
Pendant dix ans, les fouilles autour de Hamar ne livraient rien. C'est un radar pointé vers le sol qui a finalement localisé la cité médiévale perdue, exactement là où un manuscrit du XVIe siècle l'avait placée.
Un champ banal, une cathédrale en ruine et un manuscrit vieux de cinq cents ans ont longtemps orienté les recherches vers un même point. Durant près de dix ans, les archéologues norvégiens n’ont trouvé ni murs, ni fondations, ni traces évidentes d’une ville. L’hypothèse s’est alors imposée peu à peu. Hamarkaupangen aurait pu rester un simple nom écrit dans un texte, sans preuve de son existence.
Une légende vieille de cinq siècles comme seul point de départ
Les archéologues ont sondé le terrain autour de la cathédrale de Hamar pendant près d'une décennie, sans rien trouver de probant. Chaque campagne livrait les mêmes fragments épars en surface. Des artefacts sans contexte, insuffisants pour conclure à quoi que ce soit. Dès lors, le doute s'installait, et certains chercheurs envisageaient que Hamarkaupangen n'ait jamais été qu'un simple comptoir saisonnier.
Le seul fil conducteur restait un texte du XVIe siècle, les Chroniques de Hamar, qui situaient la ville à l'est de la cathédrale et du château épiscopal. Un document rédigé bien après les faits, dont la précision géographique ne semblait garantir rien de solide. Pourtant, personne ne disposait d'une meilleure piste. L'équipe revenait ainsi toujours au même périmètre, avec les mêmes outils traditionnels.
Hamarkaupangen occupe par ailleurs une place singulière dans l'histoire urbaine du pays. Parmi les huit villes médiévales documentées en Norvège, c'est la seule construite à l'intérieur des terres, loin des fjords et des axes maritimes qui structuraient alors les échanges commerciaux. Sa fondation remonte au milieu du XIᵉ siècle, pendant la période de christianisation du royaume. Son abandon reste, à ce jour, inexpliqué.
Le géoradar révèle ce que les fouilles classiques n'avaient jamais trouvé
En 2023, l'équipe change donc de méthode. Les spécialistes Monica Kristiansen, Jani Causevic et Ole Fredrik Unhammer déploient un système de géoradar motorisé à seize canaux sur le terrain de Kringkastingsjordet. L'équipement vient de l'entreprise Guideline Geo. La technologie envoie des impulsions électromagnétiques dans le sol, analyse les signaux réfléchis et cartographie les vestiges souterrains sans creuser. Le NIKU précise que l'intégralité du relevé s'est déroulée en une seule journée. L'interprétation des données a nécessité plusieurs semaines.
Le géoradar révèle ainsi sous le site une organisation caractéristique des villes médiévales norvégiennes, avec des regroupements de bâtiments, des ruelles étroites et des alignements de rues. Plusieurs constructions montrent des détails suggérant des habitations à deux pièces avec des foyers d'angle. Comme le rapporte Popular Mechanics, ces données correspondent point par point à ce que les Chroniques de Hamar décrivaient cinq siècles plus tôt.
Or ce même équipement avait déjà permis, en 2018, de localiser le bateau viking de Gjellestad dans l'Ostfold norvégien. Une preuve supplémentaire de sa capacité à détecter des structures organiques enfouies depuis des siècles. À Hamar, les conditions s'avéraient toutefois particulièrement délicates, avec une couche épaisse de pierres de cuisson en surface qui compliquait l'interprétation des données.
Sous les pierres, les premiers vestiges d'une cité médiévale perdue
En juin 2025, l'équipe lance une fouille de vérification sur une zone de seulement quatre mètres carrés. Sous une couche de pierres atteignant par endroits un mètre d'épaisseur, les chercheurs mettent au jour des rondins de bois et des planchers qui correspondent exactement aux constructions identifiées par le radar. La profondeur des vestiges est d'environ soixante-dix centimètres. La maison dégagée présente une construction en plusieurs phases, ce qui indique une occupation durable plutôt qu'une installation provisoire.
Les chercheurs ont ensuite envoyé les échantillons de bois à l'université d'Uppsala pour une datation au carbone 14. Les résultats permettront de préciser la période exacte de construction et de confirmer l'hypothèse d'une fondation au XIe siècle. Les chercheurs soulignent par ailleurs que la bonne conservation du bois était loin d'être acquise, les matériaux organiques se dégradant généralement mal dans ce type de sol minéralisé.
D'autres bâtiments, des passages, des tracés de rues attendent encore sous la parcelle. La recherche de la cheminée, premier élément qui confirmera la fonction domestique de la structure, est déjà en cours. L'équipe estime que les données géophysiques couvrent une superficie suffisante pour reconstituer le plan général de la ville. Les édifices les mieux préservés, identifiés au radar, seront fouillés en premier.
Auriane Polge - 01 Avril 2026 - Science & Vie