Résistance Identitaire Européenne

haec est terra nostra

Les origines de Carnaval

carnaval fete des fous

Tu es sympa ! Tu es obligatoirement un type sympa ! Puisque tu t'intéresses au Carnaval en général et à celui de Sarreguemines en particulier, c'est que tu aimes rire et t'amuser.

Oh excuse moi: je te tutoie! C'est déjà une des particularités du Carnaval de Sarreguemines, j'y reviendrai.

Comme tu es curieux, je vais essayer de t'expliquer les origines et les particularités de cette fête. Il n'est pas certain que je réussisse cette gageure, car il existe tant de versions différentes, que j'y perds mon latin. Je retiendrai celle qui me convient le mieux, la plus logique: la mienne. Et comme Carnaval, c'est le monde à l'envers, j'en profite : directement je plonge dans le vif du sujet.

A travers la nombreuse documentation que j'ai consultée, j'ai relevé certains textes et citations qui m'ont semblé définir très bien ce phénomène.

« Le monde est plein de fous. Et qui n 'en veut pas voir, doit se tenir tout seul et casser son miroir ». Cette petite phrase insolente est extraite d'un texte de Mgr Thillot, consacré (au XVIII ème siècle) à la Fête des Fous (c'était ainsi que l'on nommait Carnaval dans l'ancien temps).

Te voici éclairé! Tu peux considérer les corsos comme des divertissements rétrogrades; tu peux être allergique aux mouvements de foules et aux confettis, mais tu ne peux nier qu'en tout homme sommeille un bouffon, ... ni qu'en toi même, le dit « bouffon » rêve souvent de briser ses chaînes.

Carnaval n'ose avouer son âge. Il vient de la nuit des temps et porte en lui toutes les obsessions de l'humanité. Il a récolté en chemin les rîtes des fêtes hivernales célébrées par les peuples anciens, qui appelaient le soutien des dieux du Soleil et de la Fécondité.

« Le monde n'est qu'une farce. Déjà au paradis terrestre Satan s'est déguisé pour mieux séduire Eve! Le voilà, le premier Carnaval, à l'ombre du Bien et du Mal. L'humanité entière en découle ».

Au trois ème millénaire avant J.C., des briques, datant du grand prêtre Roi de Babylone Guda de Sirgulla, évoquent une période de sept jours au cours de laquelle la joie et l'exubérance régnaient. Les câlins et les beuveries s'exerçaient sans retenue. Pendant ces jours de grande licence, la vie normale s'interrompait, l'esclave prenait la place de sa maîtresse et marchait à coté de son maître.

En Grèce, 2000 ans avant Jésus Christ, les pasteurs convulsionnaires choisissaient le quinzième jour d'avant les calandes (15 février) pour purifier le sol, les bêtes, et les hommes, dans l'espoir d'un printemps prospère. Ils immolaient une chèvre, découpaient la peau en fines lanières sanglantes avec lesquelles ils fouettaient « les pêcheurs » qui réclamaient la rémission de leurs fautes. Pour cette sarabande démoniaque qu'ils menaient de cité en cité, les prêtres courraient nus parmi les garrigues et les cistes du Péloponnèse et fouettaient à tour de bras.

Cette coutume tragi-burlesque fut exportée en Italie par Evrandus, chef d'Arcadie vers 1500 avJC. C'est lui qui perpétua ces fêtes à Rome où elles prirent le nom de Fébruales et Lupercales.

Dans le but de plaire au peuple, Evrandus démocratisa ce rite en distribuant de telles lanières aux citoyens. Dès lors, les pasteurs perdirent leurs privilèges de « purificateurs ». Tout le monde fouettait tout un chacun sous de fallacieux prétextes. Progressivement, la cérémonie perdit son caractère sacré et purificateur pour n'être plus que licencieuse et populaire.

En ce temps là, on célébrait la fête de la lumière par des lancers de disques chauffés à blanc, des roues enflammées, et des immenses bûchers éclairant les nuits (rites qui perdurent de nos jours dans certaines régions).

Le christianisme tenta bien d'enrayer ces effusions païennes. Peine perdue, il se brisa les dents sur ce courant furieux qui permettait au peuple de sortir de ses gonds et de se défouler, une fois par an.

Le Moyen Age, héritant des orgies des anciennes « Saturnales », institua « La Fête des Fous » qui devint l'exutoire des foules. En 1444 devant la faculté de Théologie de Paris, un ardent défenseur de cette fête déclara solennellement: « Nous sommes tous des tonneaux mal joints. Le vin de la sagesse nous ferait éclater s'il se trouvait dans l'incessante fermentation de la piété et de la peur divine. Il faut lui donner de l'air afin qu'il ne se gâte pas. C'est pourquoi nous nous permettons, certains jours, la bouffonnerie, pour ensuite nous remettre avec d'autant plus de zèle au service du Seigneur ».

Depuis le Moyen Age, « La Fête des Fous » avait provoqué de nombreux ravages parmi le clergé. Elle cristallisait, autour d'elle, les délires lubriques et sanglants de toutes les vieilles cérémonies de l'hiver: la fête des innocents qui permettait aux diacres et sous-diacres de parodier la messe dans des gestes obscènes, de se travestir en femmes, de danser dans le choeur de l'Eglise, de manger des viandes, et... de jouer aux dés sur l'autel.

Mais aussi la fête de l'Ane au cours de laquelle on poussait d'authentiques baudets dans les cathédrales pour parodier grossièrement la fuite en Egypte. Parfois on mimait l'animal en chaire. L'assistance scandait de retentissants « Hihan » à la fin du Credo ou du Gloria ! On prêtait de l'humour à Dieu... L'évêché lui-même choisissait parmi ses diacres et sous-diacres, « Les Abbés des Fous » responsables des fêtes carnavalesques. Mais finalement, l'Eglise n'y tint plus. Elle interdit l'accès de ses autels à toute procession païenne.

Les relents d'orgies, les odeurs de victuailles et de cuir brûlé furent donc refoulés sur les parvis, mais le Carnaval n'en fut pas assaini pour autant.

Pendant longtemps il fut épicé de cérémonies macabres. Celles-ci connaissaient leur apothéose endiablée lorsque le peuple arrivait à se saisir des membres d'un condamné, arrachés au bourreau et à les promener à travers les ruelles. Les malandrins en profitaient pour régler leurs comptes dans la cohue. La justice, mettant la clé sous la porte, consistait en exécutions capitales sur les places des villages. On retrouvait des seigneurs assassinés sur le champ de leurs ripailles.

Ne pouvant les combattre, l'Eglise récupéra les fêtes païennes qu'elle adapta très précisément à son calendrier liturgique (avant les rigueurs du Carême). On les rebaptisa « Carne Levare Levamen ». Elles se déroulaient en février, dernier mois de l'année du calendrier romain.

Au mardi gras, on mangeait pour la dernière fois de la cuisine grasse, avant d'entrer dans la « quadragesima » Carême, période de 40 jours où l'on mangeait « maigre ».

Témoins de ces temps anciens, nos églises et cathédrales présentent, encore de nos jours, nombre de ces figures grotesques taillées dans la pierre ou sculptées dans le bois.

Mais alors que les conciles fulminaient contre les provocations indécentes que les habitants colportaient de maison en maison, certains religieux, à l'abri de leur déguisement, succombaient, de plus en plus nombreux à d'humaines tentations.

En 1667, afin de tenter d'enrayer ces manifestations « impures », Monseigneur Délia Chiesa, évêque de Nice, interdit le port des masques aux prêtres et aux moines sous peine de prison. Plus tard, la Convention supprima et proscrivit les déguisements comme étant « des posquinades » indignes de l'homme. Bonaparte en rétablit la coutume.

A l'origine Carnaval n'était pas une fête, mais un rituel.

La date de sa célébration, qui change d'année en année, dérive de l'antique tradition qui découpe le temps en lunaisons. Il existe une théorie où sont mises en jeu des périodes d’ « une lunaison et demi », donc des périodes de 40 jours: c'est le temps qui sépare Carnaval de Pâques.

Ainsi, la période qui va de l'Epiphanie au mercredi des Cendres unit étroitement le sacré et le profane. Car si l'idée du Carême était, dans l'Eglise des premiers siècles, de se préparer à la fête de Pâques, le Carnaval permettait aux gens de vivre des réjouissances issues des anciennes fêtes d'hiver.

Pour les anciens, l'année débutait en mars, mois du renouveau de la nature et du réveil de la terre. Or, avant toute nouvelle création, le monde doit retourner au chaos originel pour se ressourcer. Ce chaos était représenté par le Carnaval, au cours duquel un pauvre d'esprit était élu roi et revêtait des ornements royaux.

Né en Europe, le Carnaval est propre aux peuples latins, germaniques et nordiques. Il s'installe avec d'autres fêtes chrétiennes au début du Moyen-Age.

Ce besoin de changer de peau et d'emploi, de routine et de physionomie, cette nécessité de rompre avec notre quotidien, le travesti carnavalesque en exprime la force avec outrance !

En extrapolant à peine, on peut estimer que c'est cette envie de mutation individuelle ou sociale qui pousse aujourd'hui le notable Belge à se promener en clochard, la blanchisseuse de la Forêt Noire à se métamorphoser en sorcière ....

Mais les rites du Mardi-gras sont infiniment plus complexes que cela. Le Carnaval c'est le monde à l'envers. Pendant trois jours, la grande marmite de l'ordre bascule et nous donne des spectacles dignes de la toile peinte en 1590 par Pieter Brueghel.

Cela peut s'expliquer facilement: plus une société est strictement disciplinée, plus il lui faut une soupape de sécurité. Le président Mao a très bien résumé cela en écrivant : « laisse toujours une porte ouverte à ton adversaire ». Cette porte ouverte c'était, pour l'Eglise et le Pouvoir, le Carnaval. C'est dans ce but, et pour cette raison que le Carnaval s'est, dans son principe, maintenu à travers les millénaires et n'a trouvé son ennemi mortel qu'en la démocratie.

On peut ajouter que le Carnaval, contrairement à d'autres, est une fête urbaine. Les défilés se déroulent dans les rues et sur les places publiques.

Les participants font du bruit, de la musique, ils chantent. Carnaval est une forme de contestation, même si celle-ci s'exprime par la dérision.

Carnaval est l'expression du désordre, mais il se déroule dans un milieu organisé: la ville. L'ordre et le désordre peuvent alors être perçus comme indissociables, et laisser le second s'exprimer peut être le meilleur moyen de le limiter et de le maîtriser.

Sources :Edgard Bund-Carnaval, le monde à l’envers-Les éditions de l’officine-2009

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LE SENS PAÏEN DE NOS FETES

lapin sourciere

I ntroduction

Le présent exposé n'a pas pour but d'expliquer dans tous les détails les diverses fêtes européennes. Les coutumes et traditions varient et ont varié non seulement dans le temps mais également de région à région. Chaque fête pourrait d'ailleurs faire l'objetd'une conféren­ce. Mon but est de montrer le sens général européen et païen des fêtes qui jalonnent notre calendrier. Pour beaucoup de gens, ces fêtes sont chrétiennes ou parfois laïques. En réalité, il n'en est rien. Les chrétiens, et après les laïcs, ont substitué ou essayé de substituer un sens chrétien à des fêtes éminemment liées à notre religiosité européenne qui n'a rien à voir avec les croyances des peuples du désert…

L'exposé suivra un ordre chronologique.

Chandeleur (2février)

Pour l'Eglise chrétienne, il s'agit de la fête de la Purification de la Vierge et de la Présentation de Jésus au Temple. Dans la tradition populaire, Chandeleur vient du latin festa candelarum (fête des chan­delles).

Explication chrétienne : on bénissait à cette date les chandelles dans les églises.

Explication païenne : il s'agit d'une fête de la lumière. Au début février, on est à un mois du cycle de Noël/Jul, on commence à voir l'allongement des jours. Les lumières de la Chandeleur marquent ce retour du jour. Les Celtes célébraient à cette époque la germination et la levée des graines.

Saint-Valentin (14 février)

Le 14 février correspond à l'ancienne fête romaine des Lupercales en l'honneur du dieu Faunus (particulièrement actif sexuellement). Faunus avait à Rome une grotte consacrée "lupercales". Suivant la légende c'est là que la louve avait allaité Romulus et Remus. A cette époque, les Luperques (pontifes) vêtus de peaux de chèvre, faisaient le tour du Palatin et flagellaient, avec des lanières tail­lées en peau de bouc, les femmes pour les rendre fécondes.

Dans la France d'antan, les godelureaux et les jouvencelles déposaient dans une urne un bulletin avec leurs noms. Les noms étaient tirés au sort par un couple et les jeunes gens se trouvaient liés symbolique­ment pour un an. Le jeune homme était le chevalier servant de la jouvencelle ...

D'où vient le nom de Valentin ? Saint Valentin était un évêque de Terni qui aurait été décapité le 14 février. L'Eglise scandalisée par l'aspect grivois de la coutume susmentionnée l'a remplacée par quelque chose de plus austère : on tirait de l'urne un nom de saint doublé de maximes chrétiennes sur lesquelles on pouvait méditer (sic)...

Carnaval

Le mot vient de carne levare : ôter la viande.

C'est la période où on enlève, on cesse de manger de la viande (Carême). En allemand le mot est "Fashing" qui vient de Faseln :Croître.

En réalité le carnaval contient deux aspects fondamentaux :

1. C'est la fête annonciatrice du printemps : l'hiver est brûlé symboliquement;

2. C'est une fête exutoire : on se libère du collectif refoulé. En allemand on utilise l'expression sich ausleben (se vivre dehors).

Les premiers rites du carnaval représentent un simulacre de combat, L’hiver, le passé contre le printemps, le futur.

L'hiver était souvent représenté par un mannequin qui était brûlé. Ensuite avait lieu la « réception du printemps » qui était symbolisée soit par un autre mannequin, soit par une joliefille. La messagère du printemps.

Cette messagère correspond au thème de la fiancée du soleil qui attend tout l'hiver son héros (tradition indo-européenne).

Ce héros solaire arrive auprès de sa fiancée, après avoir franchi des obstacles, et la réveille d'un long sommeil (comme la nature est réveillée après le long sommeil de l'hiver). C'est le thème de la Belle au Bois dormant.

Le sens a ensuite glissé : on ne brûlait plus l'hiver, mais le carna­val lui-même. Cette exécution n'annonce plus le printemps mais le carême. On est passé de l'idée de bannissement de la mort à celle de bannissement de la vie : fais provision de bombance, car bientôt c'est fini de rire !

Les masques et les déguisements représentent le souvenir de cette grande mascarade qui représentait le bannissement de l'hiver. Il s'agit en même temps d'une dérision systématique de l'ordre social. Ce n'est cependant pas le désordre social, mais un exutoire qui permet de rendre l'ordre social plus supportable, de se libérer des tensions.

Pâques

La fête de Pâques coïncide plus ou moins avec l'équinoxe de printemps. C'est la fête de l'éternel retour du printemps : la vie renaît, une nouvelle ardeur saisit la nature. Pour le christianisme qui a horreur de la nature, on remplace la résurrection de la nature par la résurrection du Christ !

Pâques dérive de l'hébreu « pesach » qui signifie passage. En allemand c'est Ostern, en anglais Easter. Suivant Bede le vénérable, ce mot dériverait du nom d'une déesse germanique : Ostara.

Certains auteurs doutent cependant car on ne trouve pas d'autres traces de cette déesse. Il s'agit peut-être d'unqualificatifpluriel désignant plusieurs dieux comme les Parques, les Muses, les Grâces, les Walkyries etc. ...

Pâques est fixée le premier dimanche après la pleine lune qui a lieu, soit le jour de l'équinoxe de printemps (le 21 mars), soit aussitôt après cette date.

La coutume des rameaux rattachée à l'entrée de Jésus à Jérusalem se superpose à l'ancienne coutume païenne des coups donnés avec des branches de verdure au bétail pour favoriser sa fécondité.

Les oeufs de Pâques symbolisent la renaissance de la nature.

Dans l'Antiquité préchrétienne, l'oeuf a un sens mystique relatif à l'ori­gine du monde. Après la christianisation, on a fait de l'oeuf le symbole de la résurrection annuelle (sic) du Christ.

Au Moyen-âge, il y avait de nombreuses fêtes de l'Oeuf. En Angleterre, l'évêque apportait un oeuf dur à l'église. Lors des chants, il le lançait aux choristes qui le rattrapaient et se le renvoyaient pendant la durée du chant. A la cour de Louis XIV, les oeufs de Pâques étaient accom­pagnés de poèmes libertins.

La coutume des cloches de Pâques vient d'Alsace et du Palatinat. Les cloches des églises partent à Rome chercher des oeufs de Pâques. Cela venait du fait qu'on ne sonnait plusles cloches les jours précédents Pâques.

Dans les traditions européennes, ce ne sont pas toujours les cloches qui apportent les oeufs. C'est parfois le renard, la cigogne, le coq, la poule, mais surtout le lièvre ou le lapin.

Ce lièvre on le retrouve en chocolat dans les boulangeries. Le lièvre est en relation étroite avec la lune. La lune est liée à la fécondité. Le cycle de lune est d'ailleurs le même que le cycle menstruel de la femme. Dans la tradition germanique, le lièvre est également celui qui montre le chemin, c'est un animal de transition (cf. Alice au Pays des Merveilles). Il assure la transition entre le monde des hommes et le monde des dieux.

Dans de nombreuses traditions, le lièvre pond des oeufs. Il y a un rapport lune-lièvre-fécondité. Le rapport du lièvre et du lapin avec la fertilité et la sexualité se retrouve dans de nombreuses expressions populaires à caractère libertin : en français : le « chaud lapin », en allemand « rammeln » qui signifie s'accoupler, être en rut et qui s'applique aux lièvres et aux humains dans l'argot populaire. Animal lié à la sexualité, l'Eglise a déclaré la guerre aux lapins. Il devient emblème du péché. En 751, Saint Boniface décrète l'inter­diction de manger du lièvre à Pâques. Cette interdiction sera renou­velée par -le pape Zacharie, mais elle ne sera pas suivie par la popu­lation.

Nuit des Walpurgis (30 avril au 1er mai)

Dans l'ancienne Germanie, on croyait que les dieux et les déesses de la fécondité se répandaient dans la nature à cette époque. Lorsque les fêtes païennes du printemps furent interdites par l'Eglise chré­tienne, des hommes et des femmes fidèles à leur ancienne foi conti­nuaient à célébrer leur culte en cachette, la nuit dans les forêts ou au sommet des montagnes.

C'était particulièrement le cas lors de cette nuit du 30 avril au 1er mai. L'Eglise va alors discréditer ces gens : dans la tradition chrétienne, la nuit des Walpurgis devient la nuit pendant laquelle les sorcières tiennent leur sabbat ! Ces sorcières étaient en réalité des païens assimilés à de demi-démons. En allemand, Hexe (sorcière) vient de Hagalfrau (femme sage). Les sorcières, femmes au courant des anciennes traditions, vont être atrocement persécutées par les chrétiens.

Walpurgis était une missionnaire anglaise fêtée au début le 25 février puis la fête fut déplacée pour supplanter les fêtes païennes.

Comment la population assimila-t-elle cette fête d'une évangélisatrice à l'ancien festival païen ?

-  soit les attributs de Walpurgis étaient les mêmes que ceux des anciennes divinités.

-  soit il s'agissait d'une sorte «d 'antidote » pour protéger de la sorcellerie.

Fête du Mai

Mai vient du latin majus, mois de la déesse Maia qui correspondrait à Feya. Dans l'Europe païenne, ce mois marquait la victoire du prin­temps sur l'hiver. Le 1er mai, avaient lieu de nombreux rites repris aujourd'hui par les sociaux-démocrates (fête du Travail depuis 1889).

Chez les Celtes, c'était la fête de Beltaine. On célébrait le dieu Lug lors de grandes assemblées druidiques. L'arbre de mai est l'équi­valent du sapin de Noël. C'est une coutume très ancienne qui plonge ses racines dans la nuit des temps du paganisme européen. En 1225, un prêtre fanatique abattit un arbre de mai autour duquel le peuple dansait. Le peuple résista et planta un autre arbre encore plus haut ... L'arbre est coupé dans la nuit du 30 avril. Il est dépouillé de son feuillage à l'exception du faîte. Ensuite il est planté au centre du village. Tout autour avaient lieu des chants et des danses. Significativement, les Arbres de mai furent interdits en Angleterre et au pays de Galle par les puritains en 1644 ...

Dans la tradition on déconseillait les mariages pendant le mois de mai. Vraisemblablement parce que c'était le mois de la séparation entre l'hiver et l'été et par analogie le mois de la dissociation des contraires ...

Solstice d'été (21 juin)

Situé entre les semailles et les récoltes, le solstice d'été est la contrepartie estivale du Jul. C'est la fête de la journée la plus longue, pour les chrétiens : la Saint-Jean.

Les feux de joie se répondent de colline en colline, feux qui sont en corrélation avec la chaleur du soleil. C'est aussi une fête de la fécondité : les fiancés sautent au-dessus du feu; des roues enflammées dévalent les pentes des collines, et parcourent les champs : elles symbolisent le soleil fécon­dant les sillons. La fête du solstice d'été est typiquement indo­européenne.

Coutumes des moissons

A la fin août, de grandes fêtes célèbrent (encore actuellement dans les campagnes) la fin de la moisson. Au cours de ces fêtes on dansait beaucoup. Ces danses avaient deux buts :

-  remercier le dieu de la fécondité (ensuite un saint chrétien) de la bonne récolte.

-  fêter la fin du dur labeur.

Une coutume consistait à laisser dans le champ une gerbe pour le dieu ou le saint. Jusqu'au XVIIième siècle, cette gerbe était encore dédiée à Wotan/Odin


Samhain (1er novembre)

Chez les Celtes, la fête du Samhain était une des plus importantes de l'année celtique. Des bûchers étaient allumés sur les collines en l'honneur de l'uniond'un dieu avec la déesse des enfers Morrigu.

On disait qu'à cette époque le monde des vivants entrait en communication avec le monde des morts. Les morts revenaient dans leurs anciennes demeures pour s'y réchauffer et s'y alimenter. C'était un temps de grand danger et de vulnérabilité spirituelle. Des rites importants à caractère divinatoire et magique avaient pour but de conjurer le mauvais sort.

La toussaint (fête de tous les saints) chrétienne était célébrée à l'origine le 13 mai. En 835, elle fut transférée le 1er novembre afin de supplanter le Samhain.

Saint-Nicolas (6 décembre)

Cette fête prend place dans le cycle de Noël/Jul. C'est à l'époque où on abattait le porc. Ce porc se retrouve encore en massepain dans les boulangeries.

C'est également la fête des enfants où Saint-Nicolas joue un rôle de gratification/sanction. Saint-Nicolas est l'héritier d'un ensemble de croyances païennes liées à la fertilité. En suisse, Saint-Nicolas passe pour être lié à Sainte-Lucie déesse de la végéta­tion. Les verges du père Fouettard trouvent leur origine dans les rameaux de fécondité. Saint-Nicolas (cousin du Père NOËL) fait aussi penser au dieu Wotan/Odin. L'âne serait une dégénérescence de Sleipnir, le cheval à huit pattes d'Odin.

Noël-Jul

C'est la fête indo-européenne du solstice d'hiver. Chez les Germains, Jul c'est plus que le 25 décembre : c'est l'époque qui va de fin no­vembre à début janvier. Jul signifie roue. C'est en effet à ce mo­ment que l'année tourne, bascule. En allemand, Noël c'est Weinachten. Le mot est au pluriel car il désigne les 12 nuits sacrées (du 25 décembre au 6 janvier). Suivant la tradition germanique, Wotan(Odin) parcourt les bois et les champs avec son armée de morts pendant ces 12 nuits. Les Slaves ont une tradition comparable.

Wotan rassemble ses guerriers et les entraîne à la rencontre des démons. Le dieu veille au déchaînement des forces et à l'ordre du monde. Il attire sur lui les puissances chtoniennes et démoniaques qui rôdent dans la nuit et lorsque les sonnailles de l'armée infernale s'élèvent dans les nuits d'hiver, les hommes savent qu'il est là qui chasse sans fin dans les tempêtes du vieux monde. Alors, rassurés, ils songent aux saisons à venir, à l'année qui commence, aux glaces qui vont fondre, à la fertilité des femmes et des champs.

Ce thème se retrouve dans le mythe de la chasse sauvage. Elle est le plus souvent à la poursuite d'un cerf. Le cerf est dans la tradition européenne un animal sacerdotal, le cheval un animal guerrier et le porc un animal producteur. La personnification de ces animaux se re­trouve dans le langage. Ainsi on parle de pied de porc, de biche etc

La période du Solstice d’hivers c’est la grande pause créatrice : on ne travaille pas. Tout ce qui tourne s’arrête. C’est la paix de Jul, la Julfriede. Les chrétiens l’ont reprise en instaurent la trêve de Noël. On trouve une première mention de l'arbre de Noël à la fin du XV° siècle en Alsace. Il va se répandre progressivement en Allemagne, en Autriche, en France, en Belgique etc ... L'origine remonte vraisem­blablement à la nuit des temps païens.

L'arbre est important dans la religiosité indo-européenne.

Ainsi, selon la mythologie nordique un arbre puissant serait à l'ori­gine de la vie. Ses racines embrassent la terre et ses rameaux sup­portent la voûte céleste : c'est Yggdrasill le frêne du monde. L'Eglise va réagir contre le sapin de Noël. En 1933, 1'Osservatore romano (journal du Vatican) le considère, avec raison d'ailleurs, comme une coutume païenne.

Le Père Noël a une origine incontestablement païenne. Pour certains, il s'agirait du dieu celte solaire BELEN, pour d'autres de Wotan. Les rennes font penser à Sleipnir, le cheval à huit pattes d'Odin/Wotan.

La distribution de cadeaux renverrait à un ancien rite de fertilité et de fécondité.

Les prêtres n’aiment pas le Père noël, en 1952, ils ont organisé sa pendaison symbolique à Nancy. Mais il continue plus que jamais à vivre.



La naissance du crucifié n'était pas fêtée à l'origine par les chrétiens. En 375, elle fut fixée au 25 décembre pour supplanter la fête romaine du dieu solaire MITARA.

Débarrassons-nous des fadaises chrétiennes et revivons le sens réel et païen de nos fêtes.

Le 27 février 1987

Roland VAN HERTENDAELE

Adresse de contact :

CERCLE   COPERNIC

B.P. 613 - Centre Monnaie 1000 Bruxelles

 

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Du paganisme aux traditions populaires

 

Du paganisme aux traditions populaires

 

Dans la vision assez naïve d'un progrès constant de l'humanité guidée par les lumières de la raison, en 1755 l'Académie des inscriptions mettait au concours le sujet suivant : « En quel temps et par quels moyens le paga­nisme a-t-il été éteint dans les Gaules ? » C'était poser tout le problème de l'affrontement du christianisme et des vieilles religions rurales ainsi que des persistances de ce paganisme à travers les traditions populaires.

 

 

buisson

 

 

Le paganisme rural                   

 

Lorsque, au IVe siècle de notre ère, le christianisme accède au statut de religion tolérée, puis bientôt reconnue et protégée par l'Etat romain, l'évangélisation ne s'est réelle­ment développée que dans les centres urbains. Les milieux ruraux commencent seulement à être ça et là effleurés par la mission chrétienne qui se propagera surtout au cours des siècles suivants. Cette imperméabilité des campagnes à l'influence chrétienne se marque jusque dans le vocabu­laire : le mot paganus, qui signifiait à l'origine « étranger à un milieu social particulier » (un civil pour les militaires, par exemple), prend alors un sens religieux et désigne celui qui est étranger à la communauté chrétienne. Or c'est ce même mot qui a donné naissance à notre mot paysan : celui qui habite le pagus, c'est-à-dire le village rural, est considéré comme un paganus, un païen hors de l'Eglise. De fait, il existe une différence très profonde entre la foi chrétienne, qui élabore de profondes et subtiles spéculations sur la théologie trinitaire, et les croyances de ces paysans de l’Occident romain : religion savante, spirituelle, prônant une nécessaire ascèse dans un monde considéré comme transitoire, le christianisme n'a vraiment rien de commun avec les préoccupations religieuses de ces ruraux.

 

Mais une telle différence ne résulte pas d'une pratique des cultes rendus aux dieux gréco-romains qui se seraient mieux conservés dans les campagnes. Ce qui y survit, ce n’est pas la religion païenne classique, déjà morte dans les villes,  mais  une  religion   bien  plus  ancienne.   Tous   les documents  révèlent   clairement   l'aspect  fondamental   de cette religiosité populaire de nos campagnes d'Occident, à voir une extraordinaire lenteur à se laisser pénétrer par de nouvelles formes de croyances et de rites, manifestant au contraire une tenace fidélité à des dévotions envers des puissances « naturelles » ainsi qu'à des pratiques magiques ans une simplicité, voire même parfois une indigence d'expression  rituelle,  persistent  des  attitudes  religieuses collectives  invariablement  reproduites  depuis   les temps néolithiques et qui témoignent de l'existence d'un sacré perçu par l'homme à travers les hiérophanies naturelles : l’eau,  l'arbre,  la pierre,  le  soleil,  la  lune.   Malgré certaines variantes locales, l'essentiel se retrouve, partout identique, dans des pratiques destinées à apaiser et à se concilier les puissances cachées qui dominent le monde, les forces hostiles d'une nature que l'homme n'est guère encore parvenu à domestiquer. Ainsi s'expliquent ces danses à fonction magique destinées à hâter le passage au temps neuf par une sorte de claudication rituelle liée aux changements saisonniers, et dont le saut en arrière constitue l'un des éléments de la séquence magique; ou ces gémissements de parturientes, poussés par les paysans les soirs de nouvelle lune pour aider à l'accouchement du nouvel astre. Le dossier est abondant de toutes ces techniques destinées à détourner les périls d'un sort contraire, à se concilier l'avenir, à lier le destin d'autrui par l'envoûtement, et qui attestent les désirs d'une population cherchant avant tout dans le religieux le moyen de satisfaire ses besoins maté­riels, de calmer ses inquiétudes psychologiques.

 

On le voit : ce qui, à la fin de l'Antiquité, s'oppose au christianisme urbain, c'est une véritable religion « primi­tive », dont les croyances animistes, fétichistes et les pratiques magiques s'enracinent dans un passé immémorial et continuent de vivre plus ou moins en marge de la civilisation. Car ces païens sont en même temps des barbares.

 

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Or, pour comprendre la forte résistance qu'ils vont opposer à la christianisation, il ne faut pas oublier qu'en Occident, dès l'aube du Ve siècle, la civilisation romaine commence à se dégrader pour s'écrouler bien vite sous l'irrémédiable poussée des invasions germaniques. L'antique paganisme rural va ainsi recevoir une impulsion de la part de ces populations venues des plaines du nord et du centre de l'Europe, et qui s'établissent dans toutes les campagnes d'Occident. Ce n'est qu'une fois passées ces invasions successives que les évêques s'efforce­ront d'évangéliser les campagnes où se sont maintenues les pratiques rituelles et magiques d'un très vieux paganisme. C'est à travers la dénonciation véhémente qu'ils en font dans leurs sermons, comme aussi dans les vies des mission­naires chrétiens, que nous trouvons les témoignages réels et justes de ce paganisme rural dont nous verrons que bien des pratiques subsisteront, parfois jusqu'à l'ère industrielle, par le canal des traditions populaires.

 

 Les visages païens du temps

 

Comme toute religion archaïque, ce paganisme rural affecte les grandes catégories par lesquelles l'homme se situe dans le monde. Et d'abord le temps, qui est la vie même de l'homme.

 

 Appellation des jours.

 

L'un des thèmes qui revient le plus fréquemment dans la critique chrétienne de ces pratiques païennes est celui de l'appellation des jours par des noms de divinités. Les évêques expliquent, en vain, qu'il s'agit là d'un sacrilège puisque c'est Dieu seul qui a créé la semaine, en créant la lumière dont le retour régulier a marqué la succession des œuvres au commencement du monde. Dès le deuxième siècle, l'Eglise avait en effet vivement souhaité que les chrétiens remplacent, dans la dénomination des jours de la semaine, les noms des dieux par l'usage du mot liturgique feria précédé de l'adjectif ordinal. Or, sauf en Galice, partout ailleurs en Occident, l'Eglise a échoué devant le caractère populaire, profondément enraciné dans les habitudes collectives, de la désigna­tion des jours de la semaine. Nous continuons encore à les appeler, selon l'habitude romaine ou germanique, du nom des anciens dieux, sauf en portugais, seule langue romane qui désigne les jours de la semaine par le mot feira. D'autres pratiques relatives au temps quotidien témoignent de la résistance du monde rural à la législation officielle comme aux usages chrétiens : durant longtemps, c'est le jour de Jupiter, le jeudi, que l'on observa le repos hebdomadaire, et non le jour du Seigneur, le dimanche, instauré officiellement au IVe siècle ; c'est le vendredi, jour de Vénus, que l'on se mariait, et jamais durant le mois de mai, en raison de l'antique croyance relative au retour des ancêtres, les 9, 11 et 13 mai, parmi le monde des vivants, sous la forme de Lémures.

 

Rites du 1er janvier.

 

De tous les points du monde romain on assiste à partir du IVe siècle à la soudaine montée de pratiques magiques à l'occasion des rites de passage de la nouvelle année, lors de la célébration des Calendes de janvier, marquée par des mascarades qui inaugurent le temps neuf, dans lesquelles chaque rite a une raison fonctionnelle : expulser les forces mauvaises et le temps usé, donner force et vigueur au temps nouveau. Ces rites, attestés par d'innombrables documents et témoi­gnages, sont pratiqués dans tout le monde antique. Suivons-en le déroulement.

 

 

- Les libations et offrandes.

 

La veille du 1er janvier, on garnit la table de tout ce que l'on souhaite posséder durant l'année à venir.

 

  table couronne

 

Pratique augurale fondée sur l'idée qu'en ce jour chargé d'une valeur particulière, parce qu'il est situé à la rencontre de deux temps, une table nue serait le symbole néfaste de la disette, de la famine. En même temps, on pratique sur la bûche du foyer des libations de vin et des offrandes de pain dont la coutume persista dans certaines de nos campagnes occidentales jusqu'au début du XXième siècle. Rite certainement fort ancien, révélant un profond symbolisme du foyer et du feu, et qui explique le refus de donner ce jour-là, du feu aux voisins ou aux voyageurs, en raison d'un tabou destiné à préserver l'intégrité du foyer domestique.

 

- La veillée.

 

Suit une longue veillée où l'on boit, chante et danse, comme lors de nos réveillons. On dormait peu cette dernière nuit de l'année. On était debout dès le chant du coq, pour pratiquer des rites auguraux de bon départ, offrir à chacun les vœux accompagnés de cadeaux,  les strenae (étrennes), échangés dans un véritable potlatch.

 

-        La décoration. 

 

En même temps, on orne les portes des maisons de lauriers, selon un très ancien rite de printemps,
lorsque l'année active débutait en mars, et dans lequel on voyait le symbole d'une vigueur physique renouvelée; de même suspendait-on des lanternes pour réveiller la lumière du soleil.

 

laurier

 

-        Les cortèges.

 

Puis apparaissent dans les rues des cités, parmi les maisons des villages, des cortèges masqués qui déambulent dans un vacarme gesticulant lourd de significa­tions. Car il ne s'agit pas de masques grotesques tels qu'en connaîtront nos carnavals à la fin du Moyen Age, ni de ces masques de théâtre que le monde antique utilisait; encore moins - bien que nul sans doute n'ait alors fait fi d'une telle occasion - de  se  cacher  le  visage  pour  se  livrer plus commodément aux émois de la chasse amoureuse d'un «  bal   masqué  ».   Le   mouvement,   les  sons,   les  danses expulsent en les effrayant les forces mauvaises du temps passé, tout en donnant vigueur au temps neuf.

 

En transgressant les tabous sociaux habituels, les comportements hors de l'ordinaire des jours visent à recréer un tohu-bohu proche du chaos primordial, d'où sortira nécessairement un nouvel ordre, dont le renouvellement du temps est, en ce premier jour de l'année, l'aspect le plus immédiatement sensible. Or ces masques attestent une volonté collective de ne plus être soi, de devenir autre chose que ce que l'on est habituellement. Car ce jour où deux temps se rencontrent est un jour à part, hors de toute norme habituelle : c'est la fête au sens plénier du terme. Pour y participer pleinement, il faut reculer le plus possible les limites du temps vécu, on ne se couche pas, de la fatigue, on s'enivre de vin et de danses, surtout, il faut estomper les limites de sa propre personnalité et devenir autre, dieu, femme ou bête, et, par le port de masques, en imposer la vue à autrui pour s'en mieux persuader soi-même. Tous les témoignages sont explicites et formels : « ils font Jupiter, Hercule, Vénus ou Diane », « ils font le cerf, la bête ou la femme », et, naturellement, celle du plus mauvais genre. Le masque n'est plus ici caricature bouf­fonne, clownerie paillarde, mais, comme dans toutes les sociétés archaïques, dépassement de soi, dans le reniement momentané de sa condition physiologique, psychologique et sociale. Ces mascarades du 1er janvier nous permettent d'atteindre au plus profond de la psychologie collective de ces paysans païens.

 

 hommecerf

 

- Les masques et leur signification.

 

Parmi ces masques, ceux d'animaux, sauvages de préférence, semblent avoir été les plus fréquents : ils sont faits de la peau même de l'animal, portée sur soi afin, sans doute, d'en capter l'énergie vitale. En Gaule comme en Italie, en Espagne comme en Afrique, c'est le cerf qui est le plus fréquemment adopté : résurgence d'un dieu-cerf, paléolithique, dont la figure est déjà gravée sur les rochers du val Camonica, sur les parois de la grotte des Trois-Frères Ariège, sur des gravures sur os conservées au British Muséum et au musée de Saint-Germain-en-Laye. La danse d'un homme travesti en cerf est magique : on « fait » le cerf pour laisser pénétrer en soi un principe de fécondité, de renouveau sexuel, et de richesse, que l'on attribuait au dieu celtique Cernunnos.

 

indien 

 

Mais d'autres masques figurent aussi dans ces cortèges du 1er janvier, et en particulier ceux d'une vieille femme (et non pas d'une vache comme on l'a écrit à la suite d'une erreur de copiste médiéval confondant vetula avec vitula). Ces masques de vieille, comme on les voit encore de nos jours chaque année en Appenzell, symbolisent l'année morte que l'on chasse, que l'on brûle, ainsi qu'on conti­nuera de le faire en Italie du Nord jusqu'aux environs de 1939. D'autres masques de femmes font de ceux qui les portent de véritables travestis : des évêques nous dépei­gnent des soldats, des paysans, qui ce jour ont envahi la ville, revêtus de sous-vêtements féminins et d'une tunique transparente, coiffés d'une perruque, et qui d'une voix aiguë chantent des chansons paillardes et miment des scènes érotiques.

 

Là encore le sacré de transgression est évident : le caractère orgiastique de ce désordre sexuel marque la volonté de retrouver, pour un temps bref, un hermaphrodisme idéal, un changement de condition vécu lors du bref changement du temps, en accomplissant une opération magique de captation d'une énergie qui est normalement étrangère et interdite.

 

« Quel homme sensé, s'écrie Césaire, l'évêque d'Arles, pourrait croire que des hommes raisonnables veuillent ainsi se changer en bête sauvage ? Les uns revêtent la peau d'un animal, d'autres en portent la tête ; ils se réjouissent ainsi couverts de ressembler à la brute et montrent par là qu'ils ont les sentiments de la bête plus encore que son aspect. D'autres se déguisent en femme, efféminent leur virilité en portant des masques de filles : ils ont des faces barbues et veulent avoir l'air de femmes ! »

 

costume

 

II est ainsi frappant de voir la virulence de la critique chrétienne, preuve de l'enracinement de telles coutumes. Les évêques ont beau dénoncer cette folie, cette démence, cette immoralité des mascarades qui sont une perversion d'un ordre voulu par Dieu, rien n'y fait : ces pratiques continuent et dureront longtemps. La fête du temps nouveau permet à l'homme de rejoindre, pour un jour, pour une nuit, les sources de puissance sans abandonner pour autant sa réelle condition humaine, c'est-à-dire sans éprou­ver un sentiment de culpabilité qui serait source de déséquilibres sociaux et de dysharmonie grave. Il n'y parvient que par le port de masques. Cette pratique des mascarades, propres au paganisme de la fin de l'Antiquité, amène une remise en question, limitée dans le temps à la suite d'une connivence sociale, de la société même. Le masque devient le signe apparent d'une différence, sociale, sexuelle, physique, qu'il entend combler, d'une démarca­tion qu'il prétend anéantir. Il fait éclater les structures de la vie quotidienne en affirmant l'obscénité, l'inceste, la transgression des règles communes ; par là il témoigne de la poursuite d'un « jamais atteint », au-delà de la nature humaine. Ainsi, ces divers rites de magie imitative et augurale, ces conduites d'égalisation sociale et de désordre sexuel, ces orgies où toutes les barrières sont pour un temps transgressées, tout cela, qui caractérise la fête du Nouvel An, atteste à quel niveau profond de la pensée et de la sensibilité étaient enracinées ces actions collectives desti­nées à procurer l'abondance et à rendre plus favorable à l'homme le temps qui s'ouvrait à son action.

 

 

Le jour des souris. D'autres pratiques divinatoires tentent de situer l'homme en face de son destin. Non que ces païens aient pratiqué encore l'extraordinaire système mis au point par les Romains, leur permettant à la fois d'interroger les dieux sur leur avenir et de se sentir toujours libres vis-à-vis d'eux. Dans ce monde rural, la divination est toujours marquée par la croyance en un surnaturel qui échappe à l'homme, et qui souvent aboutit à l'irrationnel. Ainsi l'observance, en Espagne comme en Gaule, du jour des souris : les paysans plaçaient, dans une coupelle ou dans une petite boîte, du pain et un lambeau d'étoffe. Si ceux-ci n'étaient pas grignotés par les souris ou rongés par les sauterelles, alors on conservait précieusement ces pré­sages, dans la croyance ferme que l'année serait fructueuse parce que exempte de vermine. Persistance d'un vieux rite romain des Paganalies (Paganalia), où le paysan déposait dans son champ de petits gâteaux ; épargnés, ceux-ci étaient le présage d'une année sans rongeurs. On le voit, il s'agit bien d'un rite de société agraire, accompli après les semailles, dans cette période de mort apparente de la nature qui marque la fin de l'année active ; ce jour des souris est un rite de bon départ, dont la fonction magique consiste à préserver le futur et à le rendre favorable à l'homme.

 

 malin

 

Tous les documents ecclésiastiques condamnent la présence dans les campagnes de devins, d'augures qui prédisent l'avenir à partir du vol des oiseaux, des éternuements, de l'examen des excréments d'animaux, qui dressent des horoscopes et prétendent révéler à l'homme un avenir qui n'appartient qu'à Dieu :

 

« Que nul ne croie au destin, à la fortune, aux horos­copes qu'on appelle vulgairement la naissance et qui fait dire : "Tel l'a fait sa naissance tel il sera", que nul, quand il est en chemin, ne prête attention au chant des petits oiseaux. Qu'aucun chrétien n'observe, pour entreprendre une œuvre, le jour ni la lune, quel jour il sort de chez lui et quel jour il y revient... »

 

Dans cette insistance épiscopale, on mesure le caractère commun et courant de telles pratiques.

 

Sources : Sous la direction d’André Akoun-Le monde Indo-Européen.

 

 

 feux

 

 

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La Toussaint (par Luc Sommeyre)

 

La fête catholique – et non chrétienne – de la Toussaint a été fixée au 1er novembre par les Papes Grégoire III au VIIIème siècle et Grégoire IV au IXème siècle. Comme la quasi-totalité des fêtes catholiques, elle a été superposée aux fêtes païennes, préexistantes de date immémoriale.

Toussaint

Halloween est un mot gaëlique (contraction de “to hallow” = sanctifier et de “eve” = le jour d’avant, la veille). “Hallow” est de la même racine que « halo » en Français, ou auréole, figurant sur les Saints que l’on voit sur l’icone ci-dessus… C’est donc la veille de la sanctification. Halloween précède la fête de Samhain qui célèbre la communication des morts avec les vivants. Les Morts reviennent sur Terre pour prodiguer conseils et assistance aux Vivants, principalement à leurs descendants. La fête de Samhain se situe approximativement au 30 octobre selon le calendrier lunaire, que les Catholiques appellent aussi la fête des Morts.

Il n’y a nul antagonisme de fond au sens “d’opposition” entre le Paganisme et le Catholicisme gallican. C’est l’Église − prise comme puissance temporelle − qui a créé cet antagonisme formel de toutes pièces pour des raisons de préséance et de suprématisme, de façon purement temporelle et exotérique.

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Si la fête d’Halloween a été mercantilisée par des athées américains qui ont repris et déformé la tradition irlandaise pour tenter d’en faire disparaître le caractère sacré, il faut bien considérer que le Paganisme de la Vieille Europe n’est nullement la marque d’un athéisme quelconque. Le Catholicisme – très spécifique par rapport au Christianisme – est venu simplement préciser cette Fête des Morts (qui n’avait en elle-même aucune connotation morbide ni folklorique non plus que purement ludique) en fonction de la « Révélation » apportée sur Terre par Jésus.

Etoile à 5 branchesEt qu’on arrête là d’assimiler l’étoile à 5 branches à un emblème satanique ! C’est aussi grotesque qu’erroné. Cette étoile figure « l’homme debout » (le tête en haut, les mains à droite et à gauche, les pieds en bas) c’est à dire l’homme vivant.

Il n’est qu’à considérer la “rune de la vie” figurée ci-dessous pour constater la similarité.

rune de la vie

Homme

Pour qui accepte intellectuellement les dogmes non-dits qu’on appelle « la Foi », le Catholicisme est une sorte de Paganisme facilité où les Écritures ont participé au remplacement de la Magie païenne dans l’esprit de l’homme, magie à la fois visible par les profanes mais difficilement accessible car initiatique (donc élitiste).

Il n’y a pas de « Couvreur » dans le Paganisme. Pas besoin de « temple » non plus, car notre « voûte étoilée » est celle de la Nature. Le « tuilage » est donc… naturel.

La Foi enseignée ou suscitée par le Catholicisme est « confortable », et évite aux hommes de se poser des questions et de travailler sur eux-mêmes dans la voie initiatique pour s’élever au-dessus de leur condition. Cette conception orientaliste de l’impuissance de l’homme par rapport au destin se retrouve dans le “mektoub” arabe (مكتوب), notion parfaitement étrangère aux Païens. C’est d’ailleurs ce qui fait des Païens les ennemis irréductibles des Islamistes fanatiques, adeptes schizophréniques de la religion d’un désert où brûle le feu de l’enfer.

En cette période sacrée, je vous invite donc à prier (pour les Catholiques) ou à penser très intensément à vos Disparus, ce qui revient au même in fine (pour ceux qui ne se reconnaissent pas ou mal dans cette religion) car la pensée de l’homme va très au-delà du domaine du « conscient ». En ces temps de grands troubles, nous avons besoin de nous retrouver dans une spiritualité saine, claire et primordiale, qui nous aidera à AGIR et à VAINCRE.

NOUS NE BAISSERONS JAMAIS LA GARDE !

Je vous souhaite de très belles fêtes de Samhain. Et de la Toussaint par la même occasion.

Samhain2

Luc Sommeyre

 

http://www.minurne.org/?p=4524

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Samain : Quand confluent le surnaturel et l’humain

 

Novembre: l'occasion de remonter jusqu'à nos sources pour y re­cueillir le « boire herbe » qui nous délivrera d'une amnésie bientôt bimillénaire. Au premier novembre correspond la fête la plus importante du calen­drier celtique: SAMAIN, fête guerrière et totale, début et fin de l'année. SAMAIN, sa forte imprégnation colore singulièrement l’avatar rachitique au­quel la fête primordiale a dû céder le pas: la Toussaint.

Avant tout, il peut être utile de préciser brièvement certaines notions, tant l'absence de sources sûres - mais cela est en passe de chan­ger - permettait aux celtomanes de scribouiller impunément.

Ces bonnes personnes avaient une fâcheuse tendance à mettre dans le même sac des notions aussi diverses que métempsycose, métamorphose, immortalité de l'âme, réincarnation, transmigration. On peut aujourd'hui considérer sans grand risque d'erreur que les Celtes ne connaissaient pas la notion de réincarnation; que la métempsycose n'est attestée que par deux exemples seulement, tous deux relatifs à des personnages mythologiques ve­nant de l'Autre Monde; par contre, on trouve trace, dans les textes mytho­logiques, de métamorphose. Quant à la croyance en l'immortalité, elle est formellement attestée. D'où il découle toute une littérature traitant du « havre de paix » qu'est l’Autre Monde (Sid) dans la conception celtique.

Cet Autre Monde, contrairement au Walhalla des cousins germani­ques - paradis réservé aux guerriers -, est un lieu de délices et de volup­tés, exempt de toute querelle, comme de toute spéculation intellectuelle. Le Sid (qui, étymologiquement, veut dire « paix ») est un lieu de festin, pour ne pas dire d'éternelles ripailles ! N'est-il pas désigné par d'autres métaphores des plus éclairantes: « plaine du plaisir », « terre des vivants », « terre des jeunes » ... Que nous sommes loin des béatitudes séraphiques de Saint Jérôme ou de Saint Augustin !

Quatre fêtes essentielles, d'importance inégale, ponctuent l'année celtique. Un mot immédiatement pour remarquer que les solstices ne semblent pas avoir joui de la moindre estime parmi les Celtes, puis­que les quatre fêtes se situent, très vraisemblablement, au 1er février, 1er mai, 1er août et 1er novembre. Au 1er février, on célèbre IMBOLC, dé­tourné par la tradition judéo-chrétienne en Chandeleur, qui coïncide approximativement aux Lupercales romaines. C'est une fête de la fécondité, dédiée à Brigit/Brigh, la grande déesse du Panthéon celtique. Des quatre grandes fêtes, IMBOLC (fête de la troisième fonction) est assurément la moindre. Au 1er mai, se célèbre BELTAINE, « le feu de mai », à rapprocher de la nuit de Walpurgis chez les Germains; c'est le commencement de la saison chaude, son symbolisme est solaire. C'est la fête sacerdotale par défini­tion, le feu étant l'un des attributs des druides. Au premier mai, en Gaule, la grande assemblée des Druides se tenait, rappelons-le, dans la forêt des Carnutes. Après l'aspect religieux, l'aspect juridique de la première fonc­tion est célébré lors de LUGNASAD, ou « assemblée en l'honneur de Lug », qui tombe le 1er août. C'est la fête du roi, fête du bon gouvernement, fête de l'amitié: à Lugnasad, les guerriers venaient désarmés.

Enfin, au 1er novembre, SAMAIN, (en gaulois Samonios - selon le calendrier de Coligny), c'est la fête militaire et totale, qui va plus particulièrement retenir notre attention.

Dans la tradition celtique, comme dans la conception nordique du monde, l'année est partagée en deux saisons, une saison froide et une saison chaude, qui est aussi la saison guerrière, et que Samain vient clo­re. L'autre pôle étant bien entendu Beltaine, parfois dénommé « caise na ngenti »: la pâque des gentils. Samain, qui clôt l'année écoulée et ouvre celle à venir, jouit donc d'une position dominante et privilégiée.

En Irlandais, « wythnos » - qui désigne la semaine - se traduit par « huit nuits ». Nous retrouvons cette idée en Breton, avec « antronoz »: « au-delà de la nuit », id est: le lendemain. Ainsi la nuit engendre le jour, et la saison sombre, qui donnera naissance à la saison claire, débute donc l'année à Samain. On comprend que Samain ait été la plus importante céré­monie du calendrier et du rituel irlandais (que nous citons par préférence, puisque c'est le domaine qui nous est le mieux connu).

Le banquet des guerriers

A la date de Samain, correspondent presque tous les événements mythiques ou épiques: c'est alors que meurent les dieux et les héros, c'est alors que Cuchulainn est blessé, qu'ont lieu les batailles de la mythologie et de l'épopée. « Les événements importants s'y concentrent ».

« Dans le récit fondamental de la bataille de Mag Tured, c'est à Samain que le Dagda a, avec la Morrigan ou déesse de la guerre, un rendez-vous galant à l'occasion duquel elle lui promet de venir en aide aux Tuâtha Dé Dânann contre les Fomoire ». « Samain est aussi le moment où tout l'état-major des Tuâtha Dé Dânann se réunit pour préparer la lutte décisive con­tre les Fomoire ». « Quand le roi subit la mort rituelle, blessé à mort par l'ennemi (...) c'est toujours à Samain » etc... .

La fête, dont l'inauguration par le feu est réservée aux drui­des, revêt un caractère solennel. La plus importante manifestation en est le « banquet militaire et royal », qui met un terme à la saison guerrière. On y mange du porc (animal de science et de guerre, dévolu à Dagda ou à Lug), de l'andouille, des noix; on y boit du vin (denrée rare) et de la bière en abondance.

On trouve des éléments relatifs à Samain dans « le petit hôtel d'Allen » (cycle ossianique) : « Finn s'assit alors sur le siège du héros au centre de l'hôtel, Goll l'aimable, fils de Morna, sur l'autre siège du héros, et les nobles de leur suite de part et d'autre de chacun d'eux. Chacun s'assit après eux suivant sa noblesse et son patrimoine, à l'endroit déterminé et convenable (...) Alors les serviteurs se levèrent en vraie foule pour servir et approvisionner l'hôtel. Ils prirent des coupes à boire (...) et l'on servit des boissons fortes et fermentées, des liqueurs agré­ables et douces à ces bons guerriers. La joie grandit chez les jeunes gens, la hardiesse et l'esprit chez leurs guerriers (...) Fergus à la bouche blanche se leva, à savoir le file de Finn et de Fianna. Il chanta des chants, des lais, et de beaux poèmes sur ses ancêtres et parents (...) puis le file alla en présence de Goll et lui récita des légendes. Les fils de Morna furent joyeux et de bonne humeur à cause de ces compositions poéti­ques».

Rencontre des vivants et des morts

Fête militaire, fête communautaire, Samain a aussi un caractère « religieux ». C'est une époque-charnière, qui n'appartient ni à l'année qui s'est écoulée, ni à celle qui suit. Ainsi Samain, période close au cours de laquelle les événements échappent aux contingences du temps, est le lien/lieu intermédiaire entre le monde des humains et l’Autre-Monde, une sorte de « Bifrost temporel ». Alors « tout le surnaturel se précipite, prêt à envahir le monde humain », selon l'heureuse formule de M.L. SJOESTEDT.

Ainsi comprenons-nous mieux pourquoi l’abondance et l’ivresse sacrée, l'obligation de paix et d'amitié sont de règle au cours du « festin de Tara »: celui-ci est une image passagère de l'existence dans le Sid, la « Plaine du Plaisir » (Mag Meld) - sur laquelle règne Manannan Mac Lir - dont il n'est pas exagéré de penser que Grecs et Latins, historicisant le mythe, ont fait « Thulé » (Strabon) ou « Ogygie» (Plutarque).

A Samain, le Sid est partout: c'est le temps hors du temps, durant lequel les vivants peuvent intervenir dans le Sid, et les habitants du Sid dans notre vie. F. LE ROUX et C.J. GUYONVARC'H sont formels: « Les Hyperboréens de la tradition littéraire grecque ne peu­vent avoie été que des Celtes ».

Mais ce festin opulent qui pouvait dégénérer (cf. « Mesca Ulad » : « l'ivresse des Ulates », récit d'une équipée des Ulates après un festin et une nuit d'ivresse lors de Samain) était généralement réservé aux guer ticulièrement retenir notre attention.

Dans la tradition celtique, comme dans la conception nordique du monde, l'année est partagée en deux saisons, une saison froide et une saison chaude, qui est aussi la saison guerrière, et que Samain vient clo­re. L'autre pôle étant bien entendu Beltaine, parfois dénommé « caise na ngenti »: la pâque des gentils. Samain, qui clôt l'année écoulée et ouvre celle à venir, jouit donc d'une position dominante et privilégiée.

En Irlandais, « wythnos » - qui désigne la semaine - se traduit par « huit nuits ». Nous retrouvons cette idée en Breton, avec « antronoz »: « au-delà de la nuit », id est: le lendemain. Ainsi la nuit engendre le jour, et la saison sombre, qui donnera naissance à la saison claire, débute donc l'année à Samain. On comprend que Samain ait été la plus importante céré­monie du calendrier et du rituel irlandais (que nous citons par préférence, puisque c'est le domaine qui nous est le mieux connu).

le banquet des guerriers

A la date de Samain, correspondent presque tous les événements mythiques ou épiques: c'est alors que meurent les dieux et les héros, c'est alors que Cuchulainn est blessé, qu'ont lieu les batailles de la mythologie et de l'épopée. « Les événements importants s'y concentrent ».

« Dans le récit fondamental de la bataille de Mag Tured, c'est à Samain que le Dagda a, avec la Morrigan ou déesse de la guerre, un rendez-vous galant à l'occasion duquel elle lui promet de venir en aide aux Tuâtha Dé Dânann contre les Fomoire ». « Samain est aussi le moment où tout l'état-major des Tuâtha Dé Dânann se réunit pour préparer la lutte décisive con­tre les Fomoire ». « Quand le roi subit la mort rituelle, blessé à mort par l'ennemi (...) c'est toujours à Samain » etc... .

La fête, dont l'inauguration par le feu est réservée aux drui­des, revêt un caractère solennel. La plus importante manifestation en est le « banquet militaire et royal », qui met un terme à la saison guerrière. On y mange du porc (animal de science et de guerre, dévolu à Dagda ou à Lug), de l'andouille, des noix; on y boit du vin (denrée rare) et de la bière en abondance.

On trouve des éléments relatifs à Samain dans « le petit hôtel d'Allen » (cycle ossianique) : « Finn s'assit alors sur le siège du héros au centre de l'hôtel, Goll l'aimable,» fils de Morna, sur l'autre siège du héros, et les nobles de leur suite de part et d'autre de chacun d'eux. Chacun s'assit après eux suivant sa noblesse et son patrimoine, à l'endroit déterminé et convenable (...) Alors les serviteurs se levèrent en vraie foule pour servir et approvisionner l'hôtel. Ils prirent des coupes à boire (...) et l'on servit des boissons fortes et fermentées, des liqueurs agré­ables et douces à ces bons guerriers. La joie grandit chez les jeunes gens, la hardiesse et l'esprit chez leurs guerriers (...) Fergus à la bouche blanche se leva, à savoir le file de Finn et de Fianna. Il chanta des chants, des lais, et de beaux poèmes sur ses ancêtres et parents (...) puis le file alla en présence de Goll et lui récita des légendes. Les fils de Morna furent joyeux et de bonne humeur à cause de ces compositions poéti­ques ».

Rencontre des vivants et des morts

Fête militaire, fête communautaire, Samain a aussi un caractère « religieux ». C'est une époque-charnière, qui n'appartient ni à l'année qui s'est écoulée, ni à celle qui suit. Ainsi Samain, période close au cours de laquelle les événements échappent aux contingences du temps, est le lien/lieu intermédiaire entre le monde des humains et l’Autre-Monde, une sorte de « Bifrost temporel ». Alors « tout le surnaturel se précipite, prêt à envahir le monde humain », selon l'heureuse formule de M.L. SJOESTEDT. Ainsi comprenons-nous mieux pourquoi l’abondance et l’ivresse sacrée, l'obligation de paix et d'amitié sont de règle au cours du « festin de Tara »: celui-ci est une image passagère de l'existence dans le Sid, la « Plaine du Plaisir » (Mag Meld) - sur laquelle règne Manannan Mac Lir - dont il n'est pas exagéré de penser que Grecs et Latins, historicisant le mythe, ont fait « Thulé » (Strabon) ou « Ogygie » (Plutarque). A Samain, le Sid est partout: c'est le temps hors du temps, durant lequel les vivants peuvent intervenir dans le Sid, et les habitants du Sid dans notre vie. F. LE ROUX et C.J. GUYONVARC'H sont formels: « Les Hyperboréens de la tradition littéraire grecque ne peu­vent avoie été que des Celtes ».

Mais ce festin opulent qui pouvait dégénérer (cf. »Mesca Ulad » : « l'ivresse des Ulates », récit d'une équipée des Ulates après un festin et une nuit d'ivresse lors de Samain) était généralement réservé aux guerriers, tandis que pour le peuple (les producteurs, la 3ème fonction) se dérou­lait une grande « foire ». Fête globale, Samain donnait aussi l'occasion d'une grande assemblée légale qui lui conférait son dernier aspect: juridi­que. « Voici la raison pour laquelle on célébrait Samain: parce que les lois étaient faites là par les hommes d'Irlande ». Et malheur à celui qui osait enfreindre un engagement, un règlement passé à l'occasion de l'assemblée lé­gale, et dont l'obligation courait jusqu'à l'assemblée suivante,un an après !

Intermède   romain

Nous sommes en Italie, tout près du Tibre, le 27 octobre de l'an 312. Sous le signe de la croix, Constantin défait Maxence - dont l'é­tendard porte l'emblème solaire.

Cette date symbolique marque le triomphe armé du judéo-chris­tianisme sur le paganisme/polythéisme jusqu'alors honoré, sinon pratiqué en terre d'Europe. C'est le point de départ d'une vaste et habile entreprise de récupération. Trois siècles passent, et, en 607, Boniface IV travestit l'antique Samain en Toussaint, tandis que la fête des Trépassés est rejetée au lendemain. Ce n'est plus la fête commune aux vivants et aux morts, mais celle des saints suivie de celle des défunts. On évacue les vivants.

Fin de l'intermède

Au siècle dernier pourtant, les gens du Sid revenaient parmi les vivants au premier novembre, et ceci n'est plus attesté seulement par l'Irlande, mais bien, cette fois, par la Bretagne. Il est vrai que la Breta­gne (« Ledav ») passait pour être une voie d'accès privilégiée au Sid. Il suffit de lire Anatole Le Braz: « Le soir de la Toussaint, veille de la fête des Morts, (Goël ann Anaou) les défunts viennent tous visiter les vivants ». Ce soir-là, « la maîtresse de la maison recouvre d'une nappe blanche la ta­ble de la cuisine, et, sur cette nappe, dispose du cidre, du lait caillé, des crêpes chaudes. Les préparatifs terminés, tout le monde se couche ». Vers neuf heures, « des voix lamentables s'élèvent dans la nuit »: ce sont les chanteurs de la mort qui, au nom des défunts, interpellent sûr le seuil des maisons les vivants. « Ils disent la complainte des âmes. Les morts passent toute la nuit qui précède leur fête à se chauffer et à se régaler dans leur ancienne demeure » (in « La Légende de la Mort »).

Le chaleureux festin est devenu bien maigre pâture ... Bonne occasion de rappeler que les Celtes, ne croyant pas au « péché », ne croyaient pas davantage au « purgatoire » qu'évoqué immanquablement ce mot tubercu­leux

Aujourd'hui, malgré nombre de vicissitudes, la fête de la Toussaint/Samain revêt encore, en Bretagne armoricaine, une solennité et une ampleur insignes. C'est souvent, pour les membres dispersés d'un même « clan » l'occasion de se retrouver, de se réunir, de faire retour au village natal, à fin de rendre un hommage unanime aux parents disparus, aux ancêtres ou­bliés ... mais qui nous ont légué leur sang. Ce devrait être 1' occasion d'une affirmation de continuité, d'une fidélité à la vie et à la lignée. Ce n'est plus qu'une course pour avoir le chrysanthème le plus époustouflant, la bruyère la plus exubérante! L'Eglise catholique, oubliant - la première - le sens profond d'une fête qui lui avait été imposée, renonçant aux rites qui maintinrent si longtemps son prestige, n'est plus que la complice des marchands de fleurs.

Cette évocation, que nous voudrions « voyage de guérison », s'a­chève. Il ne s'agit pas de se déguiser en druide ou en bas breton du XIXème siècle. Il s'agit de récupérer toute la richesse et tout le sens de cette fête du début novembre, dénaturée et affadie par tant de faux sens. A la limite, est-il si puéril que l'homme de l'avenir veuille avoir les plus profondes racines, à fin d'imaginer de nouveaux rites pour le XXIème siècle sans pour autant renier ce qui fut - ni, a contrario, recommencer les mêmes erreurs -? Nous savons nous incliner devant les morts, nous savons les vé­nérer. Mais le sens de la fête, mais le sens du sacré, c'est aux vivants de contribuer à le re-découvrir. Alors une nouvelle communauté, équilibrée, pourra germer ...

PATRIK DE KERISPERT

De très nombreuses citations sont tirées du très important ouvrage de F. LE ROUX et CJ. GUYONVARC’H : Les Druides – OGAM – 1978

Souce : N° 1 d’ARTUS 1979

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Le mystère du carnaval est celui de l'éternel retour

Le mystère du carnaval est celui de l'éternel retour (Si ancien qu'il remonte peut-être à la préhistoire)

masque flamboyant Le mystère du carnaval

Les girandoles qui étalaient leurs constellations au travers des rues se sont éteintes. Les chars carnavalesques, remisés dans quelque obscur hangar, vont attendre le retour du Renouveau de l'an prochain.
Il ne reste plus de cette liberté effrénée que l'on a connue qu'une sorte de désenchantement consécutif à l'ivresse, qui se dissipe lentement, et aussi le pressentiment qu'il devait y avoir autre chose, qu'un mystère reposait dans l'idée même du Carnaval et dans ses formes, malgré la vulgarité et la sottise de l'apparence.

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La Chandeleur, ou la renaissance du soleil

soleil chandeleur fete paienne

2 février-Hypapante ou la Purification

La fête de la Présentation de l'Enfant Jésus au Temple, quarante jours après sa naissance, coïn­cide avec celle de la Purification de la Vierge, coutumes courantes de la vie publique et privée des Hébreux. Mais deux autres aspects de la fête — l'un, saisonnier et agraire, l'autre célébrant la lu­mière ascendante — sont beaucoup plus impor­tants par la richesse des traditions qu'ils évoquent.

La présentation de l'Enfant au Temple, son accueil par saint Siméon, prophétisant sa vocation divine et son martyre sur la croix, donnent à la fête le nom d'Hypapante, c'est-à-dire « ce qui vient au-devant » de la gloire.

Dans la Méditerranée orientale, la fête est très respectée des paysans qui redoutent pendant cette période les chutes de grêle, dé­sastreuses pour une végétation encore bien fragile. Ce jour-là, « les moulins chôment, les es­claves chôment et les ânes se reposent », suivant un dicton po­pulaire et c'est pour cela que la Vierge de ce jour est appelée « Myliargoussa », « celle qui ar­rête les moulins ». Sa fête sert ici comme moyen de prévision du temps et de la qualité des récol­tes : «Le temps d'Hypapante est celui des quarante jours à venir », affirment les paysans, ou en­core : « Hypapante enneigée, greniers bien chargés. »

bougie chandeleur fete paienne

Dans les traditions occi­dentales, la fête est connue sous le nom de Chandeleur parce que l'on conserve ce jour-là les chandelles allumées que l'on porte à travers les églises.

Dans la Légende dorée, Jacques de Voragine explique cette coutume par quatre bonnes raisons dont la première consiste à « dé­truire » des pratiques mauvai­ses,   échos   des   traditions préchrétiennes : « Autrefois, aux calendes de février, temps lustral, les Romains illumi­naient les villes tous les cinq ans avec des cierges et des flambeaux, durant toute la nuit, en l'honneur de Februa, mère hypothétique de Mars, afin que celui-ci accorde la victoire aux armées romaines ».

Il s'agit en fait de la lustratio populi, appelée « lustrum », grande fête quinquennale de purifica­tion du peuple, accompagnée de sacrifices publics et privés. La Légende dorée poursuit : « En outre, pendant ce mois, les Romains offraient des sacrifices à Febvrius, c'est-à-dire à Pluton, et aux autres dieux infernaux pour les âmes de leurs ancêtres ; toute la nuit ils veillaient en chantant leurs louanges et te­naient des cierges et des torches allumées. [...]. Le pape Innocent dit encore que les femmes romaines célébraient en ce jour la fête des Lumières [...] en souvenir de la fable de Proserpine : elle était si belle que le dieu des Enfers, épris d'elle, l'enleva et en fit une déesse.

Ses parents la cherchèrent longtemps dans les forêts et les bois avec des torches et des flambeaux. [...] Or, parce qu'il est difficile aux chrétiens, nou­vellement convertis, d'abandonner une coutume, [...] le pape Sergius lui donna un but meilleur, en ordonnant aux chrétiens de célébrer, chaque année à pareil jour, une fête en l'honneur de la sainte Mère du Seigneur, avec cierges allumés et chandelles bé­nites.»

roue chandeleur fete paienne

 

Reste bien sûr encore à mentionner une célébra­tion qui avait lieu dans le monde celte : la fête de la déesse Imbolc, qui se déroulait le 1er février. Imbolc semble signifier « lustration » et il s'agissait donc d'une fête de purification de l'eau lustrale, rite agraire très important censé favoriser la fécondité et la fer­tilité. Le relais chrétien de cette fête a été pris par sainte Brigitte. Toutefois, on conserve toujours dans les villages les chandelles allumées dans l'église, croyant qu'elles écartent le tonnerre, les tempêtes et les orages.

 

On a encore l'habitude un peu partout dans l'Occident catholique de faire des crêpes : s'agit-il d'une évocation du disque solaire ou faut-il y voir une coutume liée à la première récolte d'œufs de l'année ?

poele crèpes chandeleur fete paienne

« À la Chandeleur, l'hiver s'apaise ou prend vigueur » et dans plusieurs traditions on guette l'ap­parition ou non de l'ours ce jour-là, laquelle con­firme, ou non, le proverbe. On raconte que l'ours sort de sa tanière et que, si le ciel est clair, il y rentre pour y séjourner les quarante jours suivants, car l'hiver continuera. Si, par contre, le ciel est sombre, signe que l'hiver reculera, il en sort définitivement.

Dans les pays pyrénéens, chasses à l'ours et danses de l'ours symboliques ont lieu à la Chan­deleur, laquelle peut marquer le début du carna­val si le cycle lunaire, dont dépend le calcul de sa date, le fait coïncider avec ce 2 février.

(Source : Fêtes et croyances populaires en Europe-Yvonne de Sike-Ed. Bordas 1994)

 

ours chandeleur fete paienne

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La « chandeleur » fête d’origine païenne

La « chandeleur » est une fête populaire d’origine païenne, et qui à pour nom Imbolc, en Celte et qui

se traduit littéralement par : la fécondité. Cet événement symbolise la purification du corps, de

l’esprit et de l’âme en cette période sombre de l’année, afin que nous soyons préparé au cycle éternel

de la renaissance de la vie au moment de Beltaine (la renaissance), qui se fête le 1er mai du

calendrier grégorien.

Afin de mieux comprendre le sens spirituel de cette événement, je vais vous faire un bref cours

d’histoire sur ce rituel luni/solaire.

Dans la Rome antique, Imbolc avait pour nom latin « Lupercales ». Les prêtres Romains de

l’époque (que l’on appelait les « Luperques ») aspergeaient d’eau purifier après un rituel, à l’aide

d’un rameau de laurier ou d’olivier, les Romains et les Romaines afin de les assainir. L’effet de cette

purification était censé être équivalent à la fumée de matériau brûlé. Elle était également souvent

associée aux sacrifices d’animaux, promenés rituellement autour de la personne ou de l’objet à

purifier.

Dans la Grèce Antique, la commémoration était tout autre. Elle consistait à honorer la Déesse de la

Lumière, Perséphone. Dans la mythologie Hellénique, Perséphone (une des principales divinités

chthoniennes, fille de Zeus et de Démeter) fut enlevée par Hadès, le Roi de l’Autre Monde.

Perséphone n’étant plus dans le monde des mortels, les ténèbres étaient omniprésentes et sa mère

décida alors, éclairé d’ une torche, de la rechercher, et a fini par obtenir que sa fille serait sur Terre

et sur l’Olympe pendant les 2/3 de l’année (période claire), et dans l’Autre Monde (les Enfers) durant

1/3 du temps (période sombre, la saison hivernale).

La « fête des chandelles » symbolise donc le retour de la Lumière chez les Grecs.

Le paganisme Occidental, plonge ses racines au coeur de notre vieux continent depuis que des êtres

humains ont foulé son sol, il y a de cela, des dizaines de milliers d’années. Beaucoup plus proche de

nous dans le temps, quelques siècles après la mort de Jésus de Nazareth, la naissance du

christianisme en Occident se fit en l’an 431. L’empire Romain toujours païen, régnait encore sur le

vieux continent, et peut de temps avant son déclin il commença à se convertir grandement à la

nouvelle religion polythéiste venant d’un désert lointain aux moeurs et à la philosophie totalement

étrangère à celle de Rome et de son paganisme multi-millénaire.

Étant donné que la vision spiritualité du peuple Romain changea au cours des années, les nouvelles

autorités monothéistes commencèrent à convertirent les fêtes et rituels païen au dogme du

christianisme.

Ainsi en 494, le pape Gélase Ier, remplaça le vieux rite païen des « lupercales », par la « Festa

candelarum, (fête des chandelles), est l’instaura le 2 février, soit 40 jours après Noël. Ceci n’est pas

anodin ; c’est la purification de Marie (Myriam, en hébreu) et la présentation de Jésus ( Yéchoua en

hébreu) au temple de Jérusalem. Dans le cadre de cette procession dans les églises, les torches

furent remplacées par des chandelles qui restaient allumées, autant pour signifier la lumière que

pour éloigner le malin, les orages, la mort,etc… et invoquer les bons augures à veiller sur les

semailles d’hiver qui produiront les bonnes moissons de l’été suivant. Les cierges bénis étaient

emportés dans les foyers pour le protéger.

C’est pourquoi de nombreux dictons sont nés de ce jour de février, sur le même thème :

”Rosée à la Chandeleur, Hiver à sa dernière heure.”,

”A la Chandeleur, L’hiver s’apaise ou reprend vigueur”.

Février par ailleurs tire son nom du mot latin « Februar » qui signifie mois des purifications.

Le christianisme a donc placé la fête de la Purification de la Vierge à ce moment.

La purification dont il s’agit est celle de la sortie de l’ « obscurité hivernale ». Les mythes de la Belle

au Bois dormant ou de Thésée et Ariane (par exemple) narrent la libération de la lumière par le «

chevalier solaire » plus communément appelé « le Prince charmant ».

Le mot « Chandelle » vient du latin « candela » qui désigne une bougie. Le mot « chandelle » s’est

effacée au cours du temps est à était remplacé par « bougie » , mot d’origine algérienne. Bougie est

en effet le nom d’une ville de Kabylie, et qui fournissait au Moyen-Âge de la cire pour fabriquer des

chandelles.

A la Chandeleur le jour croît de deux heures. Car les jours s’allongent sérieusement, la végétation du

blé en herbe prend de l’importance, et une offensive de l’hiver serait alors particulièrement cruelle.

Tous ces symboles se retrouvent aujourd’hui dans cet emblème de la Chandeleur qu’est la crêpe. Ce

disque doré rappelle lui aussi le Soleil, dont le retour commençait enfin à se préciser pour les

peuplades du Nord de l’Europe et pour les Celtes. On dit aussi que le pape Gélase Ier « retapait »

avec des crêpes les pèlerins qui arrivaient à Rome en pèlerinage.

A Marseille, on fête la « Candélouse » ! (en provençal cela se dit : Candelouso ) et on mange des

« navettes de saint Victor » ( naveto de sant Vitou) petites pâtisseries en forme de barque…

En ce qui concerne l’origine païenne de la « chandeleur » en pays Nord Catalan, il y a un petit

village nommé Prats-de-Mollo-la-Preste, situé dans le Haut Vallespir, qui avec un décalage d’un

mois (soit le 2 mars), perpétue la tradition pré-monothéiste de « la fête de l’Ours ».

Longtemps en Europe, l’ours fut l’objet d’un culte qui s’étendit de l’Antiquité jusqu’au coeur du

Moyen Âge.

Les peuples germains, scandinaves, et dans une moindre mesure celtes, célébraient la sortie

d’hibernation de l’ours vers la fin du mois de janvier ou le tout début du mois de février. Mais

la date faisant l’objet des plus importantes célébrations était le 24 janvier dans la majeure partie de

l’Europe. Il s’agissait de l’instant précis où l’ours sortait de sa tanière pour voir si le temps était

clément. Cette fête était caractérisée par des déguisements ou travestissements en ours, et des

simulacres de « viols » ou « d’enlèvements » de jeunes filles.

L’Église catholique chercha pendant longtemps à éradiquer ce culte païen. Pour ce faire, elle

institua la Fête de la présentation de Jésus au temple qui est célébrée le 2 février.

Cependant, les célébrations de l’ours et du retour de la lumière continuaient lors de feux de joie et

autres processions de flambeaux. Du XIIe au XVIIIe siècle, la chandeleur fut appelée « chandelours

» dans de nombreuses régions françaises où le souvenir du “culte de l’ours » était encore très

présent. Il est indéniable qu’il subsista longtemps des cultes païens en Europe que les Chrétiens

ont toujours cherché à éradiquer.

Mais pour que « l’hypothèse de l’ours » soit ici éclairante, il faudrait, selon certains, qu’elle soit

opérante à Rome au milieu du Ve siècle, là où la fête de Noël a été fixée au 25 décembre, et à

Jérusalem, là où l’usage liturgique s’est établi de fêter la Présentation. En fait il n’y a pas besoin de

cet éclairage, le calendrier chrétien lui-même s’en charge.

En effet on y voit que la Chandeleur y est fixée au 2 février, et la Sainte-Brigitte au 1er février

(Brigitt étant le nom de la Déesse celtique de la guerre, la magie, la médecine et des arts, célébrée à

date équivalente). Il y a également la Saint-Ours d’Aoste, la Saint-Blaise (qui signifie « ours »).

De plus la Chandeleur est l’ouverture de la période carnavalesque ; or l’ours est l’animal

carnavalesque par excellence.

Mais revenons-en à notre petit village situé dans le Haut-Vallespir de la Catalogne du Nord,

Prats-de-Mollo-la-Preste.

L’ours est le personnage central d’une légende qui rappelle l’implantation traditionnelle de ce

plantigrade dans les Pyrénées-Orientales en le rattachant au carnaval, rituel de fertilité et

de fécondité. L’ours ravisseur de jeunes bergères est pourchassé par les habitants, capturé, ramené

sur la place du village où il est rasé. C’est ce conte initiatique que « la fête de l’ours » rejoue en

musique et pas de danse.

Le dernier dimanche de février (ou le premier de mars), lâchés à 15 h, les ours grimés et affublés

d’un surprenant pelage déboulent dans les rues du village à la recherche de leurs proies qu’ils

marquent au visage de leurs pattes enduites de suie. A leurs trousses, les chasseurs tirent un coup de

fusil à chaque capture, mais sont plutôt là pour les revigorer avec force rasades de vin, avant de les

capturer en fin de journée.

Alors les barbiers, vêtus de blanc, lavent et rasent la bête, lui donnant

ainsi une apparence humaine. Frissons et rires garantis !

Pour info, la fête de l’ours se déroulera aussi à Arles-sur-Tech le 2 février 2014 (sous réserve) et à

Saint-Laurent-de-Cerdans le 9 mars 2014.

Espérant vous avoir éclairé de ces quelques recherches sur l’origine de la fête de la « chandeleur »
imbolc

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