la brousse le renforce ».

Et pourtant, Charlie n’est pas tapi; il  est en train de conquérir par le commerce et l’investissement. Et il n’est pas dans la brousse, il est partout dans les plaines eurasiatiques.

Un bouquet hobbesien

L’autre dalang (gourou) américain, Henry Kissinger, est toujours en vie, à 94 ans. Conseiller du président Trump avant son investiture en janvier et se considérant comme l’éminence suprême en ce qui concerne la Chine, il a suggéré qu’il faut courtiser la Russie.

C’est alors que tombe l’argument décisif. En identifiant clairement l’alliance Russie-Chine-Iran comme la clé de l’intégration eurasiatique, Kissinger dévoile ses vraies couleurs; c’est le maillon le plus faible – l’Iran – qu’il faudrait neutraliser.

Ainsi, sa récente proclamation/avertissement concernant un «empire radical iranien» qui se développe/s’étend de Téhéran à Beyrouth alors que le «vide» laissé par Daech est rempli par les Perses.

Et ici, nous avons Kissinger encore une fois comme le guerrier impénitent de la guerre froide qu’il a toujours été ; sortir du communisme pour entrer dans le Khomeinisme comme étant le «mal» suprême. Et puisse le Seigneur se complaire dans les louanges de la matrice wahhabite des facilitateurs du djihadisme; la Maison des Saoud.

La recette kissingerienne ressemble à de la musique pour l’état profond américain; Daech ne doit pas être défait, il doit être «réaligné» comme outil contre l’Iran.

Qui se soucie que la notion d’un «empire radical iranien» en soi ne soit même pas considérée comme une blague? Le Liban est multiculturel. La Syrie continuera à être gouvernée par le parti laïc Baath. L’Irak rejette le Khomeinisme – avec l’Ayatollah Sistani, dont l’influence est considérable, qui privilégie le système parlementaire.

Le « 4 + 1″ – soutenu par la Chine – a forgé une alliance sérieuse dans le feu de la guerre syrienne. Un décret de Kissinger ne changera rien à tout cela. Pour ce qui est du «remplissage du vide», l’alternative est Daech et Jabhat al-Nusra, alias al-Qaïda en Syrie. « Mais attendez! » – disent les néo-libéraux/néolibéraux du Parti de la guerre. « C’est super ! »

Et cela nous rapproche pleinement de l’hypothèse de travail initiale. Il ne sera pas permis à Daech de mourir – tant que la réorganisation géopolitique de ce que le Dr Zbig appelait les «Balkans eurasiens» refusera de mourir.

L’EI-Khorasan, ou EI-K – qui se regroupe en Afghanistan – peut être très utile pour faire des ravages à l’intersection de l’Asie centrale et de l’Asie du Sud, si proche des principaux couloirs de développement BRI.

Cependant, Moscou et Pékin savent exactement ce qui se passe. Le faux Califat a été utile dans le but de briser BRI à travers le « Syraq », tout comme Maïdan en Ukraine a été utile pour rompre l’EAEU. D’autres fronts de cette guerre suivront: des Philippines au Venezuela, tous destinés à perturber les projets d’intégration régionale dans le cadre d’une stratégie de Diviser pour Régner des satrapes américains manipulés dans des poussées hobbesiennes asymétriques.

Seize ans après le 11 septembre, le nom du jeu n’est plus GWOT (Global War on Terror); C’est comment, sous la couverture de GWOT, gêner l’expansion géostratégique des personnes qui comptent; « les partenaires compétiteurs » la Russie et la Chine.

Pepe Escobar

Article original en anglais : Why Jihadism Won’t Be Allowed to Die, Sputnik News, 31 août 2017

Traduction : Réseau international

Copyright Pepe Escobar, Sputnick news, 2017

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